Traité sur les abus qui subsistent dans les hôpitaux du royaume, et les moyens propres à les réformer... ([Reprod.]) / par M. l'Abbé de Recalde,...

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chez T. Barrois (Paris). 1786. Hôpitaux -- France -- Ouvrages avant 1800. 3 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1786
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxfbrd OX3 OBW, UK
TRAITE
Qui SUBSISTENT DANS
LES HÔPITAUX
» K O r A M 2
ET LES MOYENS
A IES RÉFORMER.
SUR
LES ABUS
QUI SUBSISTENT DANS
LES
ET LES MOYENS PROPRES
Afin de rendre les Maifons de Charité, des
Étamjfemens utiles àVhumaniti, & glorieux
à la Notion.
Par M. l'Abbé D E R EÇ A L D E
Chanoine de Comines.
Libraire & Imprimeur dn- Roi.
M. DCC. IXXXV I."
Avtt Approbation & Privilège du Rai.
ij
re & le bonheur de l'Etat.
Mon deffeîn eft feulement
â'&iûtGt «ne parie de cette
attention la por-
tion fouffrante du Peuple
de faire; voir q#e ̃toQÂrjteh.
lement la juftice SclesTen-
timens d'humanité doivent
porter à la ffcourir mais
même que les fecours qu'on
lui doit tiennent
ment à à ta
prospérité d'an Empire
dont Us Pauvres font,, p*
touc ie plus f^rme
car un Souverain ne peut
i coafeisv«r & étendre foaiDo-
maine fans favofifer la Pu;
les Pauvres font
Hflenc k vraies force d'un
Peuple coftt je cherche à
mtérsfBp la Nation entière
en faveur dea tnalhcuretix
pour qu'elle porce au pied
du Trôae leurs gémiiTemens,
dont ma foiblevoix ne peut
1ère l'organe., La fenabilitë
nttiift|lk des François pour
tant d'ares de la bienfaifan-
lent la bonté de (on càîur
iv préface:
de mon travail
j'en conçois
fondé, que les changemens
qu*, je proposé ne font pas
feulement pofïîbles mais
font faciles à exécuter fi on
veut s en ocrcuper efficace-
Traité par un abrégé hiftô-
rique des Hôpitaux qui
contient leur origine les
différentes'
tauxv d'Hofpicaliers 6t Hof-
pitalieres ôç les
& fupprefîîons faits dans les
Hôpitaux en France, parles
Edits &1 Réglemens ée nos
Rois, parce que j'ai crû né-
ceflàire avant de parler dès
Abus & des Moyens de
réforme, de donner une idée
de l'origine des de
obli-
de
leur
natioo
de feire
temps dans le gouvernement
des biens des
tout ce que les
ces ont ftatué pour tes ré-
primer
préliminaire m'a paru utile
elle ç& même 'constante;
le détail des iniquités qui fe
commettent 4è nm joers eft
vj PltÊFÂêÉ.
voit par le précis & Fana-
îyfe que f j*aî donnés de ton*'
li/ht fâ<}-
niiniftration en a été plus
ou moins refquP
frivohité de luxe & de dé-
bauches que dans les pïè-
part'
en livré
à tous ces vices de l'autrw,
on donne des exemples rares
de vertu & dr charité &
jamais la compaffion pour
les malheureux n'a été plus
PRMFJCE, vif
v«fë, montrée
pendant tes dernières an-
beaux fen-
timens que j'entreprends
d'entretenir-, & d'augmen-
ter r,?Mjpafs Je* tableaij alar-
on ijindi-
preffîôn 4e ceux -qui .,font
chargés de le foutenir&de
le confoler ;? je veux profi-
ter du moment où tous îeV
coeurs, pafôifîent ouverts aux
œuvres de bienfaifance, où
rindignatibn eft générale
pour les Hospices, tels qu'ils
(ont aui9urd'hui dans plu-
l'on crie
hautement que le mal y eft
â ion comble pour infpirer
riij PRÉFACE.
ctti-fàveaff
ont
à une réforme déliré© par
toute la Nation dent j'ai la
douce îkisfadioici' de rendre
les fentimens.
Si je-'manqiiè
.pour plaider.' la -des
Pauvres aa moiias- j© ne
de z^éle p©Hr leaf
ééfenfe ôc je dois efpéref
qu'on rendra juftke à -la, .,Pu
tué do motif qui le dirige.
