Traité élémentaire de versification française, suivi d'un album alphabétique des vers proverbes français, par Ch. Dezobry

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C. Delagrave (Paris). 1866. In-18, 152 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
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TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
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\- /HttVAa/CH. DEZOBRY
PARIS
CH. DELAGBAVE ET C1", ÉDITEURS
78, RUE DES ÉCOLES, 78
1866
Tous droits réservés.
TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE
DE
VERSIFICATION
FRANÇAISE
INTRODUCTION.
Il serait ridicule de vouloir être poëte, si la
Nature ne nous a pas doué de ce talent; mais il
est presque aussi ridicule, après une éducation
quelque peu soignée, d'ignorer les principes de la
versification française. Sans cette connaissance,
que l'on peut acquérir assez facilement, on ne
saura jamais apprécier ni sentir le charme de la
poésie, ni même en parler un peu pertinemment,
comme il convient de faire de toute chose dont
on parle ; et par suite, on sera privé d'un plaisir
délicat, et cependant assez vif, qui est un des
plus charmants des esprits distingués.
Nul n'est obligé de se connaître beaucoup en
peinture, en sculpture, en architecture, en mu-
1
2 VERSIFICATION FRANÇAISE.
sique même, j'entends s'y connaître savamment,
ou mieux, théoriquement ; mais il n'en est pas de
même de la poésie française, parce que ses prin-
cipes font partie de l'étude de la langue, et qu'il
est toujours honteux de ne pas savoir parfaitement
le français. Et puis la poésie est une chose de
tous les instants : on la trouve partout, dans la
rue, dans les salons, au théâtre, dans les réunions
publiques, dans les livres, et jusque dans les pro-
saïques journaux. Lisez, ou que l'on vous prie de
lire à haute voix une pièce de théâtre, un mor-
ceau de poésie ; chantez une romance, un couplet,
vous ne le ferez jamais bien si-vous ignorez les
lois de la versification. Les vers sont une musique
aussi dont il faut savoir lestons, les repos, les
silences, le mouvement, et si vous ne les savez
pas, vous serez presque toujours comme un chan-
teur qui détonne ou qui ne va pas en mesure.
La petite science de la versification française
est donc très-utile à savoir. Je vais essayer de
vous l'exposer le moins savamment possible, afin
que vous la compreniez mieux, plus vite, et qu'elle
ne vous ennuie pas.
PRÉCEPTES GENERAUX.
CHAPITRE PREMIER.
DES VERS FRANÇAIS;
Je suppose que vous ne vous êtes jamais bien
rendu compte de ce que c'est qu'un vers français,
et que par conséquent vous seriez embarrassé
pour le définir ; je vous dirai donc :
Un vers français est une petite phrase, ou bien
un membre de phrase dont les mots sont arran-
gés suivant des règles fixes, et doivent contenir
un nombre déterminé de syllabes-
Exemple de phrase :
Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
LA FONTAINE.
Exemple de demi-phrase :
Celui qui met un frein à la fureur des flots...
J. RACINE.
Nous avons des vers français de plusieurs sor-
tes, des grands, des moyens, des petits, et même
d'infiniment petits. Ils sont distingués et dénom-
4 VERSIFICATION FRANÇAISE.
mes d'après le nombre de syllabes que chacun
contient; les plus grands vers n'ont jamais plus
de douze syllabes ; les plus petits n'en ont qu'une
seule.
On peut construire des vers depuis une jusqu'à
dix syllabes, en montant par unité ; après dix il
faut sauter à douze : onze syllabes est un nombre
interdit; on a fait quelques essais de vers de ce
genre, mais ils n'ont jamais réussi.
L'agencement des mots et des syllabes est sou-
mis à des lois qui toutes ont pour but de rendre
le langage de la poésie plus doux et plus harmo-
nieux que celui de la prose : ainsi, l'hiatus est
banni de tous les vers ;
Le nombre des syllabes d'un vers est diminué
par Vélision ou fusion de la syllabe finale d'un
mot avec la syllabe initiale d'un autre mot qui le
suit;
Certains vers doivent avoir un repos léger qu'on
appelle césure ;
La fin des vers doit être ornée d'une rime ;
Enfin il faut éviter presque toujours l'enjambe-
ment d'un vers sur l'autre.
Voilà bien des préceptes accumulés, et dont
plusieurs ne vous paraissent peut-être pas très-
clairs : je vais traiter de chacun en détail, et
vous le rendre sensible par des exemples.
CHAP. II.— DE L'HIATUS. 5
CHAPITRE II.
DE L'HIATUS.
Vous vous rappelez quelles lettres on nomme
voyelles : ce sont ces lettres-là qui produisent
Yhiatus. Toutes les fois qu'un mot terminé par
une voyelle se trouve immédiatement suivi d'un
autre mot commençant par une voyelle, il en ré-
sulte un hiatus. Exemples : Dieu a créé le monde.
La rencontre de u et de a forme hiatus. Je son-
geai à mon prochain. Ici même défaut par la ren-
contre de i et de a. On est forcé, pour prononcer
ces syllabes, d'ouvrir beaucoup la bouche, de
faire un petit effort de mâchoire et comme un
bâillement. Boileau, dans son Art poétique
(chant 1), a formulé de la manière suivante la
règle que je viens d'exposer :
Gardez qu'une voyelle, à courir trop hâtée,
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée.
Cette règle, toute d'harmonie, est observée
pour la conjonction et, parce qu'elle se prononce
é; elle ne peut donc se trouver devant une
voyelle sans faire hiatus. Ainsi ce vers serait
vicieux :
Je dois toujours chérir et aimer mon prochain.
6 VERSIFICATION FRANÇAISE.
L'hiatus n'existe pas entre la fin d'un vers et
le commencement d'un autre vers. Exemple :
Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta,
Et Dieu sait bien souvent ce qu'elle en rapporta.
J. RACINE.
CHAPITRE III.
DE L'ÉLISION.
Quand un mot terminé par un e muet se trouve,
immédiatement suivi d'un mot commençant par
une voyelle ou par h non aspirée ou même aspi-
rée , la syllabe finale du premier mot se confond
avec la première lettre du mot suivant. Cette ab-
sorption d'une syllabe finale par une lettre ini-
tiale se nomme élision. Voici un exemple de
toutes les élisions, dans l'ordre où je viens de les
dire. Les lettres élidées seront en italique.
Souvent notre, amour-propre éteint notre bon sens.
VOLTAIRE.
L'ami qui souffre seul fait une injure à l'autre.
ROTROU.
L'amour-propre offensé ne pardonne jamais.
