Temps variable aléatoire

Un peintre alcoolique et son ami chanteur incompris dans un bar désert. L’arrivée inopinée de Natacha, actrice et mère insatisfaite, décidée à quitter copain et enfants pour suivre sa carrière, va faire basculer les conventions dans ce « vaudeville antisexiste », où les femmes n’ont pas le mauvais rôle.
Publié le : jeudi 6 novembre 2014
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EAN13 : 9791022101820
Nombre de pages : 20
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couverture
Diana Vivarelli

Temps variable aléatoire

(Vaudeville anti-sexiste)

© Presses Électroniques de France, 2014

PERSONNAGES

Pierre, patron de café

Marc, peintre

Patrick, musicien

Natacha, comédienne

L’intérieur d’un modeste café de quartier. C’est un café propre, décoré sans luxe mais avec goût. Devant le comptoir, quelques tables et des chaises. Il fait nuit. Il fait très chaud.

Le temps est orageux, lourd et moite.

Pierre, le serveur, lave quelques verres, pendant qu’il écoute un vieux blues très connu. Pierre est mince, de taille moyenne.

Entre Marc, d’un pas rapide. Marc est un grand et bel homme de trente-cinq ans, brun, les cheveux en désordre, les yeux noirs et profonds, séduisant et dandy. Il porte une veste en jean, un pantalon tâché de peinture, des baskets très usées.

Marc, accablé par la chaleur, fatigué, mais de bonne humeur, s’assoit lourdement sur une chaise.

Marc

(Parlant fort, comme quelqu’un qui a bu plusieurs bières)

Pierre, une bière. Il n’y a pas un chat dans les rues, tout le monde est parti en vacances. Tous à la mer, les petites fourmis. La ville nous appartient ! Qu’est-ce qu’on fête, au juste, le quinze août ? La Sainte Vierge, le Christ, le Saint-Esprit ?

Pierre

(En lui servant un verre de bière)

Sur le calendrier, il y a écrit « Assomption »...

Marc

(Buvant une longue gorgée)

Encore un truc de curé. Ben oui, voyons, avec mon éducation religieuse ! C’est justement le jour où Marie part en vacances rejoindre son fils et toute la sacro-sainte famille... Depuis, elle est restée là-haut, collée, scotchée. Impossible de la faire redescendre. Vivante mais immortelle ! Elle s’en est bien tirée : modeste, mais maligne. C’est une femme de ce style qu’il me faudrait.

Pierre

(En train de nettoyer la table, plaisante)

Il faudrait que tu sois aussi humble et aussi crédule que Joseph, pour croire à une fille enceinte du Saint-Esprit !

Marc

(Optimiste, buvant une longue gorgée)

Tu sais, parfois vaut mieux croire aux miracles, que se laisser emporter par le désespoir. Combien d’histoires débiles j’ai avalées dans ma vie ! Tout petit déjà, mes parents me racontaient de sacrés mensonges sur la religion ! Ils faisaient semblant d’y croire, les hypocrites.

Pierre

S’ils ont la foi...

Marc

(Agité)

La foi ! La foi en Dieu leur donnait tellement bonne conscience. Ils aimaient croire que je deviendrais médecin ou avocat ou curé, ou bien que j’exercerais le noble métier de cadre, comme mon père. Et non, ils ont joué et ils ont perdu. Ils ont eu le droit à un artiste peintre méconnu, doublé d’un peintre en bâtiment. Quel mauvais placement, tant d’argent gaspillé pour un vaurien.

Patrick entre dans le café. Il a une allure de poète, le visage doux et le regard tendre. La trentaine, bien conservé, comme si le temps n’avait pas eu d’emprise sur lui. Patrick porte une chemise colorée, un jean et des chaussures en toile. Il s’approche de Marc, tout en sueur.

Patrick

(Inquiet)

Ne me parle pas d’argent ! J’ai tout juste de quoi me payer une bière.

Il s’assied.

Marc

Allez Pierre, à bas l’avarice, je paye un coup à tout le monde.

Patrick

Tu ne prends pas trop de risque, Marc.

Marc

Peut-être.

(Il baisse le ton de la voix)

Je suis complètement fauché. Natacha vient de me faire une scène parce que je n’ai pas l’argent pour payer le loyer de l’appartement. En plus, elle veut emmener les enfants en vacances à la mer.

Pierre sert les bières.

Patrick

Ça va, Pierre ? Tu restes ouvert pendant tout le mois d’août ? Tu ne prends jamais de vacances !

Pierre

Oui, je ne prends jamais de vacances, Patrick. Je ne peux pas me permettre de fermer, sinon je coule. Quand je n’avais pas le bar, je voyageais tout le temps. J’ai roulé ma bosse dans les quatre coins du monde. Jusqu’au jour où j’en ai eu marre. L’aventure était devenue routine. J’avais l’impression de tourner en rond. Je me suis dit qu’il valait mieux retourner au point de départ, dans ma ville natale, réaliser quelque chose, me fixer un but. Ça fatigue les méninges de trop cogiter, ça rend fou.

Marc

Enfin, quelqu’un qui ne se plaint pas du temps qui passe. Il faut dire, tu n’as pas une femme et deux enfants qui te braillent dans les oreilles toute la journée. Et après, ils se plaignent si je me réfugie dans les bars, mon havre de paix !

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