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Un vaillant

De
198 pages

Par une belle matinée du mois de février 1799, la « France » voguait en vue des îles Seychelles dont on apercevait les sommets bizarrement découpés et les hautes falaises.

Le léger brick fendait les lames de la mer Indienne. Les mâts pliaient sous l’effort de la brise. Les vergues étendaient leurs bras pour soutenir et développer dans toute leur étendue les ailes du navire. La grande voile latine du mât de beaupré semblait à elle seule, un immense oiseau fendant l’air bleu.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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C’était un coin féerique de l’Asie...

Alexandre Vivier

Un vaillant

Roman national

PREFACE

A Alexandre VIVIER

Qu’est-ce que le roman historique, mon cher ami ?

Est-ce un clou auquel on accroche un tableau, suivant l’expression pittoresque d’Alexandre Dumas ?

Pour moi, c’est un moyen de faire connaître quelques-unes des mille faces de ce Protée qui s’appelle l’Homme.

Sans le roman, l’histoire serait-elle toujours comprise ?

Souvent l’historien voit de trop haut.

L’économiste n’envisage que le plus pauvre côté de l’individu.

Le romancier, lui, comme le peintre, tourne et retourne son modèle, met en lumière les points saillants, drape à sa guise les étoffes, voit à sa façon les traits.

Il fait plus, il découvre les mobiles, étudie les passions, interprète à l’aide de la fiction les faits vécus dans l’histoire, juxtapose aux luttes réelles des peuples ou des princes les luttes secrètes que l’esprit philosophique déduit des évènements, soit pour en déterminer les causes, soit pour en dégager les véritables conséquences.

Enfin, le romancier crée le type dans lequel il incarne son idée, comme ont fait Walter Scott pour Waverley, Alfred de Vigny pour Cinq-Mars, Victor Hugo pour Gauvain dans Quatre-Vingt-Treize.

C’est là votre pensée, vous aspirez à cette manière. J’ai lu avec un extrême intérêt, votre roman national, Un Vaillant, qui relate un épisode peu connu de l’histoire de la marine française.

Vous avez, avant tout, voulu être exact et dire la vérité. Ce scrupule que je comprends (je n’admets pas que le roman historique dénature les faits pour la plus grande commodité de l’écrivain) n’a rien enlevé à la touchante et dramatique poésie de votre fiction.

Vous êtes resté vrai sans être aride ou obscur.

Ce nouvel essai vous prépare un succès honorable.

Vous travaillez avec ardeur et dans un but auquel tous vos amis applaudiront.

Vous vous adressez à la jeunesse et vous lui prodiguez ces leçons de patriotisme qui se retrouvent à chaque page de nos annales.

Vous l’aimez cette jeunesse, ce printemps des nations, suivant le mot admirable de l’orateur antique, et vous la défendez contre les suggestions malsaines d’une époque où l’égoïsme semble triompher.

C’est se servir noblement du talent que Dieu donne, et je ne puis que vous féliciter de combattre pour les causes sacrées, de faire aimer la patrie, et de chercher à inspirer ces passions idéales du beau, du vrai, du sacrifice qui, par l’enthousiasme, élèveraient si haut la génération présente.

Un Vaillant sera le pendant de votre premier ivre, que j’ai relu avec tant de plaisir et je vous souhaite, cher et jeune ami, qu’il soit l’aîné d’une longue suite de ces attrayants récits, que votre plume élegante sait si bien conter.

 

Charles BUET.
Paris, Novembre 1885.

DÉDICACE
A
MES NEVEUX

 

 

HENRY HESTE, JUAN CARRIER

ET MAURICE D’HOUDETOT.

 

 

C’est à vous, mes chers enfants,queje dedie ce livre. Il vous revient de droit. Fritz Dietrich, LE VAILLANT ; c’est l’enthoustasme, la foi en la Patrie, le dévouement, l’amour du bien et du beau. C’est cequechacun de vous sera plus tard, je l’ espère du moins.

 

ALEXANDRE VIVIER.

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Hans aimait éperdument la France...

PROLOGUE

UN POSTE TÉLÉGRAPHIQUE SUR LA FRONTIÈRE D’ALSACE EN 1795

En 1795, comme aujourd’hui, la route de Saverne à Wissembourg traversait un paysage grandiose. Les Vosges, en effet, projettent dans ces parages des rameaux entre lesquels se creusent des vallées profondes. La Lauter y coule, tantôt encaissée entre des rochers sauvages, tantôt traçant son cours au milieu de fraîches prairies. Le versant de la chaîne, pittoresquement étagé, porte ici des pâturages, là des bois de chênes et de sapins. De cime en cime, de gradin en gradin, la ligne de l’horizon s’ouvre et offre à l’œil étonné ses lignes harmonieuses. Au point culminant, s’élargit-un large plateau. Un énorme bloc de pierre, débris d’un rocher, surplombait alors au-dessus d’un sentier qui serpentait de la grande route vers ces hauts escarpements.

