Trafic N° 42 (Été 2002)

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Lettre de Berlin, par Bert Rebhandl
'Mehr Licht…', par Robert Creeley
Manuel pour prendre et donner les films, par Stan Brakhage
'Donner la vue au médium' : Stan Brakhage, par William C. Wees
Arithmétiques du peuple, par Jacques Rancière
Murnau à la machine à écrire, par Enno Patalas
Lettre à Salka et Berthold Viertel, par Friedrich Wilhelm Murnau
Gary Hill à La Compagnie, par Roger Odin
Un Griffith parlant et sonore, par Jean-Claude Biette
Le sagouin qui a récrit F. Scott Fitzgerald, par Tag Gallagher
L'ombre ou la condition des images, par Luc Vancheri
Robert Aldrich : scènes de l'humanité, par Noël Simsolo
Batman n'est pas ce que l'on croit, par Serge Daney et Elisabeth Roudinesco
Publié le : jeudi 26 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818009963
Nombre de pages : 144
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Le style est la corde à sauter que la pensée doit prendre pour pénétrer dans le royaume de l’écriture. WALTER BENJAMIN
Fondateur :Serge Daney Comité :Raymond Bellour, Jean-Claude Biette, Sylvie Pierre, Patrice Rollet Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Christa Blümlinger, Thomas Elsaesser. En couverture : Stan Brakhage dansDog Star Man(1964).
LettredeBerlin
parBertRebhandl
Dans un texte où il présentaitTrafic, Serge Daney avait indiqué les principaux axes de son ambition pour la revue, et notamment ceux-ci : «Il est essentiel de restituer cette autre “actualité” qui est celle des autres pays et des autres cultures du cinéma. C’est pourquoi nous demanderons à un certain nombre d’amis étrangers de jouer ce rôle d’informateurs, voire de “passeurs” entre les différentes façons qu’a le cinéma de poser des questions, ailleurs.» L’année 1991 s’achevait, et nous étions pour quelque temps encore dans la bipolarisation New York/Moscou. Dix ans plus tard, la carte du monde semble enregistrer d’autres découpages, l’habitude s’est prise de correspondances instantanées – aussitôt écrites, aussitôt lues –, le temps et l’espace connaissent de nouveaux arrangements qu’il nous faut tâcher de démailler. Écrire, c’est ralentir. Les lettres que nous recevons, suscitées d’une manière ou d’une autre, donnent un état provisoire du cinéma, tel qu’il se réfléchit ici et là, de films en films, dans la distance entre les films. Nous commençons dans ce numéro avec Berlin. CherTrafic, Berlin va retrouver son château. Voilà l’information la plus importante de l’année. Elle est plus importante que le choix du prochain chancelier, plus importante que les chiffres du chômage et que la conjoncture économique, plus importante à coup sûr que les dernières parts de marché gagnées ou perdues par le cinéma allemand. Pourquoi donc ? Parce que le centre historique de la ville abritait encore un vide d’interprétation, qui avait fait l’objet de longues disputes. Désormais, une commission pour l’aménagement du Schloßplatz a formulé une recommandation sur laquelle on ne pourra plus revenir : en face de l’Altes Museum de Schinkel, la place accueillera un édifice qui, par ses proportions et sa façade baroque, reproduira le Stadtschloß d’autrefois. Même le noyau central du bâtiment d’origine, qui s’était agrandi au fil des siècles, sera reconstruit : le Schlüterhof était l’œuvre du premier grand architecte de Prusse, de cet Andreas Schlüter qui allait fasciner les nazis au point de leur inspirer en 1942 un film biographique morbide avec Heinrich George. La guerre fit ici de tels ravages qu’en 1950 le gouvernement est-allemand d’Ulbricht put de l’édifice, et de la Prusse tout entière, faire table rase. Le château, dynamité, renaît aujourd’hui. Ce monument va recentrer Berlin et, du même coup, la vision que l’Allemagne tout entière a d’elle-même. Il inaugure une histoire de la longue durée. Tel est l’espoir de ceux qui veulent pour cela démolir le Palais de la République, avec l’ancien Parlement de RDA. Le nouveau Stadtschloß
