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Par-delà les marronniers

De
70 pages

Pièce jouée du 15 mars au 24 avril 2016 au théâtre du Rond-Point (Paris)


En frac de satin blanc, trois dandys répondent à un sergent. Début du siècle, la guerre de 14 est déclarée. Arthur Cravan, Jacques Vaché et Jacques Rigaut ont vingt ans à peine. Ils vont vivre sans se rencontrer. Mais leur oeuvre courte fait date. Ils traversent en comètes fulgurantes le ciel noir de leur temps. Ils défient l’existence, les drogues, l’océan et les champions de boxe. Ils laissent au monde des pages sublimes avant de se foutre en l’air, trop amoureux de la vie pour la supporter médiocre. Trois rebelles absolus, figures du dadaïsme, maîtres à penser à contre-courant, ils s’érigent contre les idées reçues des raisons closes.
En 1972, Jean-Michel Ribes a vingt-cinq ans quand il découvre les trois poètes à la vie brève, frères posthumes. Il les réhabilite, invente leur rencontre. En cinq tableaux, La Guerre, L’Amour, L’Art, L’Ennui et La Mort, Par-delà les marronniers réunit trois poètes subversifs, trois éclairs à tuer le ronronnement, à foudroyer tout ce qui fait autorité. Après Musée Haut, Musée Bas ; Brèves de comptoir ; René l’énervé et Théâtre sans animaux, entre autres, Jean-Michel Ribes, directeur iconoclaste des lieux, continue cette ode à l’évasion et à l’art de résister par le rire. Il lui ajoute les dimensions du music-hall et de la revue, pour faire sa fête à la liberté de penser.


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PRÉSENTATION
Dans l’insolence d’un music-hall 1920,Par-delà les marronnierschante trois poètes sans œuvres, nous phares du dadaïsme, Arthur Cravan, Jacques Vaché et Jacques Rigaut, dont l’existence foudroie la barbarie de la civilisation, les réalités définitives et les utopies contrariées par des perspectives sans horizon.
“ACTES SUD – PAPIERS” Collection dirigée par Claire David
JEAN-MICHEL RIBES
Dramaturge, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes dirige le théâtre du Rond-Point à Paris. Il a publié de nombreuses pièces chez Actes Sud-Papiers, dont Théâtre sans animaux(2001) ethaut – Musée musée bas(2004). La musique originale du spectacle, mis en scène par Jean-Michel Ribes, a été composée par Reinhardt Wagner. Illustration de couverture : DR © ACTES SUD, 2016 Pour la présente édition revue Une première version de ce titre a été publiée en 1973 puis rééditée en 2009 par les éditions L’Avant-scène théâtre ISSN 0298-0592 ISBN 978-2-330-06432-7
PAR-DELÀ LES MARRONNiERS Revu(e)
Jean-Mîchel Rîbes
PERSONNAGES
Arthur Cravan Jacques Rigaut Jacques Vaché La meneuse de revue La Guerre Une danseuse de flamenco La Mort Les Girls Gladys Barber Odette Les majorettes Les reporters Bob Gardner Ophélie Tommy Tomtom Pimpa Le soldat L’acteur Le sergent Thomas Barber Le bourgeois L’actrice 1 L’actrice 2 Mina Loy L’homme vêtu de noir Le pêcheur
Cette pièce peut être interprétée par sept (voire six) acteurs. Seuls les rôles de Cravan, Vaché et Rigaut doivent être joués par les mêmes comédiens.
PROLOGUE
Obscurité. Trois taches lumineuses soudain. On découvre, espacés les uns des autres de quelques mètres, trois hommes assis, vêtus de fracs de satin blancs aux revers pailletés, cheveux laqués en arrière. Avec une indifférence hautaine, ils regardent le public. Il se peut que l’un d’eux fume une cigarette anglaise. Silence. ARTHUR CRAVAN . Je désirerais furieusement qu’il pleuve. Pourquoi ? Afin de vous le faire remarquer et réanimer de la sorte les jeux languissants de la conversation… L’art doit être une chose drôle et un peu assommante, c’est tout.
