Un premier chant sur l'art de moraliser , par un ami des hommes, P. Coulombeix-Dumaine,...

De
Publié par

Ladvocat (Paris). 1828. 30 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mardi 1 janvier 1828
Lecture(s) : 8
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 31
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

« larmier Chant
L'ART
88 mmm&mmm*
gar nit gimi b çe Jgommeê,
P. CaVIiOBBEIZ-DVlVAISE,
LE
PRBSE5TE A L'mSTtTTJT ROYAL DE FRAHCÊ LE 31 HAI;J8Ï8,
POW-IL CONCOURIR AU PRIX-DE MORALE PROPOSE
-' PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE.
A PARIS,
CHEZ LADVOCAT; LIBRAIRE
DE s. A. 1\. LÉ DUC DE CRARTRES,
- QUAI VOLTAIRE ET AU PALAIS-ROY AL.
AT DCCC XXVIII.
Sttjpfcgïapïjie be ^tnarb.
UN PREMIER. CHANT
SUR
L'ART DE MORALISER.
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,
RUE D'ANJOU-DAUPHINE, N° 8.
mî ssasaaaa (aaiiïta
SUR
L
1
Art
rt
DE
PAR UN AMI DES HOMMES ,
Le
,-> ^^oufowBax-^^uwatttc,
LE PERIGOURDIN.
Qui ne veut pas tomber, quand il voudra marcher,
Doit se tenir bien droit, et ne jamais broncher.
PARIS,
CHEZ LADVOCAT,
LIBRAIRE DE S. A. R. LE DUC DE CHARTRES,
QUAI VOLTAIRE , ET PALAIS-ROYAL.
1828.
a
^oint bc ^rcfacc,
Wit 1W*& IftfR»
L'AUTEUR, qui poursuit cet ouvrage en six chants, se
propose de bientôt faire paraître le chant deuxième, qui
traitera du LANGAGE DU SAGE; et le troisième, qui traitera
du LANGAGE DE DIEu. Dans les autres chants, qui paraîtront
successivement de deux mois en deux mois, il frondera les
abus de tous genres eleve's, et loin de se montrer grave
comme il a été obligé de l'être dans ce chant, il tâchera
d'égayer le lecteur. Plus tard, si Dieu lui prête vie, il espère
donner au Public L'ART DE LIRE , L'ART D'ÉCRIRE et L'ART
DE PENSER (ou la Raison interrogée), poëme qui traitera
des causes premières, et, par un système nouveau, prouvera
que le feu est le principe de tout mouvement, comme aussi
il est le principe de vie et de végétation. A son tour, l'Auteur,
qui sera toujours orgueilleux de se montrer neuf et unique
dans son genre, tâchera de débrouiller le chaos ; mais non à
la manière du fameux Descartes, car enfin il faut bien changer
puisque tout passe.
Argument
L'AUTEUR annonce son sujet et le but dans lequel il le traite ;
il invoque la Vérité, interroge sa Muse, lui repart, fait
naître une réflexion sur le peu d'heureux de ce siècle,
renvoie cette réflexion dans le cœur de l'homme pervers
qui se trouve enseveli par le torrent dans l'océan du
repentir, et là, lui dit de retracer les mœurs de l'âge
d'or, les retrace par même; ensuite l'Auteur s'adresse
aux mortels en général, les plaint et les blâme de leur
égarement, prouve que si l'homme est malheureux, il
ne doit en accuser que lui, et non le sort; puis il parle
du riche, s'adresse à lui, le conseille, fait un tableau de
conduite, l'exhorte à secourir le pauvre, lui en fait un
portrait, et termine ce chant en blâmant l'orgueil de
l'homme, et en lui faisant un tableau de celui dont il doit
faire choix.
UN PREMIER CHANT
SUR
L'ART DE MORALISER.
~M
ORTEL assez heureux pour un peu-me connaître,
Censeur de l'homme vil qui ravale son être,
Jugeant par les penchans que j'ai tant combattus
Qu'il n'est point de bonheur, s'il n'est pas de vertus;
8 L'ART
Désirant mettre un frein à des fureurs trop vaines,
Je chante les combats des passions humaines,
Et tâche de prouver qu'on goûte un vrai bonheur
A ne pas se livrer aux faiblesses du cœur.
Auguste Vérité, toi qui toujours brillante
Ne pares point en vain la muse qui te chante,
Pour décorer mes vers, dérobe-toi des cieux,
Viens, et fais-les parler le langage des dieux;
Que la simplicité fasse leur élégance :
Marque-les du cachet de ta haute puissance ;
