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Trois nouvelles de demain

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Trois nouvelles de Jack London pour les Fêtes... c'en est une, rien que de lire l'annonce.

Goliath, l'ennemi du monde entier, Un curieux fragment.

Une nouvelle fois, London utilise le futur pour nous parler des jours meilleurs d'aujourd'hui... Et si parfois, ces utopies semblent passées, il faut y lire entre les lignes pour se rendre compte à quel point il avait vu juste, en 1908.

Ces trois textes courts sont à consommer sans modération avant d'aller voter.


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GOLIATH

Le 3 janvier 19.., la ville de San Francisco lut, à son réveil, dans un des quotidiens du matin, une lettre bizarre adressée à un nommé Walter Basset et qui, selon toute évidence, émanait d’un détraqué.

Ce Walter Basset, le plus grand magnat d’industrie de l’ouest des Montagnes Rocheuses, appartenait à l’un des petits groupes de capitalistes qui, en fait, avaient la haute main sur tout le pays. À ce titre, il était continuellement bombardé d’élucubrations aussi prétentieuses qu’imbéciles. Cependant l’épître en question différait à tel point de celles qu’il recevait d’ordinaire, qu’au lieu de la jeter au panier, il l’avait transmise à un journaliste. Elle était signée

« Goliath », et l’en-tête portait comme adresse : l’île Palgrave.

En voici la teneur :

« À M. Walter Basset,

« Monsieur,

« Je vous invite, alnsl que neuf de vos confrères, à me rendre visite dans mon île, pour étudier avec moi certains projets visant la reconstruction de la société sur des bases plus rationnelles. Jusqu’à présent, l’évolution sociale est demeurée un phénomène aveugle et stérile. Une transformation s’impose. L’homme s’est élevé du limon primitif pour dominer la matière, maîs il n’a pas encore dominé la société. De nos jours, l’humanité est l’esclave de sa stupidité collective, comme il y a cent mille générations, elle était l’esclave de la matière.

« Il existe deux concepts suivant lesquels l’homme peut maîtriser la société et s’en servir utilement pour la conquête du bonheur et de la joie. D’après le premier, aucun gouvernement ne saurait être plus vertueux et plus sage que les membres qui le composent; la réforme et la transformation d’une société dépendant exclusivement des individus eux-mêmes; plus ceux-ci acquièrent de perfection, plus ils contribuent à l’amélioration de leur gouvernement. En d’autres termes, le progrès moral de la majorité des individus doit devancer celui de leur propre gouvernement. La foule, les conventions politiques, la brutalité primitive et l’ignorance crasse d’une muititude de gens sembleraient démentir cette théorie. Une foule possède l’intelligence collective et les sentiments de pitié du moins éclairé et du plus grossier de ses membres. D’autre part, dès qu’un navire devient le jouet d’une tempête, ses milliers de passagers s’abandonnent volontiers à la prudence et à la discrétion du capitaine: dans ce cas, il est le plus capable et le plus expérimenté d’entre eux.

« Suivant le deuxième concept, la plupart des gens ne sont point des pionniers; toute initiative se trouve brisée en eux par l’inertie des principes établis. Les hommes qui les représentent ne symbolisent que leurs faiblesses, leur frivolité et leurs instincts grossiers. Cette entité aveugle dénommée gouvernement ne s’asservit pas aux volontés du peuple : c’est le peuple qul est son vassal. En un mot, la grande masse ne fait pas son gouvernement, elle est façonnée par lui. Or, le gouvernement a toujours été un monstre aussi stupide que redoutable, engendré par les lueurs d’intelligence qui sortent de la foule amorphe.

« Personnel1ement, j’admets ce dernier point de vue. Et je suis impatient. Durant cent mille générations, depuis les premières tribus de nos ancêtres sauvages, le gouvernement est resté un monstre. Aujourd’hui la masse écrasée sous l’inertie trouve dans l’existence encore moins de joie que jadis. En dépit de la domination de l’homme sur la matière, la douleur humaine, la misère et la corruption détruisent l’harmonie de notre planète.

