Traits remarquables du règne de Napoléon... [Par J.-B.-A. Imbert.]

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J.-B.-A. Imbert fils (Paris). 1814. In-16, XIV-172 p. et portrait.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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TRAITS
REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE DU REGNE
DE
NAPOLEON.
TRAITS
REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE- DU RÈGNE
DE
NAPOLEON
DEPUIS SA NAISSANCE JUSQU'A SA DÉCHÉANCE.
PARIS,
J. B. A. IMBERT, FILS,
LIBRAIRE, BOULEVARD SAINT-MARTIN, N.27.
l8l4.
PREFACE.
T
DUT est pour le mieux ici-bas,
dit le docteur Pangloss : c'est peut-
être aller un peu loin. Pour ne pas
tomber dans le même défaut, sans
cependant nous éloigner tout-à-fait
des opinions de ce docteur, avec
lequel il est ion et consolant de
se trouver quelquefois d'accord,
disons , nous autres : qu'il est
bien peu de choses ici-bas, qui
n'aient leurs beaux cotés et leurs
avantages,.quelque funestes.d'ail-
il
leurs qu'elles puissent être. Noire
révolution a été certainement un
horrible fléau; néanmoins, plus
tard, quand les haines politiques et
les passions de toute espèce se se-
ront tues, on reconnaîtra qu'elle
a eu son utilité : elle a été la cause
et le prétexte d'une infinité de cri-
mes, auxquels nos descendans ne
voudront pas croire, ou qui du
moins les feront frémir d'horreur;
mais elle a aussi fait éclater de
grandes vertus, et enfanté des
actions sublimes. Les malheurs
qu'elle a engendrés, et les crimes
qu'elle a donné l'idée ou le moyen
iij
de commettre, serviront à inspirer
à nos neveux l'amour de l'ordre
et des lois, et conséquemment du
souverain et de sa famille : mais on
trouvera dans ses annales des pa-
ges entières, dont les générations
futures pourront faire leur profit,
soit pour le perfectionnement de
la morale publique, soit pour celui
des sciences et des arts, et même de
la civilisation, ce qui, au premier
coup d'oeil, paraît bien plus cho-
quant. Il est effectivement vrai de
dire qu'en France la civilisation a
fait des progrès depuis 1789, et
que ces progrès ont eu pour cause
IV
cette épouvantable révolution qui a
semblé long-temps destinée à nous
précipiter dans la barbarie. Il a été
un moment où chacun a fait et a
fait faire à ses enfans des efforts
extraordinaires, pour acquérir des
lumières qui paraissaient devoir
conduire aux premières places et
jusqu'au gouvernement de l'Etat :
ces lumières acquises ont fait du
mal, parce qu'elles se sont mêlées
au fanatisme politique; mais se
transmettant désormais des pères
aux enfans, dégagées de ce fana-
tisme dangereux , elles devien-
dront, si nos augustes Princes dai-
V
gnent. les entretenir, une source
intarissable, à laquelle se renou-
vellera sans cesse la gloire natio-
nale. La classe proprement dite du
peuple, avant 1789, languissait,
n'était propre, quand on l'appelait
au service de l'Etat, qu'à rendre
des services peu importans et peu
durables : grâce à la régénération
dont nous venons de parler, on en
pourra tirer à l'avenir un parti
beaucoup plus avantageux. C'est
un malade tombé en langueur ,
dont une grande fièvre a réchauffé
le sang: perpétuez cette chaleur du
sang, en chassant la fièvre , le ma-
VJ
lade va redevenir un homme sain
et vigoureux.
La superstition est bannie du
milieu des moindres babitans de
nos villes : il est vrai que chez
beaucoup d'entre eux l'impiété a
suivi ce triomphe de la raison ;
mais que des pasteurs respectables
et d'habiles instituteurs y ramè-
nent tout doucement la religion,
on aura réellement gagné au bou-
leversement que la révolution a
produit dans les esprits. En cela
l'ordre naturel des choses est fidè-
lement suivi. On ne transforme
. pas tout d'un coup un champ qui
Vlj
était en friche, en un champ qui
ne produit que de bon blé et de
bons légumes.Il y viendra, la
première année, une très grande
quantité d'ivraie qu'il faudra ex-
tirper, si l'on ne veut qu'elle étouffe
le bon grain. La seconde, la troi-
sième et la quatrième année, il y
faudra veiller encore ; mais la ré-
colte sera en bon chemin, et elle
ne pourra que s'améliorer progres-
sivement.
