Théâtre l’Escaouette, 1977-2012

De
Le théâtre l’Escaouette de Moncton, fondé en 1977, a choisi dès le départ de se consacrer à la création, un mandat qui se poursuit toujours. En cela, l’apport de la compagnie est unique sur le territoire acadien et c’est en grande partie grâce à elle si une dramaturgie acadienne existe aujourd’hui, la majorité des pièces ayant été créées par ses artisans.
Raconter les 35 ans de l’Escaouette, c’est donc retracer les enjeux et les transformations en ce qui a trait à la vision et à la direction de la compagnie, à son organisation, au financement ; mais c’est aussi, et surtout, faire l’état d’une dramaturgie en action, telle qu’elle se crée au fil des saisons de la compagnie.
David Lonergan, dans une approche très minutieuse, a documenté chacune des créations, résumant chaque pièce, la situant dans le contexte particulier qui l’a vue naître, avant de faire état de la réception critique.
L’ouvrage comprend une importante iconographie, proposant une sélection d’affiches de spectacles, dont une majorité a été créée par Herménégilde Chiasson, qui en plus d’être « l’auteur maison », en est aussi le principal graphiste
Publié le : lundi 27 avril 2015
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EAN13 : 9782894238905
Nombre de pages : 406
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Du même auteur

Acadie 1972. Naissance de la modernité acadienne, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. « Essai », 2013, 156 p.

Paroles d’Acadie. Anthologie de la littérature acadienne (1958-2009), Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. « Agora », 2010, 445 p.

Françoise Bujold. À toi qui n’es pas née au bord de l’eau, textes présentés et établis par David Lonergan, Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles, 2010, 303 p.

Tintamarre. Chroniques de littérature dans l’Acadie d’aujourd’hui, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. « Agora », 2008, 365 p.

L’homme qui était sans couleurs (illustrations d’Anne Brouillard), conte, Moncton, Bouton d’or, coll. « Acadie », 2003, 48 p.

La création à cœur : l’histoire du théâtre l’Escaouette, monographie, Tracadie-Sheila, La Grande Marée, 2000, 48 p.

Paroles de l’Est, anthologie de la littérature de l’Est du Québec, Grenoble, Éditeq, 1993, 322 p.

La Bolduc, la vie de Mary Travers, biographie, Montréal, Triptyque, coll. « Chanson / Musique », 1992, 216 p.

L’été des carcasses, théâtre, Bic, Isaac-Dion Éditeur, 1991, 153 p.

Blanche, roman biographique, Montréal, Guérin Littérature, 1989, 296 p.

L’anthologie de Blanche Lamontagne-Beauregard, essai biographique, choix de textes et bibliographie complète, Montréal, Guérin Littérature, 1989, 509 p.

Les otages, théâtre, Rimouski, Éditeq, 1987, 100 p.

Sortie de secours, théâtre, avec le Théâtre Petit à Petit, Montréal, VLB éditeur, 1987, 140 p.

David Lonergan

Théâtre l’Escaouette, 1977-2012

La petite histoire d’une grande
compagnie de théâtre

Éditions Prise de parole
Sudbury 2015

Œuvre en première de couverture : Herménégilde Chiasson

Conception de la première de couverture et de la mise en pages : Herménégilde Chiasson

 

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

Copyright © Ottawa, 2015

 

Diffusion au Canada : Dimedia

 

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Lonergan, David, auteur

Théâtre l’Escaouette, 1977-2012 : la petite histoire d’une grande compagnie de théâtre / David Lonergan.

 

Comprend des références bibliographiques. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).

