Un nuage noir se forme à l'horizon, ou des Signes précurseurs du fanatisme religieux... Par M. D* [L. Dubroca]

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G. Mathiot (Paris). 1814. In-8° , 32 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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UN NUAGE NOIR
SE FORME A L'H OR I SON,
ou
DES SIGNES PRÉCURSEURS
RELIGIEUX.
ON TROUVE AUX MEMES ADRESSES
La Réponse aux faiseurs de pamphlets contre
Buonaparte , par Dubroca , troch. in-8.° prix : 3o c.
Et Hommage à S. M. l'Empereur Alexandre ,
au moment de son départ de la France , par un
Français , chasseur dans la 11. Légion de la garde
nationale de Paris, in-4.° prix : 30 c.
UN NUAGE NOIR
SE FORME A L'HORISON,
o u
DES SIGNES PRÉCURSEURS
RELIGIEUX,
Suivi de quelques Observations sur le danger
de tous les Fanatismes en général.
PAR M. D*.
DE L IMPRIMERIE DE P. N. ROUGERON.
A PARIS,
Chez
GERMAIN MATHIOT , libraire, quai des
Augustins . n. 25 ;
DELAUNAY, libraire au Palais-Royal, galerie
de bois , n. 247;
GAY , libraire , rue de Rivoli, n. 14 , au Par-
nasse français;
ALEX. JOHANNEAU , libraire, rue du Coq
S.-Honoré, N.° 6.
1814.
UN NUAGE NOIR
SE FORME A L'HORISON,
o u
DES SIGNES PRÉCURSEURS
RELIGIEUX.
ELLE est donc notre destinée, qu'après
avoir échappé à un danger , tout aussitôt
il s'en présente un autre , auquel notre
extrême mobilité ne semble donner que
trop de prise !
Français ! veillons sur nos plus chers
intérêts ! Ce nuage noir qui se jorme
à l'horison , c'est le Fanatisme Reli-
gieux ; il porte avec lui un orage épou-
vantable ; c'est le dernier des maux qu'il
(6)
nous resterait à éprouver, et c'est le plus
affreux.
Ce monstre cherche à se rallier à la
Religion , dont il est le plus dangereux
ennemi ; il emprunte son langage, ses for-
mes , ses habits ; il affecte pour sa gloire
et pour ses progrès un zèle, sans bornes
et à toute épreuve ; il se présente con-
fondu avec ses ministres saints : c'est un
piège perfide. Quand il vous aura séduits
par ces dehors trompeurs , il fondra sur
vous , comme un vautour fond sur sa
proie pour la déchirer et la dévorer.
Tyran des consciences, il vous enchaî-
nera par les terreurs de la superstition,
et il vous forcera de marcher avec lui
à l'exécution de ses perfides desseins.
Insidieux dans ses moyens , il divisera
vos familles , en soufflant secrètement son
venin dans le coeur de vos domestiques,
de vos femmes, de vos enfans ; et, aussi
lâche que cruel, il se fortifiera contre vous
(7)
de la classe ignorante et crédule à laquelle
il confiera ses poignards.
Jaloux de régner seul , il établira son
empire sur les débris de vos droits les
plus sacrés ; il foulera à ses pieds toutes
les bannières étrangères ; il comprimera
les lumières et les marquera du sceau de
ses anathêmes.
Hypocrite souple et rampant , il se
glissera jusqu'aux pieds du trône, et le ciel
dans les yeux , il y soulèvera toutes les
tempêtes de l'enfer. Du haut des tribunes
sacrées, il marquera du doigt ses victimes
et les dévouera aux persécutions ; tout ce
qui ne formera par son cortège , ou qui
ne servira point ses projets , sera proscrit
sous les noms d' impie, d'athée , d'en-
nemi de Dieu ; la liste en sera formée,
et malheur à ceux qui y figureront au jour
de ses vengeances ! Les bûchers de l'in-
quisition fument encore dans l'Europe
épouvantée.... Son souffle peut les ranimer
(8)
et y précipiter de nouvelles victimes (1)
Tel est le Fanatisme dont les rugisse-
mens se font entendre encore dans le loin-
tain ; mais dont quelques symptômes pré-
curseurs n'annoncent déjà que trop la pré-
sence prochaine.
Au bruit de la restauration du trône
des Bourbons , dont ,sa fatale hypocrisie
trompa trop souvent la piété (2), et à l'ar-
rivée d'un Prince dont la religion douce
et éclairée promet à la France le retour
des moeurs avec celui des autels, le Fana-
tisme, long-temps comprimé, a relevé,sa
(1) O honte du siècle! les tribunaux de l'inquisi-
tion se relèvent dans un royaume voisin de la France ,
où le Fanatisme a déjà exercé de si cruels ravages. Re-
doutons la contagion d'un si abominable exemple. Le
Fanatisme ressemble à un torrent qui, dans ses débor-
demens , gagne rapidement tout ce nui l'entoure , et
n'y laisse que des traces de dévastation.
(2) C'est une vérité hardie , je le sens ; mais il m'a
suffi de croire qu'il était utile de la dire. Un prince im-
pie et sans morale , et un prince fanatique et supersti-
tieux , sont deux fléaux également redoutables pour
les peuples : ils ont le danger de tous les extrêmes.
