Valérie, Carla, Cécilia, Bernadette et les autres… en campagne

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Chirac aurait-il été réélu sans Bernadette ? Jospin aurait-il pu l’emporter si Sylviane avait été plus populaire ? Sarkozy aurait-il été élu sans la persévérance de Cécilia ? Quel rôle Carla jouera-telle dans la campagne de Sarkozy ? Jusqu’où Valérie Trierweiler ira-t-elle pour soutenir son compagnon, François Hollande ? Chacune à sa manière raconte avec franchise ce qu’elle a vécu aux côtés de l’homme qu’elle aime et qu’elle soutient dans sa bataille pour l’élection présidentielle. Constance Vergara a su recueillir leurs confidences, leurs interrogations, leurs doutes, leurs convictions, voire leurs regrets. Quant à Valérie Trierweiler, jusqu’ici inconnue du grand public, elle se dévoile dans un portrait intime au moment de la campagne présidentielle.
Publié le : jeudi 8 mars 2012
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EAN13 : 9782847349405
Nombre de pages : 172
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CONSTANCE VERGARA

VALÉRIE, CARLA, CÉCILIA,
 BERNADETTE ET LES AUTRES,
 EN CAMPAGNE

TALLANDIER

À mon père, ce grand homme

« Ce que l’on attend de l’être avec qui l’on vit, c’est qu’il vous maintienne au niveau le plus élevé de vous-même. »

Virginia WOOLF

La Traversée des apparences, 1915.

INTRODUCTION

En pleine campagne présidentielle, la présence des épouses aux côtés des candidats signifie bien qu’elles font partie du dispositif de campagne. Qu’elles le veuillent ou non, qu’elles s’en défendent ou pas, leur présence aux côtés de leur époux les transforme en femmes politiques. Leur participation est orchestrée minutieusement par des conseillers en communication. Ces femmes ont été confrontées à la difficulté de trouver leur place et d’accepter ou non le rôle qu’on leur donnait. Si Valérie et Carla se défendent toutes les deux d’être engagées dans la campagne présidentielle, la presse française et internationale les oppose déjà en pointant le rôle que chacune s’attribue auprès du candidat. L’offensive médiatique est lancée et exacerbée par un cas de figure inédit. Le challenger du président de la République partage sa vie avec une journaliste politique. Du jamais vu.

« Je les ai déjà toutes interviewées, me raconte, amusée Valérie, la compagne de François Hollande. Bernadette, Sylviane, Cécilia, et j’ai croisé Carla. » Quelle ironie du sort pour cette journaliste de se retrouver l’une de ces femmes rencontrées au cours de vingt ans de carrière.

Qui mieux que Jacques Séguéla, le communicant aux vingt campagnes présidentielles à travers le monde, peut analyser la campagne de 2012 ? « Il faut faire de l’anti-Séguéla ! » lâche-t-il, content de sa formule. Entendons par là : laisser au candidat la responsabilité de ses actes et de ses propos. Au feu, les slogans et les postures caricaturales ! En jetant un coup d’œil sur les couvertures des magazines et leurs titres tout au long de la séquence de 2007, on comprend que la campagne de 2012 est en effet l’exact opposé : l’ère est à l’anti-bling-bling. La campagne a commencé justement avec un candidat « normal », au printemps 2011, lorsque François Hollande a flairé la lassitude des Français face à l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy. « Je suis un candidat normal, stable, cohérent, qui tient un cap et qui s’y maintient par opposition à Nicolas Sarkozy et son exercice anormal de la fonction présidentielle, son narcissisme, une confusion des genres. » Finie l’exposition du couple conquérant, à l’instar de Cécilia et Nicolas, roi et reine du jonglage entre vie privée et vie publique. Si aujourd’hui tout le monde s’accorde sur le fait qu’on élit bien un couple à la présidentielle et plus seulement un homme, on n’attend pas pour autant que la compagne du candidat soit une femme politique. « Elle doit être la femme du politique et non une femme politique », confirme Jacques Séguéla (conseiller spécial de François Mitterrand en 1981 et celui de Lionel Jospin en 2002).

