Un seul trait de lumière, par l'octogénaire de Grenelle [G.-P. Legret]

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l'auteur (Grenelle). 1832. In-8° , 22 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1832
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UN
DE LUMIÈRE.
" La Loi pour tous et tout pour la Loi. »
PAR L'OCTOGENAIRE DE GRENELLE.
l'Auteur, à Grenelle, Rue Fondary, IV. 6
Se trouve chez J. DELACOUR., Imprimeur Libraire, à Vaugirard;
les Libraires , Marchands de Noureautés , à Paris .
JUILLET — 1852.
IMPRIMERIE DE PETIT, RUE DU CAIRE, N.4
UN SEUL
TRAIT DE LUMIÈRE.
Lorsque je vois mes Compatriotes livrés à des dissensions
politiques tellement animées qu'ils sont prêts à s'entr'égorger
pour décider quel gouvernement leur convient le mieux, ne
m'est-il pas permis de chercher à les rapprocher si je crois en
avoir trouvé le moyen?
Tout le monde reconnaît qu'il existe maintenant en France
trois partis bien prononcés qui, quoique très-distincts, ne
sont réellement séparés que par quelques nuances plus ou
moins fortes. Car je crois pouvoir assurer que tous foncièrement
veulent un gouvernement légal et régulier, et qu'aucun ne con-
sentirait à vivre sous le despotisme, l'arbitraire, ou l'anarchie ;
et j'en conclus qu'il ne doit pas être très-difficile de les ac-
corder.
Il me semble que ces trois partis peuvent se désigner ainsi:
I. Les amis de la charte octroyée, ou de la restauration.
2. Ceux de la charte imposée ou de la révolution de juillet.
3. Enfin les républicains radicaux.
Les deux premiers partis sont d'accord pour vouloir un roi ;
Le troisième seul n'en veut point.
Les amis de la restauration voudraient que leur roi fut
absolu ; ceux de la révolution de juillet ne veulent que d'un
roi constitutionnel : telles sont les deux seules nuances qui
séparent ceux-ci ; quant aux républicains, dont la volonté est
plus tranchée, peut-être trouverons-nous, moyen de les con-
vaincre qu'ils ont ce qu'ils demandent.
Essayons de répondre à tous.
Disons d'abord aux amis de la restauration , il était parfai-
tement inutile de faire la révolution de 89, pour rentrer au-
jourd'hui sous le gouvernement absolu et pour le conserver.
Disons ensuite aux républicains radicaux, que l'essai que
nous avons fait de la république pendant un assez grand nom-
( 4 )
bre d'années, ne nous, a que trop prouvé que ce gouvernement
ne pouvait nous convenir.
Disons enfin à tous, qu'aucun gouvernement ne pouvant
marcher sans un chef quelconque, il faut absolument en placer
an à sa tête.
Partisans de la restauration, si vous voulez un chef absolu
brisez la table de vos lois.
Républicains, si vous ne voulez qu'un Président, un Dôge,
un Statouder, un Consul, amovibles, enfin des électifs, préparez-
vous à l'anarchie de 93, et aux guerres civiles.
Amis de la charte de 1830, si vous croyez voir en elle une
monarchie tempérée, vous vous trompez, car c'est au contraire
une république modifiée.
Le sort en est jetté ; la France monarchique,
Par la Charte est changée en France République.
Mes chers Concitoyens, je ne suis ni publiciste, ni diplomate,
ni écrivain politique ; je ne fais gémir ni la presse des journaux,
ni celle des brochures. Je ne suis pas poêle non plus, et vous
vous eu apercevrez bientôt, puisque je vais avoir la témérité
de Vous présenter quelques-uns de mes argumens en prose
rincée : la rime et la mesure sont des ornemens que j'ai par
fois besoin d'emprunter à la poésie pour rendre plus supportable
analanguissante prose.
Oui, mes chers Concitoyens, c'est armé uniquement de
mon simple bon sens et de d'expérience que j'ai acquise par
mes 16 lustres accomplis, que je me présente devant vous:
permettez cependant que j'y a joute la pureté de mes intentions,
et l'ardent amour de mon pays , et que je me retranche
derrière eux pour faire excuser ma hardiesse.
J'ose donc dire ici à tous les partis: cessez de vous disputer
sur la nature du gouvernement que vous désirez, car la Charte
constitutionnelle de 1830 renferme précisément tout ce que
vous demandez chacun de votre côté, c'est-à-dire essen-
tiellement un chef et des lois.
Dans cette noble Charte, indissoluble noeud,
Tissu par la sagesse et l'unanime voeu,
Voyez la république et tous ses caractères!