ISBN 978-2-89423-915-5. – ISBN 978-2-89423-761-8 (pdf).–

ISBN 978-2-89423-890-5 (epub)

 

1. Théâtre l’Escaouette – Histoire. 2. Théâtre – Nouveau-Brunswick – Moncton –Histoire. I. Titre.

 

PN2306.M58L66 2014     792.097151’5235     C2014-904907-2

PN2306.M58L66 2014     792.097151’5235     C2014-904908-0

 

ISBN 978-2-89423-915-5 (Papier)

ISBN 978-2-89423-761-8 (PDF)

ISBN 978-2-89423-890-5 (ePub)

À la mémoire de Bernard LeBlanc, Jean-Marie Morin et Ivan Vanhecke

En Acadie, le mot escaouette est associé à une fête communautaire. Celle-ci se déroulait au moment de la Chandeleur (début février). Les « coureux de Chandeleur » déguisés passaient de maison en maison afin de recueillir des aliments en vue de la préparation de la fête. En échange de ces provisions, les « coureux » chantaient la chanson de l’escaouette et faisaient la danse du même nom pendant que le chef gardait le rythme en frappant au sol avec sa grande canne. Comme nos ancêtres « coureux de Chandeleur », nous allons de villes en villages avec nos spectacles et animations en véhiculant les mêmes valeurs d’échange et d’esprit communautaire. » (Programme de la pièce Les sentiers de l’espoir)

Le logo de l’Escaouette, qui s’inspire de la Chandeleur, est une création de Gaston Richard réalisée peu après la fondation du théâtre. L’image a été rafraîchie à quelques reprises par Herménégilde Chiasson.

Remerciements

Un livre ne s’écrit pas seul. Nombreuses sont les personnes qui me sont venues en aide. Je les remercie de leur générosité et de leur disponibilité.

Marcia Babineau, pour les nombreuses discussions que nous avons eues, pour ses lectures à différentes étapes du texte et pour la confiance qu’elle m’a accordée.

Herménégilde Chiasson, pour les nombreuses discussions, sa lecture du manuscrit, ses encouragements et le choix de l’iconographie. Puis à l’étape finale, pour son beau travail de mise en pages.

Maurice Arsenault, Philippe Beaulieu, Gracia Couturier, Eugène Gallant, Katherine Kilfoil, Roger LeBlanc et Marie-Linda Lord, pour avoir lu le manuscrit et l’avoir enrichi de précieuses précisions.

Élise Desveaux Graves, pour sa patience et sa persévérance quand nous avons plongé dans les archives de l’Escaouette, qui étaient entreposées en vrac dans le sous-sol du Théâtre avant qu’elle les mette en ordre.

Gilles Losier, pour son soutien et sa disponibilité.

Le personnel du Centre d’études acadiennes, pour avoir bien classé les archives des premières années de l’Escaouette et pour la gentillesse avec laquelle il répondait à mes demandes.

Eva Lavergne, pour son travail de peaufinage du texte (aussi discret qu’essentiel) et denise truax, pour sa passion et son leadership.

Un merci à tous ceux et celles qui ont participé à l’une ou l’autre des créations de l’Escaouette. Ce texte se veut un hommage à leur travail.

Et un merci à Arts NB pour la bourse de documentation qui m’a permis d’effectuer la recherche, ainsi qu’à l’Escaouette pour son aide financière qui m’a permis de me consacrer entièrement à l’écriture.

Avant-propos

Cette histoire du théâtre l’Escaouette se fonde sur les archives de la coopérative du théâtre l’Escaouette, la réception de ses productions dans les médias, la lecture des pièces qu’on y a créées, et sur quelques entrevues avec les principaux intervenants.

L’idée était de retracer le parcours de cette compagnie qui dès le départ voulait se consacrer à la création de pièces acadiennes dans une démarche collective, ce qui explique son choix de se structurer en coopérative. L’Escaouette a été la principale « troupe » qu’on peut rattacher au courant québécois du jeune théâtre réuni au sein de l’Association québécoise du jeune théâtre. En cela, sa démarche la distingue du Théâtre populaire d’Acadie, l’autre importante compagnie de théâtre en Acadie et son aînée de quelques années.

La démarche de création, les problèmes et questions qu’elle pose sont au cœur des préoccupations des membres et influencent la façon dont ils articulent la coopérative. C’est ce cheminement que j’ai cherché à mettre en relief à travers les productions et les nombreux rapports qui jalonnent la vie de la compagnie.

Peut-être faudrait-il que je précise mon rôle dans cette histoire de l’Escaouette. J’arrive en Acadie en août 1994 et, en novembre, je commence à écrire une chronique comme critique dans L’Acadie Nouvelle qui porte sur la production artistique acadienne et qui durera jusqu’en juin 2013.

