Trafic 85

De
Publié par

•Première préface à Poétique des auteurs par Jean-Claude Biette •Portrait du cinéaste en trappeur par Patrice Rollet•Jean-Claude Biette me manque par Serge Toubiana•Biette souvent par Benoit Jacquot•« Aujourd’hui... » par Jean-Claude Guiguet•Le voyageur des parallèles par Noël Simsolo•Comment Biette digérait-il Bouvet ? par Jean-Christophe Bouvet•Biette par Luis Miguel Cintra•Cours de cinéma avec Jean-Claude Biette par Noëlle Pujol•Polyphonie par Jean Louis Schefer •Biette dans le labyrinthe par Jacques Bontemps•Comme on marche à pied par Marc Chevrie•Théâtre sans lumière par Marie Anne Guerin•La langue au chat par Benjamin Esdraffo•Bouche grande ou verte par Marcos Uzal•Regarde, de tous tes yeux, regarde par Pierre Eugène•Le château des morts-vivants par Mathieu Macheret •Robinson Crusoe par Jean-Claude Biette (présentation par Pierre Léon) •Le songe de Dorothée. Du Théâtre des Matières à Saltimbank par Boris Nelepo•Jean-Claude en Amérique. Loin de Manhattan par Sylvie Pierre Ulmann•Une étoile cadette. Autour de Loin de Manhattan par Philippe Fauvel•Le Champignon des Carpathes par João Bénard da Costa•Le Champignon des Carpathes, un grand film politique par Raymond Bellour•Mauvaises grâces. À propos de Chasse gardée par Jean Narboni•Allons voir ailleurs si nous y sommes. Le Complexe de Toulon, histoire d’un film par Ysé Tran•Ailleurs. Trois ponts sur la rivière par Fernando Ganzo•Des gens passent, et des meilleurs. À propos de Saltimbank par Pierre Léon •Le Steak de Valance parJean-Claude Biette
Publié le : jeudi 14 mars 2013
Lecture(s) : 31
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818017623
Nombre de pages : 194
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
JeanClaude Biette est encore de la génération de ceux qui avaient le sens moral, donc le sens de l’esthétique. Et croyez moi, disait Renoir, c’est une race qui tend à disparaître.
JEANMARIESTRAUB
Fondateur:Serge Daney Cofondateur:JeanClaude Biette Comité:Raymond Bellour, Sylvie Pierre Ulmann, Patrice Rollet Conseil:Jacques Bontemps, Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer, Marcos Uzal Secrétaire de rédaction :JeanLuc Mengus Maquette :PaulRaymond Cohen Directeur de la publication :Paul OtchakovskyLaurens
Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre
Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Danièle Hibon, Renaud Legrand, Maria João Madeira, MarieClaude Treilhou.
En couverture : JeanClaude Biette en 1993 (photo JeanMarc Piel – détail).
TRAFIC
85
JEANCLAUDE BIETTE, L’ÉVIDENCE ET LE SECRET
Première préface à Poétique des auteurspar JeanClaude Biette . . . . . . . . . . . .
Portrait du cinéaste en trappeurpar Patrice Rollet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . JeanClaude Biette me manque. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Serge Toubiana Biette souvent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Benoit Jacquot . . . . . . . « Aujourd’hui… »par JeanClaude Guiguet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le voyageur des parallèles. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Noël Simsolo Comment Biette digéraitil Bouvet ?par JeanChristophe Bouvet. . . . . . . . . . . . Biettepar Luis Miguel Cintra . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Cours de cinéma avec JeanClaude Biettepar Noëlle Pujol . . . . . . . . . . . . . . . . . Polyphonie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Jean Louis Schefer . . . . . .
Biette dans le labyrinthepar Jacques Bontemps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Comme on marche à pied. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Marc Chevrie Théâtre sans lumièrepar Marie Anne Guerin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La langue au chatpar Benjamin Esdraffo . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Bouche grande ou vertepar Marcos Uzal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Regarde, de tous tes yeux, regardepar Pierre Eugène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le château des mortsvivants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .par Mathieu Macheret