Trois pouvoirs séparés, l'un à l'autre contraires,
Qui se contrôlant tous et se donnant la main,
Font la toute puissance et seuls le souverain.
( 5 )
La République est là, sa lettre n'est point close/
Eh! qu'importe le mot quand nous avons la chose !
Qu'importe que son chef soit président ou roi?
C'est toujours le gardien , le prêtre de la loi !
La couronne pour lui n'est plus qu'un noble emblême
Qui signale des lois l'autorité suprême;
Et qui, frappant les yeux par son brillant éclat,
Annonce à l'univers le plus grand potentat.
Où donc est maintenant, et je vous le demande,
Ce Roi que vous craignez, ce pouvoir qui commande?
Ce pouvoir absolu, pour jamais aboli?
De l'homme ; ou de la loi , qui va régner ici ?
Redisons-le cent fois , pour bien nous faire entendre,
Et qu'on ne puisse plus encore s'y méprendre
La République est là, sur le trône des Rois,
El la charte ne veut que le règne des lois.
Oui c'est la République et légale et sévère ,
Et pour palladium, sort chef héréditaire.
C'est bien la République avec tous ses bienfaits.
Mais dégagée enfin de ses fatals excès.
Ah ! Rendons grâce à nos sages législateurs de ce que , par
cette Charte immortelle, ils nous ont pour jamais affranchis,
De ces divisions , de ces rivalités
De ces corruptions, de ces vénalités
Ces haines de partis, ces succès versatiles ,
Ces troubles, ces combats et ces guerres civiles,
Qui tantôt précurseurs, tantôt solutions
Ont brisé, relevé l'urne aux élections,
Et n'ont qu'à prix de sang enlevé des suffrages
Dont bientôt d'autre sang a vengé les outrages.
Eh! Que l'on ne nous dise pas que cette Charte va éteindre
toute émulation parmi les citoyens , et qu'en leur interdisant
le poste le plus éminent on ne laisse plus rien aux désirs d'une
noble et grande ambition!
Et ces commandemens de nos belles armées ,
Toujours par la valeur et la gloire animées !
Cette simarre au chef de nos grands tribunaux,
Cette flâme au grand mât de nos grands amiraux ,
Et les conseils des rois, et ces nobles tribunes,
Des peuples « des états, décidant les fortunes;
(6 )
Les sciences, les arts, multipliant leurs prix ,
Le commerce accroissant le bonheur du pays,
L'honnête agriculteur et l'utile industrie
S'efforçant chaque jour d'enrichir la patrie,
Tout cela , disons-nous, pour le grand citoyen,
N'aurait aucun attrait et ne serait plus rien !
Détrompons-nous; ces âmes élevées, ces âmes dévouées au
bonheur, à la gloire de leur pays, ne connaissent d'autre am-
bition que celle de se rendre utiles, n'importe dans quelque
poste que ce soit.
Modeste Washington ! sage Cincinnatus,
A mes concitoyens rappelez vos vertus !
Que votre souvenir parmi nous les transmette,
Et nous verrons paraître encor des Lafayette!
Eh bien! Français, commencez-vous à reconnaître que ce
gouvernement qu'il vous plaît d'appeler représentatif, ou mo-
narchie constitutionnelle , n'est au fond, n'est au vrai , que
ce qu'il faudrait appeler une République royale, si ces deux
mots joints ensemble n'impliquaient pas contradiction? et
comme il est vrai que de tout temps, les mots ont exercé sur
les esprits un,pouvoir magique qui décide le sort des choses ,
avouez que vous ne seriez pas fachés que l'on vous en proposât
un qui peignît plus fidèlement ce gouvernement auquel vous
ne savez quel nom fixe il convient de donner : eh bien ! mes
chers Concitoyens, je vais lâcher d'en découvrir un.
Quel être fantastique, au bout de l'horison,
M'apparaît et séduit mon oeil et ma raison!
Son sceptre est un niveau, sa couronne une palme,
Son oeil vif, pénétrant, brille sous un frontcalme;
De ses bras vigoureux il ceint le monde entier,
Et la terre fleurit sous son pas régulier!
Est-ce la République-?.Est-ce la Monarchie?
•Ce sont toutes les deux, c'est la Légiarchie !
Oui la Légiarchie ! à ce mot qui dit tout,,
La vérité se lève et paraît tout-à-coup.
Français, Elle vous dit et répète sans cesse,
C'est là qu'est le bonheur, la force , la sagesse,
Et la stabilité : caries gouvernemens,
Appuyés sur les lois, seuls braveront les temps»
Elle vous dit enfin que c'est sous son empire
Que les beaux jours d'Astrée encore pourront fuire
( 7 )
Que celte vérité frappe vos cabinets,
Monarques étrangers réunis en congrès :
Quittez Machiavel et tous ses vains systèmes ;
Pour un chef Légiarque il n'est plus de problèmes.