Les sciences se sont perfection-
nées chez nous depuis vingt-cinq
ans :' c'est une conséquence de ce
que nous avons avancé, relative-
viij
ment à la civilisation du peuple.
On nous avait persuadé qu'en
France, comme jadis à Rome, la
scienee allait être le principal mo-
tif de recommandation, le seul
degré qui conduirait aux premiers
honneurs et à l'autorité suprême ;
et les gens instruits s'efforcèrent de
devenir des savans.
Les sciences exactes, dont nous
avons eu un besoin effectif, sont
réellement parvenues au plus haut
point de perfection qu'il paraisse
possible de leur donner.
Les arts ont aussi, depuis la
même époque, obtenu des avan-
ix
tages incontestables :1e premier de
tons, l'agriculture est à son apogée,
et c'est encore à l'avancement de la
•civilisation que nous devons ce bon-
heur. La plupart des agriculteurs
ne sont plus des rustauds qui culti-
vent machinalement leurs champs :
ils les soignent en observateurs vé-
ritables, et étudient assez pour
joindre la théorie à la pratique.
Notre révolution a. fait éclater
de grandes vertus, et a enfanté des
actions sublimes : l'intrigue s'était
en effet emparée des premières
places; de là on commandait les
sacrifices au sein de la mollesse et
X
des excès de tous genres : mais
n'existait-il pas dans un moins haut
degré d'élévation, des hommes qui
les faisaient, ces sacrifices, après
les avoir acceptés avec générosité
et enthousiasme ? Des soldats cou-
chent toute l'année sur la terre ,
gelée et couverte de neige pendant
six mois,se relèvent de là, sans ali-
mens, pour courir attaquer avec
impétuosité., et vaincre en un mo-
ment l'ennemi retranché dans les
positions les plus formidables ; ces
jeunes gens, qui, il y a sept ou
huit ans, quittaient en chantant
l'asile où en naissant on les croyait
Xj
. destinés à passer tranquillement
leur vie, pour aller se dévouer dans
nos champs aux privations et à la
mort; voilà bien, ce me semble,
de grandes vertus que notre révo-
lution a fait éclater, et de grands
exemples qu'elle propose à nos des-
cendait. De ces masses si impo-
santes par elles-mêmes, ne se dé-
tache-t-il pas des traits particuliers
qui ajoutent à leur gloire? Au mi-
lieu de cette armée française, si
propre aux choses étonnantes et
presqu'incroyables, ne remarque,
ne. distingue-t-on pas les Marceau,
les Kléber, les Desaix, les Monte-
xij
bello? Ces grandes vertus i ces ac-
tions sublimes, qui furent des en-
fans de notre révolution , ne se
rencontrent-elles pas dans le civil
comme dans le militaire? A côté
des bourreaux du 2 septembre,
n'admire-t-on pas les victimes de
cette trop fameuse journée ? ne de-
viennent-elles pas des modèles pour
nos derniers neveux, et des mo-
delés plus faits pour inspirer l'en-
vie que la crainte? Après de tels
exemples, qui osera murmurer
-contre les petits sacrifices qu'exige
journellement de nous la Religion?
^ui ne remplira pas les devoirs
xiij
ordinaires de la piété filiale, après
avoir vu mademoiselle de Som-
breuil se dévouer au fer des assas-
sins pour sauver son père dans ces
momens de deuil et d'horreur ?
L'histoire de Napoléon Bona-
parte a, comme notre révolution ,
son beau côté. Bonaparte, général
de l'armée d'Italie, est un homme
qui donne l'exemple de la disci-
pline et de la prudence militaire.
Bonaparte, au Conseil des Cinq-
Cents , le 18 brumaire , est un
homme qui sauvé son pays de
l'anarphie révolutionnaire, et le
prépare à reprendre le joug bien-
XIV
faisant du gouvernement monar-
chique. Il devient ensuite empe-
reur , fait , par ses entreprises
exagérées le malheur des Français,
et est précipité du trône. Ici, est la
leçon, cette leçon terrible qui sem-
ble dire aux hommes : « Il est des
bornes que la morale et la raison ne
permettent pas de franchir : quel-
ques talens que l'on ait, de quelque
prudence que l'on se sente doué,
et quelque expérience que l'on ait
acquise, on ne passe point impu-?
nément au-delà. »
TRAITS
TRAITS REMARQUABLES
DE
L'HISTOIRE DU REGNE
DE NAPOLÉON.