On se souvient de Bernadette, la première, qui en 2001, publiant un livre de Conversation (Plon) avec le journaliste Patrick de Carolis, évoque l’intimité de son couple, et notamment les infidélités de Jacques Chirac pardonnées par Madame. Tous les observateurs de la vie politique l’ont vue comme une majestueuse entrée en campagne. Une magnifique opération de communication. C’était la première fois qu’une première dame de France faisait campagne ouvertement pour son mari et par là même occupait à sa manière le terrain de la politique. Jusque-là, on attendait d’Yvonne, Claude, Anne-Aymone et Danielle qu’elles soutiennent leur mari sans se faire remarquer, en épouses dévouées et qu’elles étaient bonnes mères de famille supposées offrir en campagne. Pas moins, mais pas plus. La plus passionnée d’entre elles, Danielle Mitterrand, était déjà en 1981 militante de l’organisation Solidarités internationales et faisait campagne pour envoyer des « cahiers et des crayons aux enfants du Salvador et d’Afghanistan ». Même si elle demeurait dans l’ombre de son mari, Danielle a compris que la candidature de son époux à la présidence de la République était l’occasion d’attirer la lumière sur son action humanitaire. Pour autant, Danielle respectait le protocole de l’époque. En retrait pendant la campagne, tout juste était-elle assise au premier rang lors des meetings de son mari candidat. Silencieuse comme une simple figurante, elle écoutait le discours du candidat socialiste.

Vingt ans plus tard, en 2001, c’est en pleine lumière et avec la maîtrise des outils de communication que Bernadette, l’épouse du candidat de droite, entre en campagne. Ce surgissement du privé dans la sphère politique était inédit et occupe le devant de la scène pendant des semaines. Sylviane, l’épouse du candidat socialiste Lionel Jospin, n’a d’autre choix que d’entrer à son tour dans la bataille. 2002 marque donc une rupture dans le rôle joué par les épouses des candidats. Sur leurs traces, suivront Cécilia, Carla et Valérie, qui toutes revendiquent ce qu’elles sont avant d’être ce qu’on veut qu’elles soient. Ces femmes-là ne sont plus seulement de bons petits soldats aux côtés de leurs époux. Sylviane, Carla et Valérie ont des univers qui leur sont propres, quand Bernadette et Cécilia sont vouées à la carrière de leur époux, même si elles essaient de se débattre pour exister par elles-mêmes.

Sur la pointe des pieds, ces femmes peuvent s’introduire en catimini dans la campagne, le jour de l’annonce de candidature. Les observateurs, les journalistes spécialisés et les candidats attendent toujours de façon fiévreuse ce moment de la vie politique française. Un moment suspendu où la solennité de l’instant se mêle à l’émotion de l’événement. C’est l’aboutissement d’un parcours politique, mais surtout le choix d’un homme qui s’engage. La manière, la forme et le lieu sont donc souvent révélateurs de la personnalité du candidat et du message qu’il veut faire passer. Mais n’est-ce pas beaucoup de bruit pour rien si l’on considère que le résultat de l’élection n’est aucunement lié à la façon dont l’annonce a été faite ? Peut-être, mais cette petite musique qui sonne comme le clairon sur un champ de bataille annonce le début des hostilités. Et les Français aiment cette tradition dans le calendrier républicain. Ce jour-là, sont-ils accompagnés par leur épouse ? Les ont-elles conseillés ?