« En conséquence, j’ai pris la résolution d’intervenir et de diriger moi-même pendant quelque temps les destinées de ce navire du monde. Je possède l’intelligence et la vaste clairvoyance d’un juge expérimenté. Disposant de la force, je me ferai obéir. Les hommes de l’univers, en se pliant à mes ordres, établiront des gouvernements qui deviendront des générateurs de gaieté. Les gouvernements modèles que j’ai conçus n’apporteront pas au peuple, par simple décret, le bonheur, la sagesse et la grandeur d’âme, mais ils lui permettront d’acquérir tous ces bienfaits.

« J’ai parlé. Je vous invite donc, vous et vos neuf confrères, à venir conférer avec moi. Le trois mars, le yacht Energon partira de San Francisco. Vous êtes prié de vous trouver, la veille, à bord de ce bateau. Rien n’est plus sérieux que ma proposition. Les affaires mondiales doivent être conduites, pendant un certain temps, par une main de fer, la mienne. Si vous ne répondez pas à mon appel, vous serez puni de mort. À vrai dire, je ne m’attends pas â ce que vous teniez compte de ma sommation. Mais votre mort aura du moins pour résultat de faire réfléchir ceux de vos confrères que je convoquerai par la suite. Vous n’aurez donc pas été inutile à la tâche que je poursuis. Sachez que je ne suis imbu d’aucune fausse sentimentalité sur la valeur de la vie humaine. Je porte toujours, au tréfonds de ma conscience, la vision d’une multitude innombrable d’êtres à qui le bonheur et le rire seront dêvolus sur terre durant les ères futures.

« À vous, pour l’édification d’une nouvelle société.

« Goliath.»

La publication de cette lettre ne causa pas la moindre diversion locale. On souriait en la lisant, mais elle était si visiblement l’œuvre d’un fou qu’elle ne méritait même pas de discussion. L’intérèt ne s’éveilla chez les citadins que le lendemain matin.Une dépêche de la Presse associée aux Etats de l’Est, suivie d’interviews transmises aux journaux par des reporters débrouillards, fit connaitre les noms des neuf autres brasseurs d’affaires qui avaient reçu des lettres semblables mais n’avaient pas jugé la nouvelle suffisamment importante pour la rendre publique.

L’émotion, plutôt tiède, se serait rapidement dissipée sans la caricature du fameux artiste Gabberton, représentant le mystérieux Goliath comme l’aspirant chronique à la présidence des Etats-Unis. Puis, d’un bout à l’autre du pays, retentit le refrain : « Allons, prends bien garde, Goliath te regarde ! »

Les semaines passèrent et tout le monde, y compris Walter Basset, oublia l’incident. Mais le matin du 22 février, Basset reçut un coup de téléphone du receveur du port. «Je voulais simplement vous annoncer, lui dit-il, l’arrivée du yacht Energon, qui mouille au large de la jetée numéro sept. »

Ce qui arriva cette nuit-là, Walter Basset ne l’a jamais divulgué. Mais on sait qu’il se rendit en auto jusqu’au port, qu’il se fit conduire à l’étrange yacht sur un des canots de Crowley et monta à bord. À son retour à terre, trois heures plus tard, il envoya des télégrammes aux neuf confrères qui avaient reçu les lettres de Goliath. Il les rédigea tous de la même manière : «Le yacht Energon est arrivé. L’heure est grave. Vous conseille me rejoindre. »

On se moqua de Basset. Ses télégrammes ayant été publiés dans la presse, un rire homérique se déchaina dans le pays et on reprit de plus belle le refrain comique. Goliath et Basset alimentèrent la verve des dessinateurs et des humoristes. Une charge montra Basset en vieillard de la mer, à califourchon sur le cou de Goliath. La gaieté s’épanouissait dans les clubs et les salons mondains, se contenait dans les colonnes des quotidiens, pour fuser en longs éclats de rire dans les journaux comiques hebdomadaires.

Mais cette comédie comportait un côté sérieux : quantité de gens, et surtout ses associés, mettaient gravement en doute la raison de Basset.