J’ai donc traité de presque toutes les productions de l’Escaouette depuis ce temps.

De plus, j’ai écrit une courte histoire de la coopérative à l’occasion de ses vingt-cinq ans, La création à cœur, parue aux Éditions La Grande Marée en 2000, et d’autres textes dans des revues (littéraires ou universitaires) sur l’Escaouette et Herménégilde Chiasson.

Ces textes, plus ou moins modifiés, ont été intégrés à l’histoire que je vous présente ici.

Deux choses, en terminant : À moins qu’il ne soit autrement précisé, toutes les créations recensées dans cet ouvrage sont du théâtre l’Escaouette. Dans le cas de coproductions, nous avons nommé les compagnies partenaires. Et afin d’alléger la présentation visuelle et de donner plus de place à l’image, nous avons placé les vignettes des photographies à la fin de l’ouvrage.

Préface

En Acadie, les institutions naissent, grandissent et disparaissent parfois sans laisser de traces ou, plus exactement, sans que soient mis en ordre les documents épars, les archives abandonnées çà et là dans des endroits souvent difficiles d’accès ou inappropriés.

Ce qui vaut pour l’ensemble des secteurs est encore plus vrai pour le domaine artistique et culturel, qui ne dispose que de peu de moyens à consacrer à son patrimoine et à son histoire. Or l’Acadie contemporaine, si elle a beaucoup fait de progrès dans les domaines de l’éducation, de l’économie, de la gouvernance, des communications, du sport et autres, s’est surtout distinguée depuis un demi-siècle par sa formidable capacité à s’approprier le domaine culturel. Elle s’est donné les outils de développement permettant à quelques générations d’artistes de créer, de produire et de diffuser leur art en Acadie et ailleurs.

Le domaine théâtral n’échappe pas à ce constat général. Pour cet art évanescent, l’urgence de chercher se heurte à la difficulté de trouver. Plus que les autres formes littéraires et artistiques, le théâtre est constamment menacé d’oubli dès qu’un praticable est démonté, aussitôt donnée la dernière représentation.

J’ai souvent évoqué la mémoire amnésique du théâtre pour signifier un aspect de cet art de l’instantané et de l’éphémère, pour caractériser la difficulté qui se présente à l’historien désireux de reconstituer les morceaux du casse-tête d’une production théâtrale. Que reste-t-il en effet d’une production sitôt les représentations terminées? Un texte, une affiche, un programme et, si l’on a de la chance, des documents sonores, des photos et des extraits vidéo. J’avais moi-même pressenti le besoin de conserver la mémoire du théâtre en esquissant le projet d’une théâtrothèque à la fin des années 1970. Mais faute de temps, de moyens et d’espace, ce projet n’a jamais vu le jour et je me suis contenté de partir à la recherche des textes inédits qui avaient nourri les débuts de notre dramaturgie, constatant que les textes de théâtre eux aussi évoluent, s’évaporent et n’aboutissent que très rarement chez un éditeur.

Heureusement, les choses ont changé. Les compagnies théâtrales sont maintenant mieux organisées et elles ont le souci de documenter leurs productions; on trouve en outre quantité d’informations qui permettent au chroniqueur et à l’historien de reconstituer un parcours artistique, à condition d’accepter de renoncer à recréer l’émotion particulière qu’a ressentie tel public à telle représentation donnée. Cette émotion ne survit pas au spectacle. Tout au plus l’historien va-t-il chercher à stimuler la mémoire de son lecteur en décrivant le contexte particulier dans lequel un projet de théâtre s’est incarné.

