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Un mariage mouvementé

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L’hôtel des Saint-Pérement était ce soir-là l’objet de la curiosité la plus vive de la part de nombreux badauds, qui stationnaient sur l’Avenue du Bois dans l’espoir de voir le Ministre... Car il y avait un Ministre, celui du commerce, qui avait daigné abandonner pour une nuit les soucis des affaires publiques et avait consenti à honorer de sa présence cette soirée donnée par M. et Mme de Saint-Pérement en l’honneur du mariage de leur fille Denise.

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Pierre Barbance

Un mariage mouvementé

Roman d'aventures

I

UNE ÉTRANGE SOIRÉE DE CONTRAT

L’hôtel des Saint-Pérement était ce soir-là l’objet de la curiosité la plus vive de la part de nombreux badauds, qui stationnaient sur l’Avenue du Bois dans l’espoir de voir le Ministre... Car il y avait un Ministre, celui du commerce, qui avait daigné abandonner pour une nuit les soucis des affaires publiques et avait consenti à honorer de sa présence cette soirée donnée par M. et Mme de Saint-Pérement en l’honneur du mariage de leur fille Denise.

M. de Saint-Pérement était connu dans le haut monde financier de Paris, pour sa probité, son ardeur au travail et la ténacité dont il avait fait montre durant toute sa vie. Son père avait dilapidé la fortune familiale en des spéculations malheureuses, et lui, à l’âge de vingt-cinq ans, avait été forcé de se mettre à la besogne comme simple employé de banque.

Peu à peu, à force de travail acharné, il était arrivé à reconquérir une certaine situation. Il avait abandonné la banque pour entrer dans une puissante compagnie d’assurances sur la vie : la « Gauloise » ; ce dont il n’avait pas eu à se repentir d’ailleurs, car au bout de très peu de temps, il avait obtenu le poste de directeur parisien de la Société.

C’était une assez belle position, la « Gauloise » se classait la première parmi toutes les compagnies d’assurances ; elle avait une réputation universelle. M. de Saint-Pérement était donc devenu un personnage.

Il occupait, avenue du Bois, un magnifique hôtel Louis XV qui était la propriété de la Compagnie et que celle-ci réservait à l’usage exclusif de son directeur.

M. de Saint-Pérement était logé comme un prince, le portier était au service de la Compagnie, ainsi que tous les domestiques hommes. Il n’avait eu qu’à emménager dans les vastes appartements à demi meublés et garnis de tapis somptueux et de peintures superbes signées de noms très connus.

Nous l’avons dit, la Compagnie la « Gauloise » ne faisait pas les choses à demi et entendait mettre son directeur sur un grand pied d’élégance aristocratique.

M. de Saint-Pérement avait cinquante ans, mais en paraissait à peine quarante. Vigoureux, de haute taille, rompu à tous les sports, il portait beau et n’avait pas un seul cheveu blanc.

Sa fille Denise, âgée de vingt ans, était une blonde du type dit « malicieux ». Avez-vous remarqué chez les jeunes filles et les jeunes femmes ce type assez fréquent ? Denise avait un regard espiègle et ses yeux bleus, très rieurs, étaient d’une franchise extrême.

Denise de Saint-Pérement ne se contentait d’ailleurs pas de battre tous les records de l’espièglerie, c’était un véritable garçon manqué, adorant les folles randonnées en automobile, les virages brusques, les « tours de force » exécutés avenue des Champs-Elysées, en faisant passer la voiture entre deux autres véhicules, et en les dépassant triomphalement.

 — Jacques, disait souvent M. de Saint-Pérement au chauffeur. Soyez prudent, je vous confie ma fille qui a à faire des courses dans Paris avec sa gouvernante. Je vous défends de la laisser conduire... vous promettez n’est-ce pas de ne pas la laisser conduire... vous promettez ?

Lé chauffeur promettait tout ce qu’on voulait, mais hélas, il était bien certain qu’il ne pourrait tenir ! En effet, comment résister à un gracieux sourire, comment résister à un regard qui n’ordonne pas, un regard qui ne demande pas... un regard adorable de petite fée blonde et mutine ?

Et Jacques abandonnait la direction et Denise de Saint-Pérement quittait l’intérieur de la voiture pour venir s’asseoir sur le siège à côté de Jacques et elle conduisait.

Au surplus si elle était audacieuse, elle possédait les deux qualités essentielles en automobile : le sang froid et l’habileté.

Quelqu’un qui n’était jamais enchanté de ces escapades était la gouvernante, miss Bedfort, une anglaise de quarante ans, qui se fâchait d’abord, menaçait, puis finissait par supplier et se résigner à rester seule à l’intérieur de la voiture.

A part le chauffeur Jacques, une seule personne approuvait ces excentricités et regrettait même de ne pouvoir les commettre, c’était une vieille fille, une cousine de la famille Saint-Pérement qui venait tous les ans passer un ou deux mois à Paris.

Mademoiselle Cécile de Lambertin était, elle aussi, victime des spéculations risquées du père de M. de Saint-Pérement ; elle y avait perdu toute sa fortune. Il ne lui était demeuré qu’un vieux château bien décati, dans le Languedoc, où elle vivait presque toute l’année, environnée de vieux domestiques qu’elle menait tambour battant.

Cécile de Lambertin était orpheline ; à dix-huit ans elle devait se marier avec un hobereau du Nord, mais quand ce dernier avait appris la ruine, il s’était généreusement retiré, et avait repris sa liberté.