Partout à découvert doit marcher le pouvoir,
Et le meilleur secret est de n'en plus avoir.
Toi surtout, Albion , toi notre soeur aînée,
Peux-tu dissimuler notre charte puinée ?
Quand nous la promulguons lu dois la protéger;
Des voisins tels que nous , sont bons à ménager.
Albion , nous t'aimons, une profonde estime ,
Dans tous les temps pour toi, nous meut et nous anime ;
Aujourd'hui que nos faits paraissent au grand jour ,
Tu nous dois le tribut du plus noble retour.
Si nos goûts, si nos moeurs ont quelques différences,
Devant la liberté pâliront ces nuances;
Réunis pour le bien , nous nous imiterons,
Et pour le bien encor nous nous ressemblerons.
Viens éteindre avec nous les flambeaux de la guerre,
Nous pouvons, d'un seul mot, pacifier la terre.
Comme toi vers la paix nous tournons nos esprits;
Comme toi nous sentons qu'elle devient sans prix:
Nous savons que le sang répandu sur les plages ,
Pompé par le soleil, épaissit les nuages,
Que d'atômes impurs, nés de ce même sang,
Balancés dans les airs et portés par le vent,
Font voyager la mort de l'un à l'autre pôle,
Que bientôt déployant leur funeste auréole,
C'est la fièvre, la peste et l'horrible typhus ,
Sous l'affreux étendard du choléra-morbus.
Laissons des insensés courir à la victoire,
Trop de fléaux toujours accompagnent la gloire;
Nous pourrons, s'il le faut, cueillir un beau laurier,
Mais nous cultiverons le paisible olivier;
Et notre liberté , sans exciter les haines,
Saura paisiblement briser toutes les chaines.
Sous l'égide des lois la liberté vivra.
Et c'est l'heureuse paix qui la propagera.
Ah! Si la France enfin unie à l'Angleterre,
Voulaient de cette paix favoriseF la terre ,
Pour la faire régner du midi jusqu'au nord ,
II suffirait d'apprendre un si sublime accord !
( 8 )
Quels seraient, en effet, les princes, la puissance,
Qui cherchant à former une contre-alliance,
Prétendraient mettre obstacle aux voeux bien prononcés
De ces deux cabinets ainsi coalisés.
On les verrait en vain s'agiter sur leurs trônes,
Leurs peuples avertis briseraient leurs couronnes,
Et le mot liberté , joint à celui de paix
Serait un talisman plus puissant que jamais.
Les rois le savent bien, aussi la seule crainte
De recevoir un jour cette terrible empreinte ,
Qui vient toujours sceller les révolutions.
Les ferait à l'instant baisser leurs pavillons.
Ah! Ne redoutons plus leurs menaces étranges !
S'ils osaient contre nous amener leurs phalanges,
Que le mot liberté, sur le bronze elle fer
Offert à leurs guerriers, retentisse dans l'air :
Que drapeaux, étendards, enseignes, oriflâmes
Reproduisent ce mot écrit en irait de fiâmes,
Et qu'un doux olivier, symbole de la paix.,
Leur montre des amis dans le peuple Français.
C'est ainsi qu'aisément on désarme des braves,
Qui naissant citoyens, rougiront d'être esclaves
Qui vous empêcherait donc, mes chers Concitoyens , d'a-
dopter ce mot de Légiarchie , et de l'appliquera ce gouver-
nement représentatif que la charte de 1830 vous a constitue?
qui vous empêcherait encore de donner aussi à son chef le
nom de Légiarque, au lieu de celui de roi qui offusque les
républicains, qui entretient les espérances des royalistes, et
auquel, pour vous faire bien comprendre, vous êtes obligés
d'ajouter l'épithète de constitutionnel? Est-il des mots qui
puissent mieux peindre un gouvernement essentiellement basé
sur les lois? et puisque telle est véritablement la nature du
vôtre , pourquoi hésiteriez-vous? mais remarquez l'avantage
immense que vous en recueillerez et qui doit vous décider;
n'apercevez-vous pas que promptement séduites par la nou-
veauté, par la justesse, par le laconisme de ces mots , autant
que par la nature même de votre gouvernement, toutes les
nations vont vouloir s'en emparer aussi, et exiger de leurs sou-
verains des institutions légiarchiques ? et voilà qu'à l'aide de
deux seuls mois , vous établissez la propagande la plus
efficace et la plus prompte.

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