E. LEBRUN.
L'honneur est comme une île escarpée et sans bords,
On n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.
BOILEAU.
CHAP. III. - DE L'ELISION. 7
La honte est dans l'offense et non pas dans l'excuse.
LACHAUSSÉE.
L'allégorie habite un palais diaphane.
LEMIERRE.
Vous voyezque dans tous ces vers on compterait
une syllabe de plus sans l'élision, excepté dans le
dernier : le mot allégorie conserve toutes ses
syllabes, mais sans l'e muet qui le termine, la
rencontre de Yi et de Yh non aspirée produirait
un hiatus.
L'e muet ne s'élide pas ordinairement devant l'A
aspirée ; exemple :
La constante hauteur de sa présomption.
MOLIÈRE.
Mais l'élision n'est point interdite d'une manière
absolue ; Voltaire ayant mis dans une de ses pièces
le vers suivant :
Femme par sa tendresse, héros par son courage;
Saurin, de l'Académie française, crut que les rè-
gles de la versification ne permettaient pas cela,
et proposa à Voltaire de corriger ainsi son vers,
ou plutôt de le gâter :
Femme par sa tendresse, et non par son courage.
« Ayez le courage, lui répondit Voltaire, un
peu ironiquement, de laisser le vers tel qu'il
était, et, de ne pas affaiblir une grande pensée
pour l'intérêt d'une h. Je dirai toujours ma ten-
8 VERSIFICATION FRANÇAISE.
dresse héroïque, et cela fera un très-bon hémis-
tiche; matendresse eu héroïque serait barbare1.»
Cependant si la décision de Voltaire a prévalu,
elle n'a pas détruit l'ancienne règle qui n'élidait
pas devant l'A aspirée, règle que Boileau obser-
vait; exemple :
On peut être héros sans ravager la terre.
Voltaire aurait pu citer, à l'appui de son opinion,
le vers suivant de Racine :
Élevé dans le sein d'une chaste héroïne-.
Saurin lui aurait sans doute répondu que si dans
héros A est aspirée, elle ne l'est pas dans héroïne ;
pourquoi? On n'en sait rien. Un poète peut donc
ne pas tenir compte d'un usage philologique qui
est une contradiction, lorsque cette transgression
lui permet de frapper un vers énergique, au lieu
d'écrire un vers plat.
Toute syllabe terminée par un e muet, à la fin
d'un vers, s'élide naturellement, quelle que soit
la lettre qui commence le vers suivant; du moins
la prononciation s'en fait à peine sentir par une
demi-articulation ; exemple :
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
' ' ■■ - '.- ''■ ''■ 'ï '•'''■ J. RACINE.
On prononce comme s'il y avait craint'. Si l'on
1. VOLTAIRE, Correspond, générale, 1768, -5 février.
CHAP. III. — DE L'ELISION. 9
articulait pleinement l'e muet, le vers aurait treize
syllabes. Voyez aussi, dans les exemples précé-
dents , le second, le sixième et le septième vers.
Cette observation s'applique également aux mots
terminés en es, ainsi qu'aux troisièmes personnes
plurielles des verbes finissant en ent; exemples :
Moins l'assemblée est grande et plus elle a d'oreilles.
PlRON.
Amitié, don du ciel, plaisir des grandes âmes.
VOLTAIRE.
De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent :
Les filles de l'Egypte à Suze comparurent.
J. RACINE.
Il en est de même pour les personnes plurielles
des temps des verbes, placées n'importe où dans
le corps du vers ; exemples :
11 était sur son char : ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés.
J. RACINE.
Ses rides sur son front gravaient tous ses exploits.
ID.
Et ces deux grands débris se conso/oient entre eux.
DELLILE.
Dans ces derniers exemples, la syllabe sonnante
a seule de la valeur ; il est indifférent qu'elle soit
écrite en six lettres ou bien quatre, c'est-à-dire
au pluriel au lieu du singulier.
i,
10 VERSIFICATION FRANÇAISE.
CHAPITRE IV.
DE LA CÉ.SÙRE.
La césure est un repos léger qui coupe les vers
en deux parties. Le vers de douze syllabes et celui
de dix sont seuls soumis à la loi de la césure.
Le vers de douze syllabes doit l'avoir après la
sixième ; exemples :
Le jour n'est pas plus pur — que le fond de mon coeur.
J. RACINE.
A tous les coeurs bien nés — que la patrie est chère!
VOLTAIRE.
Oui, c'est un Dieu caché — que le Dieu qu'il faut croire.
L. RACINE.
La césure doit toujours tomber sur un membre
de phrase formant un sens naturel ; elle est mau-
vaise dès qu'elle suspend le sens contrairement
aux lois de la syntaxe; exemple :
Comme un fruit du rameau — détaché vert encore.
Rameau ne saurait être séparé de détaché dans
la prononciation ; le vers ne sera donc régulier
que construit ainsi :
Comme un fruit encor vert — du rameau détaché.
LAMARTINE.
Pelée au loin portant — sa vue à ce discours.
CHAP. IV. — DE LA CESURE. 11
Le repos entre portant et sa vue est irrégulier;
il faut :
Pelée, à ce discours, — portant au loin sa vue. .
J.-B. ROUSSEAU.
Je n'insiste pas davantage sur cette règle que
le simple bon sens indique, car si des négligences
de ce genre sont blâmables dans la prose, com-
bien ne le seront-elles pas plus dans la poésie,
langue plus perfectionnée que la prose!
Un second principe, non moins important, c'est
que la césure ne doit se faire que sur une syllabe
pleine; ainsi, les mots finissant par une syllabe
muette, comme aiment, promènent, etc., font une
césure vicieuse; exemples :
Et vous, qui vous plaisez aux folles passions
Qu'en vos coeurs allument les vaines fictions,
Amateurs profanes de spectacles frivoles, etc.
Pour que ces vers soient réguliers, il faut les
écrire de la manière suivante :
Et vous, qui vous plaisez aux folles passions
Qu'allument en vos coeurs les vaines fictions,
Profanes amateurs de spectacles frivoles, etc.
J. RACINE.
Les mots terminés par un e muet ne doivent
pas non plus se trouver à la césure. Les vers sui-
vants sont donc fautifs :
Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance
12 VERSIFICATION FRANÇAISE.
C'est la vertu seule qui fait la différence.
La critique est aisée, mais l'art est difficile.
Pour les rendre exacts, il faut les rétablir ainsi :
Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance,
C'est la seule vertu qui fait la différence.
VOLTAIRE.
La critique est aisée et l'art est difficile.
DESTOUCHES.