Traité
A
S U R
QUI SUBSISTENT DANS
LES HOPITAUX
DU IOT A U M B
ET LES MOYENS PROPRES
A LES RÉFORMER,
Sous un Règne qui comble
la Nation de bonheur & dt
gloire, on doit être étonné
̃<̃ 1 )
Hôpitaux de tous les Etabliffe-
mens utiles le plus précieux
pour l'humanité eft fans doute
celui qui procure à l'homme ma-
lade & pauvre un afyle dans
lequel il peut guérir, ou du
moins, mourir à l'abri du befoin
des Hôpitaux commodes, falu-
bres, dignement administres
voilà les monumens les plus ho-
notables pour un État & il n'y
a rien au-déflus que la prôfpé»
fité de celui -qui pourroit s'en
patier. Autrefois l'hofpitalité étoit
un devoir facré que tout chef de
maifon avôit en honneur & rem*
pliifèit avec zèle en dégénérant
3g la (implicite naturelle de ces
temps reculés nous avons inïên-
fibletnçnt affaibli le plus beau de
t3 >
A*»
intime qui nous
femblable
pre dans fa main la
qui
grandes Villes leurs mœurs 4e
luxe ont achevés de bannir l'hof-
pitalité du coin de nos*Jfoyers, le
de ion parent fortuné j l'homme
corrompu par la molleflè, une
fois accoutumé à fubffituer lo-
gent a fes devoirs, s'eft difpeafé
d'exercer les premières vertus ;il
a payé pour ne plus fecourir de
fes mains le malade qui fe trou-
voit à fes côtés.
Le nombre des Hôpitaux & leur
befoins des lieuxoù la dufceÉé de*
hommesdbKgeafucceffivernentdë
former
u>
point de Pays oi» ils fe foient plus
multipliés qu'en France & il n?y
en a-point, peut-être, ou ils foient
auffi mal conduits. Pourquoi faut»
il que la joie que porte dans tous
les cœurs la bienfaifance de notre
augufte Monarque & la fage1fe
du Gouvernement, foit fans cène
alarmée par le cri de l'infortune?
Cependant les l?iens immenfes
que pondent les Hôpitaux ma-
jeurs du Royaume, la protection
fpéeiale qui leur eft accordée, le
grand foin qu'on apporte à choifir
pour Administrateurs de ces Mai-
fons, les perfonnes les plus pro-
pres à remplir dignement cette
fonction pénible, les Réglemens
fages de nos Rois, tout femble fe
réunir pour procurer aux Pauvres
des recours qu'ils ont droit d'at-
tendre dans l'état de maladie, en
< ̃*̃:>̃
A-iij
leur utilité impor-
"tante, foit comme laboureurs
foit comme artifans, foit comme
peres de famille quand ils font
en fanté & il eft bien étonnant
qu'ils paiffent éprouver des mau-
vais traitemens contre les inten-
tions du Roi, de fes Minières
& même des Corps d'Adminjftra-
tion. Les Réglemens qui ont été
rendus concernant les Maifons de
Charité, depuis leur origine jut
qu'à nos jours, prouvent combien
nos Souverains fe fônt occupés
du foin des Pauvres, & qu'ils
leur ont toujours accordé la plus
haute protection: les Minières,
qui font les dépofitaires & les
organes de leurs volontés ont
dans tous les temps mis la plus
grande vigilance à les faire exé-
cuter & il eft certains que les
Corps font trop
en cornpofés pour ofer, au me-
pris des loix, & étouffant tous
fentimens d'honneur & de pro-
bité, s'engraifFer de la
des malheureux ,& faire de ces
«raplbis purement onéreux &
feus ce regard infiniment méri-
toires, des places lucratives &
des objets de fortune. En entrant
dans un dé^il
il fera aifé de fe convaincre de la
vérité de ce avance'
L'efprit des Ordonnances ren-
dues par tous nos Souverains a
toujours été <jue les Pauvres trou-
valfenc des afyles contre la mifere,
& que ces afyles ne fuflènt pas
des lieux de pénitence & de mort,
mais des lieux de confolation &
de fanté.
En parcourant tous les Régle-
.<*̃»
A iv
nant les Hôpitaux on y trouve
la plus grande vigilance de la part
du
les abus, & a empêcher qu'il n'en
puifTtj naîçre de nouveaux on y
entre dans les plus. grands détails
fur les foins qu'il eu prefcrit de
donner aux malades, enfin on y
voit partout l'ainour âe& Souve-
rains pour leurs Peuples. Mais
quoique dans tous les temps l'au-
torité ait déployé fon pouvoir en
faveur de l'humanité pauvi$ &
fouflFraate il y a depuis pluOeurs
fiéeles des abus dans le gouver-
nement des Hôpitaux, par une
fatalité, que le luxe,, Pu-religion,
l'intérêt personnel ont produits
que ne pouvons-nous encors
comme dans ks trois premier
fiécles de l'Eglife connoître par
( 8 )
ibutager.
