Treize février / (Signé : A. C., ancien volontaire royal.)

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Impr. de Guiraudet ((Paris)). 1822. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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TREIZE FÉVRIER.
TOUT A LA FRANCE !
(Paroles de Mgr. le Duc de Berry ,
prononcées à Caen , le 17
avril 1814).
JOUR AFFREUX ! que le temps, ce maître des grandes
douleurs, no pourra jamais effacer de notre mémoire;
jour consacré naguère à la joie, et que réclament main-
tenant les larmes de la France!
Héritière du poignard des Jacques Clément et des Ra-
vaillac, la révolution, qui enfanta tant de crimes, ne pouvait
voir sans horreur le sang de saint Louis se perpétuer pour
le bonheur des Français. En vain présida-t-elle par sa ter-
reur au jugement le plus inique , jugement où les juges
n'eurent de caractère que celui d'assassin : la Providence
veillait sur nos Bourbons; elle protégeait toujours la
France.
Courbée, mais non anéantie, la révolution, par ses
doctrines impies, arma et dirigea le bras d'un monstre , et
c'est dans ce sens seul que la voix publique proclama son
crime un crime isolé.
Ménagez-vous pour l'enfant que vous portez dans
votre sein ! Ces paroles semblent suspendre et les douleurs
du héros, et l'effroi général : elles indiquent le bras pro-
tecteur du Très-Haut , elles montrent l'amour d'un
Bourbon pour la patrie.
Pour nous qui l'aimions tant, parce qu'il était bon,
loyal, grand, généreux et brave, qui n'avons pu mourir
pour le défendre, vivons encore pour le pleurer! qu'il
nous soit permis de soulever un peu du voile qui couvre
les traits de notre Charles ! Le louer après le premier
( 2 )
écrivain de notre âge sciait téméraire : en le montrant
ce qu'il fut, il le présenta digne des regrets de toute une
nation éplorée : pour le pleurer, il suffit d'être Français.
Il était sur l'Eurotas quand le canon des forts de Cher-
bourg annonça la victoire de la légitimité sur l'usurpation.
C'est un appel! s'écria le Prince; puis de virer de bord,
dans la rade, de débarquer au cri : France ! mot magique,
qui fut toujours un mot de ralliement pour les Bourbons.
Tout le monde connaît les détails touchans qui accom-
pagnèrent et suivirent la réception du petit-fils d'Henri IV
sur la terre do ses pères (I); mais il est des traits qu'on
ignore, ou plutôt qu'on aime à répéter encore.
Serais-je assez heureux pour être reconnu de Votre Al-
tesse, disait au Prince M. de Sully, ancien officier de l'armée
de Condé. — « Si je vous reconnais ! mon cher Sully. »
Puis, en écartant ses cheveux : « Ne portez-vous pas sur
« le front la cicatrice honorable d'une blessure que vous
« avez reçue au champ d'honneur? Cela s'oublie-t-il ?
Mes enfans ! mes chers Français! je suis à vous! tout à
vous! Ces paroles de l'auguste Prince seront éternellement
présentes à la pensée des bons et fidèles Normands.
Et celles-ci, lorsque le maire de la ville de Caen lui pré-
senta les prisonniers que le Prince avait rendus à la liberté :
« Monsieur le maire, vous ne pouviez me donner une
« plus douce fête ! » Puis, dans un moment où des émo-
tions trop vives l'assiégent, il met la main sur ce coeur
généreux , et s'écrie : « Tout à la France! » Le monstre
qui l'a frappé le savait bien , et c'est ce noble coeur que
son poignard alla chercher. Hélas ! inaccessible à la crainte ,
ce coeur ne pouvait supporter l'idée de trouver un traître
parmi des Français.
(I) Vous devez être mon ami, disait Monseigneur au brave
général Laurencez, vous qui m'avez reçu sur la terre de mes
pères !

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