Vous voyez, d'après ce dernier vers, que l'e
muet peut se rencontrer à la césure, pourvu qu'il
se trouve devant une voyelle qui le fasse élider.
Une syllabe sonore fait une bonne césure, les
temps des verbes en aient, en font également une
bonne, malgré leurs dernières lettres ; exemples :
En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre.
J. RACINE.
Nos regards la cherchaient dans des yeux expirants.
LAMARTINE.
La césure des vers de dix syllabes doit se trou-
ver après la quatrième syllabe; exemples :
Nécessité — d'industrie est la mère.
GRESSET. ;
Simple en était— la noble architecture;
Chaque ornement, — à sa place arrêté, ;
Y semblait mis — par la nécessité :
L'art s'y cachait — sous l'air de la nature ;
L'oeil satisfait — embrassait sa structure,
Jamais surpris, — et toujours enchanté. ;
VOLTAIRE,
CHAP. IV. — DE LA CÉSURE. 13
Vous voyez que le repos est bien marqué dans
chaque vers, quoique un peu moins peut-être que
dans les vers de douze syllabes; néanmoins la
césure forme un membre de phrase.
Des poètes de nos jours ont essayé de varier le
vers de dix syllabes en transportant la césure
après la cinquième syllabe ; exemple :
Le soleil aux champs — d'aller vous fait signe ;
Chaque jour s'enfuit—de fleurs couronné.
Viens, mon compagnon, — humble cep de vigne,
Ami qu'en riant — le sort m'a donné.
BÉRANGER.
Ce mode impose au vers une sorte de monoto-
nie sautillante, et le prive de la ressource de
l'enjambement, qui lui donne de la variété et une
certaine grâce , ainsi que nous le verrons plus
bas.
Je veux vous citer encore ici la définition de la
césure donnée par Boileau dans son Art poétique
(chant I), non-seulement parce que ces deux
vers, faciles à retenir, vous graveront mieux la
règle dans la mémoire, mais parce que vous y
trouverez tout à la fois le précepte et le modèle :
Que toujours dans vos vers,—le sens coupant les mots,
Suspende l'hémistiche, — en marque le repos.
Un hémistiche est une moitié de vers; ce pré-
cepte de Boileau semblerait donc ne s'appliquer
qu'aux vers de douze syllabes, puisque la césure
14 VERSIFICATION FRANÇAISE.
du vers de dix syllabes ne fait pas véritablement
un demi-vers; mais il faut prendre la définition
de Boileau dans un sens général.
CHAPITRE V.
DE LA RIME.
On appelle rime, dans les vers, la consonnance
exacte de deux syllabes finales semblables, ou qui,
bien que différentes, sonnent de même. Tous les
vers français sont rimes, ordinairement deux à
deux, quelquefois trois, et même quatre ensem-
ble. Mais afin de rompre la monotonie qui résul-
terait du retour fréquent de sons de même na-
ture, les poètes ont imaginé de varier les rimes
en employant tour à tour ce que l'on appelle une
rime masculine, puis une rime féminine.
Un mot terminé par une voyelle ou un son plein
forme une rime masculine ; exemples :
L'amitié d'un grand homme est un bienfait dès dieux.
VOLTAIRE.
L'on a souvent besoin d'un plus petit que soi.
LA FONTAINE.
Tout ce qu'on dit de trop est fade et rebutant.
BOILEAU.
Qui discute a raison, et qui dispute a tort.
RULHIÈRE.
CHAP. V. — DE LA RIME. 15
La rime féminine se trouve, 1° dans tous les
mots terminés par un e muet; exemples :
Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue.
BOILEAU.
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.
J. RACINE.
J'ai fait un peu de bien ; c'est mon meilleur ouvrage.
VOLTAIRE.
2« Dans les mots, substantifs ou verbes, qui,
bien que terminés par les signes du pluriel, ont
leur singulier finissant par un e muet ; exem-
ple:
Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années.
P. CORNEILLE.
C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d'esprit semés de temps en temps petiMent.
BOILEAU,
Des ouvrages vantés qui n'ont ni pieds ni têtes!
GRESSET.
Les rimes formées par les temps de verbes ter-
minés en ent sont féminines parce que la syllabe
sonne exactement comme si elle était terminée
par un e muet; mais lorsque la rime finit en
aient elle est masculine, parce qu'alors elle
sonne comme ait ; exemple :
- Eux seuls ils composaient toute leur république :
Heureux de ne devoir à pas un domestique
16 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendaient.'
Tout vieillit : sur leur front les rides s'étendaient.'
LA FONTAINE.
Dans les substantifs, les adjectifs ou les pro- i
noms, les mots doivent toujours avoir une con- j
formité d'orthographe à leur dernière syllabe :
pour rimer régulièrement ; ainsi née au singulier,;
avec années au pluriel ferait une rime vicieuse ; ■
mais dans les mots suivants elle est exacte, bien.
que l'un exprime un singulier et l'autre un plu- \
riel : une faux et des chevaux; un bras nerveux
et nos neveux ; tu murmures et des injures, etc.
CHAPITRE VI.
DE L'ENJAMBEMENT.
Un vers forme ordinairement à lui seul soit
une phrase, soit un membre de phrase. Quand le
sens ne finit pas avec le vers, et que les mots qui
le complètent sont rejetés au vers suivant, cela
s'appelle un enjambement. C'est une imperfection;
véritable, qu'il faut éviter parce qu'elle rompt la!
mesure du vers, dissimule presque la rime, et
tend à faire ressembler la poésie à de la prose; :
exemples :
Mais j'aperçois venir madame la comtesse '
De Pimbesch?.
J. RACINE.
CHAP. VI. — DE L'ENJAMBEMENT. 17
Je te baise les mains, et je me recommande
A ta grandeur.
DESTOUCHES.
J'arrive hier : j'apprends... (conçois-tu ma surprise?)
Que l'on juge aujourd'hui le procès qui divise
Nos familles.
DEMOUSTIER.
Cependant l'enjambement est permis quelque-
fois pour obtenir des effets imitatifs ; exemples :
Le chanoine, surpris de la foudre mortelle,
Se dresse, et lève en vain une tête rebelle.
BOILEAU.
Soudain le mont liquide, élevé dans les airs,
Retombe : un noir limon bouillonne sur les mers.
DELILLE.
Eh ! concluez.—Puis donc qu'on nous permet de prendre
Haleine, et que l'on nous défend de nous étendre,
s J. RACINE.
Du palais d'un jeune lapin,
Dame Belette un beau matin
S'empara.
LA FONTAINE.
Les verbes se dresse et retombe font image.