Il n'y avoit point d'Hôpitaux
chez lés premiers Chrétiens ils
ieregardoient comme freres; on
fecouroit les Pauvres par foi*-
même, ou bïen on confioit fes
aumônes aux Pafteurs, qui en fai-
foient là diftribution avec tant de
fidélité & dé prudence, que cha-
cun en rècevoit félon fes vrais
befoins. La Religion étoitnaif-
fante les fidéles n'étoient pas en
grand nombre; ils étoient péné-
trés des vérités faintes de l'Évan-
gile, qui ordonne partout la cha-
rité ils menoienc une vie,labo-
rieufe & frugale & ayant moins
de befoins que nous ne nous en
faifons ils pouvoient aifément
foulager leurs freres mais on ne
confervapas longtemps cette pre-
< 9 r
miere pureté de mœurs cet'
amour côrnpattfïànt pour les Pau-
vres, & les Évêques fe virent
dans la nécefrité de fonder des
Hôpitaux de tontes efpéces ils
furent bien gouvernés pendant
plufieurs fiéclesj & tant que les
Évêques purent veiller fur les
Prêtres & les Diacres, à qui ils
don noient d'ordinaire la direction
& l'intendance des Maifons de
Charité; mais 1'extenfion de leurs
Diocèses, & les affairés tem-
porelles dont ils furent chargés
par les Souverains dont ils de-
vinrent les Conftils & les
tres ralentirent leur vigilance
& les obligèrent en quelque forte
d'abandonner entierement aux
Prêtres & aux Diacres la con-
duite des Hôpitaux la plupart
de ceux-ci abuferent de cette con-
f *o)
fiance au point qu'ils tournèrent
les Hôpitaux en titres de Béné-
lices, dont ils recevaient la plus
grande partie du revenu & né-
gligeoient même l'entretien des
biens & des bàrimens.
Le Concile de Vienne tenu
l'an fut le premier qui
s'éleva contre cet abus morte..
trueux Il. défendit de donner
» les Hôpitaux en titres de Béné-
» ftces aux Clercs, & ordonna
» quel'adminiftrationenfutdon-
» née à des Laïques gens de bien,
capables & folvables qui prê-
» teroient ferment comme des
tuteurs feroient inventaire
» & rendroient compte tous les
m ans. »
Ce Décret fut confirmé par le
Concile de Trente, qui rendit
aux Évêques toute l'autorité qu'ils
( M )
Hôpi-
taux. Les Ordonnances de France
ont en outre exclu de l'adminif-
tration e'eft-à-dire de la re-
cette & de la dépenfe des Hôpi-
taux les Nobles & les Officiers
& n'y ont admis que dç amples
Bourgeois afin qu'il fût plus aifé
de leur faire rendre compte, &
de les rappelle* à leurs devoirs
s'ili&'en écattoient.
Malgré ces précautions iages,
qui fembloient anurer cour tou-
jours un. emploi utile des biens
des Pauvres, & empêcher qu'ils
ne puffent être détournés par la
cupidité un abus fuccéda à un
autre & les Particuliers en qui
on avoit çj^Vouvoir avec le
moins d?inconvéniens placer la
confiance pour la conduite du
temporel des Hôpitaux, foit patce
(̃^V
qu'on dans le choix;'
foit parce qu'on ne veillât pas
affez fur leur geftion fe permi-
rent toutes les injuriées qu'on
avoit voulu réprimer c*eft pour-
quoi les; Souverains fe virent obli-
gés de févir contre eux & d'or-
donner la réformation des Hôpi-
taux. Elle fut ordonnée par une
a Déclaration du %o 'Juin i 5 4^
par une autre portant Règlement
en date du 1 i février t ç «{ 3 par
un Édit du Juillet &
par un autre du mois d'Avril
ce dernier fut confirmé par le
LXV.eme & le, LXVL6™6 articles
de l'Ordonnance de BJois, donnée
au mois de Mai fur les
plaintes des Députés des États du
Royaume affèmbles à Blois.
