//img.uscri.be/pth/9bc222304b4c04246c34bbb85d04253c0c8df20c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Tous ceux qui tombent

De
79 pages
Tous ceux qui tombent, pièce radiophonique en un acte pour onze personnages, a été composée d’abord en anglais, sous le titre All that Fall, en 1956, puis traduite en français par Robert Pinget en 1957. La pièce diffusée pour la première fois le 13 janvier 1957 à la BBC, puis en février 1959 à la RTF, connaît un très grand succès.
La radio est un média qui intéressa beaucoup Samuel Beckett. C’est sans doute cette réflexion sur le son en général, et non sur la seule voix, qui l’amène à imaginer une pièce où les effets sonores vont jouer un rôle capital.
« Jamais pensé à la technique du théâtre pour la radio, mais au plus profond de la nuit m’est venue une belle idée horrible pleine de roues qui grincent et de pieds qui traînent, d’essoufflements et de halètements, qui pourrait – ou pas – aboutir. »
Samuel Beckett
Voir plus Voir moins
Tous ceux qui tombent
OUVRAGES DE SAMUEL BECKETT
Romans et nouvelles Bande et sarabande Murphy o Watt (“double”, n 48) Premier amour o Mercier et Camier (“double”, n 38) o Molloy (“double”, n 7) o Malone meurt (“double”, n 30) o L’Innommable (“double”, n 31) Nouvelles (L’expulsé, Le calmant, La fin) et Textes pour rien L’Image Comment c’est Têtes-mortes (D’un ouvrage abandonné, Assez, Imagination morte imaginez, Bing, Sans) Le Dépeupleur Pour finir encore et autres foirades (Immobile, Foirades I-IV, Au loin un oiseau, Se voir, Un soir, La falaise, Plafond, Ni l’un ni l’autre) Compagnie Mal vu mal dit Cap au pire Soubresauts Poèmes Les Os d’Écho Peste soit de l’horoscope et autres poèmes Poèmes,suivi demirlitonnades Essais Proust Le Monde et le pantalon,suivi dePeintres de l’empêchement Trois dialogues Théâtre, télévision et radio Eleutheria En attendant Godot Fin de partie Tous ceux qui tombent La Dernière bande,suivi deCendres Oh les beaux jours,suivi dePas moi Comédie et actes divers (Va-et-vient, Cascando, Paroles et musique, Dis Joe, Acte sans paroles I, Acte sans paroles II, Film, Souffle) Pas,suivi deQuatre esquisses (Fragment de théâtre I, Fragment de théâtre II, Pochade radiophonique, Esquisse radiophonique) Catastrophe et autres dramaticules (Cette fois, Solo, Berceuse, Impromptu d’Ohio, Quoi où) Quad et autres pièces pour la télévision (Trio du Fantôme, ... que nuages..., Nacht und Träume),suivi deL’épuisépar Gilles Deleuze
SAMUEL BECKETT
Tous ceux qui tombent
PIÈCE RADIOPHONIQUE
Traduit de l’anglais par Robert Pinget
LES ÉDITIONS DE MINUIT
r1957 by L É M ES DITIONS DE INUIT www.leseditionsdeminuit.fr
MADAMEROONEY(Maddy) CHRISTY.............................. MONSIEURTYLER...............
MONSIEURSLOCUM............
................... ELL............ FITT..........
TOMMY............ MONSIEURBARR MADEMOISELLE
UNE VOIX DE FEMME DOLLY................................ MONSIEURROONEY(Dan)
JERRY...................................
Une vieille dame. Un charretier. Un coulissier en retraite. Secrétaire au champ de courses. Un porteur. Un chef de gare. Une demoiselle entre deux âges.
Une petite fille. Le mari de Madame Rooney. Un petit garçon.
Bruits de la campagne. Mouton, oiseau, vache, coq, séparément, puis ensemble.
Silence.
7
Madame Rooney avance sur la route, se rendant à la gare. Bruit de ses pas traî nants. D’une maison en bordure de la route vient une faible musique. « La Jeune Fille et la Mort ». Les pas ralentissent, s’arrêtent. MADAMEROONEY!. – Pauvre femme Toute seule dans cette vieille baraque en ruine. (Musique plus fort, dans le silence. Les pas reprennent. La musique meurt. Mme Rooney murmure la mélodie. Son murmure meurt. Bruit d’une charrette qui arrive, s’arrête. Les pas ralentissent, s’arrêtent.) C’est vous, Christy ? CHRISTY. – C’est lui, Ma’ame. MADAMEROONEY. – Il me semblait bien reconnaître le bardot. Comment va votre pauvre femme ? CHRISTY. – Pas mieux, Ma’ame. MADAMEROONEY?. – Votre sœur alors CHRISTY. – Pas pire, Ma’ame. Silence.
8
MADAMEROONEY. – Pourquoi vous ar-rêtez-vous ? (Un temps.) Mais pourquoi m’arrêté-je ? Silence. CHRISTY. – Beau temps pour les courses, Ma’ame. MADAMEROONEY. – Sans doute, sans doute. (Un temps.) Mais se maintiendra-t-il ? (Un temps. Avec émotion.) Se main-tiendra-t-il ? Silence. CHRISTY. – Vous n’auriez pas besoin des fois – MADAMEROONEY. – Chut ! (Un temps.) Le rapide déjà ? C’est pas Dieu possible ! Silence. Le bardot hennit. Silence.
CHRISTY. – Rapide mes fesses. MADAMEROONEY. – Oh Dieu soit loué ! J’aurais juré que c’était lui, ce bruit de ton-nerre au loin. (Un temps.) Alors, comme
9
ça, ça hennit, les bardots. Dans le fond, pourquoi pas ? CHRISTY. – Vous n’auriez pas besoin des fois d’un petit tombereau de fumier ? MADAMEROONEY. – Du fumier ? Quel genre de fumier ? CHRISTY. – Du fumier de cochon. MADAMEROONEY. – De cochon... Au moins vous êtes franc. (Un temps.) J’en par-lerai à mon mari. (Un temps.) Christy. CHRISTY. – Oui Ma’ame. MADAMEROONEY. – Vous ne trouvez pas ma façon de parler un peu... bizarre ? (Un temps.) Je ne parle pas de la voix. (Un temps.) Non, je parle des mots. (Un temps. Presque à ellemême.) Je n’emploie que les mots les plus simples, j’espère, et cepen-dant quelquefois je trouve ma façon de par-ler très... bizarre. (Un temps.) Miséricorde ! Quel est ce bruit ? CHRISTY. – C’est rien, Ma’ame. Il pète le feu aujourd’hui. Silence.
10