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Un destin corse

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Le témoignage unique de l'un des acteurs majeurs du mouvement nationaliste corse.
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Alain Orsoni avec la collaboration de Gabriel Xavier Culioli
UN DESTIN CORSE
Première partie Le maquis ardent
Jean-Claude Gawsewitch Éditeur
Extrait de la publication PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-23/9/2011 15H35--L:/TRAVAUX/TEXTES/GAWSEWI/DESTIN-C/TEXTE.501-PAGE5 (P01 ,NOIR)
Ouvrage dirigé par Gilles Bouley-Franchitti
© Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2011 130, rue de Rivoli 75001 Paris www.jcgawsewitch.com ISBN : 978-2-35013-305-8
Extrait de la publication PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-23/9/2011 15H35--L:/TRAVAUX/TEXTES/GAWSEWI/DESTIN-C/TEXTE.501-PAGE6 (P01 ,NOIR)
À tous les miens, À ceux qui sont tombés
Extrait de la publication PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-23/9/2011 15H35--L:/TRAVAUX/TEXTES/GAWSEWI/DESTIN-C/TEXTE.501-PAGE7 (P01 ,NOIR)
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Préface
Ma première rencontre avec Alain Orsoni fut provo-quée par l’écriture dans leJournal de la Corsed’un article sévère dans lequel je m’étonnais du retour en Corse de cet homme qui s’était trouvé au cœur des drames sanglants du nationalisme corse. Il existe chez nous un proverbe qui dit : « l’acqua corri è u sangui stringhji »(« l’eau coule et passe quand le sang fige et les fige »). Le sang versé arrête le temps et concentre l’énergie de la vie en haine. Le sang figé finit, comme le dit cet autre proverbe, par appeler le sang qui à son tour coule puis se glace. C’était donc, à mon avis, une bien curieuse idée qu’il avait eu d’oublier la persistance des haines et des rancœurs propres à notre petite île, soudain crépusculaire quand il s’agit d’affrontera mala morti, la mort violente. Or, Alain Orsoni semblait incarner ce que le nationalisme corse avait de plus sombre. Après la parution de mon article, Alain Orsoni, devenu président du club de football ajaccien, l’ACA, demanda à me rencontrer, ce que j’acceptai sans hésiter, tout en me promettant de ne supporter ni injure ni menace. J’étais moi-même travaillé par ces mille rumeurs qui couraient depuis une génération sur le compte d’un homme tour à tour présenté par la presse nationale comme le prophète caché d’un grand banditisme insulaire à la ramasse ou même, sans
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Un destin corse
craindre le ridicule, comme un agent de la CIA. Le seul patronyme d’Alain Orsoni concentrait tous les fantasmes de journalistes gavés par des sources policières ou judi-ciaires ou tout simplement en mal d’un certain exotisme dans une société désenchantée. Je me suis ainsi trouvé confronté à un personnage parfois sérieux, parfois ironique (mais jamais agressif) qui répon-dait à chacune de mes questions. Je n’ai évité aucun sujet, cherchant à comprendre sa mauvaise réputation, évoquant des faits précis. Ses réponses m’ont paru à la fois simples et de bon sens. J’ai fini par oublier la « légende noire » d’Alain Orsoni. Et le personnage m’a plu, avec son accent et ses mimiques à la Yves Montand, son humour distancié, bref son élégance. La vie quotidienne en Corse m’a appris le gouffre qui sépare les dires de la réalité. Dans cette île qui, parfois, semble se trouver au bout du monde, peu de personnes acceptent de reconnaître qu’ils ne connaissent pas les raisons des drames sanglants qui nous endeuillent. Dans notre isolement, l’ignorance est une source d’angoisse. Il vaut mieux affirmer qu’on est au courant des plus grands mystères et devenir ainsi le vecteur de la rumeur que de se taire avec humilité. La rumeur devient alors une sorte de media officiel qui intoxique tous ceux qui lui prêtent l’oreille : policiers, magistrats, journalistes, hommes de la rue. Les mensonges sont énoncés avec une telle sincérité qu’il est difficile de les repousser. D’autant que la rumeur a sa stratégie : elle s’appuie sur des lambeaux de réalité, tire des traits droits dans un monde où tout est complexité et chemin de traverse. D’une certaine manière, la rumeur, aussi effrayante soit-elle, l’est toujours moins que le constat d’un désordre absolu, celui d’une Corse où les petits orgueils comptent plus que la raison raisonnante, où le chaos prend des allures de géhenne. Car il est toujours préférable de croire à un ordre dans le mal plutôt qu’à un mal provoqué par un désordre naturel.
