Traduction d'une lettre d'un individu à son ami, sur les affaires actuelles du Portugal ; publiée par un ami de la légitimité et de la justice

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Delaforest (Paris). 1828. 66 p. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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~OR 304
9:
TRADUCTION
D'UNE. LETTRE
D'UN INDIVIDU A SON AMI;
SUR
LES AFFAIRES ACTUELLES DU PORTUGAL.
IMPRIMERIE ANTHELME BOUCHER,
RUE DES BQNS-ENFAKS, NO. 34.
0
TRADUCTION
D'UNE LETTRE
D'UN INDIVIDU A SON AMI,
SUR
LES AFFAIRES ACTUELLES DU PORTUGAL;
PUBLIÉE PAR UN AMI
DE LA LÉGITIMITÉ ET DE LA JUSTICE.
PARIS.
DELAFOREST, LIBRAIRE, PLACE DE LA BOURSE,
RUE DES FJLLES-SAINT-THOMAS, eo- 7.
1828,
PRÉFACE DE L'ÉDITEUR.
LA question du Portugal, si simple en elle-
même et si facile à résoudre, si l'on veut se
conformer aux dispositions aussi claires que
justes du droit public portugais, est devenue
assez compliquée par les intrigues d'un parti
que le véritable ordre légal menaçait de la
nullité en Portugal, et par les faux calculs
d'un ministre (Canning) à qui son exaltation
plutôt que son vrai mérite a donné un mo-
ment trop de célébrité. Cet homme, qui, par
l'imprudente audace de ses paroles ainsi que
par l'impolitique témérité de ses projets , &
failli précipiter l'Europe dans une guerre fu-
neste et sa patrie dans les chances de l'hii-
"J
miliation ou de la ruine *, si les rênes de la
politique continentale eussent été entre des
mains un peu plus ardentes et moins cir-
conspectes que celles qui les ont tenues dans
ces derniers temps; cet homme, dis-je, à
qui l'impartialité future accordera peut-être
les étincelles de l'esprit, en lui refusant les.
honneurs d'une tête politique **, a voulu, par
ses. tracasseries en Portugal, se venger de
* Voir les Discours de M. Hume et de M. Wood,,
en. réponse à celui de Canqing, à la Chambre des.
Communes, du 12 décembre 1,826, sur l'envoi de
troupes anglaises en Portugal.
** L'homme qui, par quelques mots publiquement
proférés , s'expose à aigrir contre sa nation tous les
gouvernemens de l'Europe, jusqu'à juger nécessaire
de se rétracter après, publiquement aussi , n'est pas
un homme politique. M. Canning avait donc une-
tête de journaliste, mais il n'avait pas celle d'un:
vrai politique.
vij
rinfluence que la France avait acquise à
meilleur droit sur une autre partie de la Pé-
ilinsule,
Le gouvernement de Lisbonne, alors sous
l'influence absolue du marquis de Pal-
mella, ambassadeur portugais à Londres, et
dont l'esprit irréfléchi était assez analogue
à celui de M. Canning, se prêta volon-
tiers aux désirs de ce dernier, à qui Pal-
melia promettait, avec sa légèreté habituelle,
une réussite facile et une coopération efli-
cace. En effet, Palmella,,, avec une de ces
demi-têtes toujours portées à-faire-de la poli-
tique expérimentale3 ne demandait pas mieux
qu'à pouvoir faire l'essaipratique d'une consti-
tution « que depuis long-temps il portait dans
sa poche * ; » dont il avait conçu le canevas à
Cadix, auprès des cortès de 1812 ** ; qu'il avait
* Expression de son collègue, le comte de Subserra,
H Eu 1812, P Jlmella étant minislre de l)ol'lugalcl1
viij
perfectionnée et soumise à l'approbation de
M. Benjamin Constant, à Paris, en 181.8,
et à laquelle il avait voulu donner une espèce
d'autorité, à Lisbonne, en 1823, en faisant
nommer une junte ( dont il fut président lui-
même) pour faire une charte, c'est-à-dire
pour faire ce qui était tout fait d'avance.
Ainsi, Palmella, visant toujours à faire
imposer sa charte favorite au Portugal, in-
triguait à cet effet par tous les moyens pos-
sibles après la restauration de 1823; mais
la résistance qu'un tel projet trouva dans
S. M. la Reine T. F., et les remontrances res-
pectueuses que, par des lettres, fit à cet
Espagne, se transporta auprès des cortès de Cadix;
il y fut en relation avec les premiers libéraux de ces
cortès dont il professait les principes. On le verra
depuis ce temps-là chercher toujours à faire adopter
sa charte par toute espèce d'intrigues et de machi-
nations.
ix
égard S. A. R. la Princesse da Beira à son
auguste père, le roi Jean VI, appuyées par
l'opposition de quelques cabinets au même
projet *, firent échouer cette fois l'introduc-
tion de la charte Palmella.
