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Théâtres du réel en Angleterre et en Ecosse depuis les années 50

De
223 pages
Ce livre parcourt soixante années de la scène britannique contemporaine depuis les années 50. Il témoigne de la richesse du théâtre britannique actuel à partir d'une sélection de créations essentiellement basée sur l'expérience de spectatrice de l'auteur. Cet ouvrage est aussi le résultat de rencontres et de contacts émouvants avec des acteurs majeurs de la scène britannique comme Max Stafford-Clark, Caryl Chruchill, David Greig... Il prouve l'émergence de la dynamique actuelle du théâtre anglo-saxon qui s'impose en proposant de possibles ouvertures aux minorités présentes dans le pays et à une jeunesse revendicatrice particulièrement active.
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DanielleMérahi l M M
DanielleMERAHI
THÉÂTRES DU RÉEL EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE DEPUIS LES ANNÉES 50
DEPUIS LES ANNÉES 50
Légende de la photo de la couverture : Portrait de Simon McBurney par le photographe Dudley REED
Théâtres du Réel en Angleterre et en Écosse depuis les années 50
Danielle MERAHI Théâtres du Réel en Angleterre et en Écosse depuis les années 50 L’harmattan
© L'Harmattan, 2017 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
SBN : 978-2-343-13030-9 EAN : 9782343130309
PRÉFACEDanielle Merahi s’est fait connaître par une excellente monographie sur Joan Littlewood, la seule étude en français et l’une des rares en anglais. Elle poursuit sa recherche sur le théâtre britannique, cette fois-ci dans l’Angleterre et l’Écosse des années 1950 à nos jours, en se concentrant sur ce qu’elle désigne comme lesThéâtreS du réel. Cette notion qu’elle forge lui permet de redéfinir le théâtre documentaire et politique centré sur une observation de la réalité, en l’associant avec des auteurs (Caryl Churchill, David Creig), des metteurs en scène du théâtre politique (Ewan MacColl), populaire (John McGrath) ou communautaire (Peter Cheeseman), des praticiens dudevised theatre(Simon McBurney), des chorégraphes comme (Llyod Newson et son groupe DV8), des défenseurs du théâtre documentaireVerbatim(Alecky Blythe). Cette énumération à la Prévert pourrait surprendre si les arguments et les analyses de Danielle Merahi ne démontraient pas précisément que toutes ces entreprises très différentes nous aident à mieux connaître le réel. Ce ne sont plus les effets de réel et le réalisme qui qualifient ces théâtres du réel, mais la possibilité de construire et expliquer le réel à partir des procédés artistiques des œuvres. Grâce au regard éloigné de l’auteur, une nouvelle face du théâtre nous apparaît, une face cachée, mais passionnante. L’envers du théâtre, ce n’est alors pas l’illusion, la fiction, la théâtralité, c’est la vie sociale, la politique, la lutte des classes, la survie économique et le quotidien. Ce livre sur les innombrables facettes du réel vient à point nommé. Il nous invite à regarder au-delà des frontières françaises et européennes comment le théâtre renoue avec le réel et avec la politique. Les artistes qu’il évoque ne craignent pas de mettre la main dans le cambouis des rouages sociaux, de l’économie globalisée, de la misère du monde. Ils mettent aussi le doigt là où ça fait mal : dans l’engrenage. S’ils créent un théâtre pauvre, ce n’est pas au sens
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esthétique ou anthropologique d’un Kantor ou d’un Grotowski, mais à celui d’un théâtre travaillant dans des conditions précaires, à l’image des personnes dont il évoque les vies quotidiennes. Selon la théorie classique de la mimésis, le théâtre est censé montrer la réalité directement et exactement. Cette mimésis, définie pour la première fois par Aristote, désigne beaucoup de choses : la représentation, l’imitation, la ressemblance, la vraisemblance. Au dix-neuvième siècle, juste avant le modernisme vers la fin de ce siècle, le réalisme prétend reconstituer le réel, enregistrer le monde tel qu’il est, aussi laid et cru soit-il. Le théâtre ne jure alors que par le vrai et le vraisemblable. Avec l’arrivée concomitante de la mise en scène et du modernisme, le théâtre, au contraire (par exemple le théâtre symboliste), insiste sur la constitution formelle de la représentation, il tend à se replier sur