Silence. JACQUES RIGAUT. Jusqu’à Parmentier, la pomme de terre était un vilain défaut. Il n’y a pas grand-chose d’autre à dire… Penser est une besogne de pauvre, une misérable vengeance. Silence.
JACQUES VACHÉ . Je rêve de bonnes excentricités bien senties ou de quelques fourberies qui fassent beaucoup de morts, le tout en costume moulé, très clair, sport, voyez-moi ces beaux souliers découverts grenat… Et si l’on se tuait aussi au lieu de s’en aller… Silence. Des talons aiguilles résonnent sur le sol. Deux girls de music-hall des années 1920 entourant une meneuse de revue apparaissent derrière eux. Elles s’approchent du public.
LA MENEUSE DE REVUE. Mesdames et mesdames,ladies and ladies.
GIRL 1. Messieurs et messieurs.
GIRL 2.Gentlemen and gentlemen.
LA MENEUSE DE REVUE(chanté). Voici l’histoire de Messieurs Arthur Cravan, Jacques Rigaut et Jacques Vaché.
GIRL 1(chanté). Peu de gens les connaissent. Leur vie fut courte et leurs œuvres encore plus. GIRL 2(chanté). Ils vécurent, pensèrent et sont morts de la même façon. Ils ne se rencontrèrent jamais. Ils ne se connaissaient pas. LA MENEUSE DE REVUE(chanté). S’il fallait désigner ceux qui furent les phares de 1911 à 1925, il faudrait les citer avant beaucoup d’autres.
LES GIRLS ET LA MENEUSE DE REVUE(chanté). Voici l’histoire de Messieurs Arthur Cravan, Jacques Rigaut et Jacques Vaché.
Rafales de kalachnikovs mêlées à une marche militaire.
I. LA GUERRE
— a —
Canonnades, explosions, hurlements, tirs de mitrailleuses se mêlent à une musique où se superposent plusieurs musiques de guerre, allant deLa Madelonjusqu’àJ’aime les militaires. Une girl traverse le plateau portant à bout de bras une enseigne lumineuse formant les mots “la guerre”.
— b —
Bruit d’une porte métallique se fermant violemment. Un sergent trapu s’installe derrière un petit bureau. Il ouvre un dossier.
LE SERGENT. Nom ?
Rigaut apparaît sortant de l’ombre.
RIGAUT. Rigaut.
LE SERGENT. Prénoms ?
RIGAUT. Jacques, etc.
LE SERGENT. À la ligne ?
RIGAUT. Non, je ne vais jamais à la ligne, c’est mon seul prénom.
LE SERGENT. Né le ?
RIGAUT. 30 décembre 1898 à deux heures du matin.
LE SERGENT. Je ne vous demande pas l’heure… À ? À ? À ?
RIGAUT. Qu’entendez-vous par “à” ?
LE SERGENT. Lieu de naissance !
RIGAUT. Ah ! Par “à” vous entendez lieu de naissance. Parfait… Paris.
LE SERGENT. Dites-moi… Faites attention… Ne jouez pas au plus fort, ici le plus fort c’est moi.
RIGAUT. Pas d’inquiétude mon cher, je suis toujours du côté du plus fort, considérez-moi comme des vôtres…
LE SERGENT. Profession ?
RIGAUT. Raté-étalon.
LE SERGENT. Numéro de patente ?
RIGAUT. Non, je vous dis que je suis le raté-étalon, je suis nul, le zéro impeccable mais donnez-vous la peine de songer à ce que toute réussite implique de sotte naïveté, de courte vue chez son auteur. Vous n’irez loin qu’à condition de ne pas regarder plus loin que le bout de votre nez. Je suis le raté-étalon.
LE SERGENT. Raté, avec deuxt?