Remarquez néanmoins que l'enjambement n'existe,
pour ainsi dire, qu'à demi dans ces exemples, car
le sens est presque complet dans le premier vers,
et ne fait que se continuer dans le second. Dans
18 VERSIFICATION FRANÇAISE.
le dernier exemple prendre — haleine! peint
l'homme essoufflé.
De même lorsque dans le second vers les mots
qui suivent l'enjambement sont la suite immé-
diate, ou le développement de la pensée, l'en-
jambement disparaît presque'; parce que les deux
vers forment une période ; exemples :
Oui, j'accorde qu'Auguste a droit dé conserver
L'Empire, où sa vertu l'a fait seul arriver.
P. CORNEILLE.
Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur
De vouloir, par raison, combattre son erreur.
LA FONTAINE.
Là l'hiver tient sa cour ; là, ce despote assis
Sur d'énormes glaçons, par vingt siècles durcis,
S'entoure d'ouragans, de tempêtes, d'orages.
ROUCHER.
Jusqu'à ce que la mort qui rompra nos liens,
Lui reprenant mes jours, dont il a fait les siens,
Se lève entre nous deux, nous désunisse, et vienne
S'emparer de sa vie et me rendre la mienne.
C. DELAVIGNE.
L'enjambement produit encore' des effets assez
heureux, et par conséquent est permis, lorsque
le discours est coupé par une suspension ou bien
une réticence ; exemples : •
Et ce même Sénèque, et ce même Burrhus
Qui depuis... Rome alors honorait leurs vertus.
J. RACIKE.
CHAP.VI. — DE L'ENJAMBEMENT. 19
N'y manquez pas du moins : j'ai quatorze bouteilles
D'un vin vieux... Boucingot n'en a pas de pareilles.
BOILEAU.
Ce que je viens de dire, au commencement de
ce chapitre, sur l'enjambement, s'applique aux
vers de douze syllabes : les vers de dix et de huit
lé supportent volontiers; quelquefois même il
leur prête une sorte de grâce et dé force quand
il tombe sur les mots saillants de la pensée ; il
aide à les mettre en relief ; exemples :
De votre nom j'orne le frontispice
Des derniers vers que ma muse a polis.
Puisse le tout, ô charmante Philis !
Aller si loin que votre los franchisse
La nuit des temps.
LA FONTAINE.
On pense bien qu'étant à telle école
Point ne manquait du don de la parole
L'oiseau disert...
GRESSET.
Après avoir bien sué pour entendre
Vos longs discours, doctement superflus,
On est d'abord ]jput surpris de comprendre
Que l'on n'a rien compris, ni vous non plus.
J.-B. ROUSSEAU.
Jadis en Grèce on en posa
Le fondement ferme et durable,
Puis jusqu'au ciel on exhaussa
Le faîte de ce temple aimable.
90 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Bientôt François premier osa
En bâtir un sur ce modèle.
Sa postérité méprisa
Cette architecture si belle.
VOLTAIRE.
Ordinairement le sens doit finir avec le vers ;
cependant on brave quelquefois cette règle dans
le genre comique ou burlesque ; nous en parle-
rons plus bas dans un paragraphe sur les licences
d'enjambement.
PRECEPTES PARTICULIERS.
CHAPITRE VII.
DU VERS DE DOUZE SYLLABES
OU ALEXANDRIN.
Nous venons de parcourir les lois générales de
la composition des vers; je vais maintenant vous
parler de chaque sorte de vers en particulier et
de son emploi.
Le vers de douze syllabes s'appelle souvent
alexandrin, parce qu'il fut employé dans un
poème sur la vie d'Alexandre, roi de Macédoine.
Il est aussi nommé héroïque, par la même raison,
je crois; et quelquefois, mais à tort, vers de six
pieds, dénomination empruntée à la langue latine.
Alors le pied est la réunion de deux syllabes.
Ce vers, comportant tous les tons, depuis le
plus noble jusqu'au plus familier et au plus badin,
est celui dont on se sert le plus généralement.
Néanmoins, comme il a plus d'harmonie véritable
que les autres vers, en même temps que plus
d'ampleur, il est le plus difficile de tous à manier;
■22 VERSIFICATION FRANÇAISE.
beaucoup de poètes secondaires, qui se sont
servis d'une manière assez heureuse des autres
vers de moindre mesure, ont échoué dans l'alexan-
drin. Voici quelques exemples de ce vers dans les
différents genres :
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Soumis avec respect à sa volonté sainte,
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte,
J. RACINE.
Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence ;
On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer :
La voix de l'Univers annonce sa puissance,
Et la voix de nos coeurs dit qu'il faut l'adorer.
VOLTAIRE.
Aucun des serviteurs dont il reçut l'hommage,
Et qui heurtent du pied sa vénérable image,
N'a de l'ancien seigneur reconnu l'héritier,
Hors le chien du logis, couché sur le foyer,
Et qui, me regardant avec un air de fête,
Pour me lécher les mains a relevé la tète.
C. DELAVIGNE.
D'abord comme un prodige on le prône partout :
Il nous vante! En effet, c'est un homme de goût :
Son chef-d'oeuvre est toujours l'écrit qui doit éclore^
On récite déjà les vers qu'il fait encore.
GILBERT.
AU sortir du sermon la fièvre le saisit,
Las d'avoir écouté sans avoir contredit;
Et tout près d'expirer, gardant son caractère,
Il faisait disputer le prêtre et le notaire.
RuLHlÈRE.
CHAP. VIII. — VERS DE DIX SYLLABES. 23
CHAPITRE VIII.
DU VERS DE DIX SYLLABES.
Ce vers porte avec lui certaine grâce naturelle,
certaine prestesse dans son allure, qui le rendent
beaucoup plus facile à manier que le vers de
douze syllabes. Son emploi cependant n'est pas,
à beaucoup près, aussi fréquent que ceiui de
l'alexandrin, et l'on s'en sert beaucoup plus
fréquemment pour des ouvrages légers et badins,
ou tout au moins familiers, que pour des ouvra-
ges nobles ou sérieux ; on ne l'emploie volontiers,
dans ce dernier genre, que mêlé parmi d'autres
Vers d'une mesure différente. « Le vers de dix
syllabes, dit Marmontel, dans ses Éléments de
littérature, coule de source, il est doux sans len-
teur, il est rapide sans cascade ; et l'inégalité des
deux hémistiches, avec le mélange des finales
alternativement sonores et muettes, suffit pour le
Sauver de la monotonie. » Notez qu'alors on ne s'é-
pas encore avisé de la césure à la cinquième
Syllabe. Voici quelques exemples de ce vers, du
bon s'entend, de celui qui a sa césure à la qua-
trième syllabe :
A ses côtés sa fidèle interprète, ( de l'amitié)
La Vérité, charitable et discrète,
Toujours utile à qui veut l'écouter,
4 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Attend en vain qu'on l'ose consulter :
Nul ne l'approche et chacun la regrette.