Tout cela pour dire le mérite qu’a eu David Lonergan de s’attaquer à la lourde tâche de reconstituer l’histoire du théâtre l’Escaouette qu’il avait bien amorcée à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la compagnie. Nul n’était mieux placé que lui pour entreprendre ce travail de reconstitution historique. Depuis 1994, il est le témoin assidu et le chroniqueur prolifique de l’ensemble des manifestations artistiques produites en Acadie. Il était donc aux premières loges pour observer ce qui s’est fait dans le domaine théâtral depuis une vingtaine d’années. De plus, il connaît de l’intérieur l’Escaouette, non seulement à titre de critique et parfois de collaborateur, mais également par les réseaux de contacts qui nourrissent sa réflexion, au centre desquels se trouve le tandem Chiasson-Babineau, qui règne sur cette organisation : l’un à titre d’auteur maison, de graphiste et parfois de scénographe, l’autre comme membre fondatrice, directrice artistique, metteure en scène et actrice. Pour les débuts de l’Escaouette, Lonergan a eu accès, en plus des documents d’archives, aux témoignages de ses principaux bâtisseurs et créateurs, à l’exception de ceux à la mémoire de qui le livre est dédié. À ces noms, j’ajouterais peut-être ceux de deux formateurs de la première heure au Département d’art dramatique, décédés eux aussi récemment, même si leur contribution à l’Escaouette n’est pas aussi riche et visible que celle d’un LeBlanc, d’un Morin ou d’un Vanhecke : Claire Ifrane et Grigore Pogonat, ce dernier ayant en outre collaboré à quelques productions de l’Escaouette. Le Département d’art dramatique n’a d’ailleurs jamais cessé d’être essentiel à la vie et au développement du théâtre l’Escaouette, non seulement parce qu’il constitue une sorte d’incubateur pour la relève, mais aussi parce que son studio sert parfois de lieu d’expérimentation de nouvelles créations par la suite reprises professionnellement par la compagnie de théâtre. En outre, la directrice artistique du théâtre l’Escaouette est également professeure au Département, et les deux structures s’enrichissent mutuellement.

Bâtissant sur une première esquisse, La création à cœur, publiée en 2000 à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’Escaouette, Lonergan fouille les archives, relate les témoignages, résume les pièces, fait état de la réception critique lorsqu’elle existe, [re]présente ses propres chroniques au besoin, analyse et fait les liens essentiels à la construction du tout par le fragment. Il en résulte un texte cohérent, instructif et utile pour quiconque voudrait prolonger la recherche. Ce n’est donc pas tant l’historiographie qui encadre cette histoire des trente-cinq années d’existence de l’Escaouette, mais bien plutôt la théâtrographie. C’est l’histoire d’une maison de création à travers ses productions, au centre desquelles on sent un parti pris pour le texte qui sert de base à la création théâtrale. Si bien qu’en lisant cette histoire du théâtre, c’est aussi l’histoire d’une dramaturgie naissante que l’auteur nous donne à lire, enrichie d’un commentaire pertinent et d’une fine analyse qui trahissent la formation littéraire de l’historien. C’est aussi sa manière à lui de rendre hommage à une maison de théâtre qui s’est consacrée tout entière au développement d’une dramaturgie proprement acadienne.

C’est en réactivant la mémoire d’un théâtre que Lonergan contribue à briser le silence des vestiges de la représentation, artefacts précieux pour la constitution d’une véritable histoire de la vie théâtrale en Acadie. Si nous ne pouvons pas grand-chose contre l’amnésie qui affecte l’instantané d’une représentation, tâchons au moins de récupérer l’élément durable et assurons au texte qui a donné naissance au jeu la conservation nécessaire à le mettre en état de fonctionner à nouveau, à tout le moins pour le chercheur, mais si possible aussi pour un nouveau public. C’est un des mérites du texte de Lonergan, me semble-t-il, que de constituer, au-delà du bilan d’un parcours, un formidable plaidoyer en faveur de la conservation et de l’interprétation des ruines en vue de la reconstitution d’un imaginaire perdu… ou silencieux.

Cette histoire de l’Escaouette constitue donc un fragment important d’une histoire du théâtre acadien qui reste encore à faire.

Zénon Chiasson

 

Zénon Chiasson a fait toute sa carrière à l’Université de Moncton, où il a été professeur de littérature et d’histoire du théâtre, doyen de la Faculté des arts et où il assume la direction des Affaires professorales depuis 2001. Il a été le président du conseil d’administration du théâtre l’Escaouette de 2003 à 2008.

