Willy Graf

De
Pompier fragilisé par une blessure, Willy Graf tente de fuir son passé. Mais celui-ci le rattrape au fur et à mesure que des personnages s’immiscent dans sa vie. Il y a d’abord Sara, auteure d’un roman dont, curieusement, le personnage principal se nomme lui aussi Willy Graf. Sara crée des situations autour du Willy Graf fictif qui se produisent par la suite dans la vie du vrai Willy Graf. Puis survient Nina qui fait renaître une partie trouble de son passé. Partagé entre une réalité à laquelle il veut se dérober et une fiction étonnamment réelle qu’il récuse, Willy Graf se trouve parachuté dans un univers absurde, dérisoire, où il perd toute emprise sur son propre destin.
SARA : À Pékin, dans l’Illinois, Willy Graf rencontre une femme qui va bouleverser sa vie : elle s’appelle Nina Bishop.
WILLY: Nina ?
SARA: Nina Bishop.
Willy est pris d’un malaise, comme un éclair de douleur qui lui traverse la colonne vertébrale.
WILLY : Elle est venue ?
SARA : Il y a trois semaines.
Temps.
WILLY : Elle m’a retrouvé ! Il ne fallait pas. (Sara fait un mouvement vers lui.) Laissez-moi. Ne me touchez pas. Laissez-moi partir.
La pièce Willy Graf a été créée par le Théâtre de la Vieille 17 à Ottawa et le théâtre l’Escaouette à Moncton en janvier 2004.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782894235973
Nombre de pages : 115
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Michel Ouellette Willy Graf
Extrait de la publication
Prise deparole THÉÂTRE
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WY GĀ
Extrait de la publication
DÛ  ĀÛÛ TÂ Le testament du couturier, Ottawa, Le Nordir,2002, prix Trillium. Requiemsuivi deFausse route, Ottawa, Le Nordir, 2001. La dernière fugue,suivi deDueletKing Edward, Ottawa, Le Nordir, 1999. L’homme effacé, Ottawa, Le Nordir, 1997. Le bateleur, Ottawa, Le Nordir, 1995. French Town, Ottawa, Le Nordir, 2000 [1996, 1994], prix du Gouverneur général. Corbeaux en exil, Ottawa, Le Nordir, 1992.
RÔĀ Tombeaux,Ottawa, L’Interligne, 1999.
BĀÛ Ś Cent bornes, en collaboration avec Laurent Vaillancourt, Sudbury, Prise de parole, 1995.
PÔŚ Frères d’hiver,Sudbury, Prise de parole, 2006. Symphonie pour douze violoncellistes et un chien enragé,avec Michel Louis Beauchamp et Louise Nolan, Ottawa, Le Nordir, 2002.
Cinquante exemplaires de cet ouvrage ont été numérotés et signés par l’auteur.
M OÛ
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éâtre
Prise de parole Sudbury 2007
Extrait de la publication
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Ouellette, Michel, 1961  Willy Graf / Michel Ouellette.
Pièce de théâtre. ISBN 9782894231975
I. Titre.
PS8579.U424W45 2007
C842’.54
C2007901819X
Distribution au Québec : Diffusion Prologue • 1650, boul. Lionel-Bertrand • Boisbriand (QC) J7H 1N7 • 450-434-0306
Ancrées dans le NouvelOntario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La maisond’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario, le Conseil des Arts du Canada, le Patrimoine canadien (Programme d’appui aux langues officielles et Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition) et laVille du Grand Sudbury de leur appui financier.
Œuvre en page de couverture et conception de la couverture : Olivier Lasser
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Imprimé au Canada. Copyright © Ottawa, 2007 Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 http ://pdp.recf.ca
ISBN 9782894231975 ISBN 978-2-89423-403-7 (Numérique)
WILLYGRAFOULACHARNEMENTDELASOLLICITUDE
En commençant la lecture du nouveau texte de nombreux dramaturges, on peut se sentir en territoire familier : leur langue, leur style, leurs personnages sont immédiatement reconnaissables. Ce n’est pas le cas de Michel Ouellette. Chacune de ses créations semble proposer un univers théâtral unique, du moins sensiblement différent du précédent. Lisez (ou relisez) French Town(1994) et essayez de voir en quoi il s’apparente auTestament du couturier(2003). ComparezLa dernière fugue(1999) àWilly Graf, vous verrez à quel point les dissemblances frappent davantage que les ressemblances. Cela ne signifie en rien l’absence de cohérence dans l’ensemble de son œuvre. Au contraire, on y retrouve des thèmes récurrents, des formes dramatiques privilégiées, des motifs chers à l’auteur, que ce soit la filiation, la création, la langue, la critique des idéologies, la juxtaposition de périodes temporelles distinctes ou le métissage culturel. Dominique Lafon a raison de souligner que
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la dramaturgie de Michel Ouellette s’est maintenant engagée « sur un chemin de traverse qui l’a mené[e] à 1 la croisée des cultures ».Willy Grafillustre bien cet engouement pour un mélange, voire un affrontement des cultures, en particulier à travers le personnage de Sara Rosenfeld, dont le passé est cosmopolite et l’héritage culturel, juif et eurasien. Artiste peintre qui a besoin de comprendre pourquoi sa « grand-mère a un numéro tatoué sur l’avant-bras », Sara Rosenfeld devient obsédée par Willy Graf, personnage éponyme, jusqu’à en faire le modèle du protagoniste de son roman. Mais il y a plus : dans la pièce comme dans le roman,Willy Grafdevient aussi — en bonne partie malgré lui — une sorte de passeur de cultures.