Par contenance un livre est dans ses mains
Où sont écrits les bienfaits des humains,
Doux monuments d'estime et de tendresse,
Donnés sans faste, acceptés sans bassesse, .
Du protecteur noblement oubliés, 0
Du protégé sans regret publiés.
C'est des vertus l'histoire la plus pure :
L'histoire est courte, et le livre est réduit
A deux feuillets de gothique écriture,
Qu'on n'entend plus et que le temps détruit.
VOLTAIRE.
Dans maint auteur de science profonde,
J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde;
Très-rarement en devient-on meilleur :
Un sort errant ne conduit qu'à l'erreur.
GRESSET.
Exemples de vers mêlés :
Quoi! fille d'Abraham, une crainte mortelle
Semble déjà vous faire chanceler?
Hé! si l'impie Aman, dans sa main homicide,
Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,
A blasphémer le Tout-Puissant
Voulait forcer votre bouche timide!
J. RACINE.
Silence au camp! la vierge est prisonnière;
Par un injuste arrêt Bedfort croit la flétrir :
Jeune encore, elle touche à son heure dernière...
Silence au camp ! la vierge va périr. -
C. DELAVIGNE.
CHAP. VIII. — VERS DE DIX SYLLABES. 25
Le juste enfin remporte la victoire,
Et de ses longs combats, au sein de l'Éternel,
Il se repose environné de gloire :
Ses plaisirs sont au comble et n'ont rien de mortel.
GILBERT.
Nous avons, donné plus haut (p. 13) un exemple
de vers de dix syllabes coupé en deux hémisti-
ches égaux; il suffit pour faire juger de son peu
d'harmonie et de sa monotonie.
CHAPITRE IX.
DU VERS DE NEUF SYLLABES.
Ce mètre n'est guère employé que dans les piè-
ces en vers mêlés, c'est-à-dire de toutes mesures.
Une manque pas d'harmonie; cependant, comme
une césure le coupe à la troisième syllabe, et que
l'oreille est habituée aux césures après six ou
quatre syllabes, il semble un peu boiteux. Exem-
ple :
Des Destins la chaîne redoutable
Nous entraîne à d'éternels malheurs,
Mais l'espoir, à jamais secourable,
De ses mains viendra sécher les pleurs.
VOLTAIRE.
Ce vers qui n'a ni l'ampleur ni la majesté du
vers héroïque, ni la grâce et la légèreté des vers
26 VERSIFICATION FRANÇAISE.
de dix ou de huit syllabes, est un mètre de fan-
taisie, que les poètes emploient pour les pièces
destinées à recevoir de la musique ; il ne doit
donc pas avoir de règles bien fixes ; Sêdaine, qui
s'en est servi dans un couplet d'opéra-comique,
a placé la césure à la quatrième syllabe, et le
vers me paraît mieux marcher comme cela.
Exemple :
Je n'aimais pas le tabac beaucoup :
J'en prenais peu, souvent point du tout ;
Mais mon mari me défend cela.
En voici d'autres, pris également d'un opéra-
comique, où la césure est successivement à la
troisième syllabe, à la quatrième, puis à la
seconde :
En honneur, je vous trouve charmante,
Me dit un jour un petit collet;
Venez, vous serez ma gouvernante,
Chez moi vous vous plairez tout à fait.
FAVART;
CHAPITRE X.
DU VERS DE HUIT SYLLABES.
De tous les petits vers, c'est celui qui se prête
lé mieux à la haute poésie, surtout à celle qu'on
aphélie lyrique, parce qu'elle est composée ou
CHAP. X. — VERS DE HUIT SYLLABES. 2?
censée composée pour être mise en musique.
Exemples:
Rome, pour la dernière fois
Je parcours ta funèbre enceinte:
Inspire les chants dont ma voix
• Va saluer ta gloire éteinte;
Luis dans mes vers, astre éclipsé
Pont la splendeur fut sans rivale;
Ombre éclatante du passé,
Le présent n'a rien qui t'égale.
C, DELAVIGNE.
Vois-tu dans la carrière antique,
Autour des coursiers et des chars,
Jaillir la poussière olympique
Qui les dérobe à nos regards?
Dans sa course ainsi le génie,
Par les nuages de l'envie
Marche longtemps environné;
Mais au terme de la carrière,
Des flots de l'indigne poussière
Il sort vainqueur et couronné.
LAMARTINE.
On emploie aussi très-souvent ce vers avec
succès dans la poésie sérieuse sans être lyrique,
et dans la poésie familière. Exemples :
Des mortels j'ai vu les chimères;
Sur leurs fortunes mensongères
J'ai vu régner la folle erreur;
J'ai vu mille peines cruelles
Sous un vain masque de bonheur ;
Mille petitesses réelles
Î8 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Sous une écorce de grandeur;
Mille lâchetés infidèles
Sous un coloris de candeur ;
Et j'ai dit du fond de mon coeur :
Heureux qui dans la paix secrète
D'une libre et sure retraite
Vit ignoré, content de peu,
Et qui iie se voit point sans cesse
Jouet de l'aveugle Déesse,
Ou jouet de l'aveugle Dieu !
GRESSET.
De la dépouille de nos bois
L'automne avait jonché la terre;
Le bocage était sans mystère,
Le rossignol était sans voix.
Triste, et mourant à son aurore,
Un jeune malade, à pas lents,
Parcourait une fois encore
Le bois cher à ses premiers ans.
MILLEVOÏE.
A Messieurs du camp de Saint-Roch, au siège de
Gibraltar, en 1784.
Quatre ans ont dû vous rendre sages,
Laissez donc là vos vieux ouvrages,
Quittez vos vieux retranchements,
Retirez-vous, vieux assiégeants :
Un jour ce mémorable siège
Sera fini par vos enfants, ,
Si toutefois Dieu les protège.
Mes amis, vous le voyez bien,
Vos bombes ne bombardent rien ;
Vos bélandres et vos corvettes,
CHAP. X.— VERS DE HUIT SYLLABES. 29
Et vos travaux et vos mineurs,
N'épouvantent que les lecteurs
De vos redoutables gazettes;
Votre blocus ne bloque point :
Et grâce à votre heureuse adresse,
Ceux que vous affamez sans cesse
Ne périront que d'embonpoint.
PARNY.
Je vois mes rapides années
S'accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi,
Voit tomber les feuilles fanées.
LAMARTINE.
