Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Trafic N° 52 (Hiver 2004)

De
144 pages
Sylvie Pierre, D'où viennent nos utopies?
Catherine Grenier, Crise de la transmission et refondation de l'origine
Érik Bullot, Généalogies
Mathieu Riboulet, Les autorisations nécessaires
Nicole Brenez, Pratiques d'images en milieu enfantin à la fin du XXe siècle
Fabrice Revault, Génie comique de Leo McCarey, le précurseur
Jean Louis Schefer, Écoute
Jean-Claude Lebensztejn, Le Couronnement de Poppée
Maël Renouard, L'envers de La Chambre verte
Jean-Joseph Goux, L'œil paralogique de Magritte
John Rajchman, L'art de voir de Foucault
Stefan Grissemann, Lettre de Vienne
Nathaniel Dorsky, Le cinéma de la dévotion
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Trafic 75

de pol-editeur

Foucault, nous le savons, montre comment les prétendues vérités d’une époque ignorent leurs propres présupposés, qu’elles ne sont pas amples, mais biscornues. Il en résulte que nous échappons difficilement à nos évidences : l’homme ne pense pas n’importe quoi n’importe comment. PAUL VEYNE
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :Jean-Claude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie Pierre, Patrice Rollet Conseil :Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Christa Blümlinger, Marie-Christine Damiens, Robert Guédiguian, Philippe-Alain Michaud. En couverture :Variationsde Nathaniel Dorsky (1992-1998).
D'oùviennent
nosutopies?
parSylviePierre
el qu’il en avait fortement inscrit la notion dans sa propre autobiographie légendaire, le « ciné-fils » adTopté, ou qui se serait inventé, « selon son désir » (Godard/Bazin, Godard/Lang), un vrai géniteur de selon Serge Daney constituait la métaphore de situation d’un orphelin de père que le cinéma aurait cinéma, ou encore, quelqu’un que le cinéma aurait littéralement enfanté. On sait bien comment il y insistait : le cinéma lui aurait «donné le mondeAutant dire qu’il l’y aurait mis. Il y a de l’androgenèse ». dans la procédure. En tout cas il m’apparaît probable qu’elle ne concerne que les garçons. Certes les sorcières de Shakespeare ont bien promis à Macbeth la trompeuse immunité selon laquelle «aucun homme né d’une femme » n’aurait le pouvoir de lui faire du mal. Mais ce n’était que façon de parler, entourloupette sémantique, et diablerie dramaturgique avant tout, pour mener le pécheur, symboliquement, à sa perte théâtrale la plus pure. Fils ou fille on ne l’est, on le sait bien, que d’être né, et de ses bien réels parents qui même absents ensuite, l’un ou l’autre ou les deux, mêmein vitro, ont mélangé un jour leurs principes, mâle et femelle. Et c’est cette première réalité, celle de la généalogie, qui dessine pour nous la carte complexe, évolutive, de notre filiation à ce qui nous a été transmis, imaginaire compris. Les consistances physique, sensorielle, dramatique, esthétique, spirituelle, intelligible – ou pas – de notre monde sont des notions que nos pères et mères ne se sont pas gênés pour nous transmettre directement, même si la dialectique de nos consentements et de nos refus s’en est mêlée. C’est à découvrir, grâce à eux, que le cinéma pouvait mettre tout son art à figurer ou transfigurer les affaires du monde, que j’ai dès l’enfance aimé le cinéma dont ils m’avaient transmis l’amour un peu naïf mais sincère et passionné. Cinéphile, donc, au féminin, je ne le suis devenue qu’ensuite, par apparentement volontaire, cette fois, avec des cinéphiles garçons. Pour eux le cinéma était un monde. Ils s’en étaient fait un monde. Ils vivaient dedans, passant littéralement leur vie à voir des films ou à parler de cinéma. C’était fascinant pour une fille. Une fois, je me souviens, lors d’un hommage, déjà, à l’œuvre de Vincente Minnelli en 1965 à la Cinémathèque française en sa salle du Palais de Chaillot (en cet hiver 2004-2005, c’est le Centre Pompidou qui reprendra le flambeau), j’ai vu sortir d’une séance, tandis que j’attendais pour la suivante, les cinéphiles, les vrais. À une sorte d’aura d’extraterrestritude se dégageant de leurs groupes, on les reconnaissait immédiatement. On me les indiqua car je ne les connaissais pas : Daney et Skorecki. On eût dit Walter
