Thermes-Mercader. Notice sur les eaux minérales sulfureuses de Vernet (Pyrénées-Orientales), par H. Silhol,...

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impr. de Boehm (Montpellier). 1852. In-8° , 80 p., planche.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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LES EM MINÉRALES SULFUREUSES
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VERMET
( l'YHÉNÉES-OKIENTALES ).
I*ai- le Docteur H. SILHOIi.
MONTPELLIER.
TYPOGRAPHIE DE BOEHM, PLACE CROIX-DE-FER.
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Bains Mercader à Vernet (Pyrénées orientales.)
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THERMES-MERCADER.
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LES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
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VERNET
( PYRÉNÉES-ORIENTALES ).
^ PAR H. SILHOL,
-'.-'Jiïocteur-Mécleciii, à Montpellier.
MONTPELLIER.
TYPOGRAPHIE DE BOEIIM, PLACE CROIX-DE-FER.
1852.
Indication des matières.
1° Vernet et ses environs.
2° Les Bains-Mercader.— Analyse des sources, leur identité avec
les Eaux de Molitg.
3° Du mode d'action des Eaux en bains, douches et boisson. —
De l'emploi des vapeurs dans les maladies des organes
pulmonaires, etc. — Observations médicales.
NOTICE
suit
LES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
DE VEMET
( PYRÉNÉES-ORIENTALES ).
Première Tfaviie.
CHAPITRE PREMIER
Vernet et ses environs.
Pays riche et curieux, tout
abonde à Vernet.
BOURDON, Guide aux
eaux minérales
I.
A l'extrême sud-est de la France, au point où la
chaîne des Pyrénées s'incline vers la Méditerranée
en courbe sinueuse, se déroule une contrée d'un
aspect singulièrement pittoresque. On dirait la trans-
ition entre l'Orient et l'Occident, l'Espagne mau-
resque et la France. Le ciel bleu , l'ardent soleil de
l'Andalousie s'y tempèrent des fraîches brises et de
— 6 —
l'ombre immense des monts Pyrénéens. L'ethnolo-
gie y retrouve encore la trace vivante des invasions
germaniques, visigothes, alaines, suèves, étrange-
ment unies aux réactions méridionales , musulma-
nes et chrétiennes, arabes et catalanes ; l'histoire y
sent palpiter les grandes existences des temps féo-
daux ; la géologie , la minéralogie , la botanique y
rencontrent chaque jour de nouveaux trésors ; le
commerce, l'industrie, l'agriculture la revendiquent
comme un de leurs plus riches domaines; et la mé-
decine en a fait l'Éden toujours fleuri et parfumé,
le paradis terrestre, consolateur des douleurs hu-
maines.
Ce doux pays porte dans l'histoire les deux
noms fraternels de Cerdagne et de Roussillon.
Alternativement espagnole et française , engagée
par Jean II d'Aragon à Louis XI, cédée par Char-
les VIII à Ferdinand Ier, définitivement réunie à la
France par le traité de Westphalie en 1648, cette
contrée forme aujourd'hui le département des Pyré-
nées-Orientales.
C'est précisément au point où le Canigou dresse
son gigantesque sommet , que se cachent, dans un
nid de verdure , au bord des eaux murmurantes ,
abritées par un repli de la montagne contre les vents
d'hiver, le village de Vernet et l'établissement des
Eaux-Mercader.
Le village de Vernet, dont la population est de
huit cents habitants, s'élève coquettement sur les
premiers terrassements de la montagne, d'où il
domine une grande et fertile vallée. Le mont Ca—
nigou, à la cîme blanchie par des neiges éternelles ,
se dresse à l'horizon , et forme le contraste le plus
frappant avec la magnifique et luxuriante végéta-
tion que les eaux toujours fraîches et l'ardent so-
seil du Midi entretiennent dans cette contrée. La
beauté des sites , la variété des promenades , la
fraîcheur des ombrages en font un séjour délicieux,
surtout en été. Le ciel y est si beau , l'air si lim-
pide et si pur, que le fiévreux voit disparaître ses
accès ; les malades et les convalescents puisent de
nouvelles forces et trouvent déjà, dans la contem-
plation des frais paysages que leur offre une nature
si variée, un premier adoucissement à leurs maux.
De Perpignan à Vernet on suit la belle route dé-
partementale qui traverse le Roussillon et se dirige
vers la Cerdagne , en passant au fort Mont-Louis.