RIGAUT. Non un seul, avec deux il aurait l’air d’être devenu quelqu’un… Sourire. LE SERGENT. Autre profession ?
RIGAUT. PDG de l’AGS, Agence générale du suicide. Siège social : 73, boulevard du Montparnasse, succursales Lyon, Marseille, San Francisco. Enterrement express, défilé des amis, moulages du visage après la mort, le tout pour 500 francs.
LE SERGENT. Bon, je mets “industriel”.
RIGAUT. Non, écrivez “lâche”. Beaucoup plus lâche que marchand de suicide. La lâcheté est ma seule dignité. Elle m’écarte de tous les tralalas de l’héroïsme… et m’évite surtout de verser des larmes sur mon plastron.
LE SERGENT. Heureusement que j’ai pas tous les jours des clients qui vous ressemblent…
RIGAUT. Les gens, hélas, ignorent le bonheur qu’ils ont de ne pas être moi.
LE SERGENT. Profession du père ?
RIGAUT. Sans.
LE SERGENT. Votre père ne travaille pas ?
RIGAUT. Non… Je n’ai pas de père.
LE SERGENT. Nom de la mère ?
RIGAUT. Sans.
LE SERGENT. Votre mère n’a pas de nom ?(Rigaut fait non de la tête.)Vous l’avez oublié c’est ça ? Ça arrive… Jeanne, Adrienne, Colette… ? Ou un petit… Je peux accepter les petits noms… Michette, Zouzou, Titine… Pour la mienne j’ai inscrit Poupoune… On l’a toujours appelée Poupoune… Depuis qu’elle est née.
RIGAUT. Poupoune… ?
LE SERGENT. Oui… Même sur les lettres qu’elle recevait, c’était adressé à madame Poupoune Bertelin… “Une lettre pour vous madame Poupoune !” J’entends encore le facteur… C’était son frère Totor, il lui écrivait toutes les semaines…
RIGAUT. Totor… Vous êtes le fils de Poupoune et le neveu de Totor… ?
LE SERGENT. Oui.
RIGAUT. Ça ne m’étonne pas.
LE SERGENT. Bon alors votre mère, son nom ?
RIGAUT. Je n’ai pas de mère.
LE SERGENT(dont l’exaspération monte).Alors vous n’avez ni père ni mère ?
RIGAUT. C’est ça… Sans origine.
LE SERGENT. Sans origine… Vous n’êtes pas Dieu ?
RIGAUT. Chacun est Dieu, de toutes les preuves de son existence, c’est la seule concluante… Ne vous effrayez pas s’il y a du “Dieu” à chaque ligne. LE SERGENT(furieux, gueulant). Alors je marque quoi ? Je ne peux quand même pas écrire “Dieu” !! RIGAUT. Sans origine… Mon ventre est intact. Je n’ai pas de nombril, pas plus qu’Adam…
LE SERGENT. Sans origine… Bof, au point où on en est… Je vous signale que l’absence de nombril n’est pas répertoriée dans les cas de réforme. Donc : si toute votre comédie c’était pour en arriver là, c’est raté.
RIGAUT. Avez-vous un cure-ongles ?
LE SERGENT. Non. Signes particuliers ?
RIGAUT. Une brosse à ongles ?
LE SERGENT. Non ! Pas d’objets inutiles ici !
RIGAUT. Dommage, l’inutile me va comme un gant.
LE SERGENT. Signes particuliers ?
RIGAUT. Je n’ai pas assez de mes deux jambes pour assurer mon équilibre. D’autre part, je soupçonne mes semelles de ne pas avoir été faites pour ces trottoirs, mes jambes pour ces pantalons, ni ma patience pour cette attente. Hauts faits, bas faits, acrobaties, records, le plus difficile c’est de respirer…
LE SERGENT. Oui… Bon… Alors pas dans les masques à gaz, c’est ça, hein… ? D’accord… Bon pour le service… On vous enverra votre feuille d’appel chez vous.