CHAPITRE XI.
DU VERS DE SEPT SYLLABES.
Ce vers a plus de prestesse et de légèreté que
le précédent. Sans être banni du style sérieux,
il est cependant mieux placé dans le style fami-
lier. Exemples :
Celui qui mettra sa vie
Sous la garde du Très-Haut,
Repoussera de l'envie
Le plus dangereux assaut.
II dira : Dieu redoutable,
C'est dans ta force indomptable
Que mon esprit est remis :
Mes jours sont ta propre ajujç :
30 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Et c'est toi seul que j'oppose
. A mes jaloux ennemis.
J.-B. ROUSSEAU.
Musgs que j'ai tant chéries,
Je vous quitte désormais.:
Adieu, douces rêveries;
Vous ne reviendrez jamais :
Adieu Pinde ; adieu fontaine ;
Adieu lauriers toujours verts;
. Lieux sacrés où Melpomène
M'apprit à faire des vers.
CHAULIEC.
Sachez, mes très-chers amis,
Qu'en parlant de l'abondance,
J'ai chanté la jouissance
Des plaisirs purs et permis,
Et jamais l'intempérance.
Gens de bien voluptueux,
Je ne veux que vous apprendre
L'art peu connu d'être heureux :
Cet art, qui doit tout comprendre,
Est de modérer ses voeux.
VOLTAIRE.
CHAPITRE XII.
DU VERS DE SIX SYLLABES.
Le vers de six syllabes s'emploie plus particu-
lièrement dans le genre lyrique, et surtout en-
CHAP. XII. T- VERS DE SIX SYLLABES. 31
tremêlé avec de plus longs vers ; l'effet alors en
est excellent. Exemples :
Paissez, chères brebis, jouissez de la joie
Que le ciel nous envoie ;
A la fin sa clémence a pitié de nos pleurs ;
Aile? dans la campagne, allez dans laprairi.e,
N'épargnez point les fleurs,
Il en revient assez, sur les pas de Mariç,
RACAN.
Généreux favoris des filles de mémoire,
Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir:
L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gîoire
Mortels, il faut choisir.
LAMARTINE.
Néanmoins ce vers s'emploie seul dans des
pièces d'un ton gracieux ou familier, ou destinées
au chant. Exemples :
Que le soin de charmer
Soit votre unique affaire ;
Songez que l'art d'aimer
N'est que celui de plaire.
J.-JB. ROUSSEAU.
Compte sur mes largesses
Si tu me satisfais;
Sois sûr que mes bienfaits
Passeront mes promesses,
Que pour toi mes richesses .
Ne tariront jamais.
, , MARMONTEL.
32 • VERSIFICATION FRANÇAISE
CHAPITRÉ XIII.
DU VERS DE CINQ SYLLABES.
La grâce, la rapidité, la précision, distinguent
ce vers, que l'on voit employé souvent avec bon-
heur dans la poésie lyrique. Exemples :
Son coursier superbe
Foule comme l'herbe
Les corps des mourants;
Le héros l'excite
Et le précipite
A travers les rangs; *
Les feux l'environnent,
Les casques résonnent
Sous ses pieds sanglants;
Devant sa carrière
Cette foule altière
Tombe tout entière
Sous ses traits brûlants,
Comme la poussière
Qu'emportent les vents.
LAMARTINE.
Reprends ton orgueil,
Ma noble Patrie ;
Quitte enfin ton deuil,
Liberté chérie;
Liberté, Patrie,
Sortez du cercueil.
C. DELAVIGNI.
CHAP. XIII. — VERS DE CINQ SYLLABES. 33
Ce vers est également bien placé dans les pièces
d'un ton moins soutenu et d'un genre familier,
comme les suivants :
La froide Naïade
Sort pour l'admirer ;
La jeune Dryade
Cherche à l'attirer :
Faune, d'un sourire,
Approuve leur choix;
Le joyeux Satyre
Fuit au fond des bois ;
Et Pan qui soupire
Brise son hautbois.
J.-B. ROUSSEAU.
Une clarté pure
Eclaire ces lieux,
Et dans sa parure
La simple nature
Vient frapper nos yeux.
Philomèle éveille
Par ses doux concerts
Écho qui sommeille
Au fond des déserts :
En prenant sa route
Au plus haut des cieux,
Phébus glorieux
Pousse sous leur voûte
Son char radieux.
BERNIS.
34 VERSIFICATION FRANÇAISE.
CHAPITRE XIV.
DU VERS DE QUATRE SYLLABES.
Ce vers a de la sécheresse et de la monotonie,
et devient fatigant, à moins qu'il ne soit employé
dans des pièces très-courtes, et composées pour
servir de canevas à la musique. Exemple :
Rose chérie, i
Aimable fleur, j
Viens sur mon coeur.
Qu'elle est fleurie !
Ah ! quelle odeur !
Voyez, ma soeur,
Qu'elle est fleurie!
MARMONTEL.
Dans les pièces qui doivent être récitées et non
chantées, le vers de quatre syllabes s'emploie
plus volontiers comme exception, parmi des vers
de plus longue mesure. Exemple :
Quand la perdrix
Voit ses petits
En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle
Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas,
Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile,
Attirant le chasseur et le chien sur ses pas.
LA FONTAINE.
CHAP. XIV. — VERS DE QUATRE SYLLABES. 35
Voltaire ayant reçu de Bernard la petite pièce
intitulée le Hameau, qui commence ainsi :
Rien n'est si beau
Que mon hameau, etc.
lui répondit par le couplet suivant, sur le même
rhythme :
De ton Bernard
J'aime l'esprit,
J'aime l'écrit
Que de sa part
Tu viens de mettre
Avec ta lettre.
C'est la peinture
De la nature.
C'est un tableau
Fait par Watteau.
Sachez aussi
Que la déesse
Enchanteresse
De ce lîêu-ci,
Voyant l'espèce
De vers si courts
Que les Amours
Eux-mème ont faits,
A dit qu'auprès
De ces vers nains,
Tous les plus longs,
Faits par Voltaire,
Ne pourraient guère
Être aussi bons.
Ce ne sont guère là, on le voit, que dés bouts
36 VERSIFICATION FRANÇAISE. j
de prose rimée ; ce rhythme est bien ingrat, puis-j
que Voltaire même n'a pu en tirer avantage. j
Parny a bien jugé ce genre de vers, en disant,;
à la fin d'une idylle où il s'en est servi :
De cette idylle
J'ai pris le style
Chez les Gaulois ;
Sa négligence
De la cadence
Brave les lois. j
CHAPITRE XV.