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Préface
Alain Orsoni incarne à sa façon cette réalité éclatée de la Corse. Mais le considérer dans la réalité de sa complexité reviendrait à détruire l’une des croyances qui charpentent la société corse et qui justifient en partie ses erreurs, ses errances : le complot. Ce serait renoncer à un victimisme qui a fini par devenir la substance même de notre culture. Il n’y a qu’à écouter nos chants. Ils sont tristes et déses-pérés pareils à une errance dans le purgatoire deLa Divine Comédie. La Corse est une île qui se rêve continent et se vit archipel. Et encore chaque îlot dispute-t-il à ses voisins le titre de roi de l’île. La Corse est l’expression d’une dualité conflictuelle permanente : Nord contre Sud, haut contre bas, parti dominant contre parti minoritaire… Sans qu’il me l’ait demandé, j’ai écrit un second article dans leJournal de la Corsepour rectifier les erreurs et approximations du premier. J’ai agi par esprit de responsa-bilité. Les journalistes continentaux n’imaginent pas les conséquences de leurs papiers dans la société corse. Un article continental mal libellé peut tuer ou initier une vengeance. La Corse reste une terre de tradition orale. La parole s’envole avec le temps tandis que l’écrit reste à jamais. Et il peut alors devenir un poison mortel. Alain Orsoni m’a remercié. Nous nous sommes ensuite revus lors d’une conférence de presse donnée à Ajaccio après qu’un quotidien eut révélé que la police avait déjoué une tentative d’attentat imaginé par un des gangs ajacciens. En juin 2009, il a été arrêté dans le cadre de l’instruction relative à un assassinat. Parce que j’ai en horreur la voyou-cratie et son mépris des plus faibles, parce qu’à nouveau j’ai cru dans le contenu péremptoire des articles parus sur le continent, j’ai oublié Alain Orsoni. Mais en septembre 2009, mon regard a été attiré par un articulet de presse qui relatait le rejet – un de plus – de la demande de mise en liberté formulée par les conseils d’Alain Orsoni. Poussé par la curiosité plus que par la compassion, je me suis renseigné, et il m’est apparu que sa
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Un destin corse
détention était parfaitement injustifiée. Je l’ai écrit et il m’en a remercié. Nous avons alors entamé une correspon-dance quotidienne qui m’a permis de découvrir un être complexe mais lucide et droit, exempt de toute complai-sance à son égard. J’ai aussi constaté que 99 % des personnes qui parlaient de lui (souvent en mal) ne l’avaient jamais rencontré et se contentaient d’amplifier la rumeur. La plupart des journalistes qui écrivaient sur lui reprenaient les dires et écrits de policiers ou de magistrats partisans, notamment ceux de la Juridiction interrégionale spécia-lisée (JIRS), une justice d’exception qui semblait avoir un compte personnel à régler avec lui. Après avoir pris contact avec son frère Stéphane, j’ai participé à la campagne pour sa libération. Après quatre mois de combat et une grève de la faim, mais aussi grâce à l’intervention de l’évêque et des deux présidents de l’assemblée de Corse, Alain Orsoni a été libéré. C’est alors qu’il m’a fait part de son double drame fami-lial : sa fille de huit ans, qu’il avait élevée, avait été emmenée par sa mère au Mexique aux premiers jours de sa détention. Depuis, il n’avait plus aucune nouvelle, ce qui le rendait fou. Son fils Guy (nommé ainsi en hommage au frère cadet d’Alain, nationaliste lui aussi, enlevé et assassiné en 1983) avait pris le maquis quand il avait été mis en examen pour la même affaire que son père. Nous avons parlé des dizaines d’heures. J’ai appris à le connaître tout en conservant de sérieuses divergences portant notamment sur la violence clandestine, et plus particulièrement sur le sloganI Francesi fora(« les Français dehors »), que je persiste à trouver ethniciste et odieux, en résumé cruel et imbécile. Mais je n’ai plus le goût des leçons de morale admonestées au nom d’un modèle de société imaginaire ou d’une idéologie inaccessible. Je désirais connaître sa manière de réfléchir, d’agir. C’était à mes yeux la meilleure manière de ressentir sa véri-table personnalité. Lui avait envie de laisser derrière lui un
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Préface
