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Une enfance nîmoise

De
130 pages
En quinze chapitres, l'auteur de ce récit offre un tableau des coutumes et des moeurs de la ville de province qui l'a vu naître en 1938. Après les douleurs de l'occupation sous Pétain, sans que les Nîmois n'en prennent conscience, c'est le début des Trente Glorieuses. Le club de football du Nîmes Olympique va devenir le héros de la ville, peu avant que naisse la Feria qui attirera des foules venues des quatre coins de l'Europe. Il n'empêche que les jeunes en ces temps n'avaient guère droit à la parole, et des murs presque infranchissables séparaient les adolescents des deux sexes. 1968 était encore loin.
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JeanLouis Hartenberger
Une enfance nîmoise 19381958
/ Récits
Rue des Écoles
Récit
Rue des Écoles
Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques.
Déjà parus
Arnaud (Emmanuel),Le monde dans 3000 ans, essai, 2016. Covas (Madeleine),l’enfant-soleil ou la vie à l’envers Frédéric , roman, 2016. Jalat-Blanchet (Jean-Paul),Il était une fois à Ouessant,récit, 2016. Larbodière (Marie-Flore),Une si violente solitude, roman, 2016. Thibault (Jacqueline),À haut potentiel, récit, 2016. Simon (Christine),Par les rues, récit, 2016. Bernard (Laurent),Une irrésistible intuition, roman, 2016. Auclair (Jean-Baptiste),Les années oubliées, roman, 2016. Sauvil (Pierre),Une armure de paillettes, roman, 2016. Henri (Christian),Masque noir, roman, 2016. Lotito (Gaston),Comme on parle à ses rêves, roman, 2016.
Cornman (Julian),Déréliction, essai, 2016.
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Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
UNE ENFANCE NÎMOISE
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10903-9 EAN : 9782343109039
Jean-Louis HartenbergerUne enfance nîmoise 1938-1958 Récit
Du même auteur :
Une brève histoire des mammifères. Bréviaire de mammalogie. 2001. Belin. Prix Jean Rostand.
Grandeurs et décadences de la girafe. 2010. Belin.
Nous, les Mammifères. 2013. Le Pommier.
Depuis quand les cachalots ont le melon ? 2016. Belin.
Avant-propos Mon ambition est grande, aussi démesurée qu’œdipienne. Ecrivant ces lignes qui racontent mon enfance, j’emprunte les brisées de Marc Bernard (1900-1983), l’écrivain favori de ma mère. Elle fut sa contemporaine à quelques années près, et son enfance s’est déroulée dans ce même quartier entre les rues Rangueil et de l’Enclos-Rey, théâtre de plusieurs des romans-souvenirs de l’écrivain nîmois. Elle y a connu et côtoyé la même joyeuse populace qui, après les affres de la Grande Guerre, peu à peu en ce début de vingtième siècle, reprenait son souffle, essayant de cohabiter avec ses fantômes, tous chers disparus que l’on ne célébrait qu’une fois l’an mais que l’on portait dans le cœur toute l’année. A mon tour m’ont raviPareil à des enfantsetUne journée toute simple, sans oublier cette surprise lorsqu’un soir ouvrant la télé, j’y rencontrai Bernadette Lafont etLe carafon, adaptation théâtrale d’une de ses nouvelles. Comment oublier celui qui fut prix Goncourt en 1942, la pire année pour être reconnu écrivain dans un pays devenu « sans papiers » dans tous les sens du terme, et alors que communiste de cœur, on est ignoré, voire méprisé par le parti. Entamer cette recherche personnelle d’un temps perdu, c’est aussi essayer de lui rendre hommage. Mes vingt premières années ont connu trois régimes : Pétain, la Quatrième République et les débuts de la Cinquième. Du premier je retiens qu’il sut organiser la Famine avec un grand F, la Déportation des Juifs, et sa Milice fut l’agent de ses exactions et crimes. Je haïrai Pétain et ses sbires jusqu’à la mort. Et que ses héritiers « F-haine » se