Matthau et Jack Lemmon, en plus graves. Oui alors, très impressionnée, car très jeune, j’ai pensé : cet étrange monde-là, eux, les garçons, y ont accès. Et pourquoi pas moi ? Mais pour que le cinéma me donne quelque chose du monde, au moins quelque familiarité avec l’une de ses régions, il a fallu que j’aille voir sur place, en sartrienne, en humaniste (c’était de mon âge), si son existence précédait pour de bon son essence : dans mon cas, en l’occurrence, si le Brésil parlait bien le même langage de réalités et de mythologies que le Cinéma Novo. Et une fois là-bas, l’expérience fut longue, il fallut connaître un peu tout de cet autre monde pour en approcher la réalité, violente et mystique en effet. S’apercevoir «dans le nu de la viede l’expérience, » comme dirait l’ami Jean Hatzfeld, que le cinéma n’était bien entendu qu’un reflet dans les superstructures, même si objectivement c’est de commune substance d’histoire que le monde et le cinéma procèdent. La musique, la peinture, la littérature, la nourriture, la température, la peau, l’économie, la technologie, la philosophie et j’en passe, sont des accès au monde qui rendent encore plus généreux les dons que le cinéma peut nous faire, si nous sommes passés par eux, le cas échéant avant, après, ou en même temps que par lui. Certes l’histoire du cinéma fait faire une sorte de saut qualitatif à l’histoire de l’art. Car apparaissant dans ce champ (avec un léger retard, mais vite compensé en théorie et pratique) elle oblige à repenser l’art même : sa production, sa reproduction, sa signature, son économie, ses genres, son esthétique bien entendu, mais aussi son dispositif, tant de topiques. Les garçons ont compris les premiers, sauté les premiers, adhéré les premiers à cette révolution de modernité véritablement copernicienne que constituait ce pouvoir du cinéma d’inscrire avec des machines de l’imaginaire en réalité et vice versa. Les premiers ils ont reconnu, chacun les leurs, mais finalement plus unanimes qu’ils ne le croyaient eux-mêmes (lesCahiers etPositif, par exemple), les vrais artistes, les vrais héros, les vrais événements de cinéma, montré les structures, analysé les valeurs. Les filles ont suivi, jeté quelques petits pavés dans la mare de la secte cinéphile, où règne encore aujourd’hui une vieille tradition d’amitié virile et de solidarité des pantalons que je connais par cœur, tête et corps. La classe des retardataires, pourvu qu’elle soit ouvrière, arrivera peut-être la première au paradis du cinéma : ki lo sà ? En tout cas, ce que savent les filles du cinéma c’est qu’avant d’en faire un monde, ou une mondanité, il faut y travailler pour vivre, comme disait Kurosawa Akira.
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :Jean-Claude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie PierreUlmann, Patrice Rollet Conseil :Jacques Bontemps, Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer, Marcos Uzal Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions :Pip Chodorov, Stasia Gelber, Dominique Païni. En couverture :Echoes of Silence(1964) de Peter Emanuel Goldman. © Chaque auteur pour sa contribution, 2014. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6 Trafic sur Internet : sommaire des anciens numéros, agenda, bulletin d’abonnement www.pol-editeur.com © Chaque auteur pour sa contribution, 2004. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble © P.O.L éditeur, 2015 pour la version numérique
Cette édition électronique du livreTrafic 52de Collectif a été réalisée le 31 juillet 2015 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782846820462) Code Sodis : N45141 - ISBN : 9782818006610 - Numéro d’édition : 206819
Le format ePub a été préparé par Isako www.isako.com à partir de l’édition papier du même ouvrage. Achevé d’imprimer en mars 2015 par Imprimerie Floch N° d’édition : 2850 Dépôt légal : avril 2015 Imprimé en France
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin