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Trafic 74

De
147 pages
Serge Bozon, Comment finir un film?Nathaniel Dorsky, Notes sur un autre cinémaP. Adams Sitney, Poèmes symphoniques : les films de Nathaniel DorskyMarcos Uzal, La fourrure de vivre. À propos de Fantastic Mr. Fox de Wes AndersonEmmanuel Burdeau, Undefeated. Notes sur les films de Kevin Jerome EversonPascale Bodet - Emmanuel Levaufre, Joe Sarno cinéaste Wong Tuck Cheong, Lettre de Kuala LumpurFrédéric Sabouraud, Hong Sang-soo : toute honte bue. Le cinéma a minima, 3Jean-Louis Leutrat, Retour sur Histoire(s), 5Pierre Léon, À contre-jourAkira Kurosawa, Pour faire un bon film. Idées et desiderataMathieu Capel, Pathogénie d'Akira KurosawaClélia Zernik, Le poids des corps. Silhouettes, postures, démarches chez Akira KurosawaLuc Moullet, Misogynie d'Akira KurosawaRaymond Bellour, 'En 1977, Pierre Perrault, poète et cinéaste du Québec, publie un long poème...'Pierre Perrault, Cornouailles
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Un poème peut tout exprimer. Il nous faut néanmoins l’éloigner de tout ce qui le perturbe ; l'éphémère, le conjonc turel, l’immédiat, l’inconsistant dans le réel. Je dis bien l’inconsistance du réel, et non sa pesanteur.
MAHMOUDDARWICH
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :JeanClaude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie Pierre, Patrice Rollet Conseil :Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer Secrétaire de rédaction :JeanLuc Mengus Maquette :PaulRaymond Cohen Directeur de la publication :Paul OtchakovskyLaurens
Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre
Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Thierry Fourreau, PhilippeAlain Michaud, Sylvie Pras, Yolande SimardPerrault.
En couverture
: Isao Kimura dansLes Sept Samouraïs
d’Akira Kurosawa (1954).
99 103
91
Joe Sarno cinéaste
Hong Sangsoo
5
Retour sur Histoire(s), 5
À contrejour
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
par Wong Tuck Cheong
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127
35 41
114 122
par Pierre Léon
Notes sur un autre cinémapar Nathaniel Dorsky . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Poèmes symphoniques : les films de Nathaniel Dorskypar P. Adams Sitney . .
15 21
68 78
59
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
par JeanLouis Leutrat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
par Frédéric Sabouraud
: toute honte bue. Le cinéma a minima, 3
Lettre de Kuala Lumpur
par Pascale Bodet et Emmanuel Levaufre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Undefeated. Notes sur les films de Kevin Jerome Everson
La fourrure de vivre. À propos de Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson par Marcos Uzal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
TRAFIC 74
Comment finir un film ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Serge Bozon
par Emmanuel Burdeau
. . . . . . . . . . . . . .
Pour faire un bon film. Idées et desiderata. . . . . . . . . . . .par Akira Kurosawa Pathogénie d’Akira Kurosawa. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Mathieu Capel Le poids des corps. Silhouettes, postures, démarches chez Akira Kurosawa par Clélia Zernik . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Misogynie d’Akira Kurosawapar Luc Moullet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cornouaillespar Pierre Perrault (présentation par Raymond Bellour) . . . . . . .
Traficsur Internet : sommaire des anciens numéros, agenda, bulletin d’abonnement www.polediteur.fr
© Chaque auteur pour sa contribution, 2010. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble ISBN : 9782818004814
Comment finir un film ?
par Serge Bozon
1. Tu n’as rien vu à Hiroshima
Pas de nouvelles idées, de nouveaux goûts. Les anciennes idées, c’est Bazin, les nouveaux goûts, c’est nous. Voilà comment Rohmer définit l’apport critique des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague. De « nouveaux goûts », cela veut d’abord dire : défendre des gens qui n’étaient pas ou plus défendus. En se limitant au cinéma américain, mais sans se limiter auxCahiers(cf.Arts,La Gazette du cinéma, etc.) : Hitchcock et Hawks, bien sûr, mais aussi Fuller (Godard), Ulmer (Truffaut), Preminger (Rivette), Tourneur (Rohmer), Sirk (Truffaut), Walsh (Rohmer), Ludwig (Godard), 1 Weis (Rohmer), Lupino (Godard), Dwan (Rohmer), Ray (Godard) . L’histoire des goûts est plus mystérieuse que l’histoire des idées, les premiers laissant moins de traces que les secondes. Une idée, c’est fait pour être énoncé, défendu, attaqué… alors qu’un goût peut rester une affaire solitaire de listes et de listes dans le noir. Rohmer a eu comme professeur de philosophie Michel Alexandre, disciple d’Alain, luimême disciple de Lagneau. Ces trois professeurs de lycée constituent ce qu’on appelle l’« école française de la perception ». Le premier et le dernier sont des Socrate 2 sans ciguë, n’ayant écrit aucun livre , mais non sans procès : après la Seconde Guerre mondiale, leur souci hellénique de transparence sembla soudain désuet, e comme un parfum de redingote, de III République et de Parti radical. Alain n’avait pas vu (venir) le fascisme, donc rien compris à son siècle. On raconte ainsi l’histoire
1. Chabrol brille par son absence, tout simplement parce que je ne connais pas ses textes. Et c’est dans Artsque Rohmer repéra de nombreux cinéastes défendus en profondeur par les macmahoniens. 2. Le dernier a laissé des lettres, des fragments, des discours, réunis par le premier, qui n’a rien laissé, mais dont des notes de cours (prises par des élèves) ont été publiées dans deux ouvrages posthumes, Lecture de PlatonetLecture de Kant. Je les ai offerts à Rohmer, qui ne les connaissait pas et en avait été enchanté. «Il importe plus de créer de nouveaux lecteurs que d’ajouter aux bibliothèques» (Alexandre) : la passion rohmérienne de l’enseignement vaut peutêtre comme persistance du silence de Lagneau et d’Alexandre.