C'EST en 1769, le 15 août, que na-
quit Napoléon Bonaparte, dans une
petite ville de la Corse, nommée Ajac-
cio : sa famille était noble, mais pau-
vre) et originaire d'Italie. Ce fut le
fameux général Paoli qui fut son par-
rain. Il fut conduit fort jeune en France,
et M. de Marboeuf, qui protégeait
beaucoup Napoléon, à cause, dit-on,
1
(2
de madame Bonaparte, le fît placer à
l'Ecole Militaire de Brienne, par le
maréchal de Ségur, alors ministre de
la guerre, vers l'année 1777. Bientôt
son aptitude au travail fit découvrir en
lui les germes de son génie et de son
talent militaire : en 1 789 il fut nommé
Sous-lieutenant au premier régiment
d'artillerie de la Fère.
Bonaparte n'avait que vingt-trois ans
lorsqu'il fit ses premières armes à Tou-
lon. Ce fut là qu'il déploya ses grandes
qualités, en donnant aux généraux qui
assiégeaient la ville, des conseils qui
facilitèrent la prise de cette place.
L'ex-conventionnel Beffroy le fit
arrêter à Nice, comme terroriste, quel-
que temps après la prise de, Toulon,;
(3)
mais lorsque l'on eut visité ses papiers,
il fut mis en liberté. Il vint ensuite à
Paris, pour solliciter la permission de
se retirer à Constantinople, parce qu'on
voulait le faire sortir de son corps pour
passer dans l'infanterie, mais sa de-
mande fut rejetée. Il est bien probable
que, si l'on eût acquiescé à sa propo-
sition , des millions de braves Français
vivraient encore
Le 13 vendémiaire an 4 arriva, et
Bonaparte sortit de la léthargie où il
était depuis quelque temps, pour ser-
vir sous les ordres de Barras. L'on
peut assurer que, sans sa prudence,
cette journée aurait vu couler plus de
sang qu'il n'en fut versé. Bonaparte,
pendant la nuit, afin d'effrayer les fac-
(4)
tieux qui n'avaient aucun motif, ni au-
cun but bien connu, quoi qu'en disent
quelques historiens, Bonaparte, dis-je,
ne fit tirer sur eux qu'à poudre. Ce fut
quelque temps après ce massacre qu'il
épousa la veuve du général Beauhar-
nais, et qu'il fut nommé, à l'âge de
vingt-six ans, général en chef de l'ar-
mée d'Italie.
Bonaparte, après avoir terminé glo-
rieusement les campagnes de l'Italie ,
se disposa pour l'expédition de l'E-
gypte. Ce fut à Toulon qu'il fit mettre
sa flotte et son convoi à la voile, le
30 floréal an 6; le 15 messidor il dé-
barqua à Alexandrie, à onze heures
du soir; il descendit lui-même sur une
■galère, malgré la mauvaise disposi-
(5 )
tion de la mer et du vent. Ensuite il
emporta cette ville de vive force. A la
fin de ses guerres d'Egypte il revint
à Paris, et faillit être poignardé, après
un discours qu'il prononça au Conseil
des Cinq-Cents, concernant le Corps
Législatif. Le gouvernement, par re-
connaissance pour de si grands bien-
faits, détermina le premier corps de
l'Etat, et le peuple, à le nommer con-
sul à vie; mais la France, qui lui de-
vait jusqu'à ce jour tout son salut, ne
crut pouvoir mieux lui marquer sa re-
connaissance qu'en lui confiant les
rènes du gouvernement, et l'élevant à
la dignité impériale. Ce fut alors que
son ambition, qui l'étouffait depuis si
long-temps, le laissa respirer un ins-
(6)
tant. Il fut donc sacré à Paris, en l'é-
glise de Notre-Dame , le 2 décembre
1804., par le pape Pie VII Son épouse
Joséphine fut aussi, le même jour, cou-
ronnée impératrice des Français.