écrit qui raconte son véritable destin et non celui décrit par les journalistes. Malgré nos différences ou à cause d’elles, j’ai accepté de l’accompagner dans ce travail qu’il jugeait indispensable pour ses enfants. Nous avons continué à cause de tout cela, malgré tout cela. Nous étions d’accord sur le fait qu’il importait de resi-tuer sa vie dans le contexte plus global de la Corse des années 1970-1980, celui des années de feu et de plomb qui s’achevèrent tragiquement par la guerre entre factions nationalistes sur fond de manipulations menées par les services secrets. Je lui ai fait promettre de ne rien occulter. Nous dési-rions toutefois éviter de rallumer les anciens incendies. En Corse, plus qu’ailleurs, les peines, les douleurs, les haines persistent au-delà des générations. Alain Orsoni parlait avec tristesse de ces années durant lesquelles des frères d’armes s’entre-tuèrent avec un acharnement aussi grand que celui qu’ils avaient mis à combattre l’État français. Il voulait réfléchir à la manière dont il aborderait cette période. Nous avons arrêté l’écriture de cette première partie après l’exécution dans la prison d’Ajaccio de deux des assassins de son frère par un commando du FLNC. À chaque page écrite, il veillait à ce que ses actes apparais-sent toujours dictés par sa passion pour la Corse. Encore aujourd’hui, cet amour le porte et le déchire à la fois. Car il sait que lorsque ses ennuis judiciaires seront achevés, lui et son fils devront partir pour ne pas périr. Je n’ai été dans cette affaire que le soutien du héros de cet ouvrage. Car, à sa façon, il est un personnage héroïque, plus stendhalien que balzacien d’ailleurs, plus Julien Sorel que Vautrin. Alain Orsoni est une sorte de quintessence du Corse éternel : courageux sans limite, fidèle en amitié jusqu’à l’absurde, homme de bande plutôt que de parti, condottierepeut-être, mais à la solde de ses propres passions. Car parmi les mensonges qu’on a proférés sur lui, le plus énorme et le plus contraire à la vérité est son
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Un destin corse
supposé amour des affaires et de l’argent. Alain Orsoni est à l’opposé d’un tel cliché, qui est d’ailleurs celui que les services policiers spécialisés dans l’antiterrorisme ont tenté d’appliquer au mouvement nationaliste dans son ensemble. Il ne déteste pas l’argent lorsqu’il en gagne (n’est-ce pas là un propos d’une navrante banalité ?) mais s’en passe fort bien, je peux en témoigner. Je puis également témoigner des faibles moyens dont dispose sa famille, n’en déplaise aux adeptes du trésor caché. La maison de Veru que lui et son frère Guy ont autrefois retapée n’a rien d’un palais de nabab, au point que les fins limiers qui l’investirent maintes et maintes fois ne purent croire que le grand Alain Orsoni vivait dans une demeure aussi modeste. Stéphane, son frère, un être droit comme un I, a monté une petite entreprise de glaces alimentaires et, pour l’instant, tire le diable par la queue. Telle est l’exacte vérité, facile à vérifier et que la justice a établie sans contestation possible. Mais les mythes ont la vie dure. La véritable question est donc de savoir pourquoi il a accepté sans broncher les rumeurs dont lui et son fils paient aujourd’hui le prix fort. L’orgueil y est pour beaucoup, je l’ai déjà dit. Il a toujours méprisé ses ennemis, les jugeant indignes d’un quelconque conflit. De plus, en tant que responsable d’un mouvement clandestin, il ne pouvait guère se payer le ridicule de traîner en justice d’autres clan-destins. Mais il a changé : l’âge, les circonstances et peut-être nos discussions l’ont convaincu qu’il devait se battre pour imposer sa propre vérité. Ce livre est une manière de ne plus subir la loi de la langue pendue. Enfin, il y a la Corse, cette terre qui nous réunit et pour laquelle, chacun à notre manière, nous nous sommes battus et nous continuons de nous battre. Tous les deux, nous connaissons les aspects sombres, mortifères et parfois désespérants de la société corse. Loin des clichés mani-chéens, nous en savons les forces et les faiblesses, les beautés et les laideurs. Car en définitive, à travers le destin
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Un pour Un
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