Bordée de grenadiers, de cactus, d'aloès, et çà et là
d'orangers et de lauriers-roses eu pleine terre , elle
conduit à travers les riants vallons d'Ille, de Vinça
et de Prades, jusques à Ville franche, dont les for-
tifications extérieures barrent le chemin. Là, après
avoir traversé des bastions , des ponts-levis, laissant
à droite cette ville forte, vous vous engagez dans
une gorge étroite, que dominent de tous côtés de
hautes montagnes coupées à pic.
— 8 —
Telle est l'entrée du vallon de Vernet.
D'abord, le passage est si resserré, [si profon-
dément encaissé , qu'à peine y a-t-il place pour
la route et le lit d'une petite rivière que l'on côtoie
quelque temps. Mais bientôt les montagnes s'écar-
tent, le terrain s'élargit, se relève insensiblementf
et l'horizon s'agrandit. On chemine au milieu de
vertes prairies bien ombragées ; vient ensuite le
village de Cornella avec ses bois-taillis de "eunes
châtaigniers, et ses nombreux vergers tout cou-
verts de fruits. De tout côté on entend le murmure
des eaux qui, dirigées par un admirable système
d'irrigation , vont porter dans les champs la vie et
la fertilité. Dans le fond du tableau sont les Pyré-
nées ; la tour du Goua s'y dresse au loin comme un
fantôme, tandis que sur les flancs du Canigou appa-
raît , suspendu sur l'abîme , l'antique monastère de
Sl-Martin.
C'est encore sous l'impression de ce ravissant
paysage, que le voyageur arrive sur la place publi-
que de Vernet. De ce lieu même , à une distance
de cent cinquante mètres environ, on aperçoit les
Thermes Mercader, auxquels conduit une allée de
superbes platanes.
Théâtre de toutes les fêtes et de tous les jeux,
promenade habituelle du village , celte grande place
devient aussi, après dîner, le rendez-vous de tous
les baigneurs. Dans les grandes solennités, elle sert
— 9 —
d'arène pour la course aux taureaux. Enfin, c'est
là que, presque tous les dimanches, s'exécutent les
Bayes (1), ces danses roussillonnaises si piquantes et
si originales.
Deux voitures publiques , parfaitement servies ,
partent de Perpignan tous les jours , à dix heures et
demie du matin et à dix heures du soir ; on peut
également, par une ligne bien établie, se rendre à
Vernet en poste.
(I) La danse des Bayes est particulière aux habitants du Rous-
sillon. Ils l'aiment avec passion et s'y livrent avec excès. Elle est
vraiment nationale pour eux. Les hommes ouvrent ordinairement
!o hait, la contre-danse, par un contrapas dont le rhythme syncopé
accuse une origine grecque suivant les uns, arabe suivant les au-
tres. Tantôt séparés , tantôt se tenant par la main , ils forment un
grand rond, ou dansent sur une môme ligne ; puis, à un signal
donné, les femmes viennent se mêler aux danseurs. Alors, la mesure
devient plus précipitée, le rhythme musical a changé. Rien n'est
plus gracieux, plus pittoresque que cette foule d'hommes ou de jeu-
nes femmes aux couleurs éclatantes, bizarrement mêlés et toujours
sans cohue. Mais voici le point d'orgue ! Des groupes se forment;
les cavaliers prenant leurs dames sous le bras, les soulèvent ensem-
ble et figurent une pyramide dont le sommet offre les têtes gracieu-
ses des femmes, et la base les jambes musculeuses des hommes.
Les plus adroits enlèvent différemment leur danseuse, et, par un
tour de force et d'adresse , les placent sur la main comme sur un
siège. Ces danses s'exécutent aux sons d'une musique bizarre
d'abord ; mais qu'on finit par trouver agréable. Cinq instruments
composent ordinairement l'orchestre : lo flariol, sorte de flageolet,
un tambourin, deux hautbois, prima et ténor, la cornemuse, la
borassa.
— 10 —
II.
Le touriste en quête de souvenirs poétiques et
de sites pittoresques, le peintre elle savant, l'homme
de lettres comme l'industriel, trouvent dans les
environs de Vernet une infinie variété d'excursions
pleines d'attraits. Tantôt, c'est le monastère de St-
Martin, avec ses hardis terrassements, sa haute
tour suspendue au flanc du Canigou, ses arceaux en
ruines et sa chronique féodale, dont la drama-
tique et sombre histoire du comte Guifred anime
les récits du pâtre à la veillée. Plus loin , la fontaine
de las Esquières, aux belles chutes, aux eaux glacia-
les; les mines de fer de Fillols, et leurs splendides
stalactites; les immenses grottes de Saint-Michel;
les ruines imposantes de l'abbaye de ce nom, d'une
magnifique et à la fois bizarre architecture gothi-
que. Au retour, les forges de Ria, où le minerai
revêt toutes les formes sous l'action irrésistible
d'une puissante chute d'eau , et Villefranche, au
sombre aspect, aux fortifications accidentées. Paysa-
ge multiple, d'un caractère grandiose, plein d'effets
inattendus ; ici, déployant au penchant des mon-
tagnes les richesses d'une végétation luxuriante ;
là, les Pyrénées redressant tout à coup leurs cîmes
altières que domine la masse imposante du Cani-
gou , du sommet duquel l'oeil émerveillé plane à la
— 11 —
fois sur l'Espagne et la France, sur les riches vallées
du Roussillon et de la Catalogne, qui s'inclinent
vers les flots d'azur de la Méditerranée, où elles
semblent aller se perdre.