RIGAUT. Ne mettez ni mon nom, ni mon adresse sur l’enveloppe… Oui, une lettre m’est d’autant plus adressée qu’elle ne porte ni mon nom, ni celui de ma rue…(Avant de sortir, il se retourne vers le sergent.) J’en veux toujours aux gens de ne pas m’avoir séduit…
— c —
Explosions d’obus et divers bruits d’artillerie se mêlant à des chants patriotiques ou populaires que chantent la meneuse de revue et les Girls en plumes tricolores.
— d —
Le sergent traverse une pièce un dossier à la main. Jacques Vaché est assis plus loin.
LE SERGENT. Nom ?
VACHÉ. Vaché.
LE SERGENT(fou rire naissant et contenu).Vaché comme vacher ? VACHÉ. Oui. LE SERGENT(fou rire).Quel drôle de nom ! Vous n’êtes pas vacher au moins ? VACHÉ. Non. LE SERGENT(s’asseyant).Né ?
VACHÉ. À Lorient, en 1895.
LE SERGENT. Profession ?
VACHÉ. Inventeur de l’umour sansh.
LE SERGENT. De quoi ?
VACHÉ. De l’umour sanshC’est-à-dire : vous écrivez le mot humour comme tout le monde et vous ! enlevez l’hcomme moi.
LE SERGENT. C’est plus drôle sansh!
VACHÉ(cinglant). Il ne s’agit pas de drôlerie, il s’agit d’umour ! Je vois à cette façon que vous avez d’écarter vos narines de veau qu’avec ou sansh, l’humour a refusé de s’abîmer dans votre cervelle, si toutefois vous en avez une, ayez donc l’obligeance de l’écrire sanshet restons-en là.
LE SERGENT. Dites donc, il ne faudrait pas…
VACHÉ(sèchement). Assez ! Pourquoi un réveille-matin a-t-il tant d’umour ? L’umour dérive trop d’une sensation pour ne pas être très difficilement exprimable… Je crois que c’est une sensation… J’allais presque dire un sens, aussi, de l’inutilité théâtrale et sans joie de tout.
LE SERGENT. Qu’est-ce que ?… Quoi ?
VACHÉ. Je relis tout de même saint Augustin pour essayer d’y voir autre chose qu’un moine raisonneur ignorant de l’umour.
LE SERGENT. Ah non pas de blasphème ! Les saints, c’est sacré.
VACHÉ. Admettez que le sacré est un petit marécage où pataugent les trouillards qui ont peur dans le noir…
LE SERGENT. Quoi ?!
VACHÉ(coupant le sergent). Nous avons le génie puisque nous avons l’umour et donc tout est permis. Tout cela est bien ennuyeux d’ailleurs.
LE SERGENT. Si vous continuez, j’appelle le capitaine et on vous fout au trou.
VACHÉ. Les capitaines sont ces gens qui s’occupent de votre linge, n’est-ce pas ? Alors, appelez-le ! Car je veux plusieurs uniformes. Un de chaque arme et de chaque armée. Pour tous, j’exige une jugulaire en cuir glacé. Je me changerai chaque jour. À propos, notez, si vous apercevez un colonel prussien, un uhlan de préférence, ne tirez pas, ce sera sans doute moi, leurs déguisements sont fort bien coupés, je les porterai donc souvent. Non, ne criez pas, vous êtes pressé, moi aussi. Je parle suffisamment bien l’anglais pour pouvoir traduire les cinq ou six banalités qui forment l’ordinaire de la conversation entre un Poilu et un joueur de cornemuse. Donc, inscrivez interprète, l’uniforme est bien taillé ? Vous n’en savez rien, bien sûr ! Je le porterai à mon tailleur… À mes frais cela va de soi… Non cela ne va pas de soi, notez que je paierai de ma poche pour que si je meurs l’élégance se mêle à la boue. Sinon que vous dire, je vais bien, mon père est nantais, ma mère également.Well !C’est tout ! Bonsoir.