On n'étoh point encore parve-
nu malgré ces Jjm multipliée?,
t*3 ::)̃
la réforme, tell© qu'on la défi-
rait, puifque le Juin
il fut rendue une autre Déclara-
tion fur cet objet important,, qui
fut fuivie d'une feconde du 8
Mars & de Lettres-Paten-
tes du 18 Décembre por-
tant Cornmiflion pour ladite ré-
forme.
Malgré le prefcrit de tous .ces
Réglernens," qjûordonnoient à
tous les Officiers du Roi avec la
plus grande févérité & fur peine
de fufpenfion & de privation de
leurs états, de faire exécuter. les
intentions de Sa Majefté,.lemai
n'était pas encore détruit &
HENRI IV. ordonna, en 1606,
qu'il fût procédé par le. Grand-
Aumônier de France, à la réfor-
mation générale des Hôpitaux
furtout k l'audition & à la revifion
des comptes cette Ordonnance
étant encore reliée fans effet, fut
renôuveHéVpartovis^Cïïï, en
Il établit une Commiffion
qui fubfîfta foixante ans. 'Cette
Commiffion ayant reconnu l'inu-
tilité de plufieurs Hôpitaux qui
étoient deftinés à certains genres
de Pauvres qui ne fe trouvoient
plus alors, ou que rarement un
Édit de commença à en
préparer t'extinclion j il fut con-
firmé par un autre de qui
fupprima les 'H6.pitaux pour les
Lépreux, ( les Léproferies ) &
en rêferva cependant un à Saint-
Mefmin, pour ceux qui pour-
raient encore être attaqués de
cette maladie. Le Roi appliqua
d'abord les biens .&,revenus des
Léproferies fupprimëes, au rofit
des Hofpitaliers de Notre-Dame
( M )
de M0fft-Garmél & de Saint La-
zarè enfuite ayant reconnu qtfils
n'étoient que d'une très-fëfbïe
utilité pources Ordres, qui ëtoient
obligés d'en fâirele recouvrement
a grands frais T & de fufbirmême
à cette ôccalïGin iJes procès rui-
neux la perception de ces biens
ayant été long-temps négligée,
ils en dirent diftraics pour«n
être fait -un emploi qui fut jugé
plus conforme
ëàeions >, ^faites eflèntiellement
pour,les Pauvres. L*ÉditiJe 1^03
fut celui qui -eut le plus d'exécu-
tion en cette matiere & établit
la réforme la plus fiable. L'effet
produifit la ideffa-uâion totale de
toutes les 'Maisons de Charité
devenues inutiles, & l'union de
leurs biens, à celles dont l'utilité
fut encore reconnue: une partie
( 1-6.),
de ces biens fut encore employée
nouveaux Hôpitaux, dans lcs lieux
où il n'y en avoit point & où ils
étoient rtéceflàires.
Depuis cette époque les Rois
ont continué de veiller fans ceflè
à l'exécution des Ordonnances
& en ont rendu de nouvelles-,
explicatives & confirmatives des
anciennes concernant le- bon
ordre, la conduite & la police des
Hôpitaux. (a) Mais le,Réglement
le plus étende eft celui qui fut
donné par Louis XVI. le 1 Mai
concernant les Hôpitaux
Militaires. Il rafièmble en un feul
(a) Déclaration dun Décembre
Edit de 169$. Déclaration de
Arrêt du Confeil du mois de
Juillet £dit du mois d'Août
Ordonnance de Corps
B
Corps toutes les difpofitions tant
invariablement toutes les pareil
de l'adroiniftration des Hôpitaux
Militaires, par une feule Loi qui
fupplée toutes celles précédem-
ment rendues à ce fujet.
D'après ce tableau fidéle de
tant de Loix portées fucceflive-
ment pour le Soulagement des
Pauvres, on voit bien clairement
que la volonté de tous les Sous-
verains & de leurs Miniftres,
a toujours- été que les biens
des Hôpitaux leur foient unique-
ment appliqués fans qu'il punie
en être rien diftrait à aucun
autre ufage. On ne doit pas croire
non plus que les Corps d'Adnii-
niftratton t coropofés de perfon-
nes respectables puisent détour-
ner à leur profit des biens
( i8 )
3 un ufage auffi précieux. Les
Administrateurs des Hôpitaux,
font
ou Administrateurs élus les pre-
miers le font parie droit de leur
dignité ou de leur charge, &: leur
fonction dure tant qu'ils occupent
la place à laquelle. elle eït inhé-
rente. Tels font pour l'Hôtel-
Dieu de Paris & pour THôpi-
tal-général de la même Ville,
l'Archevêque les premiers Pré-
dens des trois Cours Souverai-
nes, le Procureur-gênerai du
Parlement, le Lieutenant-géné-
ral de Police & le Prévôt des
Marchands. Il eft évident que
cette première claflè d'Adminif-
traceurs eft entièrement Pabri
dà tout foupçon. Les perfonnes
qui la: compbfent
lement le
( *5> •).