Deuxième Paviie.
CHAPITRE PREMIER.
Thermes Mercader.
Les thermes Mercader ont acquis
une réputation non contestée, et
basée rapidement sur l'expérience.
M. Bouis ; Rapport fait à la
Société Philomalique de Per-
pignan. 1837.
Vernet possède des sources sulfureuses connues
depuis des siècles, que l'historien Carrère fait re-
monter quoique sans fondement jusqu'à la période
romaine. Pendant longtemps ces eaux n'ont été
utilisées que par les paysans de la contrée, qui les
prenaient gratuitement, soit en boisson, soit en
bains en se plongeant dans une piscine (1). Les
sources dont nous allons nous occuper, n'ont pas ,
bien s'en faut, une origine aussi ancienne ; mais
(1) La population de Vernet jouit encore de ce privilège sur les
anciens thermes.
— 15 —
elles se sont promptement recommandées par leurs
bienfaits à l'attention des praticiens les plus distin-
gués. Elles coulent à l'entrée du chemin de Castell,
à cent cinquante mètres de la grande place de Vernet.
C'est là que le propriétaire des terrains , M. Mer-
cader, homme laborieux, actif, infatigable, a fondé
le bel établissement thermal auquel le public, juste
appréciateur, a conservé le nom de Bains Mercader.
Cet établissement se compose de plusieurs bâti-
ments isolés et indépendants les uns des autres.
Leur ensemble peut recevoir jusqu'à cent vingt
baigneurs, et leur offrir depuis le cabinet le plus
modeste jusqu'à l'appartement le plus confortable.
Le premier local, le plus vaste de tous , est une
grande et belle maison à trois étages , dont la façade
est peinte à l'italienne. Au rez-de-chaussée règne un
large et long corridor, espèce de péristyle à portiques
élégants, qui donne sur une terrasse bordée d'un petit
jardin anglais. Dans ce corridor s'ouvrent les cabi-
nets des bains. Ils sont parfaitement tenus, vastes,
bien aérés et garnis de baignoires en marbre blanc
d'Italie. Des fenêtres de ce bâtiment et de la terrasse
quile précède, l'oeil surpris domine la vallée, suittous
les détours de sa petite rivière et admire les magni-
ficences que la nature a multipliées dans cette con-
trée pittoresque. Quatre sources principales ali-
mentent cet édifice. L'une d'elles porte le nom de
Buvette de santé, et coule au pied de la terrasse. On
— 14 —
y trouve des cabinets de douches, un vaporarium
et des tubes d'aspiration des vapeurs sulfureuses.
Le second bâtiment, d'une construction toute
récente, situé au bas du jardin anglais, contient au
rez-de-chaussée des cabinets de bains avec des bai-
gnoires également en beau marbre blanc; ils sont
destinés aux bains chauds et alimentés par la source
la Bienfaisante Ursule, dont la température est à 42°
C.;un vaporariumkvoûte sphérique, pour prendre
les bains de vapeurs ; la grande salle des douches
divisée en plusieurs compartiments, dans lesquels on
trouve une très-grande variété de douches chaudes
et froides pouvant satisfaire à toutes les indications.
Nous aurons occasion de les signaler plus tard, en
parlant de leurs effets thérapeutiques. Au premier
étage sont situés des logements commodes, agréa-
bles et un Salon sulfuraire, chauffé naturellement par
les eaux, et dans lequel sont disposés convenable-
ment des tubes pour l'inspiration des vapeurs sulfu-
reuses. Ce joli salon occupe une des positions les
plus agréables : un double vitrage sert à former sur
le devant une charmante galerie toute vitrée, d'où
l'on peut jouir de la plus belle vue de la vallée, et
prendre le soleil en hiver, sans être exposé aux va-
riations de l'atmosphère.
