Vercingétorix, étude qui vient d'obtenir à l'Académie de Mâcon la première mention honorable, par M. Léop. Chappe,...

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J. Tardieu (Paris). 1866. In-8° , 40 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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VERCINGÉTORIX
ETUDE
VIENT D'OBTENIR A L'ACADEMIE DE MACON
LA PREMIERE MESTION HONORABLE
M. LÉOP. CHAPPE
OFFICIER D ACADEMIE
PROFESSEUR AU LYCEE IMPERIAL DE VERSAILLES..
Prix : 1 fr.
PARIS
JULES TARDIEU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
13, RUE DE TOURNON, 13
M UCCC LXVI
ETUDE
SUR
VERCINGÉTORIX
Si Pergama dextra
Dcfendi posscnt, etiam hac defensa fuissent
VIRG.
VERCINGÉTORIX
ETUDE
VIENT D'OBTENIR A L'ACADEMIE DE MACON
LA PREMIÈRE MENTION HONORABLE
PAR
M. LÉOP. CHAPPE
OFFICIER DACADEMIE
PROFESSEUR AU LYCEE IMPERIAL DE VERSAILLES
Prix : 1 fr.
PARIS
JULES TARDIEU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
13, RUE DE TOURNON, 13
M DCCC LXVI
1866
I
VERCINGÉTORIX (a)
.... Si Pergama dexlra
Defendi possent etiam hac defensa fuissent.
VlRG.
Tout jeune, il traversait les fleuves à la nage,
Il pressait du genou la cavale sauvage
Qui se laissait dompter ;
Au sommet des rochers battus par la tempête,
A travers l'ouragan déchaîné sur sa tête
Il aimait à monter.
(a) Ver-cinn-cedo-righ : grand capitaine, généralissime.
i
6 VERCINGETORIX.
Souvent on l'avait vu, ce fier enfant des Gaules,
Affronter, les cheveux épars sur ses épaules (°>,
Et la foudre (b) et les flots (c) ;
Contre le noir torrent essayer sa colère,
Et Jusque dans la nue, où grondait le tonnerie,
Lancer ses javelots.
C'était le descendant de ces Brenms redoutables (d)
Qui traversaient jadis le monde, insatiables
De gloira et de combats (e) ;
C'est l'aïeul immortel de ces soldats sublimes
Qui, depuis ont gravé sur les plus hautes cimes
La. trace de leurs pas.
Salut, fils de Celtill(f), éblouissante image,
Grand Vercingétorix, qui brilles d'âge en âge
Dans la nuit du passé ;
Écarte ton linceul, et du sépulcre sombre
Où depuis deux mille ans repose ta grande ombre,
Lève ton front glacé.
f«) Cf. Diod. Sic, v, 28. — (b) Arist., de Morib., m, 10. — (c) 01
Arist., Eudom., 111, \. —
(d) Bren, Brenin, roi, en langue kymrique. — (e) Cf. Arr. exp.
Alex.; Justin., xxxvm, A; Polyb., n; Strab., vu; Diod. Sic., V;
.AElian., XII, 23; Florus., XII, 4; Sil. Italie, IV; Justin, xxiv et
xxv, etc. — (f) Caes., B. G., vu, 4.
VERCINGETORIX. 7
Lève-toi tout entier de la froide poussière !
A mes yeux ressuscite, éclatant de lumière,
Vaillant chef des Gaulois ;
Et souris au poëte inspiré par ta gloire,
Qui, la main sur la lyre et les yeux sur l'histoire,
Retrace tes exploits.
Le poëte, il te voit du vallon solitaire,
A la fleur de tes ans, rechercher le mystère,
Et là, pâle, attristé,
Pleurant sur les malheurs de ta Gaule asservie,
Redemander au ciel sa liberté ravie,
La sainte liberté ;
Ou, plein d'un noble orgueil, vers ces palais féeriques,
Séjour aérien des âmes héroïques (a). (1)
Longtemps fixer les yeux,
Et dans les vagues d'or du soleil qui rayonne,
Dans l'astre qui scintille ou la foudre qui tonne
Saluer tes aïeux (6).
(a) « Coelo credunt superisque referri. » Sil. Ital., III et iv. —
Cf. Coes., B. G., vi, 14; Mêla, m, 2; Amm. Marc, v, 9; Val.
Max., H, 6, 10; Diod. Sic, v, 28. — (b) Marchangy, Gaule poé-
tique.
8 VERCINGETORIX.
Alors, songeant san's doute aux héros que Dieu mène
De l'Ebre (a) à l'Allia (b), du Tage à Trasimène (c),
Au Nil (d), à l'Hellespont (e) (2),
Courbé sous le. fardeau de ta valeur oisive,
Tu blasphèmes le sort : mais à ta voix plaintive
Nul écho ne répond...