Le 14 octobre 1795, ce plateau présentait un spectacle étrange.

On y voyait une maisonnette de forme pyramidale et nouvellement construite. Au-dessus de la porte flottait un drapeau. Le toit était surmonté d’un mât, en travers duquel était fixée une longue barre de bois munie, à ses deux extrémités, de tiges plus courtes. Des cordes de laiton, enchâssées dans des poulies, régnaient le long de ces tiges. Une manivelle, des débris de bois jonchaient la plate-forme, deux lunettes d’approche s’y dressaient sur leur piédestal.

Un homme, le fusil en bandoulière, gardait ces appareils. Il se nommait HANS DIETRICH.

Le soleil était descendu derrière les montagnes, une étoile ou deux se hasardaient déjà dans le ciel, tandis que le croissant s’élevait avec lenteur, jetant sa vive lumière sur ces gigantesques bras de bois, les forêts et les eaux.

Alors Dietrich songea à mettre à l’abri dans l’intérieur de la maisonnette les lunettes et quelques appareils non encore installés. Tandis qu’il vaquait à ce soin, deux hommes s’arrêtèrent au dessous de la roche qui jetait son ombre sur le sentier.

L’un portait un costume de braconnier : veste courte, casquette de loutre, grègues déchirées au genou. L’autre était enveloppé dans un manteau d’uniforme et de couleur sombre ; un large chapeau couvrait son visage.

Ces deux hommes parlaient allemand.

  •  — Qu’est-ce que cet attirail, disait celui qui portait le manteau militaire, est-ce un fort, est-ce un observatoire ?
  •  — Ce n’est ni l’un ni l’autre ; c’est une station télégraphique, disait le braconnier.
  •  — Je ne vous comprends pas. Vous raillez.
  •  — Je ne raille pas. Je cherche seulementt à gagner mon salaire. Vous m’avez demandé le secret de ces nouveaux appareils. J’aime le plaisir et l’argent. Par les cornes du diable, je cherche honnêtement à m’en procurer. Nargue la patrie, si elle est en cause...

Le traître s’arrêta tout à coup, prêta l’oreille et n’entendant plus Dietrich qui s’était retiré dans l’intérieur de la maisonnette, reprit à voix basse :

  •  — Oui, capitaine, c’est une invention nouvelle, dont l’auteur est un citoyen du nom de Claude Chappe. Avancez légèrement la tête, et regardez. Voici une tige do bois. Deux barres, do moitié plus petites, sont articulées à chacune de ses extrémités. La branche principale, appelée régulateur, a 4 mètres de long, les deux autres 1 seulement. On los appelle indicateurs ou ailes. Deux contre-poids on fer, attachés à une tige de même métal, font équilibre au poids des ailes et permettent de le déplacer avec très peu d’effort.
  •  — C’est simple et admirable, interrompit l’Allemand.
  •  — Sans doute. L’assemblage de ces trois pièces forme un système unique, élevé, comme vous voyez, dans l’espace et soutenu par un seul point d’appui : l’extrémité du mât, autour duquel il peut librement tourner.
  •  — Mais comment se meuvent ces pièces ?
  •  — A l’aide de cordes de laiton. Ces cordes communiquent dans la maisonnette avec un petit appareil, qui est la reproduction en raccourci du télégraphe extérieur. C’est ce second appareil que le stationnaire manoeuvre : le télégraphe placé au-dessus du toit ne fait que répéter les mouvements imprimés à la machine intérieure.
  •  — Comment cela ?
  •  — Par le moyen d’un mécanisme bien simple, qui se réduit à une large poulie à gorge, sur laquelle est attachée et fortement tendue une corde de laiton. Cette corde vient s’enrouler sur une autre poulie fixée à l’axe du télégraphe. Quand le levier du régulateur du petit appareil placé dans la maisonnette est abaissé par le stationnaire, la corde do laiton qui tourne autour de ce levier est tirée et le régulateur externe, mis en action, reproduit le même mouvement. Quand les autres leviers du petit appareil sont mis en action, les cordes qui vont do ces leviers aux ailes extérieures sont tirées et font prendre à ces ailes la même position.
  •  — Combien de positions, le régulateur peut-il prendre, demanda l’Allemand avec un geste de dépit ?
  •  — Le régulateur est susceptible de prendre quatre positions : verticale — horizontale, — oblique — de droite à gauche, oblique de gauche à droite. Les ailes peuvent former avec le régulateur des angles droits, aigus ou obtus.
  •  — Combien de signaux ces diverses positions peuvent-elles donner ?
  •  — 49 signaux différents. Mais chaque signal prend une valeur double, selon qu’il est transporté, tout formé, à l’horizontale où à la verticale. Ainsi 49 signaux peuvent recevoir 98 significations, en partant do l’oblique de droite ; de même pour l’oblique de gauche, ce qui donne en tout 196 signaux.
  •  — Combien comptez-vous de stations analogues à celle-ci, depuis Paris jusqu’à celle qui se trouve au delà de la Lauter, immédiatement après la vôtre ?
  •  — Je ne sais aujuste. Elles sont éloignées en moyenne de 2 à 3 lieues. Chaque poste est établi, soit sur une tour, soit sur un clocher, soit sur une montagne. Comme sur l’aile des vents, la dépêche partie de la station extrême et reproduite par chaque poste, vole jusqu’à Paris où le premier appareil est établi, dit-on, au-dessus du Palais du Louvre.