L'infant D. Miguel n'était pas non plus fa-
vorable aux constitutions de moderne fa-
brique , et ce fut pour empêcher entière-
ment les intrigues qu'il savait qu'on ourdis-
* Dans ce temps-là, presque tous les cabinets de
l'Europe ont manifesté, par leurs représentans, leur
désapprobation au projet de donner une charte, avec
lequel Palmella et ses confrères tourmentaient conti-
nuellement Jean VI. La note la plus énergique passée
à cet égard au gouvernement portugais, fut celle
du ministre de Russie, à laquelle Palmella, dans sa
qualité de ministre des affaires étrangères, a fait une
réponse si peu ménagée qu'elle indiquait bien, par
la manière dont le ministre s'y prenait, qu'il ne s'a-
gissait pas d'une affaire de son maître, mais d'une
affaire personnelle à lui, Palmella.
x
sait pour mener leRoi jusqu'au point de don-
ner une charte à la mode, que S. A. R. s'est
prêtée à la détermination qu'il prit le 3o avril
1824 9 en désirant par-là amener un chan-
gement de ministère, de toute nécessité dans
les circonstances où Pamplona et Palmella
avaient mis le Portugal *.
On sait l'acharnement qu'après le 30 avril
Palmella a mis à calomnier le prince D. Mi-
guel, et comme, avec la méchanceté la plus
hypocrite, il a travaillé à faire croire aux
puissances étrangères que D. Miguel avait
voulu détrôner son auguste père, pendant
qu'à Lisbonne même pas une personne n'i-
gnorait que les démarches de l'Infant, au.
* On verra dans peu par un autre écrit la preuve
de mon assertion, et on connaîtra la perversité des
individus qui firent passer pour une rebellion, pour.
un attentat encore plus noir une simple affaire de
changement de ministère, telle que celle du 5o avril
xj
3o avril, n'avaient eu pour but que de faire
changer une partie d'un ministère abhorré
par la nation. La véritable cause d'un tel
acharnement n'était autre que l'opinion qu'on
avait que le Prince ne se prêterait jamais à
accepter la charte ; et c'est à cause de cela
que Palmella, avec toute la franc-maçonne-
rie, qui partout tient aux chartes, non pour
elles-mêmes, mais comme un pas de fait
pour arriver plus loin , ou , en d'autres ter-
mes , qui tient aux républiques masquées ,
comme plus proches des républiques à dé-
couvert, commencèrent d'intriguer par tous
les moyens possibles pour que D. Miguel ne
pût jamais avoir de l'influence dans le gou-
vernement de Portugal.
Pendant que le Brésil n'était pas de droit
séparé du Portugal, D. Pèdre devant être
régulièrement le successeur de la couronne
de Jean VI*, les inquiétudes des ennemis
* Si toutefois la nation portugaise lui pardonnait
xij
de D. Miguel étaient calmées : ils pensaient
ne pas avoir beaucoup de peine à persua-
der D. Pèdre de ne jamais admettre D. Mi-
guel au pouvoir. Mais après que M. Canning
eut exigé et effectué la séparation et l'in-
dépendance du Brésil, la loi fondamentale
du Portugal appelant D. Miguel à la cou-
ronne de ce royaume, il fallut alors intriguer
ou pour empêcher ce prince de jamais ar-
river au trône, ou pour qu'il n'y arrivât que
par un droit subordonné, les mains liées, la
charte Palmella établie et l'obligation de s'y
soumettre.
Ce fut à ces conditions que le marquis de
Palmella se prêta a faire tout son possible
pour effectuer la reconnaissance de l'indé-
de s'être révolté et d'avoir pris les armes contre la
patrie, fait qui fit exclure de la succession au trône
portugais les fils de Pierre Ier. par les cortès de
Coïmbre, en 1385.
XII)
pendance du Brésil, d'après les vues de Can-
ning, et qu'il ourdit, d'accord avec celui-ci,
toute l'intrigue qui a voulu ravir à D. Miguel
tous ses droits, mettre le Portugal entière-
ment sous l'influence radicale et en faire un
point d'appui pour les révolutionnaires cos-
mopolites.