Mais l'année suivante, Bonapartet
non content du titre d'empereur des
Français, voulut y réunir celui de roi ;
aussi ceignit-il sur sa tête un autre dia-
dème : il se fit couronner roi d'Italie,
le 26 mai 1805.
Maintenant que nous avons racon-
té, sans esprit de parti, sa naissance
jusqu'à sa qualité d'Empereur, nous
allons passer aux Beautés de son his-
toire, c'est-à-dire, aux anecdotes qui
le concernent.
(7)
Bonaparte à Toulon.
Au siège de Toulon, Bonaparte n'é-
tant encore que sous-lieutenant, ré-
pondit à un représentant du peuple
qui blâmait la position d'une batterie :
Mêlez-vous de votre métier de repré-
sentant et laissez moi faire le mien
d'artilleur , cette battetie restera là et
je réponds du succès sur ma tête. Sans
la modération de celui à qui il fit cette
réponse, Bonaparte aurait bien pu
payer de sa vie cette fermeté.
Son goût pour le travail.
Quelque temps après le siège de
Toulon, Bonaparte s'étant retiré à Nice,
un de ses amis vint au milieu de la nuit,
(8)
pour prendre des renseignemens ur-
gens. Mais jugez quelle fut sa surprise
en le trouvant tout habillé, et s'occu-
pant à travailler au milieu d'une grande
quantité de plans, de cartes géographi-
ques et de livres! Quoi, lui dit son ami,
vous ne vous êtes donc pas encore cou-
ché?— Couché ! lui répartit Bonaparte,
je suis déjà levé , au contraire. — Com-
ment cela?,lui répondit son ami fort
étonné. — Quand j'ai dormi deux ou
trois heures, c'est bien assez, lui répon-
dit froidement Bonaparte.
Réponse de Bonaparte sur sa promo-
tion au grade de général en chef.
Lorsque Bonaparte fut promu au
grade de général en chef de l'armée
(9)
d'Italie, il n'avait que vingt-six ans. Un
de ses amis à qui il faisait ses adieux lui
dit : Tu es bien jeune pour aller com-
mander une armée. — J'en reviendrai
vieux, lui répondit-iL
Bravoure du général Bonaparte au
passage du pont d'Arcole.
Bonaparte, encore général en chef,
étant arrivé avec tout son état-major à la
tête de la division du général Augereau,
et le voyant lui-même sur le pont d'Ar-
cole, un drapeau à la main, se jette à bas
de son cheval, saisit aussi un étendard,
s'élance, et court sur le pont en leur
criant : Suivez votre général! La co-
lonne s'ébranla un moment, et l'on
( 10)
était environ à trente pas du pont,
lorsque le feu terrible des ennemis la
frappa et la fit reculer à l'instant où
l'ennemi allait prendre la fuite. C'est
dans cette journée que les généraux
Vignole et Lasne furent blessés , et
que l'aide-de-camp du général en
chef, Muiron, fut tué. L'état-major
du général en chef et lui-même furent
culbutés; il fut, ainsi que son cheval,
renversé dans un marais, sous le feu des
ennemis, et ce n'est qu'avec beaucoup
de peine qu'il parvint à se retirer ; ce-
pendant il remonte à cheval, rallie la
colonne, et fait trembler l'ennemi qui
n'ose plus sortir de ses retranchemens.
(11)
Injustice de Napoléon.
Voici un trait qui nous montre com-
bien Napoléon était vif et violent par
caractère, et que son grand plaisir était
de voir couler le sang. Une commission
était chargée d'examiner la conduite
d'un inspecteur des fourrages , prévenu
d'avoir gêné la marche de l'armée, en
ayant souffert qu'une charrette de foin
s'arrêtât quelque temps à la sortie de
Mantoue. Bonaparte, impatient de ce
que la commission n'avait pas prononcé
dans les vingt-quatre heures sur ce fait
qui n'était nullement prouvé, et qui en
outre ne méritait pas la peine capitale,
fit fusiller sur-le-champ l'inspecteur.
( 12)
Présence d'esprit de Bonaparte.