Robinson Crusoepar JeanClaude Biette (présentation par Pierre Léon) . . . . .
Le songe de Dorothée. Du Théâtre des Matières à Saltimbankpar Boris Nelepo . JeanClaude en Amérique. Loin de Manhattanpar Sylvie Pierre Ulmann . . . . Une étoile cadette. Autour de Loin de Manhattanpar Philippe Fauvel. . . . . . . . Le Champignon des Carpathespar João Bénard da Costa . . . . . . . . . . . . . . . . . Le Champignon des Carpathes, un grand film politique.par Raymond Bellour Mauvaises grâces. À propos de Chasse gardéepar Jean Narboni . . . . . . . . . . . . Allons voir ailleurs si nous y sommes. Le Complexe de Toulon, histoire d’un film par Ysé Tran. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ailleurs. Trois ponts sur la rivièrepar Fernando Ganzo . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Des gens passent, et des meilleurs. À propos de Saltimbank. .par Pierre Léon
Le Steak de Valancepar JeanClaude Biette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
5
12 16 20 22 24 28 32 34 37
41 49 67 75 80 87 94
103
120 130 140 146 149 156
162 176 182
185
Trafic sur Internet : sommaire des anciens numéros, agenda, bulletin d’abonnement www.polediteur.com
© Chaque auteur pour sa contribution, 2013. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble ISBN : 9782818017616
Première préface à * Poétique des auteurs
par JeanClaude Biette
1 e découvris lesCahiers du cinémaà la parution du numéro 89 – en 1958 – qui J portait en couverture une photo du film de Louis Malle qui venait de faire scandale,Les Amants. La typographie, les photos, la mise en page, bref la plastique de cette revue jaune eut son rôle à jouer dans la découverte que je fis du cinéma. J’étais à l’âge où l’on cesse d’accorder de l’importance aux distractions de l’enfance, et le cinéma faisait partie de ces distractions. Désormais, les livres et la musique, qui impliquent une certaine solitude, me sortaient de l’enfance et de tout un monde que je trouvais futile. Un camarade de lycée me méprisait parce que j’aimais encore les films de Hitchcock auxquels il m’opposait ceux, beaucoup plus sérieux, de Clouzot et de Bresson. Lorsqu’un peu plus tard un camarade nettement moins nationaliste me fit lire lesCahiers du cinéma, je sentis que le cinéma, que je connaissais si bien comme spectateur enfant, cachait, autant que les autres arts, des trésors de significations et de rêves. Je lus avec passion leHitchcockChabrol et de Rohmer et constatai avec tristesse que la plupart des adultes niaient toute possibilité de marque personnelle à une mise en scène, affirmant que seul l’auteur du scénario était l’auteur du film. Je me serais bien gardé de leur dire que Rohmer et Chabrol osaient comparer Hitchcock non seulement à Edgar Poe mais à Platon. C’est sur cette base idéologique violente que s’édifiait alors la fameuse « politique des auteurs ». Mon principal désir était de découvrir tous les films dont lesCahiers disaient du bien et que presque tout le monde autour ne prenait pas au sérieux. Le « Référendum de Bruxelles » organisé pour désigner les dix plus grands films de l’Histoire du Cinéma
* Je dois à Marc Chevrie, que je remercie ici, responsable jadis du « Journal des Cahiers » qui accueillit de 1985 à 1987 les « Cinémachroniques » de JeanClaude Biette, la connaissance de ce texte inédit dont il a soigneusement conservé une photocopie. Ce projet très abouti de préface àPoétique des auteurs(Cahiers du cinéma, coll. « Écrits », 1988) fut finalement remplacé par un entretien plus ample et détaillé mené par Jean Narboni et Serge Toubiana. Tel quel, malgré un air de famille, il nous a paru serrer au plus près l’histoire et la pensée critique de JeanClaude à ce moment précis de sa cinéphilie et mériter donc d’ouvrir ce numéro deTraficqui lui est consacré. (P.R.)