lui-même, sans renvoyer directement au réel. De la même manière, le postmodernisme, dans les années 1950 et 60, puis le postdramatique dès les années 1970, se méfient de la référence à la réalité. Depuis les années 1990, on assiste, dans les arts et au théâtre, à un retour du réel, sans en revenir pour autant à la totalité de la représentation, comme pouvaient autrefois la réclamer Hegel, Marx ou Lukacs. Ce retour en force de la réalité dans les arts plastiques ne se produit pas par hasard. C’est un peu le retour du refoulé. Un théâtre virtuose et brillant, centré sur les inventions de la mise en scène a régné jusqu’aux années 1980, sans trop réfléchir sur son éloignement progressif du monde social. L’arrivée du culturalisme et du « tout-culturel », la montée en force desperformancesstudies chargées d’aborder toutes sortes decultural performances, tout ceci a précipité la fin du politique au profit du culturel, de l’humanitaire et du compassionnel. Ce retour du référent social ou politique revient aussi avec le plaisir de raconter et d’écouter des histoires, d’apprécier le sens dramatique d’une fable bien construite et d’un récit bien mené, de reconnaître un univers familier. Plaisir d’autant plus manifeste que le public était un peu dérouté et lassé par le formalisme postmoderne ou la virtuosité vide postdramatique. Ainsi donc, avec ce retour de la réalité socio-politique, ce public pouvait s’élargir à vue d’œil, puisque les thèmes, les programmations, les orientations de la politique culturelle ouvraient le théâtre à la communauté des amateurs, des écoliers et des étudiants : autant de groupes directement concernés par des questions socioculturelles qu’ils souhaitaient voir traitées sur la scène, en participant de près ou de loin à son élaboration. 8
Dans son livre très bien documenté, Danielle Merahi étudie en détail les différentes tendances de ces théâtres du réel, elle montre l’originalité de chaque forme ou de chaque expérience. Sa tâche est double : d’une part, identifier les œuvres et les genres qui s’ouvrent et nous ouvrent à la réalité ; d’autre part, indiquer quel type de réel se crée et se manifeste sur la scène. Le théâtre, depuis le début du nouveau millénaire, est de nouveau en prise sur le monde. Ces retrouvailles avec le réel nous ramènent à la politique par des chemins bien différents de ceux d’autrefois : non plus comme agit-prop ou dans de grandes fresques historiques, mais sous des formes concrètes : enquêtes sur le terrain, montage de citations utiliséesverbatim, débats sociopolitiques à l’intérieur de la représentation. Ainsi se mêlent des discours, des enquêtes, des ouvertures sur le monde, qui trouvent pour chaque cas particulier les moyens théâtraux ou performatifs d’exprimer leur parcelle de réalité. On peut imaginer, sous l’impulsion de l’étude de Danielle Merahi, bien d’autres formes possibles de théâtres du réel, ne serait-ce qu’en combinant les paramètres des différentes expériences. On pourrait presque croire, avec un peu d’optimisme ou de naïveté, que le théâtre réaliste nous ouvrira les portes du réel, nous expliquera le fonctionnement du monde. Pourtant nous savons bien, depuis la théorie psychanalytique de Lacan, que le réel est ce qui résiste toujours à la représentation. Le réel, c’est l’impossible, dit-on… Mais qu’en est-il de la connaissance du réel social avec les moyens du théâtre ? Que pouvons-nous apprendre des mécanismes de la société ? Comment illustrer avec la scène des questions sur la politique ou la financiarisation de l’économie, processus de plus en plus complexes qui échappent en grande partie aux experts eux-mêmes ? L’invention formelle des auteurs et des metteurs en scène, des performers et des activistes, peut-elle devenir un outil ou une arme redoutable ? À toutes ces questions non formulées, Danielle Merahi répond parfaitement dans son ouvrage. Paradoxalement, une forme originale est souvent d’autant plus effective qu’elle s’éloigne d’une représentation mimétique réaliste. Le réalisme ou le naturalisme ne sont plus du tout une garantie pour représenter ou expliquer le réel. Montrer le mode de vie des personnes, à supposer que cela soit réalisable sur une scène, n’est ni entièrement satisfaisant ni suffisant pour faire comprendre (et pas seulement figurer et ressentir) la situation psychosociale des 9