Cécile de Lambertin en avait marqué quelque dépit, puis s’était consolée de son mieux et avait décidé que désormais elle resterait vieille fille. Oui, vieille fille ! C’était encore, d’après elle, le plus sûr moyen pour gagner le bonheur.

A partir de ce jour, elle désespéra ses parents par l’indifférence absolue qu’elle témoignait aux moindres projets matrimoniaux. De plus en plus, elle se confina dans l’étude des choses de la campagne, ne voulant être présentée à aucun jeune homme, les fuyant tous ; ayant au fond la terreur de les voir semblables au pleutre qui n’avait consenti à l’épouser qu’à cause de sa fortune et qui s’était dégagé à l’annonce de la ruine.

N’allez pas croire cependant que Cécile de Lambertin était d’humeur morose, au contraire, elle adorait la gaieté, les amusements et nulle mieux qu’elle, ne savait être le boute-en-train d’une société qui glisse à l’ennui.

Elle devint orpheline et maîtresse du grand château, elle ne changea rien à ses habitudes et consentit à attendre la vieillesse en la compagnie d’une véritable meute de chiens, d’une paysanne qui lui était dévouée à la mort et de nombreux serviteurs.

Tous les ans elle partait pour Paris joyeusement, car si la vie de la campagne lui plaisait, celle de la capitale l’attirait étrangement. Cette provinciale était parisienne au fond de l’âme, en ce sens qu’elle aimait Paris de tout son cœur, de toute son âme. Elle en connaissait les moindres coins. Elle avait visité les musées, elle avait escaladé les marches du Panthéon, de la Colonne de la Bastille. Elle était montée jusqu’au dernier étage de la Tour Eiffel... elles avait même fait une ascension en ballon captif ! Les Catacombes n’avaient aucun secret pour elle, de même que les quartiers lointains, excentriques, les quartiers riches comme les quartiers populeux.

Elle était intrépide la cousine Cécile de Lambertin et rien ne l’arrêtait, aussi encourageait-elle Denise de Saint-Pérement dans ses équipées. Denise avait vingt ans, Cécile quarante, la plus jeune des deux était peut-être Cécile à certains moments. Elles ne se ressemblaient pas du tout au point de vue physique, Cécile de Lambertin était très grande alors que De nise était fluette, Cécile était brune, Denise blonde. Certes, malgré son âge, Cécile avait un très grand charme personnel... ah dame, elle n’avait plus le teint velouté de la vingtième année, elle n’avait plus les petites lèvres rosées du temps jadis, les oreilles nacrées et minuscules ! Mais elle avait renoncé à plaire depuis longtemps, c’était une vieille fille philosophe, une vieille fille à principes, un peu originale, un peu maniaque, dont la plus petite qualité était de pratiquer la bonté la plus intelligente et d’aider son prochain.

Ah comme elle avait tressailli de joie lorsqu’elle avait reçu un soir, dans son vieux château Languedocien, la lettre où Denise de Saint-Pérement lui annonçait ses fiançailles. Cette lettre était d’un enthousiasme qui vous gagnait, on ne pouvait la lire sans avoir envie de manifester hautement des sentiments de gaîté profonde.

Oui Denise se mariait, avec un charmant garçon, Gilbert Bontemps, un avocat, qui l’aimait pour elle seule et non pour sa dot. Tout un roman ce mariage, la cousine Cécile avait été mise au courant dès le début. Un jour, Denise suivant sa coutume laisse miss Bedfort à l’intérieur de la voiture et conduit elle-même.

Devant le Grand Palais, elle veut virer pour aller du côté des Invalides... catastrophe !... elle tamponne un monsieur qui se disposait à traverser. La voiture stoppe cinq mètres plus loin... Denise, miss Bedfort, le chauffeur Jacques... se précipitent.

Un rassemblement se produit, les curieux accourent... Denise est atterrée... heureusement, le monsieur tamponné revient à lui, il n’était qu’évanoui... Il n’a même pas une blessure, tout au plus quelques petites contusions. Il se redresse, tout confus, il veut s’en aller.

Mais la foule veut une victime, et ma foi ce sera le « chauffard » détesté, la « chauffarde »... Denise, qui a renversé le monsieur. La foule n’aime la vitesse qu’en « métro » ou dans les « autobus », mais elle n’admet pas le quatre-vingts à l’heure dans les avenues parisiennes. Donc l’on grogne à haute voix, l’on échange des réflexions plutôt cruelles, plutôt méchantes... Et ceci : « C’est une honte de marcher si vite ! » Et cela : « Croyez-vous que ça devrait être permis ! » Et encore : « On écrase les piétons, on s’en moque... plus vite, plus vite, toujours plus vite ! »

Toutes ces phrases sifflent aux oreilles de Denise qui n’en peut mais, miss Bedfort rougit... Jacques, le chauffeur, essaye en vain de parlementer ; il ne fait qu’exaspérer la situation. La foule est indignée, elle veut une punition... un sergent de ville arrive, il se dispose à dresser procès-verbal... lorsque le monsieur qui admire Denise de tous ses yeux, interpelle le représentant de l’autorité et lui dit :

Il est inutile de verbaliser, l’auto allait à une allure très modérée, c’est moi monsieur l’agent qui ai voulu me suicider... c’est raté, vous comprenez 1

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