Un dernier Mot

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Le Normant (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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UN
PARIS,
LE NORMANT, IMPRIMEUR-LIBRAIRE.
1814.
UN DERNIER MOT.
SEROIT-ÎL vrai qtie quelques personnes se
plaignent de de que je me suis permis d'écrire
sur le rapport de M. Raynouard? Une telle
plainte seroit d'un mauvais augure pour la
liberté de la presse, même la plus raison-
nable ; elle né serviroit qu'à nous apprendre
combien nous sommes encore peu formés à
cette liberté., Je ne reviendrai pas sur tout
ce qu'on a dit à ce sujet ; je ne répéterai pas
que, depuis vingt-cinq ans , la liberté de la
presse a été tour-à-tour réclamée et refusée
par les mêmes hommes, selon qu'ils étoient
ou vaincus ou vainqueurs. Je n'en tirerai
pas de tristes conclusions pour l'avenir. Je
me bornerai à continuer l'examen du rap-
port; je le continuerai comme je l'ai com-
mencé, avec cette franchise, avec cette mo-
dération qu'inspire également l'amour du
bien, et dans la ferme conviction que, pour
(4)
avoir le droit de dire la vérité, il faut d'abord
savoir l'entendre.
Avant l'invention de l'imprimerie, dit le
rapporteur, aucune loi ri a jamais interdit ni
gêné la multiplication et la circulation des
écrits.... Des gouvernemens sévères auraient pu
exercer envers les copistes une surveillance
directe ; mais l'injure produite par un écrif
étoit punie sans qu'on osât prendre des précau-
tions pour empêcher d'écrire, comme l'injure
produite par la parole étoit punie, sans qu'on
prit des précautions pour empêcher de parler.
Où donc M. Raynouard a-t-il puisé les
preuves d'une pareille assertion? Je crains
bien qu'elle ne repose sur une subtilité sin-
gulière : il est vrai que dans l'antiquité on ne
pouvoit surveiller les copistes comme on
surveille aujourd'hui les imprimeurs ; l'inqui-
sition la plus vexatoire n'auroit pas réussi à
empêcher un homme de copier ou de faire
copier un manuscrit, et de le répandre sous
main : si l'on n'avoit pas établi une inquisi-
tion de ce genre, c'est parce qu'elle étoit
impossible. Mais de ce qu'on n'exerçoit pas
sur les copistes une surveillance directe , il ne
suit pas qu'aucune loi n'ait jamais interdit ni
(5)
gêné la multiplication et la circulation des
écrits. Les ouvrages d'Archiloque étoient
défendus à Sparte, à cause de leur obscénité.
( Val. Max. Lib. 6, c. 3. ) Saint Justin,
martyr ( in Apolog. ad Anton. ), raconte que
ceux qui lisaient les livres d'Hystaspe, des
Sibylles et des Prophètes, étoient punis de
mort chez les anciens. Tarquiir l'Ancien fit
noyer le décemvir Marcus Tullius, parce
qu'il avoit permis à Petronius Sabinus de
copier le livre qui renfermoit les secrets des
fêtes sacrées. ( Val. Max. L. i, ci, n. i3.
DiomCass. L. 54,/?. 532.) Tîte-Liveraconte
que le préteur Marcus Atilius fit rendre un
sénatus-consulte, par lequel tous ceux qui
avoient des livres d'oracles, de prières ou
de cérémonies religieuses, fussent tenus de
les lui remettre avant les kalendes d'avril,
afin que personne ne sacrifiât d'après des rites
nouveaux ou étrangers ( L. s5, c, i ). On
trouve dans le même historien ( Dec. 3, /. 5)
un sénatus-consulte contre lïbros atheos et
improbatoe lectionis. Enfin Tite-Live, ( L. 40,
c. 29); Pline (Z. iZ,c. i3) ; Plutarque ( Vie
de Numa) etc., rapportent, en citant Varron,
que le sénat romain fit brûler des livres qu'un

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