Jean VI, tourmenté par le parti Palmella,
a reconnu ladite indépendance le plus à
contre-cœur possible, comme je pourrais le
montrer par des documens irréfragables ;
mais cependant il l'a fait et d'une manière
si positive, d'après les propres expressions du
même traité du 29 août 1825, qu'en le li-
sant, il n'est plus permis de douter que do-
rénavant il ne restait entre les deux nations
( ainsi le traité appelle toujours le Portugal
et le Brésil ) la moindre relation, hors do
celles qui peuvent exister entre deux états
étrangers. On doit même se souvenir que
D. Pèdre avait toujours déclaré qu'il n entre-
xiv
1
rait Jamais en aucun arrangement qui ne fût
basé sur la reconnaissance préliminaire de son
indépendance absolue; c'est la réponse même
qu'il fit donner au comte de Rio-Maior, que
son auguste père lui envoya pour lui notifier
la restauration de 1823*.
* D. Pèdre avait toujours pris pour prétexte de sa
rebellion le défaut de liberté de son père, parmi les
révolutionnaires des cortès de 1821 et 1822. ( Voir
la collection de ses lettres, dont ta traduction,
par M. E. de Monglave, fut imprimée à Paris,
1827. ) Mais quand son père fut restitué à la pléni-
tude de ses droits, alors sa révolte n'ayant plus de
quoi se masquer, il ne laissa pas même mettre pied
à terre, à Rio-de-Janeiro, aux envoyés que son père
lui adressait, croyant, sur la foi de ses lettres précé-
dentes, que le motif de la coaction du roi par les
cortès ayant cessé, D. Pèdre rentrerait dans l'obéis-
sance et dans le devoir. Sans vouloir recevoir les
lettres que le roi son père lui écrivait à cette occa-
sion, D. Pèdre déclara encore qu'il n'admettrait
xv
D'après la loi constitutive du Portugal,
D. Pèdre, après l'indépendance du Brésil,
devant être considéré comme mort pour la
succession de la couronne portugaise , et
qu'ainsi elle écherrait à D. Miguel, Palmella
a voulu éluder la disposition de la loi fonda-
mentale ; mais comme il connaissait que la
nation ne se prêterait pas à reconnaître une
telle violation, si elle en avait connaissance,
il tâcha de machiner en secret à cet effet, es-
pérant que les circonstances et ses intrigues
futures appuyées par Canning, suppléeraient
à la légalité qui manquait aux actes par les-
quels il voulait, à tort et à travers, priver
aucune négociation qui ne commençât par le recon-
naître comme souverain indépendant du Brésil. Il
ne se borna cependant pas seulement à cela; il prit
la frégate portugaise qui avait conduit au Brésil la
députation de son père, et renvoya le comte de Rio-
Maior et sa suite à Lisbonne dans un mauvais navire.
- xvj
D. Miguel de la couronne. On a bien dit en
Portugal qu'il y avait un article secret du
traité d'indépendance du Brésil, sur la suc-
cession de la couronne de Portugal ; mais on
n'a jamais su quelles étaient les dispositions
de cet article, et on le regarda jusqu'à pré-
sent comme une fable. Mais voilà que le
Courier Anglais vient nous dévoiler le mys-
tère par la note qu'il publie , insérée dans le
Moniteur, et dans le Messager des Chambres
du 29 juin 1828.
Cette note, que le marquis de Palmella a
eu le soin de cacher jusqu'à présent, et dont,
selon toute apparence, Jean VI n'a jamais eu
connaissance, est ce qu'on appelait l'article
secret du traité du 29 août ; mais malheureu-
sement pour M. Palmella, qui l'avait gardée
pour l'occasion du danger, elle ne fait rien
pour la preuve de la légitimité de D. Pèdre.
Comment?. Les dispositions solennelles de
la constitution d'un état, formant la base de
xvij
T)
son pacte fondamentale pourraient-elles être
annulées par une simple note, tout authen-
tique qu'elle fût, passée en secret à un ca-
binet étranger, parce qu'on y assure que le
roi l'a autorisée?. Dans quel publiciste lit-
on une semblable extravagance?. Le Cou-
rier Anglais est-il sincère quand il regarde
la grande question du Portugal comme déci-
dée d'après cette note?. Si lord Granville
se fût avisé, de son gré, ou même autorisé
par son monarque, de passer une note se-
crète à M. de La Ferronnays, par laquelle il
eût disposé de la couronne britannique d'une
manière contraire à la constitution d'Angle-
terre, que dirait le Courier de lord Granville ?
Trouverait-il, le journaliste, que la nation bri-
tannique n'aurait rien à reprendre à cela?.