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gardent de m’approcher au risque que je ne les compisse après avoir dégusté des asperges. Le deuxième n’a connu qu’un seul Mendès France et fut abattu par un duo de médiocres, l’un libraire à Saint-Céré, l’autre secrétaire de la section du parti SFIO d’Arras. Il est vrai qu’alors le paysage politique était triste. Les ouvriers français avaient pour guide Maurice et Jeannette, récemment rapatriés d’URSS. Un de nos amis avait coutume de dire à propos de leur influence sur le peuple : « Les Français se font moscouillonner. » Quant aux élus du MRP, de la SFIO ou des « Indépendants » (sic), je ne retiendrai qu’un nom, Joseph Laniel, champion de médiocrité toutes catégories. Dans la défaite de la Quatrième République, qui a bien des points communs avec celle de 40, il ne faut pas sous-estimer l’incompétence, la bêtise, la veulerie des gouvernants d’alors. N’oublions pas que Guy Mollet, après avoir enclenché la catastrophique expédition de Suez, proposa à un Anthony Eden éberlué de rejoindre le Commonwealth ! 1 Prof d’anglais un jour, prof d’anglais jusqu’au bout . Pour la Cinquième, je l’ai vue naître. Ce qui m’inquiéta alors, et je n’étais pas le seul, ce fut la gangrène OAS, héritière en droite ligne de la Milice de Pétain qui menaçait de l’abattre. Ce qui la sauva, outre le géant qui la guidait, ce fut toute cette armée des ombres formée des femmes et des hommes qui, soit avaient suivi de Gaulle à Londres, soit avaient agi en France dans la Résistance. Malgré tous ses défauts et imperfections, j’aime la Cinquième, surtout celle à la sauce Mitterrand et aujourd’hui Hollande. Et puis je l’avoue, c’est cette République qui adolescent m’a offert une bourse d’études et donné des ailes jusqu’à ce que j’obtienne mon premier contrat CNRS et puisse me consacrer à l’étude des mammifères, nos frères etsœurs. Alors merci à tous ces grands commis de la République naissante qui ont porté et
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réalisé tous les espoirs de la jeunesse d’alors. Je souligne : je dis bien tous les espoirs d’alors. C’est une génération qui a fait naître les trente glorieuses. Alors, chapeau.
Ce tableau introductif resterait incomplet si je n’évoquais le territoire et la carte où j’ai vécu. Pour ce qui est de ma ville de naissance, elle était 2 peu après la guerre une cité ouvrière . Peu à peu, les usines de textile, de godasses et autres vont fermer. Heureusement, je ne sais qui en haut lieu en prit la décision, Nîmes va devenir une très grosse garnison. Les Trois Armes s’y installent dans les casernes existantes ou à proximité, dans le camp des Garrigues et à l’aéroport de 3 Garons . Des HLM « sociaux-militaires » vont pousser dans les faubourgs, et l’agglomération bientôt comptera plus de 100 000 habitants, jusqu’à faire la pige à sa voisine universitaire de l’Hérault. Nîmes est alors un nœud ferroviaire important, et les employés SNCF y sont en nombre. Tout ceci en fait une ville où le revenu moyen est moyen, mais l’ambiance chaleureuse. Cela se concrétisera par le succès populaire de l’équipe de football locale, le Nîmes Olympique, et en 1952 un maire qui aime la corrida incitera le gestionnaire des Arènes à en organiser une supplémentaire le lundi de Pentecôte. Les années suivantes, la municipalité invitera de joyeusespeñasqui déambuleront dans la espagnoles ville, et accompagneront de leurs flonflons les festivités taurines. La feria va naître, et j’en serai, à partir de 54, avec quelques centaines d’autres adolescents, l’un des enthousiastes cofondateurs.
Le cadre est esquissé, voici ma petite histoire.
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