B ij
rang auquel ils. font élevés les
& les
Défenfeurs de leurs droits; dans
les grands Hôpitaux des Provin-
ces, ce font auffi des Prélats,
des Nobles & des Magiftrats. (a)
( a ) L'Édit de 1695 article 29,
ordonne a que tous les Archevêques
» Evéques leurs Grands -Vicaires, &
autres Eccléfiaitiques qui font en
pofleflioo de préfider & d'avoir
foin de l'^dminift ration des Hôpi-
taux, Hôtels- Dieu & autres lieux
» pieux établis pour le
» retraite & inftruâion des Pauvres
foient maintenus dans tous les droits,
3» féances, & honneurs dont ils ont
bien dûement joui julqu'à pré-
» fent & que lefdits Archevêques &
» i^anee k. préûdent dans tous les
» Bureauxétablispour radtninjftratioo
defdits Hôpitaux ou lieux pieux, oh
«u», & leurs prédécefleurs n'ont
̃'<̃:̃ ao )
Les Adminiffrateurs élus font
pris entre les Notables des Villes;
la nocnination en ,appartient aux
Fondateurs, qui font* ou les Com-
munautés des Villes, ou des Sei-
gneurs ou des Particuliers. (a)
Ce font de bons Bourgeois s
peres de famille, qui jouiflènt de
le n'ont point été avant cet Edit, & que
» les Ordonnances & les Réglemens
̃x, qu'ils y feront pour la conduite fpiri-
In tuelle & la célébration dtt Service
» Divin feront exécutés nonobstant
» toutes oppoficions ou appellations
m fimples, ou comme d'abus, & fans
» préjudicier. »
la Déclaration de i6glI régle auffi
la féance des Curés & autres Eccléfiaf-
tiques dans' les Aflemblées qui fe font
(a) Lorfquc h fondation n'eft point
connue on présume qu'ils font dé
fondation Royale & c'eft au Grand-
Aamônier de France à y commettrez
dont la
choix qu'on a
fait d'eux, doit les juftifier plei-
nement aux yeux de ceux qui
pourraient les croire coupables de
malverfations d'ailleurs, les Aà-
miniftrât€urs-nés, ainfi que ceux-
ci, n'ont aucun maniement des
deniers ils ne fe mêlent ni de la
recette ni de la dépenfe ils com-
pofent feulement le Confeil éco-
nomique des Hôpitaux la recette
& la dépenfe font faites par d'au-
tres perfonnes comptables qui
font à la vérité à leurs ordres
& fur lefquelles leur devoir in-
difpenfable efl: de veiller très-foi-
gneufement.
Ainfi les feules fautes qu'on
pourroit leur imputer, & qui fe-
voient à la vérité très-graves ne
pourraient être qu'un défaut de
( M )
vigilance, qu'on ne devroit ponr-
tant pas; regarder comme une
négligence coupable de l'acquit
d'une obligation auffi importante,
mais feulement comme l'effet
d'une trop grande confiance dans
le> perfonnes qui leur font fou-
mifes.