(9 )
tête hideuse ; il n'a pu cacher ses espé-
rances ; nous avons vu ses sombres regards
briller d'un rayon de joie féroce ; déjà
nous avons entendu ses accens furieux
retentir daus les temples de la paix et de
la miséricorde, et appeler le ciel au secours
de ses vengeances. Déjà il rassemble de
toutes parts ses prosélytes , au milieu des-
quels il distille le venin qui le dévore. Là,
sont formés et préparés ces plans d'astuce,
d'intrigue et d'hypocrisie qui, par des em-
piétemens successifs, sollicités et obtenus
au nom des intérêts du ciel, doivent lui
restituer le sceptre universel des opinions
et des consciences. Là, sont forgées ces
chaînes qui doivent être présentées aux
Français comme lé seul remède à tous
leurs maux , comme leur unique pré-
servatif contre tous les retours de l'in-
fortune , comme un moyen d'expia-
tion après leurs erreurs , comme la
sauve-garde de leur sécurité et de leur
bonheur: projet aussi absurde qu'outra-
(10)
géant, puisqu'il ne tend a rien moins qu'à
supposer les Français assez lâches pour se
charger eux-mêmes des fers honteux du
Fanatisme , et pour se rendre volontaire-
ment les instrumens de ses caprices et de
leur propre asservissement. Là, tour à tour
audacieux ou abattu, il divinise, il exalte,
il presse de tous ses voeux les lois et les
mesures d'ordre public ou religieux dont
il espère tirer quelque avantage pour le
succès de ses desseins, tandis qu'il voue à
ses implacables ànathêmes celles qui con-
trarient ses espérances , ou qui peuvent
l'arrêter dans sa marche.
En quels lieux n'a pas retenti en effet
son cri d'alarme , lorsqu'il a vu posé dans
la Charte constitutionnelle des Français
le grand principe de la tolérance reli-
gieuse et du libre exercice des cultes
chrétiens ? de quels noms odieux n'a-t-il
pas flétri cette institution salutaire, et jus-
qu'à quelle audace impie et séditieuse n'a-
t-il pas exhalé ses noirs ressentimens , en
( 11 )
qualifiant de roi jacobin le prince qui
avait osé la proclamer ? Qu'on ne demande
plus où sont les signes précurseurs du fana-
tisme religieux : en voilà un , et le plus
sinistre de tous ; il renferme à lui seul tous
les présages funestes. La constitution et les
dispositions du gouvernement nous garan-
tissent, il est vrai, de son action actuelle ;
mais qui pourrait répondre que, sous un
gouvernement moins sage et moins éclairé,
le Fanatisme, si on laissait une libre carrière
à ses prétentions, ou si on favorisait ses
premières tentatives , ne parviendra pas à
faire disparaître du code de nos lois fon-
damentales ce principe conservateur de
l'harmonie sociale, et à élever sur ses ruines
sa domination tyrannique et exclusive ? Et
qui pourrait assurer qu'on ne verrait pas
alors se renouveler toutes les scènes san-
glantes et atroces qu'entraînent après elles
les haines et les persécutions religieuses ?
Hélas ! la vie d'un bon prince est si courte,
et les passions destructives du repos du
( 12)
monde sont si durables ! Quand il n'est
plus, rarement l'héritage de sa sagesse passe,
avec celui de sa dépouille, à ses successeurs,
et souvent on a vu les passions qu'il avait
comprimées n'attendre que sa mort pour
se réveiller plus actives et plus dangereuses.
Tel a toujours été le Fanatisme ; patient,
mais sans cesse actif dans son attente ; et
tel il serait encore, si ses dispositions con-
nues contre la plus salutaire des lois ne
mettaient en garde contre ses invasions,
et ne sauvaient la France des discordes qui
en seraient tôt ou tard la suite inévitable.
Et celles qui dériveraient de la haine
qu'il porte à cette autre institution qui est
la véritable sauve-garde des peuples contre
toutes sortes de tyrannies, à la liberté de
la presse} asile sacré de l'indépendance
naturelle de l'homme, et dans lequel je me
réfugie moi-même en ce moment ou je
signale le plus dangereux comme le plus
intolérable des tyrans ; pense-t-on qu'elles
fussent moins dangereuses par l'outrage
( 13)
que le Fanatisme oserait faire à l' esprit
humain en comprimant son essor, et en le
soumettant à l'indigne tarif de ses opinions,
de ses préjugés , et de sa doctrine anti-
sociale ? Qu'on juge de ce qu'il entrepren-
drait contre le droit inviolable de la pensée,
par les vociférations dont il a poursuivi la
loi fondamentale de la liberté de la presse.
Voyez-le, dans son hypocrite indignation,
parcourir déjà les cercles de ses affidés et
y semer l'effroi sur les dangers que va cou-
rir la religion , désormais exposée aux
atteintes de l'impiété ; entendez-le s'écrier
douloureusement que tout est perdu, que
les choses saintes vont être livrées aux re-
gards et à la discussion des profanes.' L'in-
fâme ! ce n'est point pour la religion qu'il
exhale ces gémissemens et ces plaintes;
mais pour lui : il craiut d'être dévoilé ; il
craint d'être arrêté dans sa marche téné-
breuse par des écrivains courageux qui, en
sondant les replis de sa perfide hypocri-
sie, l'exposeront à nu aux regards publics,

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