5
6
m’apparaissait comme un événement presque aussi solennel et lourd de conséquences que le Serment du Jeu de Paume ou une séance de l’Académie française au temps de Corneille. Et puis, qui était donc ce mystérieux André Bazin qui venait de mourir et à qui lesCahiersconsacraient un numéro entier qui me privait de l’actualité cinémato graphique du mois ? En cette époque de la fin des années 1950, les films sortaient en exclusivité dans trois ou quatre salles dont les noms accolés formaient comme une devise magique : RexNormandieMoulinRouge ; BalzacHelderScalaVivienne ; Barbizon SaintAntoineLa Cigale, etc. Ensuite les films repassaient pendant des mois dans les très nombreuses salles de quartier, presque toujours en version française. On pouvait donc le jeudi aprèsmidi (jour de congé scolaire à cette époque) aller enfin voir le film dont l’affiche nous avait alléchés sur la façade des cinémas des Champs Élysées ou des Grands Boulevards. Lorsque je découvris le cinéma desCahiers, je voulus tout connaître : c’est ainsi que j’allai à la Cinémathèque de la rue d’Ulm, où, pour ne rien perdre des rétrospectives consacrées aux grands cinéastes défendus aux Cahiers, nous réservions nos places pour les trois séances successives à l’aide de manteaux et d’impers, et les escaliers étaient si remplis de monde qu’il fallait parfois, pour revenir à sa place après l’entracte, descendre l’escalier par l’extérieur de la rampe. Nous, c’estàdire Jacques Bontemps, JeanAndré Fieschi, JeanPierre Biesse, Jean Louis Comolli, PierreRichard Bré, Barbet Schroeder, futurs rédacteurs desCahierset cinéastes, auxquels viendrait s’ajouter un peu plus tard Jean Narboni ; il y avait aussi le CinéClub de la Sorbonne, où je découvrisLe Banditd’Edgar G. Ulmer etLe Petit Soldat de Godard, qui se fit traiter de fasciste par les étudiants communistes (on était en pleine guerre d’Algérie) ; le CinéClub d’Henri Agel, rue de Rivoli, nette ment plus calme ; le NickelOdéon, où le sévère Bertrand Tavernier semblait ne révéler les trouvailles de Boetticher, Dwan ou Delmer Daves qu’à ceux qui le méritaient ; et surtout le Studio Parnasse, avec ses célèbres mardis. Entre les deux films du mardi soir, à l’entracte, on pouvait écrire sur le registre, posé à gauche dans l’entrée, le titre des films qu’on désirait voir : on ne se privait pas de demander l’impossible. Et les discussions ardentes étaient animées par le moins dogmatique des programmateurs de salles, JeanLouis Chéray, qui, debout face aux spectateurs, nous enchantait lors qu’il pointait sa main vers l’écran derrière lui, pour affirmer avec ferveur le critère des critères : «Ça passe !» Et, un peu plus tard, il y eut le Cine Qua Non, où nous devions découvrir, sur le grand écran de l’Escurial,La Maison des étrangers (Mankiewicz), Comme un torrent (Minnelli),Elle et luiet (McCarey) La Forêt interdite (Nicholas Ray). Je cite ces films parce qu’ils étaient, quoique alors un peu anciens, perçus comme des événements inoubliables, et, les années ayant passé, inoubliés. Quelqu’un qui entrait en cinéphilie se sentait le devoir de connaître tous les films d’un cinéaste dès lors qu’il éprouvait un intérêt réel pour un seul de ses films. Nous passions donc notre temps à courir d’une salle à l’autre pour voir mais surtout pour revoir les films. Car c’était à revoir les films qu’on apprenait à les connaître. Je n’ai pas souvenir que nous ayons souvent employé le mot « auteur » puisqu’il y avait un
