Un dernier mot / par M. Bonté

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impr. de De Soye et Bouchet (Paris). 1864. 16 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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UN DERNIER MOT
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M. BONTÉ
UN DERNIER MOT
UN DERNIER MOT
L'ad^es*|jpir,^H traversant le Jardin des Plantes, je vis
deux. u\ assis sur un banc, et causant avec une cer-
taine animation. Je m'approchai, et prenant place à l'ex-
trémité opposée du même siège, voici ce que je recueillis.
L'un d'eux, que j'appellerai L'ÉLÈVE, disait :
Qu'est-ce que la race arienne? c'est la question que je
me suis posée vingt fois. Pour la résoudre, j'ai lu et relu
les écrits de ceux qui ont cru savoir, or, je l'avoue à ma
honte, je suis tout aussi ignorant qu'au premier jour : Est-
ce, décidément, que je ne serais pas susceptible de com-
prendre ? Est-ce que pour voir, il faudrait les yeux de la
foi? Ces messieurs, comme le personnage de la fable, au-
raient-ils oublié d'allumer la lanterne. ou cru voir? C'est
ce que je vous prie de me dire franchement, non pas au
milieu d'une avalanche de phrases comme j'en ai tant lu,
car je n'ai ni le talent d'en faire, ni le courage de les
écouter, mais par des faits clairs, évidents, positifs, irré-
cusables qui m'obligent à dire : je vois!
L'autre, qu'à son tour j'appellerai LE MAÎTRE, répondait.
Rien n'est plus facile, que de vous dire ce qu'était la race
arienne, c'est l'A, B, C, D de l'ethnographie. Écoutez-moi
donc : vous savez que, d'après les philologues, il existait
une langue que l'on appelle le Sanskrit, laquelle se divi-
sait en langue sanskrite proprement dite et en Zend.
1864
-4.
L'ÉLÈVE :
Je sais cela et j'y crois.
LE MAÎTRE :
Très-bien. Dès que cette langue a existé, il est évident
qu'elle a été parlée par un peuple quelconque.
L'ÉLÈVE :
La raison le veut.
LE MAÎTRE :
Eh bien ! ce peuple était le peuple Arien, - ma démons-
tration est complète, je crois.
L'ÉLÈVE :
Non pas, non pas ; c'est ainsi que raisonnent les philo-
logues, mais moi je suis zoologiste. Il faut que je sache ce
qu'était ce peuple au point de vue physique; sans cela je
ne sais rien.
LE MAÎTRE :
Soit, on va vous satisfaire : vos aïeux, comme les miens,
étaient blonds, ils avaient les yeux bleus, la peau blancheô
L'ÉLÈVE :
C'est fort gracieux, et d'autant plus beau que c'est rare
aujourd'hui dans notre chère France. ni vous ni moi ne
sommes blonds. Mais passonsaux autres caractères, peut-
être serez-vous plus heureux.
LE MAÎTRE :
Pour ceux-là, si vous n'avez pas vu, c'est que vous n'a-
vez pas voulu voir : le crâne arien offrait, il y a quatre mille
ans, trois formes principales (1) la forme orthocéphale, la
forme dolychocéphale ou éllipsoïde, la forme brachyécé-
phale (2).
L'ÉLÈVE :
Voilà des mots bien scientifiques, je ne les pardonnerai
que si on les prouve. Il est probable que, pour si bien par-
ler des crânes des anciens ariens, vous en avez un musée
(1) Bulletin de la Société d'anthropologie, 1864, p. 113.
(2) Bulletin précité* p, 110. Tableaux.
— T) —
plein, ou que vous en avez au moins vu une quantité con-
sidérable?
LE MAÎTRE :
Je n'en ai jamais possédé ni même vu lvombre d'un
seul, je vous le jure.
L'ÉLÈVE :
Vous plaisantez à coup sûr.
LE MAÎTRE :
Je ne plaisante jamais, monsieur. On n'a aucun crâne
arien et on n'en a jamais vu. C'était du reste chose inu-
tile, puisque nos musées sont pleins de crânes de races
parlant le Sanskrit ou ses dérivés, comme crânes Hindous,
Persans, Grecs, Romains, Celtes, Slaves, Germains, etc.
Or, si nous examinons les crânes de ces peuples, nous
voyons les "trois formes dont je vous parlais tout à l'heure :
Aux Celtes, aux Scandinaves, aux Frisons, aux Flamands,
aux Hollandais la dolychocéphalie,—aux Allemands méri-
dionaux et aux Slaves, labrachycéphalie, — aux Hindous,
aux Grecs, aux Persans, aux Romains l'orthocépha-
lie (1). — Dites que je ne suis pas précis, dites que la dé-
monstration n'est pas complète cette fois i
L'ÉLÈVE :
J'ai beau appeler à mon secours la foi, je ne vois là rien
d'aussi probant que vous le croyez. — D'abord, je vois dans
la même race trois formes de crânes, et je n'ai remarqué
ceci que dans les races mélangées. - Ensuite, je vois dans
toutes vos branches des différences de constitution nota-
bles : Les unes sont brunes, les autres sont blondes. — Il
est évident pour moi que vous comprenez dans la même
souche des branches fort altérées, si tant est qu'elles aient
jamais eu le moindre rapport avec elle.
Vous oubliez que quarante siècles ont passé depuis leur
dispersion ; que chacune de ces branches a eu ses vicissi-
(1) Bulletin précité, p. 110 Tableaux,
— 6 —
tudes en s'abattant dans un pays occupé par des races fort
différentes. Des mélanges considérables ont eu lieu, et si
la langue a persisté plus ou moins, les formes des crânes
comme tout le reste, ont varié.
LE MAÎTRE :
Les mélanges, vous me permettrez de vous le dire,
n'existent que dans votre imagination. Depuis quarante
siècles, les peuples ne se sont guère mélangés. Voyez
l'Inde, les lois de Manou ont posé entre les castes une
barrière formidable (1). Aussi l'hindou actuel est-il l'arien
de la plus haute antiquité, depuis le cheveu (2) jusqu'à
l'ongle de l'orteil.
L'ÉLÈVE :
Je sais que l'on a écrit tout cela ; mais vous oubliez deux
choses : la première, c'est que l'un de ceux qui a soutenu
le plus vigoureusement cette thèse vient de s'apercevoir
qu'il était allé trop loin, et de reconnaître lui-même que
garantir ces sortes de faits, est chose trop scabreuse.
écoutez-le :
« Les preuves historiques, dit-il, ne peuvent guère pré-
« tendre à une valeur absolue en matière aussi délicate.
« Du moins je n'oserais y insister en fait de tout ce qu'il y
« a de plus intime dans la vie de famille, et, par consé-
« quent, je me suis posé la question que voici : Est-ce que
« la science, dans les cas douteux, pourrait nous fournir
« le moyen de distinguer entre un métis et un arien pur
« sang, abstraction faite de la couleur (3) V »
Vous oubliez encore que, non content de cet éclatant
retour sur lui-même, l'auteur nous apprend qu'un inter-
valle de 1700 ans s'est écoulé depuis l'an 500 avant notre
ère jusqu'en l'an 1200 après, et que, dans cet intervalle,
les mélanges ont eu lieu dans « une large part (A). » Je
(1) Bullei'nlB64, p 131.
(2) Même bulletin, p. 107.
(3) Id., p. SI). - (ta) fd., p. h9.

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