Un mot en faveur de la noblesse par M. le baron de M*** [Méry]

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J.-G. Dentu (Paris). 1818. In-8° , 17 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1818
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UN MOT
EN FAVEUR DE LA NOBLESSE.
PAR M. LE BARON DE M*****.
PARIS,
J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
rue des Petits-Augustins, n° 5 (ancien hôtel de Persan).
1818.
UN MOT
EN FAVEUR DE LA NOBLESSE.
UN article de la Charte rétablit l'ancienne no-
blesse, et maintient la nouvelle.
On devrait croire, que ceux qui prétendent
seuls observer la Charte, en respectent aussi tous
les articles : car on ne peut reconnaître un tout,
sans reconnaître une partie de ce tout. Ces seuls
vrais croyans sauront néanmoins vous prou-
ver le contraire. Ils aiment la Charte, non pour
elle-même, mais parce que, par la Charte, ils
parviennent à tout; comme ils aimaient Buona-
parte, parce qu'il ouvrait une brillante carrière
à leur ambition. La Charte est maintenant pour
eux le talisman qui le remplace.
Mais la Charte reconnaît la noblesse ; et s'ils
aiment la Charte, ils détestent, en revanche, la
noblesse. N'osant pas néanmoins attaquer de
( 2 )
front cet article sans attaquer la Charte même,
ils emploient tous les moyens pour faire perdre
à. la noblesse tout son ascendant ; et pour lui fer-
mer tout passage au crédit et à la faveur, ils se
servent contre elle de l'arme perfide de la calom-
nie. Ils la taxent sans cesse de vouloir rappeler
ses anciens droits et privilèges, et d'attirer de
nouveau à sa suite, le cortège de la féodalité,
et tous les abus de l'aristocratie illimitée. En
un mot, ils l'accusent de vouloir de nouveau
envahir tous les pouvoirs, de renverser la Charte,
et de rétablir l'ancien gouvernement monar-
chique.
Cependant la Chambre de 1815 fut pleine
de ces nobles dangereux, et aucune chambra
n'a été ni plus loyale, ni plus désintéressée, ni
plus dévouée à la Charte. Elle n'a voulu que dé-
fendre les principes depuis long-temps mécon-
nus, protéger la vertu et l'innocence trop long-
temps persécutées, punir le crime depuis vingt-
cinq' ans triomphant, et consolider, par des lois
sages et fortes, le trône et la légitimité.
Cette Chambre néanmoins fut calomniée : on
méconnut la pureté de ses intentions, et elle
fut dissoute.
Dans la Chambre de 1816, il y eut encore,
en. dépit de la cabale, beaucoup de nobles de
( 3 )
réélus. On les craignit de nouveau; et comme
sa composition était cependant infiniment plus
libérale, elle créa la fameuse loi des élections,
par laquelle on a espéré un peu, je crois, d'ex-
clure petit à petit ces terribles nobles de la
Chambre; et pour pouvoir alors, plus à son
aise, revenir peut-être un peu sur l'article de la
Charte qui les concerne, et se trouvant plus
libres, alors, qui sait si nous ne verrons pas
un jour cet article remplacé pat cet autre :
Il n'y aura plus de noblesse en France, ni
ancienne ni nouvelle.....
Déjà un ouvrage a paru il y a peu de jours,
pour que la noblesse soit remplacée par la classe
des propriétaires. Cette classe serait, selon
son projet, divisée en deux, en plus riches et
moins riches. Les plus riches seraient appelés
très-honorables, et les autres , honorables
seulement. Ainsi, les propriétaires dépouillée
ne seront que dans les honorables , et ceux qui
jouissent de leurs biens, auront le titre bien
mérité de très-honorable !
Ce projet pitoyable prouve au moins peu de
bienveillance en faveur de la noblesse.
Mais, me dira-t-on, peut on se proposer de
détruire ce qui est consolidé par la Charte ?
Hélas! la Chambre de 1815 fut bien nommée,
( 4 )
elle fut même considérée d'abord comme in-
trouvable; trois mois après, on la montra sus-
pecte, et elle fut dissoute!....
Canuel, Chabrol, Donadieu s'étaient cou-
verts de gloire à Lyon ; on loua leur conduite à
cette époque; et trois mois après, ils furent
considérés comme coupables pour les mêmes
faits, et ils furent rappelés.
Pourquoi la noblesse serait - elle exempte de
l'inconstance du siècle et de la versatilité de nos
opinions ?
Si le gouvernement protège la noblesse, pour-
quoi la laisse-t-il tourner sans cesse en ridicule
dans les journaux et dans les pamphlets? Pour-
quoi, avec la plus horrible injustice, lui reproche-
ton de vouloir accaparer toutes les grâces, toutes
les faveurs et toutes les richesses? elle qui s'est
résignée sans le moindre murmure à ce qu'on
légitimât par une loi la vente de ses biens pos-
sédés par quelques-uns de ceux qui déclament
peut-être le plus contre elle, quoiqu'ils doivent
connaître mieux que tout autre sa résignation
et sa pauvreté!
Je demande à ses ardens ennemis, si, en sa
place, ils eussent mis la même soumission , s'ils
eussent fait pour le bonheur général les mêmes
sacrifices? Ils en sont si loin, et leur acharne-
( 5 )
ment est tel contre elle, qu'au 20 mars on pro-
posa de s'emparer du reste de ses biens, pour
être restée fidèle à un Roi malheureux!
Je leur demande, de plus, s'ils montrent eux-
mêmes si peu d'avidité d'obtenir toutes les
grâces et les faveurs, comme ils possèdent pres-
que toutes les richesses?
Est-il donc bien étonnant que la noblesse,
appauvrie partant de malheurs, cherche quel-
ques moyens de subsister et quelques places
qui puissent la faire vivre? Tant de victimes,
tant de preuves de dévoûment, tant de sacri-
fices méritaient bien, ce me semble, aux mem-
bres encore existans, quelque récompense, ou
au moins quelque existence..
Que ces calomniateurs, s'ils ont encore une
ame sensible, quittent un instant leurs lambris
dorés, et montent dans les greniers où, sur de
mauvais grabats, gissent plus d'un fidèle et mal-
heureux gentilhomme, ils y verront ces braves
défenseurs de la légitimité, qu'ils accusent de
tout obtenir, réclamant, à demi expirans, le
pain de l'indigence!
S'ils étaient donc pénétrés de sentimens hu-
mains et généreux, s'ils n'étaient pas dominés
par une haine invétérée, causée par la noire ja-
lousie, loin de faire ces reproches à la noblesse,

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