Le troisième bâtiment est attenant à celui dont
il vient d'être parlé ; il s'élève également sur le bord
de la grande route.Ce bel hôtel, d'une construction
— 15 —
élégante, est spécialement consacré à cette classe
d'heureux baigneurs qui ne fréquentent les eaux que
pour y chercher le plaisir, ou étendre leurs relations
sociales. Il présente et ce confortable et ces agré-
ments qui donnent de l'animation et un charme parti-
culier à la vie des bains, considérée au point de vue
des plaisirs. Il offre à ses hôtes une vaste salle à
manger, des salons élégamment décorés, le billard,
le piano , des trictracs , des échecs , enfin tous les
accessoires aujourd'hui devenus indispensables.
N'oublions pas surtout une table-d'hôte remarqua-
blement bien tenue,qui a déjà conquis une véritable
célébrité gastronomique. On y sert des truites en
profusion, quantité de gibier, quelque cher et rare
qu'il puisse être, et grâce à la facilité des communi-
cations avec Perpignan, les produits les plus recher-
chés de la Méditerranée. Les fraises et les framboises
des Pyrénées y abondent, et souvent, en voyant
paraître un quartier d'isard , on se croit à Cauterets
ou à Bagnères. Quoique le vin d'ordinaire y soit
excellent, puisqu'on le tire de Cornella, pays renom-
mé par ses vignobles, on fournit, à des prix modé-
rés , toute sorte de vins vieux, première qualité :
Bordeaux, Saint-George , Langlade , muscat de
Rivesaltes, de Lunel (de Gautier-Rouët), etc.
Enfin, chose très-rare dans le voisinage de toutes
les eaux minérales , et que savent apprécier les
dames , les eaux potables de Vernet sont d'une pu-
reté, d'une fraîcheur délicieuse.
— 16 —
Nous croyons utile de faire connaître la position
exceptionnellement favorable dont jouissent les
Thermes Mercader, situés à 200 mètres du torrent,
au pied d'une montagne qui les protège contre les
brises chargées d'humidité qui descendent de la
vallée de Castell, en suivant le cours de l'eau. Au-
delà du torrent est la Pègne, haute montagne au
pied de laquelle coulent les sources des anciens
thermes. Pendant l'hiver, ce pic majestueux couvre
la vallée de son ombre gigantesque; mais elle ne
saurait atteindre l'établissement Mercader et le pri-
ver de ce soleil du Midi qui ranime les forces et fait
éclore la santé. Cette position des plus heureuses
préserve les baigneurs des courants frais et humi-
des, tout en permettant, pendant l'hiver, de se
réchauffer à la chaleur vivifiante des rayons du
soleil.
M. Mercader gère lui-même son établissement,
dont il est le créateur. Perfectionner son oeuvre,
l'élever au premier rang des établissements ther-
maux en ce genre , tel est le but qu'il poursuit avec
une persévérance inébranlable , quels que soient
les obstacles qu'il rencontre sur sa route. Pour lui,
les baigneurs ne sont pas une mine qu'il faut exploi-
ter ; son établissement n'est point une oeuvre mer-
cantile , mais une oeuvre de dévouement à l'huma-
nité. Aussi, nous le disons bien haut, le malade
qui fait la dépense la plus modeste , est assuré d'y
— 17 —
recevoir toujours les mêmes soins, les mêmes pré-
venances , les mêmes sympathies.
Pour nous résumer, en deux mois, sur son compte,
nous n'avons jamais ouï dire que les malades soient
partis mécontents de ses bains, ni de sa table, tou-
jours servie abondamment et d'après lesrèglesd'une
saine hygiène.
CHAPITRE II.
Sources du chemin de Castell; leur origine, leur température,
leur volume, leurs principes chimiques, etc.
M. Mercader ayant conçu le projet d'ouvrir à son
pays une voie nouvelle de prospérité, mit à décou-
vert, par des fouilles profondes, trois sources qui
apparaissaient primitivement en minces filets dont
l'odeur, la saveur et le dépôt blanc , glairineux , les
faisaient reconnaître pour des eaux sulfureuses. C'est
en 1832, que le gouvernement a autorisé l'emploi de
ces eaux en bains et boisson, d'après un remarquable
travail d'analyse chimique fait par M. Bouis, profes-
seur de chimie à Perpignan. Depuis celte époque, on
a vu s'élever successivement les belles constructions
dont l'ensemble constitue les Thermes Mercader.
Il ne sera pas dépourvu d'intérêt de faire con-
naître ici les opinions qu'ont émises à différentes
époques , sur la valeur de ces sources, des hommes
2
— 18 —
dont la science a su apprécier les travaux. Ce sont
tout autant de jugements que ces auteurs ont for-
mulés d'après une étude approfondie de la nature
de ces eaux.
