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Trafic N° 67 (Automne 2008)

De
144 pages
Michel Chion, Le gorille et la fourmi
Kijû Yoshida, Un mouchoir dans le vent, la photo d'une star. Essai de cinéma
Mathieu Capel, L'érotique de Kijû Yoshida. Qu'est-ce qu'une rencontre?
Shiguéhiko Hasumi, Kijû Yoshida, ombres et fictions. Autour de Promesses, Les Hauts de Hurlevent et Femmes en miroir
Julien Gester, Johnnie To, un jeu anachronique
Pierre Léon, À contre-jour
Suzanne Liandrat-Guigues, L'éloquence selon Jean Cayrol
Jean-Louis Leutrat, Le Coup de grâce
Antonio Damasio, Cinéma, esprit et émotion : la perspective du cerveau
Youssef Ishaghpour, Macbeth dans son dédale
Jonathan Rosenbaum, La Lettre volée de Welles : F for Fake
Hervé Gauville, Faut-il soutenir L'Hypothèse du tableau volé?
Hilary Radner, Lettre de Dunedin. Le cinéma au 'pays du long nuage blanc'
Dudley Andrew, Ontologie d'un fétiche
Roger Leenhardt, L'œuvre d'André Bazin
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Les yeux transmettent les idées, c’est pourquoi je les ferme de temps en temps, afin de n’être pas forcé de penser. ROBERT WALSER
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :Jean-Claude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie Pierre, Patrice Rollet Conseil :Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions : Mathieu Capel, Alistair Fox, Daniel Stern, Carlotta Films. En couverture : Kijû Yoshida et Yûko Tanaka sur le tournage desHauts de Hurlevent(Arashi ga oka, 1988). (D.R.)
Legorille
etlafourmi
parMichelChion
orsque l’exploitation cinématographique sera convertie massivement au numérique (ce qui, semble-t-cinLématographique se faisait encore à partir d’une pellicule. il, ne saurait tarder), on racontera dans les veillées des histoires du temps passé, quand la projection En voici déjà une, vécue et très jolie. Dans les années soixante-dix, une salle parisienne à écran géant nommée le Kinopanorama (rachetée aux Russes, qui l’avaient ouverte dans les années cinquante pour concurrencer le CinéRama de la rive droite) remportait un succès d’affluence en montrant des films catastrophe commeL’Aventure du Poséidon etLa Tour infernale, ainsi qu’en ressortant des classiques du cinéma épique tels queLes 55 Jours de Pékin, et autresBen Hur. Ce fut là que je vis pour la première fois, en reprise,Lawrence d’Arabie. On sait que ce film de 1962 comporte un magnifique raccord d’objets d’échelle différente – un raccord qui à mon avis a pu servir de modèle à Kubrick : je parle bien sûr de cette coupe sublime qui, dans2001, nous fait sauter d’un os jeté par un singe, dans le passé, à un satellite artificiel géant dans le futur. Comme Kubrick six ans plus tard, David Lean prépare soigneusement son effet. À la fin d’une conversation de bureau, alors que nous n’avons encore vu aucun extérieur ou presque, Peter O’Toole, qui vde recevoir l’autorisation d’aller dans le désert pour nouer des contacts avec les Arabes, souffle uneient allumette qui tenait dans sa main. À la hauteur dans l’écran où se trouvait l’allumette, surgit, par la grâce du montage, un soleil qui se lève au centre d’une image vide. C’est l’Arabie, c’est le désert. Pendant un certain temps, dans le film, nous n’aurons que des plans vides avec un grand ciel, et c’était une trouvaille à l’époque (banalisée par la suite) que d’utiliser ainsi l’écran large pour n’y mettre presque rien du tout. J’en viens à mon histoire de projection. Il faut se souvenir que l’écran du Kinopanorama était vraiment, vraiment grand. Dans une des images les plus minimales deLawrence d’Arabie, juste du ciel et des dunes de sable avec peut-être au loin deux voyageurs sur leurs chameaux, une mouche géante vint se promener, et on la vit faire ses allées et venues tranquilles dans le ciel. C’était évidemment une mouche réelle qui avait bien choisi son film et son moment pour se poser sur la vitre de séparation entre la cabine de projection, située très haut au-dessus du balcon, et la grande salle. Le public ne tarda pas à s’amuser de cette mouche