Cependant Basset expédia à ses amis une deuxième serie de télégrammes ainsi conçus : « Venez, je vous en conjure. Si vous tenez à la vie, venez. » Mais cet homme perdait facilement patience. Ne recevant pour toute réponse qu’une nouvelle explosion de rires, il en resta là de ses supplications.

Après avoir mis de l’ordre dans ses affaires en prévision de son absence, il monta à bord de l’ Energon le soir du 2 mars. Le yacht, entièrement paré, quitta le port le lendemain à la première heure.

Le jour suivant, les camelots de toutes les villes et bourgades d’Amérique criaient dans les rues « l’édition spéciale » du matin.

Goliath avait, en effet, mis sa menace à exécution. Les neuf brasseurs d’affaires réfractaires à son invitation étaient morts. L’autopsie pratiquée sur les cadavres révéla une violente désintégration des tissus; cependant les chirurgiens et les docteurs (les plus fameux du pays avaient assisté à cette séance) n’osaient affirmer que ces hommes avaient péri assassinés et encore moins attribuer leur mort à des causes inconnues. Ce mystère les plongea dans l’ébahissement. Rien, dans le domaine de la science, ne les autorisait à certifier qu’un habitant de l’île Palgrave avait pu massacrer à distance ses malheureuses victimes.

Toutefois, presque aussitôt, on apprit un fait indéniable; l’île Palgrave n’était pas un mythe. Elle figurait sur les cartes et les navigateurs la connaissaient. Elle se trouvait à 1600 de longitude ouest, sur le dixième parallèle de latitude nord, à quelques milles seulement des hauts-fonds de Diana. Comme les iles Midway et Fanning, l’île Palgrave était isolée, de formation volcanique et corallienne. En outre, elle était inhabitée. Une expédition d’ingénieurs hydrographes l’avait visitée quelques années auparavant et indiquait dans ses rapports l’existence de plusieurs sources et d’un havre excellent mais d’accès dangereux. Voilà tout ce qu’on savait de ce minuscule coin de terre qui allait bientôt concentrer sur lui l’attention du monde entier.

Goliath garda un mutisme complet jusqu’au 24 mars. Ce matin-là les journaux reproduisirent sa deuxième lettre, reçue par les principaux chefs politiques des Etats-Unis, désignés conventionnellement sous le nom d’« hommes d’Etat ». Cette lettre, portant le même en-tête quelaprécédente, étaitconçueencestermes :

« Monsieur,

« Ne vous méprenez pas sur le sens de mes paroles. Il faut que je sois obéi. Considérez, à votre gré, cette lettre comme une invitation ou un ordre de ma part. En tout cas, si vous tenez encore à fouler cette terre, ne manquez pas de vous trouver à bord du yacht Energon, dans le port de San Francisco, le 5 avril au soir, dernier délai. Je vous somme de venir dans l’ile Palgrave conférer avec moi sur les bases d’une nouvelle société.

« Comprenez-moi bien. Je suis l’homme d’une théorie et j’entends que cette théorie fonctionne, voilà pourquoi je demande votre collaboration. Je fais autant de cas d’une vie humaine que d’une poire blette; j’en ai trop à défendre. Je veux rétablir le rire sur terre et pour arriver à mes fins je supprimerai tous les gêneurs. La partie est formidable. On compte quinze cents millions d’êtres humains sur cette planète. Que pèse votre misérable existence comparée à toutes celles-là ? Moins que rien, selon moi. Souvenez-vous que je dispose de la force, que je suis un savant et qu’une simple vie, voire un million de vies, ne signifient rien pour moi à côté des innombrables milliards d’hommes des générations à venir.

« Quiconque possède la puissance est tenu de commander ses semblables. Grâce à cette formation militaire dénommée « phalange », Alexandre a conquis une parcelle du monde. La poudre, cette découverte chimique, a permis à Cortès et à ses quelques centaines de coupe-jarrets de vaincre l’Empire des Montezumas. Au cours d’un siècle, on compte en moyenne une demi-douzaine de découvertes ou d’inventions fondamentales...

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