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DE LA PAIRIE
Lorsque la Chambre des Pairs ne sera plus héréditaire,
toutes les améliorations naîtront d'elles-mêmes , et
nous n'aurons pas sujet de craindre un retour vers
l'ancien état de choses.
1831.
UN MOT
SUR
L'HEREDITE DE LA PAIRIE
AVIS AUX ÉLECTEURS,
PARMIceux qui ont étudié le système du gouverne-
ment répresentatif, qui doute de la nécessité d'un
sénat ou d'une pairie? personne; cardans notre siècle
éminemment industriel et commercial, on veut' tout
assurer : les maisons contre l'incendie, la nation contre
les erreurs, la précipitation, ou même la corruption
de la chambre des députés; la royauté contre les
envahissements populaires, et le pays contre les chances
d'une nouvelle révolution. Mais de ce qu'il est bon
qu'un troisième pouvoir existe dans l'état, s'en suit-il
nécessairement que ce troisième pouvoir doive être
héréditaire ? voilà la question que je vais examiner.
M'adressant indistinctement aux partisans de l'héré-
dité et de la non-hérédité de la pairie , je leur fais
cette question : Croyez-vous que le fils d'un homme de
talent, probe et laborieux , soit nécessairement homme
de. talent, probe et laborieux ? Non , sans doute, me
répondent-ils tous ensemble. Laissant de côté ce point sur
lequel il n'y a aucune divergence, je leur demande en-
suite : Croyez-vous que le fils d'un député doive être né-
cessairement député, et leur réponse est encore unanime.
J'ajoute : Croyez-vous qu'il serait bon d'établir que
les places de préfet et de général se transmissent de
père en fils, et tous prétendent qu'il est absurde d'ad-
mettre que par droit de naissance l'on doive être né-
( 4 )
cessairement préfet ou général. Enfin je leur demande
s'ils voudraient que la magistrature fût héréditaire. Ici
c'est un cri universel de désapprobation. On fait obser-
ver avec beaucoup de sens que le fils d'un magistrat
recommandable peut être ignorant , paresseux , dissipé
et de mauvaises moeurs. Je passe alors à la pairie , mais
aussitôt l'accord cesse, les partisans de la non hérédité
reprochent aux autres de ne pas être conséquents,
d'accepter les principes et d'en rejeter la conclusion ;
ils établissent qu'il y a parité entre la pairie et la ma-
gistrature , en accordant toutefois qu'il ne devrait en-
trer dans la chambre des pairs que des hommes remar-
quables par leur talent et leurs vertus, taudis que la ma-
gistrature peut accepter des hommes ordinaires pour là
capacité lorsqu'ils présentent des garanties d'honneur
et de probité. Les partisans de la non hérédité ne ré-
pondent rien à ces raisons; ils se rejettent sur l'indé-
pendance et la dignité que le corps de la pairie tient
suivant eux de son hérédité.
Comme, entre ces deux choses contradictoires, il n'y
a point de juste milieu , comme il faut nécessairement
adopter l'une ou l'autre, je vais essayer ici de dévelop-
per les raisons qui orit fixé l'opinion d'un grand nom-
bre d'électeurs et décideront de leur vote aux prochaines
élections.
Notre révolution dé juillet , explosion subite des
intelligences., qu'après quinze années de progrès et de
liberté l'on avait voulu comprimer outre mesure, doit
avoir et a déjà , pour conséquence, une plus grande li-
berté , un gouvernement plus populaire. Ceux qui pen-
sent qu'après la victoire il fallait rester dans la restau-
ration, et ceux qui croient que le gouvernement devait
appartenir directement par les élections primaires aux
masses ignorantes, se trompent également à notre avis.
Nous répudions ce qui serait retrograde, le statu quo ,
et cet état démocratique pour lequel le peuple n'est pas
assez éclairé. Nous voulons deux classes d'électeurs ,
l'une immense pour les intérêts de localité, l'autre plus
restreinte pour les intérêts généraux qui sont à la por-
tée de beaucoup moins d'individus. Nous proclamons ,
du reste , l'extension successive et graduée de ces deux
classes suivant les progrès intellectuels de la société
( 5 )
dont nous faisons partie. Qu'un homme du peuple
puisse faire donner gratuitement de l'instruction à son
fils ; que ce fils, s'aidant de son travail, devienne chef
militaire, magistrat, administrateur, industriel ou com-
merçant, il a des droits aux suffrages de ses compatriotes
et peut, prétendre aux dignités qu'il est susceptible
d'exercer avec honneur. C'est dans ce sens seulement
que nous; professons l'égalité des droits politiques, et
c'est précisément cette égalité , suite de notre vietoire
sur la restauration,que nous voulons réaliser, et que nous
invoquons comme première raison à donner contre
l'hérédité de la pairie. Le plus beau des titres étant ce-
lui de législateur; la plus grande des faveurs , c'est
d'être nommé législateur à vie. Que cette faveur ne soit
donc pas le prix du hasard, mais la récompense des ser-
vices rendus au pays, et que le Luxembourg devienne
le Panthéon des hommes vivants.
Nous ne sommes plus à l'époque où des bassesses
étaient le moyen d'obtenir des récompenses, et nos
moeurs tendent plus encore que nos lois à nous en
éloigner, en assignant au mérite réel la place qu'il
doit occuper. Qu'on ne dise donc pas que pour aniver
à la pairie, si elle n'était pas héréditaire, les candidats
se courberaient devant le pouvoir. S'il, se trouvait
des ministres assez vils pour , chercher les législateurs
dans la boue des courtisans,.l'opinion , plus puissante
qu'eux, les aurait-bientôt renversés comme elle a ren-
versé ceux du 8, août. Aujourd'hui, la condition d'exis-
tence des trônes, c'est de satisfaire les peuples, et de
mériter leur confiance. — Qu'on, ne dise pas non
plus qu'un pair héréditaire a plus d'indépendance qu'un
pair à vie, car ce serait mentir à l'évidence Où y a-t-il
tu jamais plus de patriotisme et de véritable indépen-
dance que sur les bancs de cette gauche, où brillèrent
dans les jours d'opposition, Camille Jordan, Manuel,
Foy, Benjamin Constant et leurs dignes amis, Laffitte,
Casimir Pétier, Dupont (de l'Eure), Bignon, et tant
d'autres que je pourrais citer encore, et dont les fonc-
tions bien loin d'être à vie , pouvaient être révoquées?
Ce qui fait la véritable indépendance, c'est tin esprit
élevé, un coeur pur et courageux.
Loin qu'un pair non héréditaire puisse transmettre