permettrait ainsi d’assimiler l’achèvement brutal de la durée est-allemande : l’« État des ouvriers et des paysans » serait un épisode définitivement clos, et Berlin posséderait enfin une image prégnante d’elle-même dans ce nouveau medium de référence qu’est devenue l’architecture. La ville, et par là l’Allemagne, e ne serait plus coupée du XIX siècle, du temps où le « processus révolutionnaire mondial » était encore une vue théorique, et la Prusse la réalité. S’il existe à cela des contre-images, elles devraient se trouver dans le cinéma, qui a depuis longtemps cessé de servir de medium de référence et peut ainsi instaurer ses propres chronologies. C’est ce que fait le documentaire de Jürgen BöttcherKonzert im Freien(« Concert en plein air »), qui explore d’ores et déjà les côtés obscurs du futur château. Böttcher est l’auteur d’un des célèbres films confisqués de RDA, Jahrgang 45(Classe 65), l’histoire d’un jeune désœuvré à Berlin-Est qui n’arrive pas à comprendre que son amie l’a quitté, mais qui ne veut pas non plus renoncer à la futilité de son existence. Le film, interdit en 1965, sortit finalement en 1991. Entretemps, Böttcher avait réalisé dans les années quatre-vingt un travail de commande consacré à l’aménagement du Forum Marx-Engels sur l’Alexanderplatz. Cet espace sculptural se trouve derrière le Palais de la République, côté est, donc hors du champ de l’attention publique – et, depuis le tournant de 1989, non seulement le lieu a changé de statut, mais les images montrant les artistes officiels de RDA ont perdu leur sens. Elles doivent être resituées. Avec les musiciens de jazz Günter « Baby » Sommer et Dietmar Diesner, Böttcher a donc organisé un concert en plein air, qui – d’une manière improvisée, non sémantique – intègre le monument dans une pratique actuelle. Le cinéaste ne va pas jusqu’à accorder aux touristes qui flânent désormais aux abords du monument «la dignité et la beauté d’hommes libresces qualités que la RDA reléguait encore dans les reliefs d’une », sculpture de commande. Il délimite ouvertement un espace dans l’espace, un espace partiel qu’emplit la musique de jazz. L’élément historique donne ainsi lieu à une expérience élégiaque, où se brise l’euphorie de la ville réunifiée en cours de construction. Aucune majorité ne se reconnaîtra dans la voix est-allemande de Böttcher, mais, à mes oreilles d’Autrichien vivant à Berlin, une telle voix est précieuse, car Böttcher incarne ce « cinéma mineur » qui traite de l’Histoire, sans nécessairement revendiquer un rang historique. Berlin, cependant, cherche d’autres représentations, elle cherche de grands antagonismes, des énergies accélératrices. À quoi se prêtera seulement une configuration allemande plus ancienne que l’opposition RFA-RDA.
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :Jean-Claude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie Pierre Ulmann, Patrice Rollet Conseil :Jacques Bontemps, Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer, Marcos Uzal Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Pip Chodorov, Stasia Gelber, Dominique Païni. En couverture :Echoes of Silence(1964) de Peter Emanuel Goldman. © Chaque auteur pour sa contribution, 2014. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6 Trafic sur Internet : sommaire des anciens numéros, agenda, bulletin d’abonnement www.pol-editeur.com © Chaque auteur pour sa contribution, 2002. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble © P.O.L éditeur, 2015 pour la version numérique
Cette édition électronique du livreTrafic 42de Collectif a été réalisée le 12 novembre 2015 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782867448966) Code Sodis : N46454 - ISBN : 9782818009963 - Numéro d’édition : 207432
Leformat ePub a été préparé par Isako www.isako.com à partir de l’édition papier du même ouvrage. Achevé d’imprimer en mai 2002 par Normandie Roto Impression s.a. N° d’édition : 2615 Dépôt légal : juin 2002 Imprimé en France
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