SARA : J ÔĀŚ WY GĀ. J ’Ā . Qui donc est Willy Graf ? Un personnage qui tente de fuir son passé, mais qui est constamment rattrapé par celui-ci. On sait qu’il vient de Fallings, village imaginaire d’Amérique situé dans un Nord incertain, et qu’après un accident qui a causé la mort d’une petite fille, il s’est réfugié à Montréal où il tente de se faire oublier. Montréal n’est en fait ici qu’une grande ville que rien ne distingue, avec ses grands édifices, ses abris pour itinérants et son quartier chinois. Sara Rosenfeld et les trois autres personnages qui entourent Willy Graf (Nina Bishop, Jacob Bassine et Ping) ont tous envers lui une sollicitude déplacée ; ils cherchent à lui imposer
1 Dominique Lafon, « Michel Ouellette : les pièges de la communalité », dansLes théâtres professionnels au Canadafrancophone.Entre mémoire et rupture, Hélène Beauchamp et Joël Beddows (dir.), Ottawa, Le Nordir, 2001, p. 273.
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quelque chose ou surgissent dans sa vie sans qu’il les ait appelés. Par exemple, il tente sans cesse de convaincre la romancière de changer de sujet, refusant d’être cette créature fictive appelée Willy Graf — un soldat américain qui rencontre une autre Sara Rosenfeld à Berlin juste après la Deuxième Guerre mondiale —, mais il est constamment rappelé à l’ordre par la fiction. La romancière lui donne l’impression d’avoir la capacité incroyable d’inventer une situation autour du Willy Graf fictif qui se produira par la suite dans la vie du vrai Willy Graf. Celui-ci, partagé entre une réalité à laquelle il veut se dérober et une fiction étonnamment réelle qu’il récuse, se trouve parachuté dans un univers absurde, dérisoire. Non seulement Sara Rosenfeld ne se contente pas de s’inspirer de Willy Graf, mais elle fait advenir les événements et les personnages dans sa vie avant de les transposer dans son roman, confondant alors fiction et réalité. Il faut ajouter à cela une jeune femme (Nina) qui transforme sa vengeance meurtrière en amour pour lui, une seconde jeune femme (Ping) qui tombe amoureuse de lui sans qu’il comprenne pourquoi et un fils (Jacob) dont il ne pouvait soupçonner l’existence, qui apparaît à sa porte avant de repartir pour toujours…
NINA : J ’Ā . J ’Ā Ā. J ’Ā . Willy Graf était-il responsable de la mort de la petite Angela, sœur de Nina Bishop ? Si la justice ne l’a pas condamné, si elle a conclu qu’il s’agissait d’un regrettable accident de voiture, Willy Graf semble malgré tout se considérer comme coupable. Il veut
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avouer son crime à Nina, souhaitant du même coup qu’elle l’exécute, punition qu’il croit mériter. Comment expliquer le renversement de situation, alors que Nina le force plutôt à l’épouser et à lui faire un enfant ? Malgré la logique en apparence tordue, c’est relativement simple : Nina ne pourrait plus se débarrasser de ce monstre qui a envahi sa vie sans disparaître elle-même. Willy Graf est un monstre, certes, mais un monstre quelque peu pitoyable depuis qu’un accident le force à rester soit couché soit debout, jamais assis. C’est ce monstre qui a occupé ses pensées depuis son tout jeune âge, le meurtrier de sa sœur, que Nina veut non plus éliminer mais transformer. Dans le monde absurde qui est le sien, Willy Graf n’agit plus ; ainsi, son dernier geste de bravoure — sauver une petite fille imaginaire d’un incendie bien réel — l’a laissé dans un état physique précaire. Maintenant, il subit complètement le destin que les autres lui imposent, il joue leur jeu, comme s’il n’y pouvait rien. D’ailleurs, deux femmes différentes ne déclarent-elles pas l’avoir inventé ? La peintre devenue romancière lui avait déjà créé une vie fictive, et voici que Nina Bishop décide qu’il devra jouer un nouveau rôle dans sa propre vie, celui qu’elle lui impose, lui qui l’a habitée durant toutes ses années. Dans son scénario, il deviendra son mari et, ensemble, ils adopteront une petite Chinoise. Ce n’est plus le temps de discuter.
JACOB : FĀ,  ÔÛĀŚ ÛŚ Ô Ô ADN Û Ô. La filiation s’avère souvent problématique dans l’œuvre de Michel Ouellette. DansWilly Graf, elle paraît
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