Un mage en été

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Cela commence par une célèbre et très belle photo de Nan Goldin, Sharon in the river, une photo qu’on ne voit pas mais que décrit le narrateur, ce « mage » qui donne son titre au livre et, de fil en aiguille, cela va très loin dans l’espace et dans le temps pour périodiquement revenir à cette photo, centre énigmatique du livre, irradiant de sensualité, avant de repartir encore pour de nouvelles aventures. Un mage ? ou un artiste, et pourquoi pas un écrivain ? Un écrivain, un artiste, un médium, doué d’une perception ultra-pénétrante tout autant des choses matérielles que mentales, imaginaires, mémorielles, présentes et passées. C’est un monologue d’une inventivité inouïe, d’une drôlerie vertigineuse, qui va de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du plus intime et du plus autobiographique à l’évocation historique à grand spectacle. C’est une réflexion en mots et en images sur l’art, la représentation, le deuil, la souffrance et l’amour. Abondamment illustré d’images qui viennent baliser ce parcours narratif débridé, cela crépite de toutes parts pour, suprême élégance, masquer le cœur souffrant du livre.
Publié le : jeudi 26 août 2010
Lecture(s) : 49
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818004807
Nombre de pages : 158
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Un mage en été
DU MÊME AUTEUR
chez le même éditeur
L’artpoétic’,1988
Roméo et Juliette I,1989(épuisé)
Futur, ancien, fugitif,1993
Le Colonel des Zouaves,1997
Retour définitif et durable de l’être aimé,2002
14.01.02, CD,2002
Fairy queen,2002
Un nid pour quoi faire,2007
Olivier Cadiot
Un mage en été
P.O.L e 33, rue SaintAndré des Arts, Paris6
L’auteur remercie de son soutien le Centre National du Livre
© P.O.L éditeur,2010 ISBN :9782818004784 www.polediteur.fr
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Vu une photo dans le journal, en couleur. Une femme au milieu de l’eau, une rivière, un homme ? Elle a l’air bien, immobile comme ça, bras croisés. Elle compresse ses seins, cheveux mouillés, torsadés, courts, blonds. Ce qui est frappant, c’est son calme. C’est juste quelqu’un, au milieu de la rivière verte, point fixe dans le courant, on dirait qu’elle ne pense à rien, elle souffle, allez, on inspire. Et on expire, l’eau jusqu’à la taille, on fait bar rage de son corps, comme ça. C’est beau à voir, deux rides d’eau s’accélèrent autour de ses hanches, elle a une moitié du corps au soleil, moitié au frais, c’est parfait. L’eau est verte, je suis allé vérifier dans une autre rivière cette valeur de vert. C’est approchant. L’appareil choisit le vert tout seul, le suffisamment bon vert. Cette image réussit à traduire ce que ressentirait n’importe qui planté là au milieu de l’eau. D’un coup de baguette, clicclac,
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allez, je m’arrête. Elle se prend toute seule dans les bras et instantanément elle ne pense à rien. Une idée subite, ah je deviens une statue, comme ça, je fais barrage, et ça s’organise autour, des filaments d’eau, des chaînes de molécules froides, en fouets, à l’image des herbes en lasso qui colonisent les rivières au ralenti, en ondulant. Robe d’eau argent et lamée vert libellule. Elle s’installe. Elle est au paradis, pile à l’équilibre. Je voudrais être à sa place. Elle a l’air bien au milieu de cette eau, elle a les pieds bien plantés sur le lit de cailloux plats, tellement bien qu’elle en oublie son corps. Terminés les devoirs de pré sentation, rien à déclarer, elle est enfin quelqu’un, unisexe, dans la force de l’âge, bassin tendre, hanches blanches, épaules bronzées et desquamations roses, à la paysanne. Une femme devenue homme, à force, ou l’inverse. Elle ne se baigne pas, elle se trempe, elle s’étuve, elle se régénère. Elle travaille à son bienêtre. Un charpentier fait disparaître de son torse la sueur et la sciure. Un chasseur se déshabille dans l’eau froide. Un conquistador fait sa pause déjeuner. Saint Sébastien, tranquille, avant les flèches. Allez, fermons les yeux, ça crépite de partout. Plop, Voie lactée, magnésium, dans le noir ça imprime une découpe verte. Un contour brûlant dans l’ombre, un petit personnage traverse la rivière. Reste la forme qui nous répète : Mais c’est elle, mais oui, oh c’est lui, le seuil minimum en dessous duquel vous ne reconnaissez plus personne. X in the river. Il faudrait faire un dessin.
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