Il répondit un jour : de la forêt voisine
Le druide sortit et vint sur la colline,
En marchant à grands pas ;
Tout son corps frémissait sous ses blancs et longs voiles,
Son front resplendissait sous son bandeau d'étoiles (f) :
Il te parla tout bas ;
Et quand tout bas sa voix suppliante, attendrie,
Murmura le doux nom des dieux de la patrie,
Tu ne pus retenir
Une larme brûlante à tes yeux échappée,
Et tu bondis de joie en levant ton épée,
Qu'il venait de bénir,
(a) Galice, Cellibérie : Orig. gauloise : cf. Lavallée, Bouchot;
App. Hisp., il. - « Cf. Diod. Sic, v, 32. — M Polyb., n, 14 ; Tit.
Liv., XXIII sqq. ; Sil. Ital., etc. — -(d) Avec Plolémée Pbilopator.
— (e) Cf. Justin, xxiv, 4. — (f; Marchangy. •
II
LA FORÊT
La nuit enveloppait les murs de Gergovie :
Une ombre à cet instant, d'autres ombres suivie,
En silence (a) descend de l'antique rempart,
Et le soldat romain, qui se tient à l'écart,
Prête l'oreille, entend comme des cris funèbres,
Des hurlements lointains au milieu des ténèbres : '
M « Indicfis inter se principes Gallioe conciliis, sylvestribus ac
remotis locis.... miserantur communem Galliae fortunam. a Caes.,
B. G., vii,i.
10 VERCINGÉTORIX.
Ces cris mystérieux par l'écho répétés,
Ces visages humains qu'il voit de tous côtés,
Ces sourds glapissements, ces bruits et ces murmures,
Et, le long des sentiers, ce cliquetis d'armures,
Tout le glace, et la nuit redouble sa terreur.
Le soldat de César qui fut toujours sans peur,
Intrépide aux dangers sur les champs de bataille,
A présent il hésite, il s'effraie, il tressaille,
11 croit à tous moments voir sortir des grands bois
Le fantôme vengeur, du vieux Brennus gaulois ;
Il appelle le jour pour dissiper son rêve.
C'est l'heure solennelle où la lune se lève,
Où naguère, en l'honneur de ses dieux redoutés,
La sauvage forêt s'emplissait de clartés;
Où, sous les noirs arceaux des chênes centenaires,
Le prêtre accomplissait ses rites sanguinaires (a)
Égorgeait la victime, et, la torche à la main,
A Teutatès M offrait un holocauste humain.
(a) Barbaricos ritus moremque sinistrum
Sacrorum Luc , Phars., I. — Cf. Caes., .B. G., VI, 4 4
et 16; Diod. Sic, v; Pomp. Mêla, III; Lactance, Strab., Tertull.,
Just., xxxviii, 4.
(d) . En quibus immitis placatur sanguine diro
Teulates Luc, Phars., I. Cf. Caes., B. G., vi, 16.
VERCINGÉTORIX.
II
Aujourd'hui point de cris, de lugubre harmonie
Autour de ces bûchers dressés pour l'agonie ;
Point de Barde (a) à genoux, avec sa harpe d'or,
Au pied de ces dolmens où le sang fume encor :
D'un voile ténébreux la forêt entourée
Semble au calme sommeil tout entière livrée...
Mais sous chaque buisson, chaque ronce, on entend
Une voix étouffée, un souffle haletant,
Une rumeur au loin comme aux bords des rivages,
Le long soupir des flots, quand montent les orages.
Pourquoi? L'astre des nuits, à son zénith monté,
Jette un rayon brillant dans cette obscurité :
. Le druide apparaît près de l'autel de pierre ;
Debout, le glaive en main, le feu sous la paupière,
Il fait signe, et des bois, par ce geste animés,
Sortent des légions de guerriers tout armés ;
Ces guerriers, aux lueurs qui descendent des nues,
Du carrefour sacré suivent les avenues,
Et, devant eux rangés, s'avancent à pas lents,
Avec leurs colliers d'or (b), les nobles chefs des clans.
Le prê'tre, un doigt levé, leur parle, et sa parole
Doit vibrer ce jour-là jusques au Capitole,
(a) Cf. Diod. Sic, v, 31. — (b) Diod.
Sic, v, 27. Cf. Polyb., II, 31.
12 VERCINGÉTORIX.
. Tant avec force il sait, par ses dieux inspiré,
Maudire et les Romains et leur joug exécré;
Tant, pour faire jaillir de toute âme aguerrie
Le feu sacré des forts, l'amour de la patrie (a),
Son coeur a su trouver de sublimes accents.