king-kongesque qui s’incorporait au film, et se mettait de la partie. C’est en effet, comme les Français le savent depuis La Fontaine, le propre des mouches que de se mêler de la vie humaine sans y avoir été invitées. Mais là où la bonne humeur de la salle devint délire, joie enfantine, jubilation, c’est quand elle vit surgir sur l’écran géant par la droite, d’un hors-champ fabuleux, une main de titan ; la main du projectionniste qui, en essayant de chasser l’insecte, offrait au public deLawrence d’Arabiesupplément de quelques le secondes d’ombres chinoises sur très grand écran, pour lesquelles le film de David Lean offrait comme fond, comme décor, ses images magnifiquement vidées. Si la main ravissait à ce point, je crois, c’est qu’elle nous rappelait qu’elle s’interposait entre, d’un côté, une lampe puissante et une pellicule transparente – une pellicule de 70 mm défilant dans la cabine, une pellicule tenant dans la main – et, de l’autre, une image géante devant nous ; elle donnait la mesure à la fois du très grand et du très petit en même temps, incarnant ces basculements d’échelle caractéristiques du cinéma. La main humaine ou pré-humaine, comme référence de taille ultime, est le point commun de ces trois exemples : l’allumette dans les mains de Lawrence, l’os dans le ciel jeté par un bras de singe, qui en a fait une arme-outil à sa mesure, et la main du technicien venant redonner son échelle à la mouche. Rien d’étonnant à ce que l’histoire du cinéma de spectacle soit ponctuée par les différentes versions d’une même fable, celle d’un singe assez gigantesque pour tenir dans sa main, non une mouche, mais une femme tout entière. Chacun sait en effet que dans les trois versions principales deKing Kong (pour ne pas parler des nombreuxsequels), celle d’Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper avec Fay Wray en 1933, celle produite par De Laurentiis et dirigée par John Guillermin en 1976, avec Jessica Lange, et enfin celle récente de Peter Jackson avec Naomi Watts, les plans de la Belle dans la paume de la Bête sont les seuls ou presque pour lesquels il a fallu construire une partie du corps du monstre en vraie grandeur, sans recourir à des trucages. Pour le reste, le public est prêt à admettre l’existence de poupées, miniatures, peintures, et autres artifices. La Belle dans une main de gorille, c’est la rencontre dans une même réalité de deux grosseurs de plan différentes. Kong est comme un singe qu’on verrait en très gros plan, Ann Darrow, comme une femme qu’on verrait en plan général. Si on les montre dans des plans séparés, c’est un effet banal de découpage. Mais s’ils figurent ensemble, c’est, dès 1933, comme le débordement d’un effet de découpage dans le réel même des personnages ; ce débordement qui – se servant pour cela de prétextes science-fictionnesques et fantastiques – devient dans le cinéma récent de plus en plus fréquent.
Fondateur :Serge Daney Cofondateur :Jean-Claude Biette Comité :Raymond Bellour, Sylvie PierreUlmann, Patrice Rollet Conseil :Jacques Bontemps, Leslie Kaplan, Pierre Léon, Jacques Rancière, Jonathan Rosenbaum, Jean Louis Schefer, Marcos Uzal Secrétaire de rédaction :Jean-Luc Mengus Maquette :Paul-Raymond Cohen Directeur de la publication :Paul Otchakovsky-Laurens Revue réalisée avec le concours du Centre national du Livre Nous remercions pour leur aide et leurs suggestions :Pip Chodorov, Stasia Gelber, Dominique Païni. En couverture :Echoes of Silence(1964) de Peter Emanuel Goldman. © Chaque auteur pour sa contribution, 2014. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6 Trafic sur Internet : sommaire des anciens numéros, agenda, bulletin d’abonnement www.pol-editeur.com © Chaque auteur pour sa contribution, 2008. © P.O.L éditeur, pour l’ensemble © P.O.L éditeur, 2015 pour la version numérique
Cette édition électronique du livreTrafic 67de Collectif a été réalisée le 30 juillet 2015 par les Éditions P.O.L. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782846822756) Code Sodis : N46700 - ISBN : 9782818012321 - Numéro d’édition : 207554
Leformat ePub a été préparé par Isako www.isako.com à partir de l’édition papier du même ouvrage. Achevé d’imprimer en mars 2015 par Imprimerie Floch N° d’édition : 160738 Dépôt légal : avril 2015 Imprimé en France
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