Quels font donc, au milieu d'une
Nation fur laquelle l'exemple de
fes Maîtres a tant d'empire &
qui fe regarde comme la premier
de l'Univers, & l'eft réellement
à bien des titres, ces hommes
«belles à l'autorité & aflez bar-
bares pour prendre une partie des
néceffités de l'indigent pour au-
gmenter leur fuperflu, pour ar-
racher le pain de la faim dêvo-
rante, & qui fans rougir d'un«
conduite aufB coupable ofent
étaler avec oftentation ujae ma-
̃ghificence qui ne dit-on
pcodujce que par les extorfions
les plus Comme
je l'ai déjà dit, les Adminiflxa-
teurs-nés, ainfi que les Admï-
niftrateurs élus, ne font nul-
lement caufe de tous les maux
dont on fe plaint ainfi on ne
peut les attribuer qu'aux fubalter-
Des c'efl-à-dire, àceux qui font
en activité dans les Hôpitaux, a
moins que lesMaifons de Charité-
nefuflent pas fufBfàmment dotées
pour le foulagement des Pauvres
dont elles font chargées ce qu'il
ne feroit pas poffible de croire
fans faire injure à la juftice & àla
bonté de na& Souverains ainfi
qu'à la bienfaisance des Fondas
teurs f & même de la Nation
entière. On %ob en effet que les
Triforiers, Receveurs,
mes mènent une vie déJb'cieufc
( H )
aux dépens defquels ils vivent
la terrible différence de leur abon-
dance avec leur détrèffe ort re-
marque que les Architectes -&
autres principaux Ouvriers qui
font-employés dans les Hôpitaux
vivent dans plus grande aifan-
ce, que plusieurs même font dans
une-opulence connue il eft vrai
qu'il peut y en avoir quelques-
uns parmi eux, dont les biens
ne
par les fervices- rendus dans les
Hôpitaux, mais il faut convenir
qu'il y en a bien peu; lesReli-
gieufes elles-mêmes ont fouvent
un genre de luxe & de vanité qui
ne convient pas plus à des Reli-
gieufes, qu'à des Hofpitalieres
q»i n'étoient dans l'origine & ne
font
IMI
c
le»
Servantes des Pauvres qualité
dont eUes fe paraient autrefois
& qui maintenant feroit très-in-
jurieufe à leur amour-propre. Les
tables des Officiers dans tous les
Hôpitaux font très-bien fervies #
ils y ont des logemens commo-
des, & dans plufieurs les Pau-
vres n'ont que du gros pain, peu
ou point du tout de viandes &
de mauvais légumes auflï voit-
on dans l'embonpoint des Reli-
gieufes & des Officiers des Hô-
pitaux, le produit de la fubftance
de la veuve & de l'orphelin ,&
dans les figures décharnées, pâ-
les & langutnantes de ces mal-
heureux, ravidité des fang-fues
qui les entourent. Jl eft vrai qiç»
la plupart des Pauvres font accou-
lûmes aux alimens groffiers, mais
au moins faut-il qu'ils foicnt
fains, & ne doit-on pas, comme
il arrive fouyent les leur donner
fétides d'ailleurs n'y en a-t-il
pas plusieurs parmi eux qui font
plus faits pour une vie fenfuelle,
que beaucoup de ceux quitesop-
priment ce genre d'opprefïîon
en effectivement notoire ,& on
ne peut le diffimuler, ni le pallier
on en eft même venu à ce point
de dépravation, qu'on trouveroit
très-ridicule que les Pauvres fuf-
fent dans l'aifance, & les Reli.
gieufes & les Officiers dans la
médiocrité cependant cela de,-
vroit être ainfi car les biens des
Pauvres font à eux feqls & ceux
qui les entourent ne doivent en
tirer que le néceflàire rigoureux
on fait malheureufement tout le
contraire; car on comment à
KWi
tfarièes & oh ne Jàiflè aux Pau.
vres que ce qu'il Faut pour ne pas
mourir de fà«n. Riches û déli-
cats,
pas quel eft le traitement deftiné
aux malades dans les Hôpitaux?!
pourquoi
té fi un domeftique Succombe
porter dans la maifôn des Pau-
vres Comment peut-on fe ré-
ftudre à déiaiiîèr celui qui nous*
^rytyquiaufêïafantéànous
veiller quand nous étions mala^-
des l'éloigner de nos yeux lorf-
J ag«V épuifent en lui laficu lié
de nous être utile ,n'eîl-ce pas
Jà. le comble de Pingratitude ?
Cependant je parle ici moinsdés
en ne reçoit Quel-
maladies que des Hôpitaux-gé-
néraux & autres où font reçus
îndiftin&ement les Pauvres fains
& malades; dans les premiers,
on s'efl moins écarté de 1'efprit
des Ordonnances & des fentimens
d'humanité, car, Quoiqu'il y ait
auffi bien des abus on s'y ac-
quitte allez du devoir eti'entiel.,
qui eft de travailler à rendre la
famé aux tnalades'; il eft vrai
que la manière dont on y travaille
eft viciçufe à bien des égards,
comme je le dirai plus bas] mais
on peut appliquer aux autres tou-
tes les malversations dont je viens
de commencer la foible efquiffe.