L’homme au manteau sombre frappa du pied avec colère.

  •  — Nous sommes vaincus, dit -il, la France encore une fois l’emporte. Cette invention vaut mieux pour sa defense que les manœuvres de Moreau. Par mon âme damnée, je l’ai pourtant ce secret et je le garde. La France mourra ; je serai son vainqueur.

L’autre ne tressaillit même pas.

L’étranger, qui n’était autre qu’un capitaine du génie prussien, demanda :

  •  — Comment les différents signaux peuvent-ils transmettre l’expression de la pensée ?

Claude Chappe et ses frères ont consacré 92 des siguaux de l’oblique de droite à représenter la série do 92 nombres, depuis 1 jusqu’à 92. Ensuite, ils ont composé un vocabulaire de 92 pages, dont chacune contient 92 mots. Le premier signal donné par le télégraphe indique la page du vocabulaire et le second fait connaître le numéro porté dans cette page qui répond au mot de la dépêche. On peut ainsi, par deux signaux, exprimer plus de 8000 mots. C’est ce qu’on appelle le vocabulaire des mots. Toute la correspondance est centralisée ainsi à Paris, au Ministère de la guerre.

  •  — Mais, camarade, 8 000 mots sont insuffisants pour traduire toutes les pensées...
  •  — Il y a un second vocabulaire de phrases toutes faites.
  •  — C’est bien, dit l’étranger. Il se fait tard... quel salaire veux-tu pour ces renseignements ?
  •  — Mille florins, seigneur.
  •  — Tu railles, ami. Brumwick a des fonds secrets considérables, et Pitt sème à profusion l’or de l’Angleterre dans les pays coalisés, mais tes prétentions dépassent tesservices. Tu m’as seulement expliqué le mécanisme de ces appareils. En somme, ils restent aux Français et demain ils peuvent annoncer à Paris l’envahissement des lignes de Landau à Wissembourg. A cette nouvelle Moreau recevra des renforts et adieu notre conquête
  •  — Soit, répliqua le traître. Je ferai davantage. Demain, à la nuit, amenez dans la gorge voisine, dix tirailleurs déguisés, par satan, je jure que vous me remercierez.
  •  — Est-ce ton dernier mot ?
  •  — Pour cette somme, c’est ma dernière promesse. Pour une semblable, je vous livrerai les vocabulaires et vous procurerai le moyen d’enlever le système entier. Vous le reproduirez ensuite pour les besoins de l’armée des alliés.

Ce disant, l’indigne Judas eut dans les yeux un éclair de haine et de convoitise. Il tendit la main.

L’Allemand lui jeta une bourse d’or.

  •  — Guide-moi, dit-il. Il me faut traverser vos lignes. Et ces chemins ne sont pas sûrs.

Tout à coup, une lueur éclaira les broussailles ; un coup de feu retentit. Une balle siffla dans l’air et, passant entre les deux hommes, vint frapper le tronc d’un mélèze.

  •  — Ma bourse est à toi, si tu me sauves avec mon secret, dit l’étranger.
  •  — Ta vie est à moi, maudit, cria une voix vibrante.

C’était Hans Dietrich, qui, sans avoir entendu les confidences échangées, avait aperçu dans l’ombre, la silhouette des deux personnages et soupçonné ce qu’ils tramaient ainsi.

S’appuyant d’une main sur sa carabine encore fumante, de l’autre sur un angle du roc, le gardien sélança d’un bond au milieu du sentier et y dressa sa taille gigantesque.

  •  — A moi, répéta l’Allemand.

Mais le traître ne répondit pas.

A ce moment, il rampait dans les herbes pour gagner le fond de la vallée.

  •  — A nous deux, rugit Dietrich.

Ce fut une lutte acharnée.

L’étranger mit l’épée à la main, recula d’un pas et se tint en arrêt.

Bans Dietrich n’avait que sa carabine, il la jeta dans les broussailles.

  •  — A nous deux, répéta-il. Tu as ton fer, moi, j’ai mes bras. La partie est égale.

Puis il se baissa, rampa quelque peu dans l’obscurité et sans laisser deviner à son ennemi le point de son attaque, il se releva par derrière en lui jetant sur la tête son large marteau.

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