Ce fut le 16 messidor an 4, que Bo-
naparte défit les Autrichiens à Salo,
Lonado et Castiglione. Le lendemain ,
lesennemis, au nombre de quatre mille,
avec une cavalerie et une artillerie for-
midable, vinrent sommer Bonaparte de
se rendre. Notre général français n'avait
avec lui que douze cents hommes ; c'est
alors qu'il fit preuve de son génie et de
cette présence d'esprit qui calculent ra-
pidement les moyens d'éviter les dan-
gers qui nous menacent et qui savent
faire tourner les avantages à leur pro-
fit. Voilà ce que fit Bonaparte :
Le parlementaire ennemi fut amené
(13 )
vers lui les yeux bandés; il déclare que
la gauche de l'armée française vient
d'être cernée et ne peut faire aucun
mouvement, et que son général de-
mande, s'ils veulent se rendre. « Allez
dire à votre général, lui répondit avec
fierté Bonaparte , ,que s'il a voulu in-
sulter l'armée française, je suis ici; que
c'est lui-même et son corps qui sont
prisonniers, qu'il a une de ses colonnes
coupée par nos troupes à Salo et par le
passage de Brescia à Trente; que si
dans huit minutes il n'a pas mis bas les
armes, et s'il fait tirer un seul coup
de fusil, je fais tout fusiller. Débandez
les yeux à monsieur. Voyez le géné-
ral Bonaparte et son état-major au mi-
lieu de là brave armée républicaine :
(14
dites à votre général qu'il peut faire une
bonne prise; allez. »
Pendant qu'il faisait tout disposer
pour une attaque, on redemanda à par-
lementer; le chef même de la colonne
demande à être entendu, dit qu'il veut
se rendre et qu'il veut capituler. «Non,
répondit énergiquement Bonaparte ,
vous êtes prisonniers de guerre. » Bo-
naparte, voyant que l'ennemi paraît se
consulter, donne aussitôt ordre de
faire avancer l'artillerie et d'attaquer,
et il quille le général ennemi qui lui
crie : « Nous sommes tous rendus ! »
Il rend justice à tout le monde. -
Après la bataille du pont de Lodi,
dont nous devons le gain à Berthier et
( 15)
à Masséna, qui donnèrent l' exemple
en se précipitant au premier rang en
conduisant ainsi les grenadiers à la vic-
toire ; après cette fameuse bataille,
dis-je, Bonaparte envoya son rapport
en ces termes au Directoire, el le té-
moignage qu'il rendit toujours aux
troupes qu'il commandait sur leur bra-
voure , est trop glorieux pour que nous
le passions sous silence. « Si nous n'a-
vons perdu que peu de monde, nous le
devons à la promptitude de l'exécution
et à l'effet subit qu'ont produit sur l'ar-
mée ennemie les masses et les feux re-
doutables de notre invincible colonne.
Si j'étais tenu de nommer tous les mi-
litaires qui se sont distingués à cette
bataille, je serais obligé dénommer
(16)
tous les Carabiniers de l'avant-garde et
presque tous les officiers de l'état-ma-
jor; mais je ne dois pas oublier l'intré-
pide Berthier qui fut, dans cette jour-
née, canonnier, cavalier et grenadier.»
Ce qu'il pensait du soldat français.
Dans un de ses rapports, voici comme
Bonaparte parle de ses soldats. « Ils
jouent et rient avec la mort ; ils sont
aujourd'hui parfaitement accoutumés à
la cavalerie dont ils se moquent ; rien
n'égale leur intrépidité, si ce n'est la
gaîté avec laquelle ils font les marches
les plus forcées; ils chantent tour-à-
. tour la patrie et l'amour. Vous croiriez
qu'arrivés à leurs bivouacs, ils doivent
( 17 )
du moins dormir ? point du tout: cha-
cun fait son conte ou son plan de l'opé-
ration du lendemain, et souvent l'on en
rencontre qui voient très-juste. L'autre
jour, je voyais défiler une demi-bri-
gade , un chasseur s'approcha de moa
cheval et me dit : Général, il faut faire
cela. —Malheureux !lui dis-je, veux-tu,
bien te taire. C'était justement ce que-
j'avais ordonné que l'on fît.»
. Superbe discours qu'il fait à ses soldats.
Le château de Milan refusait tou-
jours de se rendre quoique la ville eût
ouvert ses portes; les Français, qui
s'étaient rendus les maîtres de Pavie
de Pizzighitone et de Crémone, vou-
( 18)
lurent absolument le prendre, afin d'a-
chever la conquête de la Lombardie.