Ces hommes politiques, de gauche ou de droite, ont tous le même profil : c’est toujours en couple qu’ils ont affronté la tempête de la campagne présidentielle. Une exception néanmoins confirme la règle : Ségolène Royal. En 2007, François Hollande n’était plus son compagnon qu’officiellement quand elle s’est lancée. Depuis 2005, le premier secrétaire du Parti socialiste vivait une passion amoureuse avec Valérie. C’est donc seule, mais soutenue par ses enfants et habitée par une ferveur quasi religieuse assumée, que Ségolène Royal a mené campagne, échouant avec 46,96 % des voix. Valérie rectifie cette version couramment relayée par les journalistes : « Je ne laisserai jamais dire que François n’a pas fait campagne, ni qu’il s’est mal comporté. Au contraire, c’est corps et âme qu’il s’est engagé dans cette bataille. Il était premier secrétaire du parti socialiste et à ce titre, je peux en témoigner, il voulait ardemment que la gauche gagne. Il a sacrifié deux ans de sa vie politique et personnelle. Sans la candidature de Ségolène Royal, nous aurions vécu notre amour au grand jour. »

Quant aux autres candidats, souvent divorcés, ils s’embarquent dans cette séquence bras dessus, bras dessous avec leur nouvelle épouse, décidés à rassembler le plus de voix possible. À eux de concocter la meilleure recette pour offrir aux Français le plus solide des menus.

Les deux favoris en 2012, François Hollande et Nicolas Sarkozy, forment avec leurs épouses des couples d’amoureux comme Sylviane et Lionel Jospin. Fait assez rare en politique pour qu’on le souligne. Carla et Valérie, elles-mêmes le mettent en avant. Ce sont des amoureuses. Avec elles, l’amour devient politique.

Alors, qui sont-elles, Bernadette, Sylviane, Cécilia, Carla et Valérie, ces femmes au caractère bien trempé qui essaient toutes de se faire entendre pour que les voix des électeurs se portent sur leur candidat ? Comment vivent-elles cette période unique ? Jusqu’à quel point sont-elles prêtes à soutenir leur mari ? Jacques aurait-il été plébiscité sans le soutien de Bernadette ? Lionel aurait-il pu l’emporter si Sylviane avait été plus populaire ? Nicolas aurait-il été si conquérant sans l’engagement de Cécilia ?

Aujourd’hui, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont concurrents parce qu’ils offrent à la nation deux projets différents pour la France… Et à travers eux, deux possibles Marianne à l’opposé l’une de l’autre.

1

LA FIDÈLE MILITANTE :
 BERNADETTE CHIRAC

Rencontre avec une grande dame

C’est à l’aube et à bord du TGV Paris-Metz que je retrouve Bernadette Chirac, l’ex-première dame de France, jamais dépourvue de bonne volonté et pleine d’énergie quand il s’agit d’enfants malades. Elle entame sa tournée des villes de province dans le cadre de son opération « Pièces jaunes » organisée par la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France dont elle est la présidente. Côte à côte sur la banquette, nous entamons une discussion franche, directe et amusante. Sous ses airs distants, Bernadette Chirac, pince-sans-rire, sait vous désarmer. Son phrasé et le plaisir qu’elle prend à relater ses souvenirs vous embarquent dans le récit de sa vie. À mesure que nous avançons dans notre voyage, l’épouse du Président se plonge dans des souvenirs plus lointains. Comme si elle souhaitait remonter le temps. Abritée derrière de larges montures de lunettes aux verres fumés, Bernadette se confie.

Avant d’être Mme Jacques Chirac, elle était Bernadette Chodron de Courcelle, une petite fille maladivement timide : « À table, toute la famille se gaussait de ma timidité. » Pourtant, une de ses amies d’enfance se souvient : « En classe, Bernadette faisait rire tout le monde ! » Timide et drôle à la fois… Une personnalité complexe à multiples facettes qui lui permet d’être remarquée par Jacques Chirac, le plus bel étudiant de Science-Po. Un physique avantageux d’acteur américain – belle carrure, élancé – et une allure de bad boy : blouson et pantalon large, porté au-dessus du nombril ! Alors que l’uniforme des bons élèves de Sciences-Po était plutôt le costume strict et conventionnel. Et sans doute, Bernadette a-t-elle pressenti la différence de Jacques Chirac avec les autres élèves. Cette volonté d’aller plus loin, plus haut. Une ambition déjà assumée. En 1956, Bernadette Chodron de Courcelle devient Bernadette Chirac. La perte du titre de noblesse est largement compensée par l’amour qu’elle éprouve pour son mari. Et tant pis pour sa famille qui aurait souhaité un meilleur mariage ! Bernadette n’a qu’un souhait : être la meilleure épouse possible en lui étant utile et l’accompagner au mieux dans ses choix. Être une bonne épouse et une bonne mère résonne comme des commandements dans sa tête. Rien ne pourra jamais la détourner de ces deux objectifs. Le tout est enveloppé d’une foi en Dieu très profonde. Quand elle convoque ses souvenirs aujourd’hui, pour moi, on perçoit une nostalgie, bien naturelle. Tout est embelli, les rancunes sont ravalées et les joies patinées.

