Un bouquet de fleurs : poésies / par M. É. Delatouche

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impr. de Oberthur (Rennes). 1858. 30 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1858
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BOUQUET DE FLEURS.
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BOUQUET DE FLEURS.
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POÉSIES
Par M. E. DELATOUCHE.
RENNES,
IMPRIMERIE OBERTHUR , RUE IMPÉRIALE , 8.
1858.
1
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Salut être multiple et trop souvent railleur,
Que l'on nomme Public et qui d'un ton moqueur,
Accueille hélas ! toujours celui dont l'imprudence
Le fait s'aventurer à courir cette chance.
Je suis homme nouveau, tout-à-fait inconnu,
Et nul ne me dira : soyez le bien-venu.
Mais que t'importe à toi si ma nouvelle muse
Te fait battre le cœur, t'intéresse ou t'amuse ?
Prends donc mon œuvre et lis, sans souci si mon nom
Est dans l'obscurité ou s'il est en renom,
Et tu verras après si ton indifférence
Doit applaudir ou non au jour de ma naissance.
Rennes, le 9 novembre 1858.
LA ROSE ET LA MARGUERITE.
La rose un jour dit à la marguerile :
Obéis-moi, pauvre petite,
Car je suis la reine des fleurs.
— Et moi, lui dit la marguerite,
Moi je suis la reine des cœurs.
Simplicité , c'est ma nature,
Sincérité fait ma parure,
Et je ne fais pas, comme vous ,
A tout le monde les yeux doux.
Vos parfums tournent bien des têtes
Et vous ornez toutes les fêtes,
Car le plaisir est votre loi,
Qu'il soit ou non de bon aloi.
Mais moi, toujours fraîche et fleurie,
Je reste et meurs en la prairie
Où le destin me mit au jour,
Et dont je suis la fleur d'amour.
1
— 6 —
Jusqu'à ce qu'une main discrète,
Dont le cœur bat et s'inquiète,
Ne vienne, pour me consulter,
Ne vienne, hélas ! à m'arracher !
Alors à mon sort résignée,
Interprétant la destinée,
Aux bons cœurs je réponds : Beaucoup ;
Aux méchants je dis : Point du tout.
Ne faites donc pas l'orgueilleuse,
En votre rôle de flatteuse,
Car moi, dans ma simplicité,
Je dis au moins parfois la vérité.
Or, la morale de ce conte,
Est, suivant ce que l'on raconte ,
Que l'aimable simplicité
Est préférable à la beauté.
- 7 -
LE LIS ET LE RÉSÉDA.
Ln lis de blancheur éclatante,
Ainsi qu'à la taille élégante
Et tout brillant de sa splendeur
Semblait trôner avec bonheur
Tout au beau milieu d'un parterre,
Où toutes les fleurs de la terre
Paraissaient, tout exprès pour nous,
S'être donné ce rendez-vous,
Afin de plaire à Son Altesse,
En l'entourant de sa noblesse.
Mais, par un contraste évident,
L'on avait au pied du lis blanc
Placé, comme en une corbeille,
Du réséda faisant merveille,
Embaumant l'air de son parfum
Et cherchant à plaire à chacun.
Or, il arriva qu'un orage,
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Portant en ces lieux le ravage ,
Brisa tout net notre beau lis,
Et, sans égard pour ce beau fils,
Le laissa couvert de souillures,
En butte à toutes les injures
Qui pleuvaient sur Sa Majesté ,
En dépit de sa dignité.
Tandis que la plante timide
En fut quitte pour être humide,
Et que notre humble réséda
Après l'orage respira,
Plus souriant et plus alerte,
Et plus gai dans sa robe verte
Qu'il ne se fût jamais trouvé,
Car, sans l'orage, il eût été grillé.
C'est ainsi qu'on voit dans ce monde
Ceux qui trop veulent s'élever,
Se briser quand la foudre gronde
Pour ne jamais se relever.
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2
LE CAMELLIA, LE DAHLIA ET LA VIOLETTE.
Dans la serre d'un beau jardin,
Jadis dessiné par Le Nôtre,
L'on avait, par un beau matin ,
Placé l'un à côté de l'autre
Un superbe camellia,
A la nuance purpurine,
Puis un splendide dahlia,
De grand ton et de bonne mine.
Or, que faire entre bons voisins?
Sinon un peu de commérage,
Et tous deux, les regards malins,
— 10 -
Commencèrent leur caquetage.
— N'est-ce pas biengrande pitié
De voir ainsi, dans ce bas monde,
Reléguer dans l'obscurité
La plante odorante et féconde ?
En effet, j'aperçois là-bas
Une touffe de violettes,
Qui nous dérobent leurs appas,
Et me semblent toutes inquiètes.
— Ce n'est pas comme nous vraiment,
Que l'on dorlotte et qu'on adore,
Et qui sommes certainement
Les plus beaux des enfants de Flore.
Mais par malheur l'écho porta
Ces quelques mots aux violettes,
Et ce ton moqueur les fâcha,
Car elles sont un peu coquettes.
Or, aussitôt il s'en suivit
Que l'une d'elles répondit :
— Tout doux, mesdames les marquises,
Vos propos ne sont que sottises,
Et bien loin de nous dédaigner,
— H —
Peut-être qu'à nous envier
Vous montreriez plus de justice.
En effet, quel est votre office ?
Parer des femmes sans honneur
Et qui font marché de leur cœur;
Courir les bals et puis les fêtes,
Au plaisir être toujours prêtes
Et rechercher en tous les lieux
A plaire seulement aux yeux.
Tandis que moi, fleur parfumée,
De tous les cœurs je suis aimée.
Emblème de l'humilité,
Je me cache sous la verdure
Et jamais ma timidité
Ne fait entendre de murmure.
Aussi mon parfum, bien souvent,
Attire les âmes timides,
Et par moi l'on voit maint amant
Ramener les femmes perfides,
Car toujours je mets mon bonheur
A ne charmer que par le cœur.
En un mot, dans votre noblesse,
— 12 -
Vous n'êtes que des ornements,
Tandis que moi, dans ma simplesse,
Je suis l'écho des sentiments.

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