Un mot sur la loi de la presse, par le Cte A. de M*** [Montesquiou]

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impr. de C.-J. Trouvé (Paris). 1821. In-8° , 14 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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UN MOT
SUR
LA LOI DE LA PRESSE,
PAR LE COMTE A. DE M***.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE C. J. TROUVÉ
rue Neuve-Saint-Augustin, n° 17.
1821.
UN MOT
SUR
LA LOI DE LA PRESSE.
LA prévoyance des Chambres a condamné le mi-
nistère à présenter, dès l'ouverture de la session qui
commence, un projet de loi définitive sur la publi-
cation des journaux. Tout portait à croire que,
convaincu par l'expérience de l'insuffisance de la
loi de répression qui régit aujourd'hui la presse en
général, il profiterait de cette occasion pour sou-
mettre à la discussion, dans les deux Chambres, une
loi qui, protectrice de la Religion, serait en harmo-
nie avec l'intérêt de l'Etat et la juste liberté que la
Charte assure à tout Français qui se conforme aux
lois. On dit que, reculant devant l'obligation qui
leur était imposée, ou, ne trouvant aucune solution
à un problême qu'ils se sont plu à rendre difficile,
les ministres se borneront à demander aux Cham-
bres une nouvelle loi provisoire, une prorogation
de la censure. Dans l'ignorance où nous sommes du
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parti auquel il se sont arrêtés, il y a peut-être pré-
somption à penser qu'il est possible d'indiquer un
moyen qu'ils n'aient pas pesé ; d'un autre côté cepen-
dant , l'intérêt que tout bon citoyen doit à son pays
ne lui fait-il pas un devoir de manifester une pensée
qu'il croit pouvoir être utile ? C'est ce sentiment seul
qui nous engage à soumettre aux lumières et aux
méditations de Messieurs les députés, un moyen qui
nous a paru concilier les intérêts de la société et
de la liberté de la presse.
La lecture des journaux est devenue un besoin
général ; l'avidité de nouvelles, le besoin d'alimens
politiques répandu dans toutes les classes, est, sans
contredit, une des nombreuses maladies qui, dans
toute l'Europe, menacent aujourd'hui l'ordre social.
Le spectacle de la fureur démagogique des journaux
chez nos voisins, où ils sont abandonnés, sans aucun
frein, à la plus effroyable licence, ne nous prouve
que trop le danger de pareilles armes laissées entre
les mains des. factieux. Cependant la Charte est pré-
cise ; elle est pour nous l'arche du salut, elle ne peut
être ni changée, ni modifiée ; elle doit être respec-
tée, religieusement exécutée : la censure, définitive-
ment prohibitive et sans appel, ne peut avoir lieu
sous son empire; elle est en opposition formelle
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avec le texte de la loi suprême ; elle est en outre en
opposition avec les principes du gouvernement re-
présentatif. L'expérience ne nous a déjà que trop
prouvé qu'il est peu de ministres assez élevés au-
dessus des faiblesses humaines, pour ne pas la diri-
ger souvent dans le sens de leur intérêt personnel,
bien ou mal entendu.
Mais, dans l'état actuel de notre législation, la
liberté illimitée des journaux pourrait compromet-
tre la tranquillité même de l'Etat et l'existence de la
monarchie ; nos lois répressives seraient insuffisantes,
en France surtout, où les formes protectrices de la
justice exigent souvent plusieurs mois pour l'ins-
truction seule du crime le plus notoire. Le gou-
vernement du Roi ne peut pas rester désarmé en
butte aux attaques ouvertes ou dissimulées, et con-
tinuellement renouvelées par ses perfides ennemis;
et, serait-il temps de réprimer, lorsqu'un jour
peut-être des journaux parricides porteraient simul-
tanément sur tous les points du royaume et avec la
rapidité de l'éclair, l'étincelle électrique destinée à
l'embraser ? Avons-nous oublié avec quelle adresse
les éternels ennemis de la légitimité répandirent, il
y a dix mois, et le même jour, à Lyon, à Grenoble,
à Toulouse, les nouvelles les plus sinistres ? qu'eus-
I.

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