Bonaparte assemble son armée et lui
dit : « Soldats ! vous vous êtes précipi-
tés comme un torrent du haut de l'Apen-
nin ; vous avez culbuté, dispersé tout
ce qui s'opposait à votre marche. Le
Piémont, délivré de la tyrannie au-
trichienne, est revenu à ses anciens
sentimens de paix et d'amitié pour la
France. Milan est à vous, et l'étendard
républicain flotte dans toute la Lom-
bardie. Les ducs de Parme et de Mo-
dène ne doivent leur existence politique
qu'à votre générosité. L'armée qui vous
menace avec tant d'orgueil, ne trouve
plus de barrière qui la rassure contre
votre courage. Le Pô, le Tésin, l'Adda,
( 19)
n'ont pu,nous arrêter un jour; ces re-
doutables barrières de l'Italie, vous les
avez franchies aussi rapidement que
l'Apennin : tant de succès Ont porté
la joie dans le sein de votre patrie; vos
représentans, pour consacrer vos vic-
toires, ont ordonné une fête célébrée
dans toutes les communes delà républi-
que; là, vos ,mères, vos soeurs, vos
épouses, vos amantes, se réjouissent de
vos succès, et se vantent avec orgueil
de vous appartenir. Oui, soldats, Vous
avez beaucoup fait; mais ne vous reste-
t-il plus rien à faire ? Dira-t-on que nous
avons su vaincre, mais que nous n'a-
vons pas su profiter de la victoire? La
postérité nous reprochera-t-elle d'avoir
trouvé Capoue dans la Lombardie?
(20)
Mais je vous vois déjà courir aux armes|.
un lâche repos vous fatigue, les journées
perdues pour la gloire le sont pour VO-
tre bonheur : eh bien ! partons-; nous
avons encore des marches forcées à faire,
des ennemis à soumettre, des lauriers à
cueillir, des injures à venger : ceux qui
ont aiguisé les poignards, allumé la
guerre en France, qui ont lâchement
assassiné nos ministres, incendié nos
vaisseaux à Toulon, quils tremblent!
L'heure de la vengeance a sonné; mais
que les peuples soient sans inquiétude;
nous sommes amis de tous les peuples,
et particulièrement des descendans des
Brutus, des Scipion et de tous les grands
hommes que nous avons pris pour mo-
dèles. Le peuple français, libre, res-
( 21 )
pecte du monde en lier, donnera a 1 Eu--
rope une paix glorieuse, qui l'indem-
nisera des sacrifices de toute espèce qu'il
a faits depuis six ans ; vous rentrerez
dans vos foyers, et vos concitoyens di-
ront en vous montrant : 27 fut de l'ar-
mée d Italie. »
Bonaparte entra triomphant dans Mi-
lan ; mais il fut obligé de partir de cette
ville, il laissa donc les troupes néces-
saires pour faire le blocus du château;
mais il revint bientôt vers cette ville,
car à peine arrivé à Lodi il apprit
que Milan et Pavie venaient d'arborer
l'étendard de la révolte.
(22)
Bon mot de Bonaparte.
Un chasseur à cheval avait reçu l'or-
dre d'aller de Milan à Montebello ,
porter à Bonaparte des dépêches ur-
gentes. Il arriva au moment où il mon-
tait à cheval pour aller à la chasse , il
lui remit le paquet, et attendit la ré-
ponse. Bonaparte la lui donna sur-le-
champ en lui disant : va, et surtout va
vite. — Général, le plus vite que je
pourrai ; mais je n'ai plus de cheval :
j'ai crevé le mien , pour être venu avec
trop de vitesse ; il est étendu mort à la
porte de votre hôtel. — N'est-ce qu'un
cheval qui te manque ?Prends le mien.
Le chasseur n'ose accepter. — Tu le
trouves trop beau, trop richement har-
(23)
naché ? Va, mon camarade , il n'est
rien de trop magnifique pour un guer-
rier français.
Courage d'une femme.