1. La naissance : 1977-1978

En mai 1977, les premiers finissants du bac spécialisé du Département d’art dramatique de l’Université de Moncton obtiennent leur diplôme. Ils sont déterminés à travailler dans leur domaine en Acadie plutôt qu’à s’expatrier. Mais entre l’affirmation et la réalité, la marge est grande.

En cette année 1977, il n’y a que le Théâtre populaire d’Acadie (TPA) qui se dit professionnel, tout en étant conscient qu’il s’agit d’une démarche plutôt que de la réalité, la plupart des comédiens étant issus du théâtre communautaire. Ces derniers se forment en jouant sous l’animation éclairée du cofondateur Réjean Poirier. Comme son nom l’indique, le TPA s’est donné la mission de promouvoir la dramaturgie acadienne et de faire connaître des auteurs reconnus de tout horizon. Fondée en 1974, la compagnie a déjà une dizaine de pièces à son actif, qu’elle présente dans son théâtre de Caraquet. Elle a créé des œuvres de Laval Goupil, un des fondateurs, de Jules Boudreau (dont Louis Mailloux avec Calixte Duguay) et d’Herménégilde Chiasson (L’amer à boire) et a produit des textes de Michel Tremblay, Gustave Flaubert, Jean-Claude Germain et Michel Garneau.

À Moncton, le théâtre Les Feux Chalins a fermé ses portes en 1976, non sans avoir auparavant espéré devenir professionnel, d’autant plus qu’il avait créé La Sagouine d’Antonine Maillet en 1971, et Tête d’eau de Laval Goupil en 1974. À l’automne 1975, Les Feux Chalins avaient créé La Galance, une troupe de théâtre jeunesse dirigée par Marie Cadieux, qui regroupait les comédiens Philippe Beaulieu, Bernard LeBlanc, Chantal Cadieux et Jean-Marie Melanson. Ils produisent une création collective, Les Clounes aux Olympiques, en cette année où les Olympiques d’été ont lieu à Montréal, et entreprennent une tournée dans les écoles élémentaires acadiennes du Nouveau-Brunswick. Mais la tournée est interrompue à cause de l’amygdalite aiguë dont souffre Beaulieu.

L’autre troupe de cette ville, le Théâtre amateur de Moncton (TAM), a été fondée par Laurie Henri en 1969. Elle aussi reprend des œuvres reconnues et crée des œuvres acadiennes comme Les tombes de madame Mélanie d’Huguette Légaré (1975), Les pêcheurs déportés de Germaine Comeau (1976) et en une soirée, trois courtes pièces de Clarence Comeau (1978). Laurie Henri est un animateur hors pair déterminé à ce que le théâtre se développe en Acadie.

Tout en étudiant au Département d’art dramatique, Philippe Beaulieu est membre du TAM depuis septembre 1973, et il convainc Roger LeBlanc, lui aussi étudiant, et Bernard LeBlanc, un charpentier passionné de théâtre, de devenir membres. Les trois jouent dans Dormez, je le veux de Georges Feydeau, que met en scène Laurie Henri.

Au printemps 1976, Roger LeBlanc propose au TAM d’appuyer un projet estival de tournée pour enfants, ce que Laurie Henri accepte de faire. Roger LeBlanc écrit alors Kouchibou quoi?, qui s’inspire des expropriations à Kouchibouguac pour traiter de la façon dont le pouvoir est entre les mains d’une élite plutôt qu’entre celles de la population. Dans le groupe, on retrouve Marcia Babineau, étudiante au Département, Philippe Beaulieu, qui vient de quitter le Département à la suite d’un conflit avec un professeur, et Bernard LeBlanc.

Le directeur du Département, Jean-Claude Marcus, a aussi l’idée de donner à ses étudiants des outils qui pourraient leur permettre de créer une compagnie de théâtre. Si l’on fait exception des spectacles de marionnettes de Jean Péronnet, les créations pour la jeunesse sont inexistantes. Plusieurs des exercices des étudiants sont consacrés à des pièces qui s’adressent à cette clientèle et dont deux sont des commandes à de jeunes écrivains acadiens : Raymond Guy LeBlanc écrit As-tu vu ma balloune? (1974) et Herménégilde Chiasson, Becquer bobo (1975).

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