Où trouve-t-il que ce que l'Angleterre ne souf-
frirait pas, le Portugal a l'obligation de le
stipporter ?.
Le marquis de Palmella croit-il voir dans
xviij
les Wellington, les Peel, les Aberdeen, au-
tant de Cannings prêts à regarder et à ap-
puyer comme légal tout ce qui favoriserait
la révolte et l'usurpation, dont le même Can-
ning avait publiquement déclaré protecteur
l'Éole britannique* ?. Oui, le marquis de
Palmella comptait sur M. Canning pour con-
sommer l'ouvrage de l'injustice et de la tra-
hison; mais la Providence éternelle, à qui
est bien plus applicable le
Sceptra tenens, molitejue animas et temperat iras ,
avec lequel Canning s'encensa lui-même
dans la figure de son Eole, a voulu en dis-
poser autrement : tout d'un coup, se jouant
de la folle vanité du ministre, elle précipita
dans le néant l'insensé qui naguère menaçait
* On se r.'ippclle les vers du poète que Canning
cita dans son discours du 12 décembre :
Celid scdel Eolus arce, ctc.
xix
2..
le monde , elle fit enterrer avec lui tous ses
projets d'usurpation et de désordre.
La note citée de Palmella, du 7 décembre
18a5, vient encore nous éclairer sur un autre
point, elle vient nous donner la solution d'un
problême que nous n'avions jamais pu bien
comprendre. Nous savions bien que la Charte
brésilienne, envoyée en Portugal en 1826,
était la même que la Charte Palmella ; mais
nous savions aussi qu'il était à peine pos-
sible qu'elle fût sortie, après la mort de
Jean VI, de la pcche dudit marquis, pour
être envoyée en Amérique ; parce que depuis
le 10 mars jusqu'au 29 avril, que la Charte
fut publiée au Brésil, il y avait à peine le
temps nécessaire pour que la nouvelle du
décès de Jean VI arrivât de Lisbonne à
Rio-de-Janeiro. La note de M. Palmella.
nous ôtc tous les doutes à cet égard , en *
nous faisant voir que cet ambassadeur avait
tout disposé d'avance pour le cas possible
il
de la mort du Roi. Voilà donc l'explication
du phénomène de voir Jean VI mort le 10
mars, la nouvelle de sa mort arrivée au Bré-
sil le 24 avril, et la Charte constitutionnelle
publiée le 29 du même mois.
La publication de cette Charte, fille d'une
intrigue si déguisée, et qui devint pour ma
patrie une boîte de Pandore, éclata enfin à
Lisbonne, comme une bombe meurtrière, le
5 juillet 1826. Les cabinets de l'Europe, ce-
lui de Saint-James excepté , étonnés d'abord
par ce phénomène, dont le parti Palmella en
Portugal, et le parti Canning en Angleterre
connaissaient seuls les causes et l'explica-
tion , pendant les premiers jours, après l'ar-
rivée de la Charte, tournaient tour-à-tour
les yeux du côté de l'Angleterre et de l'Espa-
gne; se doutant bien que la première de ces
puissances avait quelque part dans l'affaire,
puisque sir Charles Stuart avait été le por-
teur de ladite Charte, et l'Espagne ayant l'in-
xxj
térêt le plus direct dans la tranquillité et le
bon ordre du Portugal, les autres cabinets
étaient curieux de voir quel parti allaient
prendre ceux de Londres et de Madrid.
La Grande-Bretagne ne tarda pas à se
mettre du côté de D. Pèdre ; les autres puis-
sances la suivirent, et voici apparemment
les raisons qui déterminèrent les trois plus
influentes du continent, dont l'exemple en-
traîna les autres. L'Autriche, d'abord, quoir
qu'elle n'ait été jamais très favorable aux
constitutions, laissait faire cette petite ex-" ,
ception en Portugal, soit par intérêt pour
une petite fille de l'empereur François, que
la Charte de D. Pèdre dotait d'une couronne ;
soit parce que l'esprit révolutionnaire, niché
à un coin de la Péninsule espagnole, n'insr
pirait pas tant de craintes au gouvernement
de Vienne que s'il eût cherché de nouveau à
,s'établ' ku -c Péninsule méridional*
ou itjraôue. ^>\ méridiou;J~
xx ij
., Il se peut même que des considérations
relatives à la Grèce et à la Turquie eussent
contribué à déterminer l'Autriche à ne pas
contrarier, en Portugal, un projet auquel elle
croyait que la politique anglaise prenait un
très grand intérêt.