En l'an 5, après plusieurs combats
où l'armée sous les ordres du prince
Charles fut battue, et où ce général
faillit tomber au pouvoir des Français,
Bonaparte traversa la Piave avec sa
bravoure accoutumée. Un soldat fut
entraîné, par le courant, et était prêt
à perdre la vie, lorsqu'une femme de
la suite se jeta à la nage et parvint à le
retirer de l'eau. Instruit de ce dévoue-
ment , Bonaparte lui fit présent d'un
collier d'or, au bas duquel était une
( 24)
couronne civique, et le nom de celui!
qu'elle avait' sauvé.
Encore une belle parole.
Après la sanglante et mémorable ba-
taille d'Arcole, Bonaparte, vêtu en
simple officier, parcourut, de nuit, son
camp : il trouva une sentinelle dor-
mant la tête appuyée sur son fusil ; il
la prit, la posa à terré , puis prenant
son arme , fit la faction de deux heu-
res ; au bout de ce temps on vint rele-
ver le poste, le soldat se réveille, et
sa frayeur est au comble, en voyant
un officier à sa place; mais elle re-
double , lorsqu'il a reconnu le général
en chef. Bonaparte! s'écria-t-il, je suis
(25)
perdu! — Non, lui répond le géné-
ral , après tant de fatigues, il est bien
permis à un brave comme toi de s'en-
dormir ; mais une autre fois , choisis
mieux ton temps.
Si Bonaparte récompensait ainsi, com-
. ment punissait-il .
Bonaparte, satisfait de la 22. demi-
brigade dans la seconde campagne d'I-
talie, lui écrivit : Voilà deux ans que
vous passez sur les montagnes , sou-
vent privés de tout, et vous êtes tou-
jours à votre devoir, sans murmurer :
c'est la première qualité d'un bon sol-
dat. Je sais qu'il vous était dû , il y a
huit jours , huit mois de prêt, et que
3
(26)
cependant il n'y a pas eu une seule
plainte. Pour preuve de ma satisfac-
tion de la bonne conduite de la 22°
demi-brigade , à la première . affaire,
elle marchera à la tête de l'avant-
garde.
Parole de Bonaparte sur le Directoire.
Un administrateur en Italie avait
effectué des paiemens sur la caisse de
l'armée : Bonaparte en fut très-choqué;
mais cet administrateur s'en justifia
par les ordres du Directoire : «Vous ne
savez donc pas qu'il n'y a pas un des
ministres à qui je ne fisse baiser ma botte
pour 20,000 francs, «lui ditBonaparte.
(27)
Bravoure de Bonaparte au passage du
pont de Lodi.
Malgré qu'un célèbre écrivain veut
contester Bonaparte sur son nom de
Napoléon, et sur sa bravoure, en nous
racontant très-méchamment son pas-
sage du pont de Lodi, il ne pourra pas
nous empêcher dire que cette bataille
est une de celles qui fait le plus d'hon-
neur à Bonaparte.
Bonaparte voyant un moment que
ses troupes allaient fléchir et battre en
retraite, saisit aussitôt un drapeau d'un
de ses régiments, s'élance sur le pont
avec la rapidité de l'éclair, et com-
mande à ses soldats de le suivre ; ils
(28)
obéissent, le pont fut pris à la bayon-
nette, et l'ennemi renversé.
Cet écrivain prétend que Bonaparte
choisit un drapeau presque blanc; que
l'ennemi fut trompé parce qu'il crut
que c'était un parlementaire, et qu'il
ne tira pas un seul coup de fusil; que,
pendant ce temps-là Bonaparte fit mar-
cher ses troupes. Il me paraît que cet
écrivain ignore qu'à la guerre, comme
en amour, la ruse est toujours bonne.
Bonaparte, diseur de bonne aventure,
Chacun a sa manie, dit-on : celle de
Bonaparte était de toujours vouloir dire
la bonne aventure. Comme on lui con-
naissait ce penchant, un jour, dans une
société; il reçut cette lâche pour péni-
(29)
tence ; il fit le tour de la société, et
étant venu le tour du général Hoche,'
il lui prit la main et la considère ; mais
il laisse tomber la main du général en
comprimant un mouvement de surprise,
et il passe au voisin. Le général Hoche
ayant demandé pourquoi ce silence
envers lui ; Bonaparte lui répond, Vous
vous moquez , je n'ai rien à vous dire.
Hoche, étonné, insiste et exige le mot
de l'énigme.