Ils sont là devant lui, recueillis, frémissants ;
Quand le fils de Celtill, sur son coursier rapide,
Se présente soudain, calme, fier, intrépide,
D'une main brandissant le royal étendard,
Et de l'autre le fer : en voyant ce regard,
Ce geste souverain (b), cette grandeur suprême Ie)
Qui jette sur un front l'éclat d'un diadème,
Tous exhalent un cri, tous ont levé la main,
Tous ont dit enivrés, palpitants : A demain !
(a) « In acie praestare interflci quàm non veterem belli gloriam
liberlatemque quam a majoribus acceperint recuperare. » Caes.,
B. G., vu, \. — ( 4) a Ille corpore, armis, spirituque terribilis.... »
Florus, m, 2. — M « Rex ab suis appellalur. » Caes., B. G., vu, 4.
« Omnium consensu ad eum defertur imperium. » Id. ;
Plut , Coes., XXV.
III
INSURRECTION
La trompe a retenti dans la forêt carnute (a) :
C'est l'heure du réveil, c'est l'heure de la lutte,
Et ce signal lointain, par l'écho répété,
Au travers de la Gaule en un jour est porté (b).
De l'Océan au Rhône et du Rhône à la Loire (c),
C'est un cri de fureur, c'est un cri de victoire,
M « Carnutes, principes ex omnibus bellum facturos se polli-
centur. » Caes., B. G., vu, 2. - (b) Cf. Caes., B. G., vii, 3. — M Cf.
Florus, III, 2; Caes., B. G., VII, 4.
2 •
14 VERCINGÉTORIX.
C'est la vengeance armée et qui fait des- sillons,
Sous chacun de ses pas, germer des bataillons H
Insoucieux d'abord du. péril qui s'avance,
Le Romain sur son front garde son arrogance ;
Plus attentif ensuite, il écoute ces cris,
Et l'épouvante perce à travers son mépris :
Qui donc contre César se permet la menace?
Des alliés ingrats, ignoble populace,
Engeance de brigands (b) qu'il a cent fois absous,
Et qui bravent encore une fois son courroux !
Ils osent de nouveau défendre en leurs repaires
Le culte des aïeux, la cendre de leurs pères,.
L'honneur de leurs enfants qu'on outrage, et parfois
Sur lui lever les yeux et se dire Gaulois !
Eux ! des aïeux ! Voilà ce que César réprouve ;
Lui seul en a ; les siens, nourris par une louve (3),
Ont leur apothéose au mont Capitolin :
César est Dieu : Tel est l'oracle sibyllin.
Magnanimes soldats de la ville éternelle,
Qui tendiez à ce peuple une main fraternelle,
(a) « Celeriler sibi Senones, Parisios, Picfones, Cadurcos, Turo-
nes, Aulercos, Lemovices, Andes reliquosque omnes qui Oceanum
attingunr, adjungit. » Caes., B. G., vu, 4. —(b) o Perditi, lalrones,
egenles, scelerati. » Caes., B. G., III, 17; VI, 34; VII, 4; VIII, 30.
VERCINGETORIX. 15
Qui, par de beaux serments prompts à vous enchaîner,
L'attiriez dans vos bras pour mieux l'assassiner,
Allez dire à César, à ce dieu débonnaire,
Que la Gaule a son Dieu, c'est le Dieu du tonnerre ;
Allez dire à César que la Gaule aujourd'hui
Dans la lice est entrée, et n'attend plus que lui (4).
César viendra. César, sans suite, sans cortège,
Franchit seul, à cheval, les monts couverts de neige,
Les torrents débordas, les forêts, les déserts,
Solitude effroyable où régnent les hivers.
Qu'importe le péril ? Voyez ! rien ne l'arrête,
Ni les vents, ni les froids, ni la sombre tempête ;
A travers tout obstacle il va d'un pas certain (a),
Et semble dans sa marche obéir au destin ; ■
Puis, tel que cet oiseau dont le vol se déploie
En cercles menaçants au-dessus de sa proie,
Autour de la révolte, irrité, frémissant,
César étend son aile et tout-à-coup descend.
Il a du Sud au Nord parcouru tout l'espace,
Gravi le noir Cében M au front chargé de glace,
!») « Horribilis diligenlia, monstrum aclivitatis. » Cic, Ep. ix
ad Attic. —W Etsi mons Cevenna.... altissima nive iter impedie-
bat, ta m en discussa nive sex in allitudinem pedum.... ad fines Ar-
vernorum pervenit. » Caes., B. G., vu, 8. — Cf. Suet., Cass., 57 ;
Plut., Coes., 25.

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