Mère de deux filles, Laurence et Claude, Bernadette se consacre à leur éducation. « J’étais mère avant tout. Épouse aussi. Mais quand les enfants étaient petites, mère d’abord. J’ai adoré cette période », se souvient-elle tendrement. L’hiver 1966, Jacques Chirac mène sa première campagne législative et se tourne vers son épouse pour lui demander de faire la tournée des maisons de retraite et des hôpitaux, afin de prendre la mesure des problèmes existants. Comment le lui refuser ? Elle dont le souhait le plus profond est de le servir. Puis, de nouveau, en 1971, Jacques Chirac lui-même lui propose de se présenter au conseil municipal de Sarran. En bon petit soldat, elle enfile le costume de l’emploi et va faire du porte à porte. « Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai fait tout ça pour l’aider », confie-t-elle. Elle, si timide, est en service commandé et doit se débarrasser de ce travers qui la handicape. Il faut se faire violence pour devenir une femme politique. Bernadette possède heureusement les qualités indispensables pour cette nouvelle fonction, comme le goût des autres et un sens aigu de l’engagement. Elle découvre le plaisir d’écouter ces hommes et ces femmes lui faire partager leurs doléances. Elle noue sans effort des liens profonds avec eux. Si l’épouse veut survivre à celui que Georges Pompidou surnomme le « bulldozer », Bernadette comprend vite qu’elle doit forcer son caractère. Lorsque Jacques Chirac est nommé ministre de l’Agriculture, en 1972, elle ne le voit plus. Il passe son temps à Bruxelles. Bernadette sent son mari lui filer entre les doigts, lui le « coureur », comme elle le décrit dans son livre Conversation. Elle se languit seule avec ses filles. « Mon mari vivait à mille à l’heure, je ne pouvais pas avoir une vie si déphasée par rapport à la sienne. Je voulais faire quelque chose sur le plan intellectuel », semble-t-elle se justifier. Bernadette ne veut pas rester sur le côté de la route à attendre. Son couple souffre des infidélités de Jacques Chirac, mais elle s’accroche, car elle a foi dans son mariage. « Oui, j’ai ressenti le besoin de faire quelque chose pour moi-même », avoue-t-elle comme si elle confessait un péché – celui d’avoir un désir personnel. Ce sera l’archéologie où elle s’inscrit en licence à l’université de Paris I. N’a-t-elle jamais voulu exercer un métier ? « Mon mari ne l’a jamais souhaité », me répond-elle du tac au tac en soutenant mon regard. J’insiste : Mais vous, qu’auriez-vous aimé faire ? « La question ne se posait pas », esquive-t-elle sèchement avant d’ajouter avec malice : « Qu’essayez-vous de me faire dire, mademoiselle ? » Le décalage de génération entre nous explique ce petit échange musclé. Elle tient quand même à m’apporter une réponse : « Mon mari est fils unique, très égocentrique. Il veut que les choses tournent exclusivement autour de lui. » Le sujet est clos ! Je sens bien qu’elle est allée au-delà de ce que les convenances l’autorisaient à dire. Bernadette a l’art, comme personne, de faire comprendre qu’une conversation est terminée. C’est sans appel !

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