Il exifte donc un vice, & la
clameur publique n'eft point tout-
à-fait injufte à cet égard; fi ce
vice n'eft pas auffi monftrueux
gu*on le fait, il l'eft fans douta
allez pour intéreflèr -la piété de
notre jeune Monarque, qui aime
tout fon Peuple, & qui du haut
de fon Trône ne dédaigne pas
de jetter un œil compatiffànt fur
le Pauvre; les divers Etabliflè-
mens qu'il a fait; la Guerre lon-
gue qu'il a foutenae & qui a
été auffi, coûteufe que glorieufe
à la France^ n'ont ptî reftreindre
la bonté de fou cœur, & ne l'ont
pas empêche de donner un mo-
nument éternel de fa Juftice &
de fa Bienfaifance, en fondant la
Maison Royale de Santé pour les
Ecdéfîadiques & les Militaires
malades.
Si cet ordre de-Citoyens mérite
particulierement les bontés du
Roi pourra-t-il né pas les ac-
corder auffi à celui qui eft ftri&e-
ment le vrai foutien de l'État
<W )
,on toujours reconnu que la
claffe la plus malheureufe étoit
cependant celle la plus, précieuse
à l'État pour la culture, les arcs
la population cette idée nfeft
pas ainfi, il feroit inu-
tile de la développer davantage
on ne doit donc pas lainer dé-
périr la partie robufle qui, parmi
nous, Supporte le plus rude far-
deau qui rend le plus de :fer-
vices à la Société, & à laquelle
tous devons tant de reconnoif-
fance -& de commifération on
doit au contraire travailler à tout
ce qui peut procurer le maintien
de fa force phyfique afin de
prévenir la dégradation des races.
Ce feroit dbnc le comble de
l'ingratitude, fi le laboureur
l'artisan le père de fanaille, ma-
lades ne pouvoient pas trouver
( *?•>
C iv
des reti-
rer pout recouvrer leur fanté &
leurs forces, qu'ils ont facrifiées
au bien public on pourroit
objecter que leurs travaux ont
pour objet leurs intérêts particu-
liers plus que le bien public
cette réponfe prouveroit jufqu'à
quel point ils font malheureux,
puïfque pour gagner a0èz pour
mener une vie languiflànte, ils
font obligés de fe vouer aux tra-
vaux les plus pénibles, & de
gagner un pain fi -dur à la fueur
de leur front & au milieu' des
maux qu'entraîne après elle la
rnifere d'ailleurs, quelque foit le.
motif de leurs fatigues & de leurs
veilles il en réfulte le bien corn-
mun & le bonheur de la Patrie
follicite autant la bienfaifance en
leur faveur, que la reconnoiffance
i i* >
qui leur eft due j car s'ils ne font
pas fecoarus dans leurs maladies,
'ils n'auront pour leurs travaux
que des bras languiflàns: de même
que la fanté eft nécefiàire pour
Taétivité & les fouf-
irances énervent les hommes
& afibibliflent lef moral en même
temps que le phyfique ainfi la
culture, les arts &la population,
Tendent néceffàires des fecours
que la charité, l'humanité feule
ne pourroit refufer aux Pauvres.
Combien parmi eux fe trouvent
maintenant de perfonnes accou-
tumées auparavant à vivre dans
Taifance & que les maladies,
les pertes effuyées danslecom-
anerce, une nombreufe famille,
le dérangement & les dépenfes
'de leurs enfans, bu quelqu'autre
infortune involontaire & inno-
cente > ont réduit à recourir au
trifte féjour des Hôpitaux.
Écoutons l'opulent àquirien
ne manque qu'un cœur compa?
tiflànt, il nous dira que l'extrême
indigence, eft la fuite de 'la pa-
reflê ou de l'inconduite il ne
verra dans, une fituation 6 dé-
plotable qu'un châtiment jufte-
ment mérité. Celui qui fe,trouve
réduit dans un Hôpital par fa
jmauvaife conduite, ne trouve-t-il
pas fuffifamment fa punition
dans fes remords & fa mifere ?
N'eft-il pas inutile d'appéfantir
fur lui le poids de fes malheurs
les reproches.ne font-ils pas en ce
moment aufli cruels que fuper-
flus ? Les dépenfes du prodigue
ont néceflaircment fait le bien de
plufieurs ayant tout diflîpé,
étant hors d'état de pouvoir agir,
tout,
rendre un peu à celle qui n'a plus
rien enfin ne font-ce pas le
plus fouvent les duretés de l'hom-
me injure, qui donne un falaire
trop mince pour des travaux trop
pénibles plutôt que la pareffe
ou l'inconduite qui peuplent les
examine en toi-même, & con-
temple à qui tu dois ta fortune.