La Russie, située à une grande distance
du Portugal, et son cabinet n'ayant eu ja-
mais aucune occasion de songer au droit pu-
blic particulier des Portugais, il était tout
naturel qu'elle ne fût pas très difficile à se
décider dans une question qui ne regardait
presque pas ses intérêts ? et ainsi peu de chose
suffisait pour la déterminer à suivre les désirs
de l'Angleterre et l'exemple de l'Autriche.
Une information quelconque de son minis-
tre à Lisbonne, et principalement cette in-
formation n'étant contrariée par personne,
aurait donc suffi à faire prendre à la Russie
ou l'un ou l'autre parti dans la question por-
tugaise.
xxîij
Cela posé, si l'qn considère que le baron de
Palencia (M. Borel), ministre de Russie à
Lisbonne, établi depuis long-temps dans
cette capitale, et semi-Portugais, était le
partisan passionné de Palmella, de qui il
était aussi une presque-créature ; si l'on fait
attention que le ministre portugais, à Saint-
Pétersbourg , était tout-à-fait créature du
même Palmella, ce centre du mouvement
de toute l'intrigue qui enfanta la Charte bré-r
silienne, on n'aura pas j'espère grande dif-
ficulté a concevoir comment le cabinet russe
se prêta, sans y regarder de trop près, à
reconnaître D. Pèdre et sa Charte.
La France était, par des raisons que je ne
veux pas exposer ici, en train de marcher
à la*suite de la politique de sa bonne amie
l'Angleterre ( qui, comme on le sait, avec
sa générosité ordinaire, songea toujours de
préférence aux intérêts de sa voisine ) ; et
après que M- Canning lui eut fait l'honneur
Xxjv
de venir dîner aux Tuileries, la, patrie de
Louis XIV, qui se piqua toujours de ne le
céder à personne en fait de politesse, n'eut
plus rien à refuser au ministre de l'Éole
britannique.
Ce fut donc en raison de cet excès de
courtoisie que la France non seulement rer
connut sans façon la légitimité de D. Pèdre
et de sa charte, mais aussi qu'elle conjura
l'Espagne, par l'intercession des garnisons de
Cadix, de Figuières et de Barcelonne, d'en
faire autant et de ne pas laisser incommoder
les bons constitutionnels du Portugal par
les rebelles de ce même royaume, qui ai-
maient mieux la loi que la charte, ou., en
d'autres termes, qui aimaient mieux la loi
fondamentale sur laquelle la nation Estait
posée, que celle qu'on voulait poser sur la
nation.
Les autres puissances de moindre impor-r
tance suivirent celles que nous venons de
xxv
nommer, et ainsi se trouva consommée une
grande injustice diplomatique , sans qu'on
eût daigné examiner nos lois et notre antique
constitution.
L'Espagne seulement a fait quelque résis-
tance à suivre cette marche inconsidérée,
et cela par deux raisons qui excusent en
quelque sorte les autres cabinets qui se dé-
clarèrent pour D. Pèdre sans hésitation.
La première de ces raisons consiste en ce
que l'Espagne ayant été témoin, à ses dé-
pens, en 1641 > de l'établissement des ar-
ticles de la loi portugaise qui décident le
plus clairement possible la question pré-
sente , et cette loi ayant été faite , dans le
temps, principalement contre l'Espagne
même, elle ne l'avait pas oubliée comme les
autres puissances, et elle avait ainsi de la
répugnance à la méconnaître aussi légère-
ment que tous les autres cabinets.
La seconde raison qui fit que l'Espagne
:V}
hésita à reconnaître la légitimité de la charte
de D. Pèdre et de tout ce qui en dépendait,
fut que le chargé d'affaires de Portugal à
Madrid, J. Severino Gomez, a mieux aimé
être destitué, comme il le fut par le gouver-
nement constitutionnel de Lisbonne, que
de prêter serment d'obéissance à un prince
qu'il savait être exclu du trône portugais par
les lois du royaume, et à des institutions
contraires à ces lois, sans aucune légalité,
comme émanées de ce même prince qui
n'avait pas lé droit de les donner.
Je disais tout-à-l'heure que les deux rai-
sons susdites excusaient en quelque sorte
les autres puissances qui reconnurent D.
Pèdre. Voici comme je l'entends.
Si, dans KMemps qu'on proposa aux ca-
binets de reconnaître D. Pèdre et sa charte,
il eût existé quelqu'un qui eût fait connaître
aux gouvernemens la législation fondamen-
tale portugaise ; si dans les autres capitales

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