EXTRAIT
D'un Rapport de M. le docteur Fontan , chargé, par le Ministre du
commerce, d'analyser les eaux minérales des Pyrénées.
« Les eaux du Vernet sont situées au pied du Canigou.
Elles doivent à cette position d'être les plus sulfureuses
du Roussillon.
EXTRAIT
D'un Rapport de M. Bouis, imprimé dans le Bulletin de la Société des
sciences, belles-lettres, arts industriels et agricoles,
des Pyrénées-Orientales.
« Les eaux Mercader sont utilisées dans les mêmes cir-
constances des eaux de Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées),
des eaux de Molitg (Pyrénées-Orientales).
EXTRAIT
D'un Rapport sur les eaux minérales, lu à l'Académie royale de Médecine,
par M. Pâtissier, le 14 avril 1841.
« A Vernet (Pyrénées-Orientales) , les sources sont si
variées qu'on y observe des eaux analogues à celles de
Barèges, Bonnes, Saint-Sauveur. »
Si Bordeu fut le créateur de Barèges, Anglada a
été celui des Pyrénées-Orientales ; et M. Bouis , qui
fut son collaborateur et ami, mérite, à tous égards,
d'être son continuateur.
— 19 —
Six sources principales , dont les caractères fon-
damentaux sont identiques et qui ne varient que
par leur température, constituent les ressources mé-
dicales de l'Établissement.
Désignation «les Sources.
NOMS. Température. Cubage,
liaius du grand Établissement.
Litres.
N° 1. Source de la Buvette... 52° c.
N° 2. Source de Castell 55° 5 60
N° 5. Source de la Barnousse. 57° 3 -1/2
N° 4. Source du Torrent 59° 53 1/2
Iîains de la Maison-Neuve.
N° 5. Source Ursule 42° 40
N° 6. Source 40° 100
Le tableau ci-dessus fait connaître les sources,
dont les noms sont tirés, pour la plupart, de la po-
sition qu'elles occupent. Il fait connaître également
leur température et leur débit dans une minute. La
Buvette coule dans le petit jardin anglais ; sa tempé-
rature est celle des Eaux-Bonnes , et , comme son
nom l'indique, elle est destinée à la boisson. Les
sourcesNos 2, 3 et 4 alimentent les bains et dou-
ches du grand établissement.
C'est avec un art ingénieux que M. Mercader
tire parti des ressources naturelles de son établis-
sement. Ainsi, les eaux sont dirigées directement
— 20 —
par des tuyaux bien disposés , de la source dans
des baignoires qu'elles remplissent de bas en haut.
Cette manière de remplir les baignoires, présente
le grand avantage de prévenir la déperdition du
principe sulfureux , qui se dégageait pendant la
chute de l'eau. Quand l'eau n'est pas ainsi utilisée
immédiatement, elle reflue , se répand dans un
grand réservoir où elle est hermétiquement en-
fermée, et de là , elle va encore se distribuer aux
baignoires par des tuyaux particuliers. On comprend
facilement toute l'importance d'une si heureuse
disposition, qui permet à l'eau sulfureuse de se
rendre directement de la source aux baignoires ,
sans avoir rien perdu, ni de ses principes niinéra-
lisateurs , ni de sa température. Jusqu'à ce jour,
cette source a été assez abondante pour que l'eau
du réservoir n'ait été employée que pour abaisser la
température du bain, et pour l'usage des personnes
qui prennent les bains tièdes. Les sources Nos 5
et 6 sont utilisées pour les bains de la Maison-Neuve,
pour les douches, pour les vapeurs; et, pendant
l'hiver, leur excédant sert au chauffage des ap-
partements , dans lesquels l'eau chaude se distribue
par des tuyaux appropriés à cet objet. Ce système
de chauffage, qui fonctionne depuis le mois de
décembre dernier, présente de précieux avantages,
en permettant aux malades de prendre les eaux
sulfureuses en toute saison.
— 21 —
Ces deux sources ont été découvertes, la pre-
mière en avril 1851, et la seconde en octobre de la
même année. Elles font le plus grand honneur au
génie entreprenant de M. Mercader. Persuadé que
les sources qui alimentaient ses thermes n'étaient
que des ramifications de troncs principaux , il n'a
pas craint de fouiller, à grands frais , dans les flancs
de la montagne, à travers des roches granitiques.
Le succès a dignement couronné ses elforts et ses
espérances ; le plus brillant avenir est donc réservé à
son établissement, dont les sources peuvent servir
actuellement plus de mille bains par jour.