DES VERS DE TROIS, DE DEUX SYLLABES, ;
ET D'UNE SYLLABE.
Ce que je viens de dire du vers de quatre sylla-i
bes s'applique bien mieux encore aux trois sortes
de vers que je confonds dans ce chapitre. Ils m
sont bons que mêlés sobrement à des vers d'un!
mètre plus long. Néanmoins la bizarre fantaisiei
de certains versificateurs, ou plutôt rimeurs, a
voulu les employer seuls. Rien n'est plus sec, plus
fastidieux, plus ridicule, que ces pièces qui se
font remarquer par une absence complète d'élé-
gance et d'harmonie, c'est-à-dire de tout ce qui
constitue essentiellement la poésie, de tout ce
qui fait le charme des vers. Exemple :
CHAP. XV.— VERS DE TROIS SYLLABES. 37
Grand Nevers,
Si les vers
- Découlaient,-
«Jaillissaient ■
De mon fond
Comme font
De ton chef,
Derechef
J'aurais jà,
Depieçà
. Répondu, etc. CHAULIEU.
Je ne veux pas imposer au lecteur la vue de
cette pièce entière, qui n'a pas moins de quatre-
vingt-quatre vers, si l'on peut, en bonne con-
science, appeler cela des vers. L'une des règles
principales de la poésie, la succession des rimes
alternativement masculines et féminines, se trouve
d'ordinaire complètement oubliée dans les pièces
de ce genre. Je me permettrai d'en citer encore
un exemple : "
Zéphyr,
D'un soupir,
Viens fleurir,
Embellir
Nos gazons,
Nos vallons,
Nos coteaux,
Nos berceaux.
Sans toi,
Sous la.loi
Des hivers
3
88 VERSIFICATION FRANÇAISE.
L'Univers
Va.languir,,
Va gémir,
Va périr. . ARMAND GOUPFÉ.
Dans le troisième et dernier exemple suivant,
improvisé pendant une promenade avec un ami,
un poète contemporain a voulu observer la règle
des rimes alternées masculines et féminines :
Vers le plane
De ce val,
Va mon âne
Sans rival ;
Sur, la mousse,
Je trémousse
Comme un mousse
A cheval.
Beau platane,
Vieux curé
En soutane,
Tonsuré, '
Il s'approche
De la roche
Où la cloche
Sonne en ré.
Je chemine
Au hasard,
J'ai la mine
D'un César.
Douce ivresse
Qui caresse
Ma paresse
De lézard. MÉRY.
CHAP. XV.— VERS DÉ TROIS SYLLABES. 39
Un fait digne de remarque, c'est que les vrais
poètes (l'exemple de Chaulieu n'est qu'une excep-
tion) n'ont jamais écrit de pièces entières dans
les rhythmes écourtés dont nous nous occupons
ici ; ils ne se servent des petits vers que rarement,
en petit nombre, et souvent un seul à la fois,
pour obtenir des effets de style, ou mieux mar-
quer une pensée ; exemples :
Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Découpe, dessous l'ombrage,
Mille fredons babillards,
Frétillards,
Aux doux sons de son ramage.
RÉMI BELLEAU.
Pour entendre
Sa voix tendre,
On déserte le hameau ;
EtTytire,
Qui soupire,
Fait taire son chalumeau.
HENRI IV, Invocation à l'Aurore.
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger. ■
> LA FONTAINE.
Mon ami, disait-il souvent,
Au savant,.
Vous vous croyez considérable.
LA FONTAINE.
40 VERSIFICATION FRANÇAISE.
Voici maintenant des vers de deux syllabes :
A mes traits rien n'échappe ;
Je tape,
Je frappe,
Je drape
Sans crainte, sans égards, /
Tout ce qui blesse mes regards.
Avec plaisir je fronde
Rimeurs,
Auteurs,
Acteurs,
Chanteurs,
Danseurs,
Les récits, les grands airs.et les choeurs,
Qui font bâiller lés spectateurs.
PANARD.
J'emprunte au Cours de littérature de Laharpe 4
l'exemple d'une pièce en vers, d'une syllabe, sur
la Passion. Laharpe dit qu'elle n'a jamais été im-
primée ; cela prouve qu'il restait encore un peu
de bon sens dans la tête de l'auteur, puisqu'il a
si bien su se rendre justice :
De J
Ce
Lieu,
Dieu
Mort,
Sort
. 1. 2e partie, Siècle de Louis XIV, liv. I, cliap. i.
CHAP. XV. — VERS DE 2 ET 1 SYLLABE. 41
Fort
Dur,
Mais
■ Très
Sûr.
Le vers monosyllabique est quelquefois placé
d'une manière assez heureuse dans un couplet de
chanson, mais mêlé à des vers d'une autre me-
sure; exemple :
Pour nous plaire, un plumet
Met
Tout en usage ;
Mais on trouve souvent
Vent
Dans son langage.
Paris est un séjour charmant
Où promptement
L'on s'avance :
Là, par un manège secret,
Le gain qu'on fait
Est immense;
On y voit des commis
Mis
Comme des princes,
Après être venus
Nus
De leurs provinces. PANARD.
Comme je veux vous parler ici de tous les gen-
res de bizarreries poétiques, ou plutôt prosodiques,
il faut que je vous en fasse connaître un que je crois
42 VERSIFICATION FRANÇAISE.
unique, et qu'on appelle les losanges. La vue de
la pièce, simple chanson de Panard, vous fera
comprendre pourquoi on l'appelle ainsi :
Tes
Attraits
Pourjamais,
Belle Elmire,
M'ont su réduire
Sous ton doux empire :
Content quand je te voi,.
Mon ardeur pour toi
Est extrême.
De même
Aime-
Moi.
CHAPITRE XVI.
DES VERS. LIBRES.
Lorsqu'une pièce est écrite en vers de différen-
tes mesures, on dit qu'elle est en vers libres. Ce
mélange de vers s'emploie dans Je genre lyrique,
pour des pièces d'un ton élevé, sérieux et noble:
Les choeurs à'Esther et (YAlhalie sont en vers
libres, ainsi que plusieurs cantates de J.-R. Rous-
seau. On s'en sert aussi dans le genre familier
pour des épîtres, des fables, des contes, des co-
médies ; presque toutes les fables de La Fontaine,
par exemple, sont en vers libres.