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depuis le triomphe de l’existentialisme, qui a consacré après guerre la victoire de la philosophie allemande. Quand Alain écrit sur Balzac, Stendhal ou Dickens, c’est toujours en partant de questions comme : pourquoi aije envie de relire tel auteur, de connaître la suite, de rêver entre deux pages ? Rohmer hérite de cela : partir du plaisir narratif propre à telle œuvre pour comprendre la force propre de tel auteur. D’où le choix de Stevenson contre Conrad dans son texte surThe Big Skyde Hawks, ouvert par : «Je me souviens d’Alain citantL’Île au trésorde Stevenson comme une de ses lectures favorites : il ne se souciait, il est vrai, que d’être pris pour bon, vorace disaitil, lecteur.» Monique Dixsaut, professeur de philosophie antique, parlait souvent en cours de Conrad. Lors d’une pause, je lui avoue que je préfère Stevenson, moins pompeux, plus vif, moins statique, plus alerte – j’ai récité le texte de Rohmer. Elle éclate de rire, répondant : «Et vous préférez Jack London à William Faulkner ?» Le subjectivisme d’Alain, guidé par le seul fil de son plaisir, semble une bien confor table lorgnette. L’humanité souffrante n’a que faire des délectations de goûteurs. Mais cette lorgnette a une vertu : éviter la radicalisation passive. Quand on rencontre un fan de philo, prof ou étudiant, c’est presque toujours les mêmes cinéastes qu’il cite : Bresson et Straub dans les bons jours, Tarkovski et Kubrick dans les mauvais – aujourd’hui Costa, Tarr, Bartas, Grandrieux et quelques autres. Ce n’est pas un hasard, mais un confort. La radicalité des cinéastes rencontre tout cuit la radicalité des principes. Tout se joue là, dans les principes, alors on n’a pas à se fatiguer. La méthode d’Alain, c’est l’inverse : le goût ne relève pas de principes – vieux refrain kantien, mais appliqué à de multiples exemples particuliers avec le plaisir narratif en gouvernail. Après l’éviction de Rohmer, lesCahierssuivront toutes les modes théoriques, à condition qu’elles soient radicales. Ce qui rend antipathiques sesNotes sur le cinématographe, c’est la manière dont Bresson, le premier, a compris l’autopromotion maximale que constituent les refus de principe. Il voulait être le seul, alors «voici tout ce que je ne fais pas». Les cinéastes radicaux n’ont pas oublié sa leçon, d’où leur insistance sur les méthodes hors normes de tournage : un tel (Serra) fait des prises de 45 minutes minimum, un autre (Grandrieux) diffuse du Suicide à fond sur le plateau, un troisième (Costa) tourne 350 heures de rushes (En avant jeunesse) là où Rohmer se contentait de 3 heures (La Collectionneuse). Pour répéter une dernière fois le refrain kantien : on s’en fout des principes et des méthodes de tournage. On veut partir des films, on veut rester un peu dans le noir. De l’école française de la perception, Rohmer hérite non seulement une méthode antiradicale, en tant que critique, mais aussi des idées antiradicales, en tant que cinéaste. Au cœur de ses films, il y a l’idée morale incarnée la première fois par le chrétien autoproclamé «tiède» deMa nuit chez Maud: un principe ne peut être constant sans être mesuré. Lagneau, en remettant un prix de conduite à quelques lycéens de Sens en 1877, commence par leur demander : «Qu’estce que tout faire par principe ? C’est chercher les raisons de ce qu’on voit, de ce qu’on fait, puis les
Achevé d’imprimer en mai 2010 dans les ateliers de Normandie Roto Impression s.a.s. à Lonrai (Orne) N° d’éditeur : 2170 N° d’édition : 175903 N° d’imprimeur : 10xxxx Dépôt légal : juin 2010 Imprimé en France
Collectif POL Trafic 74
Cette édition électronique du livre Trafic 74a été réalisée le 4 juillet 2012 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage, achevé d’imprimer en mai 2010 par Normandie Roto Impression s.a.s. (ISBN : 9782818004814-Numéro d’édition : 175903).Code Sodis : N44451-ISBN : 9782818004838 Numéro d’édition : 175903.
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