« C'est vous qui le voulez, répond
Bonaparte en jouant l'inspiré ; eh bien!
sachez que si les règlesde la chiromancie
sont vraies, vos jours sont comptés, et
que vous mourrez avant telle époque.»
En effet le général Hoche mourut vers le
temps prescrit; mais tout le monde sait
(30)
la manière dont Bonaparte s'y prenait
pour faire réussir ces prédictions, et
elle était infaillible......
, Extrait d'une brochure intitulée : les
ADIEUX A BONAPARTE.
Dans les premières campagnes de
Napoléon en Italie, il parut une bro-
chure, ayant pour titre : Les. Adieux
à Bonaparte. L'énergie des pensées,
la vigueur du style et la prédiction de
sa chute dont nous venons d'être les
témoins, mérite d'être rapportée ici.
«Hâte-toi, ôBonaparte, d'échapper
aux périls qui te pressent.; hâte-toi de
sauver ta fortune des hasards de l'a-
venir et confier ta renommée à la re-
connaissance. La paix de l'Europe, la
(31)
prospérité et le nom des Français sont
dans tes mains. Quand la France fut
couverte de législateurs, personne n'é-
tait responsable des malheurs du peu-,
ple; une responsabilité terrible pèse
aujourd'hui sur ta tête. Vois ces nom-
breux soldats qui s'avancent sur le
champ de bataille, c'est pour toi, pour
toi seul qu'ils vont mourir; vois la
France dans le deuil et la consterna-
tion, c'est pour loi qu'elle gémit et
qu'elle tremble, c'est pour loi que
l'humanité souffre et que l'Europe,est
ébranlée. Si tu veux imiter Gromwel,
songe à la mémoire qu'il a laissée ; si tu
veux être César, songe à sa fin tragi-
que ; si, du faîte de ton fragile pouvoir,
tu osais envisager l'avenir d'un oeil tran-
(32)
quille, jette tes regards sur ceux qui
t'ont précédé dans, la carrière de l'am-
bition, et vois le monde couvert des
débris de nos idoles; vois l'envie qui
compte tes fautes, la haine qui te pour-
suit, l'histoire qui t'accuse. Hâte-toi de
dissiper les craintes et les miennes;'
hâte-toi de remplir nos voeux et d'a-
chever ta gloire. Songe surtout que tu
ne peux désormais t'élever qu'en des-
cendant; et qu'il y a pour toi une place
plus belle que la première, c'est la se-
conde. Mon langage te paraîtra sévère,
ce n'est pourtant pas celui de la haine;
on ne m'a jamais vu ni parmi tes amis
ni parmi tes ennemis. Je te parle au
nom de tes contemporains, qui te de-
mandent si tu veux être un grand hom-
(33)
me; je te parle au nom de vingt-cinq
millions de Français qui veulent savoir
s'ils doivent t'aimer ou te haïr. » •
Superbe discours prononcé au Conseil
des Cinq-Cents contre Bonaparte.
Le 18 pluviôse an 5, M. L tint
ce discours au Conseil des Cinq-Cents.
«Le croiriez-vous, dit-il, qu'au mo-
ment où la conspiration était décou-
verte à Paris, dans le département des
Alpes-Maritimes, à deux cent cin-
quante lieues d'ici, le manifeste de
Louis XVIII était publié? Je ne nom-
merai ni l'auteur ni le titre du journal,
par vous devez moins vous occuper des
hommes que des choses ; il s'agit de Bo-
naparte dans ce journal, et voilà comme
(34)
l'on traite ce grand général « Bo-
naparte n'est pas seulement général, il
est président du comité révolutionnaire,
et serait au besoin exécuteur de la haute-
justice Si ce républicain terminait sa
glorieuse carrière, je ne verrais que
SAMSON qui pût le remplacer ; il est vrai
que Samson s'est déshonoré en embras-
sant l'ex-membre de la convention na-
tionale Lequinio ; mais cette tache a été
suffisamment effacée par le sang inno-
cent qui a coulé. Au reste, que Bona-
parte soit César ou Samson, on assure
qu'il vient d'écrire au Directoire : Veni,
vidi et fugi. »
Après ce discours, une foule de voix
demandèrent à connaître le journal;
mais leur curiosité ne fut point salis-

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