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Un monde qui s'en va - Passionnément

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449 pages

— Vous m’aimez ?

— Coquette !

— C’est bien vite dit ! Vous savez que je vous adore, Edmond. Je ne suis pas comme vos Parisiennes, qui se reprennent aussi facilement qu’elles se donnent.

— La médisance est un joli péché !

— Les péchés sont toujours jolis. Croyez-vous donc qu’on m’épargne ? Soyez certain que notre... intimité, un peu trop apparente, je l’avoue, a déjà fait méchamment jaser.

— Quelle erreur ! Vous êtes Anglaise.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Albert Delpit
Un monde qui s'en va -Passionnément
AMON AMI
PAUL OLLENDORFF
Juin 1889.
PRÉFACE
I
e Encore dix ans et le XIX siècle aura vécu. Que dira de lui la postérité ? Beaucoup de bien, j’imagine, et un peu de mal pour ne pas déser ter les bonnes habitudes. Dès maintenant on voit poindre l’âge nouveau ; nos habi tudes ont changé, nos mœurs se modifient, notre langage n’est plus le même. Regard ez d’ici la jolie femme qui passe à demi couchée dans sa victoria : au premier coup d’œ il, vous savez qu’elle appartient au monde, et qu’elle est fine, alerte et spirituelle. La victoria s’arrête, la promeneuse descend pour entrer dans le premier magasin venu, chez le confiseur ou le bijoutier. Elle traverse la chaussée d’un pas rapide et décidé, pui s elle disparaît. Mais ces quelques secondes ont suffi. Si vous êtes observateur, vous vous dites : « Tiens ! on ne marchait pas ainsi il y a dix ans ! » Je suppose maintenant que vous connaissiez cette je une femme ; vous avez été présenté il y a peu de temps, et vous lui faites un e visite. Dès les premiers mots vous êtes frappé par l’aisance de sa conversation, par l ’enjouement de ses paroles, par la vivacité de ses réponses. Cette inconnue cause d’une autre façon que les Parisiennes du second Empire. Elle laisse tout dire pourvu que le fond soit enjolivé par la forme ; elle risque même une plaisanterie épicée si elle est en confiance ou seulement de bonne humeur. Suivez-la dans sa vie privée ou publique, et vous êtes tout surpris : elle fait très simplement un tas de choses très audacieuses ! Sa mère ou sa grand’mère se serait cru damnée. Ah ! si les chères créatures qui nous ont é levés apercevaient du haut du paradis leurs filles et leurs petites-filles ! Est-ce donc qu’elles se conduisent si mal, les jeun es femmes des générations nouvelles ? Nullement. Elles sont pareilles à leurs aînées, ni meilleures ni pires. Les unes ont des amants, les autres n’en ont pas : mais pres que toutes sont bonnes mères de famille, absolument comme autrefois ! Alors où est la différence entre 1880 et 1840 ? Qu’est-ce qui a changé ? Tout ce qui est extérieur. Les toilettes et les manières de les porter ; les paroles et le ton dont on les dit ; le s allures et le genre qui les accentue. La mondaine d’aujourd’hui est cent fois plus libre qu’il y a cinquante ans ; elle lit tous les livres, elle est friande de mets pimentés, elle ne s’effraye de rien. Elle se passionne pour un orateur sacré, quitte à s’enfermer le lendemain dans la salle d’un théâtre suspect, pour entendre une œuvre imbécile, débitée par des c abotins de troisième ordre ! Elle invite à sa table un jongleur américain que son aïeule eût proprement envoyé dîner avec les domestiques ; elle s’en va sans scrupule dans une brasserie artistique pour entendre un poète glabre débiter la lettre qu’une fille de j oie expédie de Saint-Lazare à son souteneur :
« C’est d’la prison que je t’écris, Mon pauvr’Polyte.... »
La brasserie est vraiment littéraire, et la lettre est vraiment belle ; mais je ne vois pas bien les amies de M. Molé ou de M. Guizot ayant ces mêmes allures décidées et hardies ! C’est que la Parisienne d’aujourd’hui, c’est la fem mevingtième siècle.? L’aimez-vous Moi je l’adore. Et ceux qui l’adorent aussi sont no mbreux, en dépit de ses défauts, et peut-être...parce quese et si bonne. Elle est si vivante, même quand elle est paresseu enfant, même quand elle est méchante ! Elle est bien de son temps, et ne s’endort pas, comme les marmottes, dans l’unique admiration des c hoses du passé. Certainement
