Une théorie de l'attachement

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Sur un malentendu, un homme revenu de tout et en quête de rien court le risque d'être attaché à une jeune femme menteuse. Cet homme est rapporteur, c'est-à-dire qu'il fait régulièrement à une assemblée dont le rôle et le pouvoir ne nous sont pas plus précisés qu'à lui des rapports sur ce qu'il voit et entend dans la société, dans la vie, plus largement. On pourrait dire aussi qu'il «établit» des rapports en mettant en contact par sa simple présence et son attitude détachée de «conducteur» indifférent, apparemment neutre, des ordres ou des niveaux de réalité différents. Mais ce retrait va bientôt être bousculé par la rencontre d'une énigmatique jeune femme qu'il met sans cesse, semble-t-il, en position de mentir et qui le sort de sa réserve, le fait tomber dans ce qu'il évitait soigneusement, c'est-à-dire la dilution, les regroupements frileux, les solitudes perdues, les tentatives de raccroc, les crochets mentaux. Ce livre est l'histoire d'une déstabilisation et d'une désagrégation, tout simplement, peut-être, celle de l'irruption de la vie et de son désordre.
Publié le : jeudi 29 septembre 2011
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EAN13 : 9782818009468
Nombre de pages : 159
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Une théorie de l’attachement
Édith Msika
Une théorie de l’attachement
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2002 ISBN : 2867448824
La réalité seraitelle, dans son essence, obsessionnelle? Étant donné que nous construisons nos mondes en associant des phénomènes, je ne serais pas surpris qu’au tout début du temps il y ait eu une associa tion gratuite et répétée fixant une direction dans le chaos et instaurant un ordre.
Witold Gombrowicz
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Ils ne sont sûrs de rien, et moi, je vais donner des réponses. Je l’ai compris tard. Ils sont inquiets, alors ils insistent sur des détails, ils vérifient tout. Il faut qu’ils vérifient tout, qu’ils constatent que ça a bien été dit comme ça. J’affirme que oui, ça a bien été dit comme ça, et pas autrement. Je dois donner les bonnes réponses.
Parfois, ils me scrutent dans les yeux. Avec insistance. Intensité, je ne sais pas, mais insistance. Vous pensez que oui ? Je dois garder les yeux droits et ne pas ciller. J’ai appris à ne pas ciller, question d’entraînement. Au début, ça surprend, on est déstabilisé ; après, c’est presque un réflexe, on ne cille pas.
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D’ailleurs, on lit toujours : il ne cilla pas. Il sou tint le regard. Voilà, c’est le mensonge tel qu’en lui même. Je ne mens jamais, bien sûr. J’ai ma certi tude. Ce qu’ils me demandent, c’est de la certitude. Je la donne. Une fois qu’on connaît le mode d’emploi, c’est faisable. En fait, il n’y a pas de mode d’emploi. Et personne ne se risquerait à le donner. Personne ne vend sa peau, apparemment. Chacun se dédouane (geste des mains retournées en avant).
Je rapporte. Drôle de métier, rapporteur. Pour tant. C’est vrai, je rapporte ce qu’ont dit des gens à d’autres gens. Certains pourraient dire que j’espionne. Mais non, je dois essentiellement convaincre. Les espions sontils convaincants ? J’en doute, et si j’en doute, vous allez aussi en douter : c’est mon métier, vous ne devez pas douter de ce que je vous affirme. Et je connais mon métier. Je le pratique depuis très très longtemps. Si je dis quelque chose, on me croit, générale ment. Vendre du vrai, parfois, c’est grisant, je l’avoue. Par moments, on a envie d’enjoliver, on fait quelques pas vers l’enjolivement. On rapporte en y mettant le ton. Obligé, parce que sinon ils ne me croient pas, et ça c’est grave. Le regard planté dans celui de l’autre (souvent plusieurs, rivés sur vous), j’affirme, je défends, je soutiens, je jure. Si, si, c’est vraiment comme ça que ça s’est passé.
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