Nous allons noter ici la température du bain tel
qu'il est pris dans différents cabinets. Selon nous,
en effet, outre la connaissance des divers principes
dont l'analyse chimique s'applique à démontrer la
présence dans une eau minérale, il est indispensa-
ble que le médecin sache quelle est la température
de cette eau, non-seulement prise à la source, mais
surtout au moment du bain. Il serait encore essen-
tiel de distinguer soigneusement la chaleur natu-
relle, de celle qui pourrait être produite par des
moyens artificiels.
22
Bains du Grand Etablissement.
SOUBCE DU TORRENT. TEMPÉRATURE.
Bain au cabinet N° 1 57° c.
Bain au cabinet N° 6 55° 1 /5
Bain au cabinet N° 10 53° 1/2
BAINS NEUFS.
Bain au cabinet N° 1 39° 1/2
Ces divers degrés de température peuvent être
modifiés à volonté, par l'addition de l'eau sulfureuse
du réservoir dont nous avons parlé. A la suite d'un
bain pris à la source Ursule, nous avons, nous-
même , éprouvé des picotements à la peau, une
forte chaleur, de la fièvre et de l'insomnie pendant
toute la nuit. Il n'est pas un médecin qui ignore que
le bain d'eau sulfureuse à plus de 40° cent., peut
avoir les conséquences les plus funestes.
Les ouvrages du professeur Anglada, et plus par-
ticulièrement les beaux travaux de M. Bouis, nous
ont fourni les détails chimiques suivants, sur les
sources Mercader. Elles présentent l'ensemble des ca-
ractères des autres sources sulfureuses des Pyré-
nées-Orientales , qui ont aussi une grande analogie
de composition avec les mêmes eaux de la partie
occidentale des Pyrénées. Voici ces caractères, tels
qu'ils ont été observés par M. Bouis: 1° dégage-
ment de gaz azote au bouillon des sources ; 2° pro-
duction rapide de glairine ou de barégine ; 3° soufre
combiné formant un hydrosulfate ou un sulfure ;
4° alcali carbonate ; 5° proportion très-minime de
sels terreux; 6° proportion abondante de silice , re-
lativement aux autres matériaux fixes ; 7° petite
quantité de principes minéralisateurs ; 8° naissance
de la source sur un terrain primordial.
Ces eaux ont absolument les mêmes ingrédients,
et dans des rapports à peu près identiques , que la
grande source des anciens bains de Vernet. « Une
« telle conformité de résultats ne permet nullement
» de douter que les eaux thermales du chemin de
» Castell ne soient lout-à-fait comparables, par
» leur constitution chimique, aux eaux de l'ancien
» établissement thermal (1). En vertu de leur tem-
» pérature bien moins élevée, elles peuvent être
» immédiatement appropriées à certaines indica-
» lions particulières, avec toute la puissance de
u leur ingrédient sulfureux. Il serait seulement à
» désirer que les eaux de ces trois sources (2) se
» montrassent plus abondantes, et qu'on put les
» mettre en oeuvre avec une température plus éle-
(1) Traité des eaux minérales des Pi/rénces-Orienlales, par le
professeur Anglaila , p. 195.
(2) Los sources rtuTorreul, île la IJarnousse et de (laslell riaient
alors les seules connues. Anglaila, Inc. rit., p, |!H.
2-i
» vée de 4 à 5 degrés, qui permit d'étendre à
» un plus grand nombre de cas leur utilité théra-
» peutique. »
Dans le passage ci-dessus, le célèbre professeur
de Montpellier proclame les avantages spéciaux
des sources du chemin de Castell. Les voeux qu'il
émet sont complètement réalisés. En effet, la tem-
pérature s'élève, aujourd'hui, jusques à 42° C, et
le volume des sources est de 432,000 litres; tandis
que, à l'époque où le savant hydrologue écrivait, la
plus haute température n'était que de 37° C, et
le débit des sources n'était évalué qu'à 26,640
litres par jour (1). C'est par des travaux impor-
tants et multipliés , que M. Mercader est parvenu à
obtenir des sources plus chaudes et plus abondantes.
Ces sources sortent d'un gneiss talqueux, bleuâ-
tre, qui se désagrège avec facilité sous l'influence
de leurs eaux, et qui se recouvre alors d'efflores-
cences concrétionnées, blanches, vertes ou jaunes,
que l'analyse a fait reconnaître pour des sulfates à
base d'alumine, de magnésie, d'oxyde ferreux. Elles
ont l'odeur et la saveur caractéristiques des eaux
sulfureuses; elles sont limpides, incolores; elles
tiennent en suspension de petits flocons blancs,
légers, appelés indifféremment glairine ou barégine,
matière actuellement considérée comme une pro-
(1) Anglada, toc. cit., p. 194.