L'infouciance eft fouvent excu-
fable en certains états. Celui qui
fatigue journellement-fans attein-
dre aucun but, a befoin de s'é-
tourdir quelquefois il dépenfeen
un moment des épargnes infuffi-
fantes; tout le fruit du travail de
la femaine s'évanoùit en un jour
mais ce jour eft tout pour lui.
Durant un court efpace, il brave
*&furprend la fortune il trompe
fa mifere j & goûte une ombre
de bonheur, qui lui rend le cou-
rage de continuer la même vie.
Desames froides, endurcies, étran.
gères à la bienfaifançe fufcite-
ront même des--alarmes fur le
danger d'un traitement trop doux
dans les Hôpitaux' ee feroit
diront-ils, donner un appas à la
multitude fainéante la parciTein-
venterait toutes fortes de moyens
pour fe fouftrajre au travail; des
afyles trop favorables aux Pau-
vres
il faut les effrayer par une crainte
falutaire, fans cela, au lieu de
rendre des bras à l'Etat, on lui
en ôteroit les Pauvres.auroient
de la, peine à reprendre une vie
dure après avoir mené une vie
commode.
QueUe diftance énorme des
commodités qu'on veut éviter de
i 3$)
leur donner dans les Hôpitaux;
aux incommodités qu'ils y éprou-
vent! quelle diftance entre- les
fuperfluités & le néceffàire ne
doit-on .pas regarder comme ef-
fentiel/de leur procurer un air
falubre, de ne leur donner que
des alimeris fains, de les entre-
tenir dans une,grande propreté,
& de les garder jufqu'à ce qu'ils
foient parvenus à une guérifoh
radicale. L'excès produit en tout
l'abus; le meilleure remède pour
toutes les maladies c'eft la diéte,
plus ou moins flriéte fuivant les
circonftances & ce ne fera ja-
mais en donnant trop à manger
aux malades & en fatisfaiâant leurs
fantaifies, qu'on, parviendra à les
rétablir peut-on craindre qu'un
homme bien portant feigne d'être
malade pour aller fe réduire à la
( 37 i
diète dans un Hôpital que là
parefle foit plus lui que
le befoin de la faim ? D'ailleurs,
comment peut-on fuppofer que
Tefpéce humaine foit dégradée à
ce point ? N?efl«ce pas en. effet
le rôle le plus honteux & le plus
trille que celui de contrefaire le
malade dans un Hôpital ? Il n'y
a qu'un découragement abfolu qui
puiffe dégrader l'homme en fanté
jusqu'au point d'aller dérober uns
refuge dans le féjour de la trifteffe
& de la douleur celui qui s'avil-
liroit ainfi ne feroit pas, auffi
bien portant qu'on le penfe il
mériterait d'être obfervé c'eft
en étudiant fa fituation qu'on
trouveroit les moyens de ranimer
fon âme, & d'exciter en' elle la
noble émulation du travail car
( 38 )
à préférer à tout une vie a&ive &
libre; d'un autre côté n*efl>il pas
aifé de conftater l'état d'un hom-
me qui fe préfente dans un Hôpi-
tal, & de s'affurer s'il eft réelle-
ment malade ou s'il feint de
l'être enfin, je vais plus loin
& je prétends prouver au con-
traire que c'eft même la maniere
barbare dont les Pauvres font trai-
tés qui eft une des caufes prin-
cipales que leur nombre fe mul-
tiplie fi prodigieusement. Il eft
reconnu que la petite taille in-
dique la plus grande Source de
pauvreté dans la foiblefle des in-
dividus les hommes de haute
taille, les hommes forts, s'en-
rôlent, s'expatrient, ilsfoutien-
nent mieux les travaux pénibles,
font moins expofès aux maladies
qui conduifent à la pauvreté au
contraire, les hommes petits,
foibles enfin les races infimes,
produifent le plus grand nombre
de Pauvres. D'où provient la dé-
gradation des races, Se faffoi-
blifTement de la. force. phyfique
dans les hommes condamnés au
travail? NTeft-ee pas principa-
lement du peu de foin qu'on a
d'eux dans les Hôpitaux, d'où ils
fottent prefque toujours fans être
guéris? Pourquoi fe plus grand
nombre de Pauvres fort– il de la
çlafîè des agriculteurs,& pourquoi
nepeuvent-ils travaillcrplus dei
a i ans fans être atteints d'une
vicilleflè prématurée, ce qui les
entraîne dans une pauvreté iné-
vitable ? N'eft-ce pas parce qu'ils
fe livrent à des travaux forcés,
parce qu'il périt une infinité dte
laboureurs dans les Hôpitaux

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