Une épopée ! / par Barandeguy-Dupont

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Ledoyen (Paris). 1852. 12 p. ; in-12.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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EPOPEE!
Et gardez-vous de rire à ce grave sujel !
PAR
BAR AKTDEGUY-BUPOïtfT
PARIS,
CHEZ LEDOYEN, LIBRAIRE,
Palais-Royal, fialeric d'Orléans, 31. s
^NE ÉPOPÉE!
XHANT PREMIER.
Muse, chante avec moi les malheurs et la gloire
D'un Frolteur, dont les Pieds sont dignes de mémoire,
Qui, trahi dans son Art, et pourtant sans remord,
Ne pût même léguer sa Brosse avant sa mort.
Viens, redis ses malheurs en rimes bien pareilles ;
Ou que le blond Phcebus le frotte les oreilles !
Et vous, Enfant des Murs où le Nîve et PAdour,
Vers Bayonne, en fuyant, confondent leur amour,
Ami, lisez ces vers ; et tressez ma Couronne,
Du Laurier parfumé d'un Jambon de Bayonne!
Au pied des Monts d'Auvergne, entre mille Lourdauds,
D'oùParis, comme on sait, tire ses Porteurs d'eaux,
Mon héros, aux Mortels se fit d'abord connaître,
Dès qu'il mit, en naissant, sa tête à la fenêtre.
Sa tête? Je me trompe; Embryon fourvoyé,
Des flancs, qu'il fit gémir, il sortit... parlePié!
Et son père, Auvergnat à l'épaisse figure,
Gomme un arrêt du Sort, accepta cet Augure ;
Et, soulevant l'Enfant à toute sa hauteur,
« Ma Brebis vient; dit-il, d'enfanter un Frolteur! »
Mais, du fond de son lit, sa Mère l'Auvergnate,
Bien loin qu'un tel destin la console et la flatte,
Sanglotait à l'écart et pleurait comme un Sceau ;
Car elle avait rêvé pour Fils... Un Porteur d'eau !
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Mais le Ciel a parlé ; frotter est son partage ;
Déjà l'Enfant Héros a devancé son âge;
Déjà même son Pied, dans Glermont-dit-Ferrand,
N'a plus, pour se chausser, de Soulier assez grand.
Alors, de ses souliers secouant la semèle,
Il va trouver son-Père... et leur grand coeur se mêle.
« Père, dit-il, Paris m'ouvre tous ses Salons,
« Et l'ardeur de frotter me descend aux talons !
« Adieu doncl Pour marcher à la Gloire où j'aspire,
« Je ne veux que mes Pieds, mon courage et ma cire ! »
Et son Père, au départ, le bénit en chrétien,
En Auvergnat surtout... et ne lui donna rien.
Enfin, le voilà donc à Paris, mon grand homme,
Cirant à droite, à gauche, et frottant, Dieusaitcomme !
Aussi, comme il parlait de nous avec pitié,
Quand parfois il causait, sa Brosse sous le Piéî
Socrate aux Athéniens eût paru moins sublime:
« Môssieu! me disait-il, nous courons vers l'abîme;
« Pourquoi? Je le sais bien • et j'en dis la raison ;
« C'est qu'on se croit un Aigléet qu'on n'esl qu'un Oison.
« Et pourtant, que nous dit la Sagesse suprême?
« Regarde en toi d'abord, et te connais toi-même.
« Mais non, chacun s'abuse, ou se juge en flatteur;
« Moi, quand j'ai vu mes Pieds iem'aidit: « Sois Frolteur !
Je m'ai dit! Mot sublime ! Et, bravant la Grammaire,
Le front tout rayonnant d'une ironie amère,
11 sortait, sur ce mot, sa Brosse sous le bras :
De Paris, après tout, il fesail peu de cas;
o
Car cet Esprit altier n'avait pu se soumettre,
Lui, si fier de son Pied, à mesurer par Mètre.
Cependant, je ne sais quelle vague langueur,
Indice trop certain des Orages du coeur,
Malgré lui tout à coup l'assiège et le travaille.
Veut-il cirer? il dort : veut-il frotter? il baille !
Mais qui fait donc trembler le Plumeau dans sa main?
Est-ce l'Amour folâtre? Est-ce le grave Hymen?
C'est l'Hymen qui lui dit : « Il faut qu'on se marie. »
Sa Gloire le commande, et sa Vertu l'en prie.
Mais qui doit mettre un terme à son pudique ennui?
Qui sera digne encor de sa couche et de lui?
Et si, du Sac d'Hymen, au moment du Grand-OEuvre,
Croyant prendre une Anguille, il lire une Côuloeuvre?
Si ce front si superbe, était prédestiné?...
Vous savez qu'un Héros, quand il est taquiné,
Près des flots va rêver? Ainsi fesait Achille,
Ainsi fit mon Héros au Pied non moins agile,
Mais un Soir, vers la Seine, errant au bord des eaux,
Où Boileau seul encor pourrait voir des roseaux,
Il a vu, se penchant vers l'Onde paresseuse,
Une Nymphe, aux bras nus, qu'on nomme... Blanchisseuse !
Dieu du Ciel I quelle main! ou plutôt, quel batoir !
Mon Héros, ébahi, s'approche pour mieux voir :
Il s'arrête, il sourit, il pleure, il s'émerveille;
Quand, tout à coup, Amour le tirant par l'oreille,
Pour punir ses mépris, dès lors trop expiés,
Lui dit : « Voilà des Mains qui valent bien les Pieds : »

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