— 25 —
duction organique. Leur poids spécifique est de
10,006, celui de l'eau distillée étant 10,000.
C'est Yhydrosulfale de soude ou sulfure de sodium,
qui est le principe minéralisateur de toutes les eaux
sulfureuses des Pyrénées-Orientales. C'est aussi le
gaz acide hydrosulfurique (gaz acide sulfhydrique,
hydrogène sulfuré ) qui constitue l'élément actif
des vapeurs sulfureuses.Cet acide n'est pointa l'état
libre au moment où les eaux arrivent à la surface.
Il résulte de la transformation rapide du soufre ,
partie en acide hydrosulfurique qui se dégage , et
partie en acide oxygéné qui reste en combinaison.
Toutes ces sources ayant été reconnues par
M. Bouis, comme étant identiquement semblables ,
c'est sur la source du Torrent que le chimiste de
Perpignan a exécuté les opérations analytiques dont
nous allons donner le résultat.
SOURCE DU TORRENT, A VERNET,
Analysée par M. Bouis.
1,000 grammes d'eau renferment :
Température 39° c. grammes.
•1" Glairine 0,0140
2° Sulfure de sodium 0,0413
5° Carbonate de soude 0,1049
4° Carbonate de potasse 0,0093
5° Sulfate de soude 9,0183
6° Chlorure de sodium 0,0151
7° Silice 0,0490
8° Sulfate de chaux \
9° Carbonate de chaux [ 0,0050
10° Carbonate de magnésie
11° Alumine, traces de fer. 0,0010
TOTAL des composants 0,2579
SOURCE LLUPIA, A MOLITG,
Analysée par Anglada.
1,000 grammes d'eau renferment:
Température 38° c. grammes.
1° Glairine 0,0075
2° Sulfure de sodium 0,0436
3° Carbonate de soude 0,0715
4° Carbonate de potosse ,... 0,0119
5° Sulfate de soude 0,0111
6° Chlorure de sodium 0,0108
7" Silice 0,0411
8° Sulfate de chaux , 0,0015
9° Carbonate de chaux 0,0025
10° Carbonate de magnésie 0,0002
11° Alumine, traces de fer »
Total des composants 0,2071
— 27 —
Nous avons placé la source Llupia en regard de
la source du Torrent, parce que,comme nous l'avons
dit au commencement de ce chapitre, en citant M.
Bouis, juge on ne peut plus compétent en pareille
matière, —les eaux Mercader sont utilisées dans les
mêmes circonstances queleseauxde Molitg. Cela
permet de constater, avec facilité, l'identité des
deux sources. Il ne faudrait pas tenir compte ici
de légères différences dans les nombres. Elles se
retrouvent dans toutes les analyses faites sur la
même eau et par le même chimiste. Comment
pourrait-il en être autrement, avec des eaux diffé-
rentes et des chimistes différents ?
Nous aurions voulu donner ici l'analyse de la
source Llupia, rectifiée par M. Bouis et publiée
par lui dans une Notice sur les bains de Molitg ;
mais le sulfure de sodium n'y étant représenté que
par 0,0146, nous n'avons pas cru devoir adopter
un chiffre qui donnait, aux eaux de Molitg, une
quantité de principe sulfureux trois fois moindre
que celle contenue dans les sources Mercader.
Nous avons dû supposer qu'une erreur de ty-
pographie, dont nous ne devions pas profiter, pou-
vait s'être glissée dans les chiffres, ou que la même
correction devait aussi être appliquée à l'analyse
de l'eau de Vernet. L'égalité de température (38° C.
S. Llupia, 39° C. S. du Torrent), et divers autres
caractères spéciaux , rendent encore plus frappante
— 28 —
l'analogie entre ces deux sources. Ces caractères
spéciaux sont: la persistance du caractère sulfureux,
la sursaturation gazeuse et l'onctuosité.
Persistance sulfureuse.—Les eaux thermales sont
susceptibles de perdre avec tant de facilité leur
caractère sulfureux, qu'il n'est pas rare de voir
une source thermale ne présentant aucun prin-
cipe sulfureux; coulera côté d'une eau sulfureuse.
On donne à ces sources l'épilhète de sulfureuses
dégénérées. Nous croyons qu'on peut en faire de
pareilles à volonté, en les faisant filtrer à travers
quelques mètres de sables et de cailloux. De même,
une eau sulfureuse dégénérée reprendra bien sou-
vent son premier caractère , en la faisant sourdre à
quelques mètres plus loin. La désulfuration se fait
plus ou moins rapidement, suivant une foule de cir-
constances particulières, dépendant des localités, de
l'étendue de la surface de l'eau , de la forme des
vases, du diamètre d'ouverture, de l'aérification plus
ou moins facile, etc. Nous n'avons expérimenté que
sur deux litres d'eau de l'établissement Mercader :
le premier litre, après 11 mois de bouteille, con-
servait encore toute sa puissance de sulfuration.