dans ce passé-là il y a de grandes œuvres et de gra nds hommes ; la femmevingtième sièclevénère, c’est convenu. Mais enfin, si elle adm  les ire ceux qui sont morts, elle admire aussi ceux qui sont vivants. Tel monument du temps de Philippe-Auguste est une superbe création du cerveau humain : la galerie des Machines également ; n’a-t-il pas fallu autant de génie pour bâtir l’un que pour dres ser l’autre ? La fine créature dont je parle a l’intelligence trop façonnée et l’esprit trop ouvert pour s’attarder aux vieilleries. On lui reproche d’avoir les idées trop modernes ? Dire qu’à toutes les époques on a fait ce reproche absurde à ceux et à celles qui voulaient m archer du même pas que leurs contemporains ! La femmevingtième sièclel’avenir, si elle ne le devine pas. Elle s’aperçoit pressent très bien que, depuis dix ans, les mœurs françaises se sont absolument transformées. La société où nous vivons n’est déjà plus celle de nos pères et n’est pas encore celle de nos enfants. Où trouverait-on des fanatiques pour faire une révolution les armes à la main ? Lors d’une élection récente, j’entendais un ouvrier exprimer la même idée d’une façon pittoresque : « — Il n’y en a pas un seul aujourd’hui qui se fer ait casser la gueule pour la politique ! » Les uns et les autres gardent leur enthousiasme pour autre chose : pour une misère à soulager, peur un élan de patriotisme, pour une belle œuvre d’art. La femmevingtième siècleen est là comme tout le monde ; car les femmes font les hommes ce qu’ils sont, et nous sommes tous plus ou moins à l’image de celles que nous aimons d’amour ou d’amitié. Voilà pourquoi la mondaine dont j’esquissais le portrait est si libre d’allures et si décidée de manières. Elle laisse tout dire parce qu’elle n’ignore plus rien. Elle a mesuré l’abîme de tous les vices et la hauteur de toutes les vertus. Elle va partout, parce qu’elle ne peut plus être scandalisée. Je ne nie pas qu’elle ne mette la sensation au-dessus du sentiment ; mais sans un peu de sentiment, la seule sensation lui ferait horreur. En un mot, elle s’est américanisée. Seulement, comme elle est Française et bonne Française, elle a gardé son goût de terroir, ce parfum gaulois qui fait d’elle, en Europe, une créature d’exception.
II
J’ai cru qu’il serait curieux d’étudier dans une série de romansCe Monde qui s’en va, e ce monde de transition qui n’appartient plus du tou t au XIX . siècle sans appartenir au e XX . Dans le livre qui paraît aujourd’hui,Passionnément, j’essaie d’ébaucher une de ces femmes des générations nouvelles. Interrogez le premier homme venu, pourvu qu’il soit du monde et qu’il fréquente dans quelques-uns des salons qu’on cite. Si cet homme frôle la quarantaine, il vous dira que la jeune femme et la jeune fille d’aujourd’hui ne ressemblent en rien à celles qu’il a connues quand il avait vingt ou vingt-cinq ans. Elles sont telles que la jolie Parisienne dont je dessinais le portrait tout à l’heure. Et comment s’en étonner ? Les artistes en général, surtout les littérateurs et les peintres, ont abordé avec une libre audace la description de la réalité nue. Une foule de mots se sont glissés dans le langage, qu’on n’aurait pas osé prononcer d ans un dîner il y a dix ans. Tel homme d’esprit fait rire aujourd’hui avec une histoire indécente, qui jadis l’eût fait mettre à la porte comme un paltoquet. D’aucuns s’en offusquent ; je crois qu’ils ont tort et que cette franchise de langage est plutôt un bien. L’humanité est partout la même, et chaque peuple a la même somme de vertus et de vices. Du mo ins il y a un vice que nous ne pratiquons pas : l’hypocrisie, si chère à nos bons voisins les Anglais. Ils maudissent la prostitution, et des armées de filles peuplent les rues de Londres ; ils sont encombrés de sociétés de tempérance, et les ladies se grisent comme des portefaix ! En France, la société contemporaine est libre, natu relle et franche. Voilà pourquoi la fem m evingtième sièclee, je vaistant de succès ; voilà pourquoi, moi, très humbl  a essayer de la peindre dans une suite de livres dontPassionnémentn’est que le premier. Un seul exemple entre mille : notre époque a vu le plus grand bouleversement qui se soit produit dans les mœurs depuis 1816. Je veux parler du divorce. Réforme violente mais nécessaire qui a été voulue non par des hommes poli tiques, mais par tous les grands penseurs qui se sont succédé depuis soixante uns : à commencer par Proudhon et à finir par M. Alexandre Dumas fils. Et croyez bien que les livres éloquents du pamphlétaire ont eu moins d’influence que les admirables comédies et les superbes préfaces de l’auteur dramatique ! Allez dans un salon, n’importe lequel, pourvu que c e soit vraiment un salon. Si quelqu’un prononcé le mot de « divorce », vous pouvez être assuré