Que l'homme, en les lisant, trouve en eux un miroir
Dans lequel traits pour traits il se puisse bien voir;
Alors, peut-être alors, plus ami de lui-même,
Evitant de tomber dans une erreur extrême,
Nous le verrons, plus sage, orgueilleux de prouver
Qu'on chemine au bonheur quand on sait s'observer.
DE MORALISER. 9
Muse, toi qui parfois errante et vagabonde,
Te plais à voyager dans le vague du monde,
Arrête quelque peu ton essor trop fougueux,
Et dis-nous par quel art l'homme peut être heureux.
Déjà je crois entendre à peu près ton langage :
Pour être heureux, dis-tu, l'homme doit être sage.
Tu dis vrai, mais, hélas! comment l'entendons-nous ?
Malgré ce bon précepte, on compte tant de fous.
Muse, dis-moi pourquoi? Serait-ce que le vice
Aurait assujetti l'homme à son vil caprice ?
Serait-ce que les noms de vertu, de candeur,
Auraient perdu leurs droits sur l'empire du cœur?
Non, si je sais juger, dans le siècle où nous sommes,
Pour faire aimer ces noms, il est encor des hommes:
Oui, sans doute, il en est; mais ils sont peu nombreux !
Ah ! pourquoi le sont-ils ? Il est donc peu d'heureux !.
10 L'ART
Triste réflexion qui fait gémir le sage
A travers tant de fous qui s'en font badinage ;
Pourquoi viens-tu sitôt m'arracher un soupir?.
Va! fuis sur l'océan du cuisant repentir;
Plonge dans son abîme! et, nageant dans le sable,
Glisse-toi promptement dans le cœur du coupable ;
C'est là que le torrent le tient enseveli
Parmi tous les graviers des ondes de l'oubli ;
C'est là que, vil jouet des passions brutales,
Étalant de ses sens les conquêtes fatales,
Orgueilleux, bien qu'alors il n'ait plus qu'à rougir,
A ravaler son être il trouve du plaisir ;
En le piquant au vif sur son trop de faiblesse,
Ne crains pas faire offense à sa délicatesse:
Il n'en a déjà plus.; car, depuis que l'erreur
A vaincu son mérite en subjuguant son cœur,
Plus faible que l'enfant, moins sage que la brute,
DE MORALISER. 11
Il ne sent même pas qu'au vice il est en butte,
Et que du vice au crime il n'est souvent qu'un pas
Qui, malgré lui, le mène aux portes du trépas.
Prends tes soins, fais sur lui, par un récit austère,
Ce que les doux conseils n'avaient jamais pu faire ;
Mais ne le quitte point, sois plutôt son Mentor;
Rappelle-lui les mœurs de l'heureux âge d'or :
Dis-lui que l'homme alors n'était pas si volage ;
Qu'il était bienfaisant, doux, bon, prudent et sage ;
Qu'il savait obliger sans espoir d'intérêts ;
Qu'il tenait son bonheur de ses propres bienfaits ;
Que la simplicité lui servait de devise ;
Que loin d'aimer le dol il aimait la franchise ;
Qu'il était pur, loyal et savait être heureux,
Sans s'y rendre aux dépens du pauvre malheureux :
Dis-lui que dans ces tems une homicide guerre
Pour un vain point d'honneur ne troublait point la tcne;
12 L'ART
Qu'on immolait sa haine à son propre repos,
Et que la soif du sang n'y fit point de héros :
Dis que l'appât de l'or n'aiguillonnait personne ;
Que quelques végétaux et les fruits de Pomone
1 Suffisaient pour calmer l'insatiable faim ;
Que pour son aliment, par un fer assassin,
L'homme n'y fit jamais mugir une victime ;
Qu'il ignorait les noms et de vice et de crime;
Qu'il ne prêtait serment sur sa foi, son honneur,
Que quand ses sentimens décoraient son grand cœur :
Dis-lui, surtout, dis-lui que dans ce tems prospère
On ne vit de jaloux que dans l'art de mieux faire ;
Que le vice honteux, à l'œil cave et mourant,
Ne faisait pas de l'homme un squelette ambulant ;
Et que l'affreux remords, le mal ni la misère,
Ne le tourmentaient point à son heure dernière.
Va, fuis! plonge bien vite, et me laisse en repos.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.