principe indiscuté selon lequel on était ou n’était pas « cinéaste » selon qu’on s’expri mait ou pas par la mise en scène. Et la mise en scène, ça n’était pas n’importe quoi. On divisait le paradis inaccessible du cinéma en grands cinéastes etcinéastes en mineurs (mais aimés tout de même, voire parfois avec plus de ferveur), tous les autres étant relégués au purgatoire morne et ennuyeux des tâcherons ou, pire, des fausses gloires. Nous étions passionnés et injustes, aidés en cela par quelques aînés qui avaient vu plus que nous et qui orientaient nos goûts encore incertains. On ne peut évoquer cette époque sans dire quelques mots du macmahonisme, mouvement esthétique lié aux projections du dimanche matin au cinéma le MacMahon. J’avais été très marqué par le manifeste de Michel Mourlet, « Sur un art ignoré », paru dans lesCahiers. Son jusqu’auboutisme me ravissait, mais je crois qu’une partie de sa force de conviction venait d’un choix de photos admirables qui faisait rêver sur un certain nombre de films que j’avais encore à découvrir. Le « carré d’as » qui figure toujours audessus de l’escalier du MacMahon a aujourd’hui valeur historique. Il m’a toujours paru discrépant. Walsh a toujours été un plus grand cinéaste que Losey. Et Lang que Preminger. Luc Moullet, dans sa critique deTemps sans pitié, avait bien montré en quoi la mise en scène de Losey contrevenait aux principes de transparence édictés par Mourlet. Et la révision aujourd’hui desAventures de HadjiBabade Don Weis est accablante. Un cinéaste, tout de même, est sorti de cette école historique, Pierre Rissient. J’en vins tout naturellement à vouloir écrire auxCahiers, et, encouragé par ce bon saint Pierre qu’était Jean Douchet, mais fort intimidé par Éric Rohmer qui parlait peu et ressemblait déjà à Goethe, je sacrifiai au rite de la visite antichambre au bureau desCahierssitué alors audessus du cinéma GeorgeV. Je passai de temps en temps voir Douchet, qui toujours me ramenait au couloir où, dans un fauteuil profond, j’écoutais son analyse du dernier Renoir ou du dernier Fritz Lang qui venait de sortir. Rohmer était cependant, en dehors de Douchet, le seul à qui j’osais parler, parce que son style très littéraire et ses goûts surprenants et audacieux m’amusaient énormé ment ; et il fut le premier cinéaste desCahiers dont j’aimais les filmset le projet cinématographique qui consistait déjà à dire : je fais ça et je m’y tiens. C’est un peu plus tard que j’aimai les films de Godard : quand je découvris ceux de Rossellini. Quand je rentrais chez moi, j’écrivais pour réfléchir au film que je venais de voir : simplement pour me rappeler des détails ou l’ordre des scènes, ou pour échafauder une explication souterraine où je serais bien sûr d’être seul à m’y retrouver. Je crus longtemps être seul à faire cela. Mais, à la même époque, ce sont des carnets entiers que JeanClaude Guiguet remplissait de notes dans une petite ville du Dauphiné où les films étaient moins nombreux qu’à Paris. Et il y a certainement eu d’autres amateurs passionnés pour le faire. Cette pratique, sans doute plus courante dans les autres arts, paraissait alors excessive pour le cinéma, encore bien loin d’être un objet d’étude. Le passage de la prise de notes à l’article proprement dit se faisait tout seul. Régulièrement je venais proposer un article à Éric Rohmer (alors rédacteur en chef), qui le refusait tout aussi régulièrement. Cela dura trois ans. Il en fallait plus pour
7
192
Achevé d’imprimer en février 2013 dans les ateliers de Normandie Roto Impression s.a.s. à Lonrai (Orne) N° d’éditeur : 2331 N° d’édition : 249072 N° d’imprimeur : 13xxxx Dépôt légal : mars 2013
Imprimé en France
Trafic 85
Cette édition électronique de la revueTrafic 85a été réalisée le 5 mars 2013 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage, achevé d’imprimer en février 2013 par Normandie Roto Impression s.a.s. (ISBN : 9782818017616-Numéro d’édition : 249072).Code Sodis : N54541-ISBN : 9782818017630 Numéro d’édition : 249074.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Gros Paul

de planete-rebelle

Trafic 80

de pol-editeur

Ciné-Bulles. Vol. 34 No. 2, Printemps 2016

de association-des-cinemas-paralleles-du-quebec

suivant