d’entendre la phrase suivante : « Oh ! jamais le monde ne l’acceptera ! » Vous entendez bien ?Le monde, c’est-à-dire cette agglomération d’hommes et de fem mes instruits, élégants, lettrés, qui aiment la Comédie et l’Opéra, qui lisent tout de su ite les ouvrages des romanciers en vogue, qui se précipitent au vernissage ou aux répé titions générales pour décider à l’avance du succès des artistes ou des écrivains ;le monde, c’est-à-dire cette fine fleur de Paris, cette société unique peut-être en Europe, puisque c’est elle qui donne le ton à tous les peuples pour les choses qui sont la parure du corps, et de l’esprit ; eh bien, cette société rare et charmante, où tous se connaissent au moins de vue, qui rend des arrêts et n’en subit pas ; cette société à la fois si sérieuse et si légère, si équitable et si injuste ; cette société, déjà si changée, si profondément modifiée, vous allez la voir, pendant les dix années qui vont finir le siècle, se métamorphoser avec une rapidité de locomotive. Un jour viendra, — quand ? je l’ignore, — où elle a cceptera le divorce, comme elle a accepté tant de choses, et par une loi fatale, inév itable : c’est que l’humanité accepte toujours ce qui dure. Les faits qui scandalisent un e époque, paraissent naturels à l’époque suivante. Dans le premier volume de laFrance contemporaine, l’un des plus beaux livres de ce temps, M. Taine raconte une adorable anecdote qui révolta la cour de l’honnête Louis XVI.M. de Lauzun était séparé de sa femme depuis six ans. Un jour qu’il me rendait visite à M de Boufflers, celle-ci lui dit : « Que feriez-vous , mon cher duc, si
votre femme vous écrivait demain matin qu’elle est enceinte ? » M. de Lauzun salua légèrement de la tête, et riposta avec un admirable sérieux : « Madame la duchesse, je me m’empresserais de répondre à M de Lauzun : Enfin, Dieu a béni notre union ! J’irai ce soir vous présenter mes hommages. » La réplique est leste, je n’en disconviens pas. Qui donc s’en fût choqué dix ans après, en plein Directoire, ou vingt ans plus tard à la cour de Napoléon et de ses sœurs ? C’est une étude si curieuse que de noter l’évolution des esprits ! Or, je suis convaincu que cette évolution ne pourra s’opérer sans produir e des phénomènes psychologiques dans le cerveau de nos contemporains. La société où nous vivons subira des transformations rapides, aussi intéressantes à obse rver que les transformations des végétaux pour un naturaliste. Je n’ignore pas que la tentative est hardie : à défaut d’autre talent, j’y apporterai du moins de la persévérance. Dans tous ces roman ? qui se succéderont à époques régulières à partir dePassionnément, le public retrouvera les mêmes personnages. C’est une loi que doit subir le romancier qui essaie d’écrire l’histoire humaine et sociale d’un fragment de siècle.
I
— Vous m’aimez ? — Coquette ! — C’est bien vite dit ! Vous savez que je vous adore, Edmond. Je ne suis pas comme vos Parisiennes, qui se reprennent aussi facilement qu’elles se donnent. — La médisance est un joli péché ! — Les péchés sont toujours jolis. Croyez-vous donc qu’on m’épargne ? Soyez certain que notre... intimité, un peu trop apparente, je l’avoue, a déjà fait méchamment jaser. — Quelle erreur ! Vous êtes Anglaise. C’est assez pour qu’on vous pardonne bien des choses. Quant à notre... intimité, elle n’est pas si apparente que vous l’affirmez. Où, est la femme à qui l’on ne prête point comme amants tous les hommes qu’elle reçoit ? — Et môme ceux qu’elle ne reçoit pas. — Surtout ! Mrs Maud Vivian se mit à rire en montrant ses dents blanches. Edmond Sorbier continua sur le même ton léger et gouailleur :  — Nous vivons à une époque très amusante, ma chère . Et commode ! La société contemporaine ne connaît ni les rigorismes absurdes, ni les sévérités inutiles. Elle a pris pour devise trois mots empruntés à l’Écriture : « P as de scandale ! » c’est-à-dire : « Derrière tes vitres bien closes, tu peux te passer toutes tes folies !... » — A la condition de ne pas briser ces vitres-là ! — Cela vous révolte ? — Non. — Vous avez joliment raison ! Cette morale en vaut bien une autre.  — D’accord. Mais cette... tolérance est toute au p rofit des hommes. Je ne la trouve guère rassurante pour une femme aussi amoureuse que moi. Edmond reprit en souriant : — Me feriez-vous l’honneur d’être jalouse ? — Et quand cela serait ? Que me répondriez-vous ? — Je vous répondrais que si l’un de nous deux a le droit d’éprouver de la jalousie, ce n’est pas vous. — Une querelle ? — Peut-être. Je résume la situation. Depuis le jour où je vous ai avoué mon amour... — Un an.. ; déjà ! — Déjà ? Merci. Oui, depuis un an, avez-vous eu une seule fois le droit de douter de mon entière et absolue tendresse ? Soyez franche. Le visage de la jeune femme s’éclaira d’une chaude lueur. — C’est vrai, murmura-t-elle. Et, après un court silence, elle ajouta, d’une voix émue : — Il est si bon d’aimer et de se sentir aimée ! Edmond serra la main fine que Maud lui abandonnait, et la baisa longuement, tendrement, comme pour la remercier de sa réponse. — J’ai fait tout ce que vous me demandiez, reprit-il. J’allais beaucoup dans le monde ; j’y suis devenu presque rare, ne gardant que les relations qui nous sont communes. — C’est encore exact. Le regrettez-vous ?  — Non pas. Voyons, Maud, en toute loyauté, ai-je o btenu de vous les mêmes sacrifices ? Ah ! prenez garde... vous hésitez ! Mrs Vivian rougit et détourna la tête comme si la question l’embarrassait. — Mais je ne vous comprends pas bien, mon ami...
— Oh ! vous me comprenez à merveille ! Edmond restait calme et souriant, mais, à présent, il mettait un malin plaisir à la tourmenter davantage. — Est-ce que vous n’étiez pas hier à l’Opéra avec Rixens ? Maud éclata de rire, d’un rire un peu voulu, aux sonorités fausses. — Certes, mon ami, j’étais hier à l’Opéra ; mais pas dans la loge de M. Rixens, dans celle de sa femme. Ce n’est pas tout à fait la même chose. me  — Vous jouez sur les mots. M Rixens ne compte pas. Ne vous ai-je pas dit la mauvaise réputation du mari ? Débauché, coureur, libertin... — Quelle avalanche ! Mais, mon cher, il a cinquante ans, il est sot, il est commun, il a un gros ventre...  — Et une grosse fortune ! Toutes les femmes ne le trouvent pas ridicule ; même les hommes, moi, notamment. C’est le protecteur patenté de deux ou trois petites filles du corps de ballet. Dans le monde, on cite les jolies élégantes qu’il a honorées de son amitié aussi... fructueuse que peu platonique. Mrs Vivian pâlissait. Elle répliqua d’un ton sérieux :  — Ai-je donc mérité une pareille injure ? Et voilà ce que vous appelez aimer une femme ! Être jaloux de cet agent de change ? Grand merci ! Dites tout de suite qu’il me me donne cent mille francs par an comme aux rats dont vous parlez, ou comme... à M de Vrêde !  — Je ne dis rien, mon amie, ou du moins je ne dis que ce que je veux dire. Je vous aime passionnément : il est tout naturel que je m’e nquière de vos actions. Lorsque je vous ai conseillé de voir moins souvent Rixens, ce n’est pas la jalousie qui me guidait. C’eût été trop maladroit ! Je parlais dans votre intérêt, non dans le mien. Vous êtes une nouvelle venue au milieu de la société parisienne. Votre beauté, votre élégance, votre fortune, ont naturellement agacé bien des envieuses . J’enrage à la pensée qu’on peut : me vous calomnier et vous traiter... comme vous traitiez tout à l’heure M de Vrêde. — En affirmant que Rixens entretient mon luxe ? — Oui. Maud fronça le sourcil et se leva. — Je vous ai blessée ?  — Certes. En vérité, les hommes sont étranges. Vou s connaissez mon existence, toutes mes actions. Depuis un an que je... que je v ous appartiens, j’ai vécu dans une cage de verre. Vous venez chez moi quand il vous pl aît d’y venir ; et le souci de ma réputation a pu seul empêcher que ce ne fût à chaque instant. Dès que je suis libre, est-ce que je n’accours pas chez vous ? Ah ! les chères heures toujours attendues et trop vite envolées ! Maud attirait son amant vers elle, le regardant de ses yeux brûlants... Mariée à dix-sept ans, et bien vite veuve, Mrs Vivi an habitait Paris depuis dix-huit mois. De bonne famille, riche et apparentée aux mei lleures familles de la Grande-Bretagne, la jeune Anglaise occupait une place en v ue dans le monde. Très grande, d’une élégance exquise, elle frappait aussitôt par une beauté irrégulière mais originale. Ses compatriotes disaient qu’elle était « esthétiqu e ». Ses cheveux roux, audacieusement tordus sur la nuque, jetaient dès re flets dorés si brillants, que les jalouses s’écriaient : « A-t-elle de la chance de t rouver une si bonne teinture ! » Maud laissait dire, et souriait. Son visage, un peu long , rappelait celui de la jolie héroïne de Carlo Dolci, qui se penche au balcon pour guetter la venue du bien-aimé.  — Heureusement, elle sait s’habiller, répétaient e ncore les méchantes langues. Pensez donc... elle est si maigre !
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