CHAP. XVI.— DES VERS LIBRES. 43
ïl semblerait, d'après la liberté que l'on à de se
servir de tous les mètres à la fois, que ce genre
devrait être plus facile que lès autres; il n'en est
rien cependant : pour y réussir, il faut une com-
binaison des mètres, de la période poétique, du
mélange et du retour des rimes, très-difficile à
saisir, parce qu'elle ne saurait être réduite en
principes, et quele goût, la délicatesse de l'o-
reille, le sentiment rhythmique sont à peu près les
seuls guides du poète. Néanmoins, l'étude peut
aider dans l'emploi des vers libres, mais seule-
ment aider, car il y faut des dispositions' natu-
relles. L'analyse suivante d'un fragment des
choeurs d'Esther, que j'emprunte à Laharpe 1, sera
lue avec fruit. Il cité le fragment :
Dieu, descends, et reviens habiter parmi "nous,
Terre, frémis d'allégresse et de crainte;
Et vous, sous sa majesté sainte,
Cieux, abaissez-vous.
« Sans parler de toutes les autres sortes de
beautés, ajoute-t-il, remarquons au moins quelque
chose de l'artifice de la phrase harmonique, qui
va sans cesse en décroissant depuis le premier
vers, qui est de six pieds, au second, qui est de
cinq, au troisième, qui est de quatre, au dernier
enfin, qui est de deux et demi, celui où les cieux
1. 3e partie, xvme siècle, suite du liv. I, chap. vi, ?. 3.
44 VERSIFICATION FRANÇAISE.
s'abaissent, sans que jamais l'oreille sente ni sac-
cade, ni secousse, tant le rhythme est ménagé pour
l'effet, et tant l'effet est sensible. Il ne fallait rien
moins que toutes ces conditions pour que ces
quatre mètres différents fussent entremêlés un à
un sans être désagréables ; car l'usage général,
fondé sur l'étude de l'oreille, fait concorder tel-
les ou telles espèces de vers, et discorder telles et
telles autres.'Ainsi.le vers de quatre pieds, celui
même de trois et demi, se marient fort bien avec
celui de six, mais non pas celui de cinq, qui doit
s'y mêler rarement, et presque jamais seul, c'est-
à-dire, à moins d'être soutenu par un autre vers
de même mesure, sans quoi il déroute l'oreille
non-seulement à côté de l'alexandrin, mais avec
tout autre vers. Racine ne l'a guère placé tout
seul que dans des occasions comme celle des
quatre vers que je-viens de citer, où il entrait
dans le dessein particulier de sa phrase. Ailleurs
il l'accouple, quand il s'en sert, comme il faitdans
cette belle prière du même choeur, commencée
par trois vers de quatre pieds :
0 Dieu que la gloire couronne,
Dieu que la lumière environne,
Qui voles sur l'aile des vents...
11 lui fallait au vers suivant une césure grave, un
hémistiche de deux pieds pour le trône de Dieu,
qui devait contraster avec le vol sur l'aile des
CHAP. XVI.— DES VERS LIBRES. 45
vents, bien placé tlans un petit vers ; il a eu re-
cours alors au vers de cinq pieds :
Et dont le trône est porté par les anges!
Mais comme l'oreille passe toujours avec peine
du vers de quatre à celui de cinq, parce que l'un
semble l'arrêter quand l'autre l'entraînait, le
poète musicien se repose tout de suite sur un
second vers de même mesure :
Dieu qui veux bien que de simples enfants
Avec eux chantent tes louanges !
Et de cette manière il y un repos suffisant pour
suspendre la période. Il la reprend là par un vers
de quatre pieds, d'où elle descend pour courir
pendant cinq vers de trois pieds et demi :
Tu vois nos pressants dangers ;
Donne à ton nom la victoire;
Ne souffre point que la gloire
Passe à des dieux étrangers.
Arme-toi,- viens nous défendre...
La phrase va d'un pas égal et rapide, comme pour
hâter le secours qu'elle demande; mais le poète
la suspend de nouveau sur un pompeux alexan-
drin, parce qu'il veut faire un tableau en un seul
vers :
Descends, tel qu'autrefois la mer te vit descendre.
Quel vers! il fait spectacle, et l'on dirait que la
3.
46 VERSIFICATION FRANÇAISE.
mer est là pour voir descendre Dieu. Ici le poète est
si haut, qu'il ne veut pas retomber trop vite sur
le vers de quatre pieds ; il redescend donc par un
vers de cinq, suivi d'un vers de trois :
Que les méchants apprennent aujourd'hui
A craindre ta colère,
et il termine d'une manière également harmo-
nieuse et pittoresque, par l'alliance naturelled'e
l'hexamètre et du tétramètre :
Qu'ils s'oient comme la poudre et la paille légère
Que le vent chasse devant lui. ■
La poudre et la paille, tout ce qu'il y a de plus
léger ainsi rapproché, font courir pour ainsi dire
l'alexandrin, tout grave qu'il est par lui-même,
et le petit vers qui suit chasse aussi vite que le
vent...
« Je veux vous faire observer encore tout l'art
de ce dernier vers des quatre que j'ai d'abord
cités de Racine :
Cieux, abaissez-vous.
Cet art consiste, dans la césure d'un demi-pied,
cieux, qui nécessite un repos après lequel le vers
descend majestueusement par deux mesures éga-
les, abaissez-vous. Si le poète eût employé trois
pieds égaux, s'il eût mis 6 cieux, abaissez-vous,
le vers tombait et ne descendait pas ; il ressem-
CHAP. XVI.— DES VERS LIBRES. il
blait mal à propcjKce beau vers d'Iphigénie en
Tauride [de Guimond de La Touché] :
Et. vous qui m'entendez, ô cieux! écrâsèz-mbi;
et si le Vers doit tomber ici comme la foudre, le '
vers de Racine devait descendre comme Dieu.
Maisque de goût il fallait pour saisir cette nuance
qui tient à une césure !»
Ainsi s'exprime Laharpe,; disons maintenant
que le genre familier offre moins de difficultés ;
cependant, il faut toujours faire attention à la
répétition des rimes dans la période ; exemple :
Attachés l'un à l'autre en entrant dans le monde,
Et depuis plus de soixante ans,
Quoique éternellement l'un et i'autre se gronde,
Us ne font qu'un ; et si le ciel seconde
Leur amour pour la vie et leurs arrangements,
Ensemble ils gagneront, dans une paix profonde,
La consommation des temps.
< GRESSET.
A la place de la consommation des TEMPS, met-
tez la consommation des SIÈCLES, VOUS sentirez
aussitôt quelque chose de boiteux dans l'harmonie.
Cette substitution pourrait se faire, alors que le
mot siècles aurait sa rime danslapériode suivante.
Dans l'exemple suivant, les rimes sont heureu-
sement pondérées :
On s'est tant corrigé, qu'avant peu l'avenir ,
N'aura rien à faire, et nous sommes
En bon chemin pour devenir

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