Nous sommes convaincu qu'elle peut la conserver
encore plusieurs années. La seconde bouteille, qui
avait été puisée à la même époque, fut débouchée
— 29 —
et exposée à l'air : trois jours après, elle présentait
encore ses réactions sulfureuses.
Cette eau jouit, évidemment, d'une ténacité
de sulfuration toute particulière , qui doit la faire
rechercher toutes les fois que l'on voudra appliquer
l'eau sulfureuse aux maladies de la peau. C'est donc
à cette fixité spéciale et surtout à sa température (1)
à la source, qu'elle doit de conserver le principe
minéralisateur plus longtemps que d'autres sources
plus sulfureuses , mais plus chaudes.
Sursaluration gazeuse. — Les gaz , mais surtout
le gaz azote , sont en si grande abondance dans la
source du Torrent, qu'ils troublent pendant quelques
instants la transparence de l'eau , et tapissent de
nombreuses bulles gazeuses les parois du verre dans
lequel on la reçoit. Une chose remarquable, et qui
ne rend pas peu agréable le bain au moment où le
baigneur s'y plonge, c'est cette myriade de petites
bulles gazeuses qui recouvrent la surface du corps.
Il nous est arrivé à nous-même d'être surpris de voir
encore bon nombre de ces bulles et de les sentir cou-
rir sur notre corps, après demi-heure de séjour dans
le bain. Si Anglada avait vu la source du Torrent,
(1) Il est reconnu que les eaux les plus chaudes sont celles qui
perdent le plus promptement leur caractère sulfureux.
il n'aurait pas écrit que la source Llupia de Molitg
était la seule où il eût observé ce phénomène.
Onctuosité. — Les eaux Mercader sont si lim-
pides, si douces, si onctueuses , si agréables , que
le baigneur s'y plonge avec délices. Nous savons
que toutes les eaux sulfureuses sont plus ou moins
douces et onctueuses, mais nous n'en connaissons
point d'autres que la source Llupia de Molitg , qui
jouisse de cette propriété avec autant d'intensité.
Cette propriété est due à la glairine et plus parti-
culièrement au degré de sulfuration. Si des sources
plus sulfureuses ne jouissent pas également de cette
propriété, cela tient uniquement à leur température
trop élevée, qui permet au principe sulfureux de
disparaître, ou du moins d'être considérablement
altéré, avant qu'on puisse les employer pour bains.
Cette qualité ne rend pas seulement les eaux plus
agréables, mais elle leur donne une plus grande effi-
cacité pour déterger la peau ; et la rendre plus per-
méable aux agents minéralisateurs.
Nous bornons à ce qui précède, ce que nous
avons cru nécessaire de dire sur les propriétés chi-
miques des sources Mercader, et sur leur analogie
avec la source Llupia de Molitg. A quoi bon rappeler
ici les opérations délicates et les recherches minu-
tieuses de la chimie, pour arriver à la connaissance
intime des eaux minérales? Les chimistes, a dit
Chaptal, n'analysent que le cadavre des eaux. De quel-
que importance que soient les services que la chimie
rend à la thérapeutique , il faut convenir qu'elle ne
saurait tout nous révéler. La chimie est pour les
eaux minérales, ce que l'anatomie est pour le corps
humain. C'est donc la physiologie des eaux qu'il
faut approfondir; de même que pour connaître les
actes vitaux de l'organisme humain, c'est encore la
physiologie qu'il faut invoquer.
Troisième ^avtie.
CHAPITRE I.
Considérations préliminaires.
Les eaux minérales conseillées
à propos, deviennent un médica-
ment efficace, autant qu'il est
doux, agréable et d'une adminis-
tration facile. BOHDEU.
Les sources thermales simples ou sulfureuses, ser-
vent, comme les volcans, de canal de dégagement
à diverses matières du sein de la terre, et sont un
moyen de communication de l'intérieur du globe avec
l'extérieur. Elles peuvent être considérées comme
les soupapes de celte vaste chaudière, toujours en
ébullilion dans les entrailles de Ja croûte solide du
globe. A ce point de vue, la multiplicité de ces sour-
ces dans le département des Pyrénées-Orientales,
pourrait donc y expliquer, jusqu'à un certain point,
l'absence des tremblements de terre , qui se font
sentir, quoiqu'à de longs intervalles, dans les Hautes

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