Vers de 1873 / Ernest Prarond

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A. Lemerre (Paris). 1873. 31 p. ; in-16.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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Vers de 1873
PRIX : 1 F R.
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
27-29, PASSXGE CHoisEtiL, '37-29
,1873
Vers de 1873
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Vers de 1873
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
i~ -2 '), PASSAGE CHOISELL, 27-29
1873
Vers de 1873
Je ne veux d'autre titre à ces vers qu'une
date.
Il faut qu'un homme brûle de temps en
temps une petite barque> mérite facile quand
la barque ne porte rien. Et mérite, non; mais
calcul. Il est bon au vieillard qui se retourne
de n'avoir pas à retirer avec peine de ses
souvenirs les impressions de telle ou telle
1
LE REFUGE.
Certes, je ne hais pas les splendeurs d'un beau règne.
Léon Dix n'offre rien qu'un honnête homme craigne ;
Fontainebleau, Chambord ont excusé François;
Jean Goujon et Ronsard sont l'honneur des Valois.
Plus haut triomphe, un jour, LE ROI bâtit Versailles;
Il fit sortir un parc sans pareil des broussailles,
Il eut Le Nôtre, il eut Perrault, il eut Mansart,
Il eut Lulli, Lebrun, Girardon et Mignard;
Il avait eu Corneille, il eut aussi Molière,
Et'Bossuet ouvrait le coeur de Lavallière
Sous le ciel invoqué d'où tombent les pardons.
Liberté, je voudrais croire à tes fermes dons ;
J'ai fait, pieux, le tour du lac saint de Lucerne
Et j'admire ton peuple, ô Suisse, que gouverne,
LE REFUGE.
Entre ses douze pairs neigeux, le Saint-Gothard.
Mais, quand l'époque est plate ou qu'un trouble hagard
Met tous les coeurs en guerre et tue ou stérilise,
Un empire, à tous franc, s'ouvre et se fleurdelisé,
Pacifique, brillant, généreux, sans déclin,
Où l'avidité croît dans le coeur toujours plein,
Où l'âme dit : Assez! sans que sa soif faiblisse,
L'apaisement laissant permanent le délice ;
Et cet empire, c'est le monde, astres et bois.
Ainsi, j'ai pour voisins de bons arbres bourgeois
Qui ne m'accablent pas d'injures, philosophes
Comme au temps d'Acadème et s'exprimant en strophes;
J'ai pour prince un vieux chêne; et les astres, ravis
De parler pour les dieux, m'ont dit parfois : Gravis.
14 Octobre 1871.
II
LE CLOITRE
DES StBUItS AUGUSTINES.
La soeur Saint-Pierre va, portant aux corps qui saignent
Des linges blancs, son coeur aux souffrances qui geignent,
Les purs calmants de l'âme aux frissons des mourants,
Le soleil du sourire aux yeux déjà moins grands
A qui la guérison promet encor le monde,
Le monde, aspect des champs, le ciel, les roses, Ponde.
Je salue et révère, en m/inclinant, la soeur,
L'héroïne en drap gris, la force en la douceur.
L'hôpital est coupé de cours, de dispensaires,
De salles, de couloirs; ici les émissaires
LE CLOITRE.
Des eaux fétides ; là, la blanche salle enfin
Où dorment une nuit ceux qui n'auront plus faim.
L'ensemble est cependant vaste et n'a rien de triste,
Car on sent sur les maux que l'art de l'homme assiste,
Comme un souffle d'air doux, passer la charité
Et dans cet air planer l'âme de la cité.
Au milieu, — c'est le charme et la tranquille fête
De ces murs douloureux, — le point qui nous arrête
Comme une idylle, un psaume embaumé de Carmel,
Est un cloître enfermant, sous l'oeil ouvert du ciel,
Les compartiments gais d'un jardin doux et calme,
Une oasis chrétienne où, l'ombre de la palme
Étant cherchée, on a l'ombre de plus lourd poids
Qu'aux feuilles du poirier préparent lesjrieux froids.
La vigne aux souples bras monte aux piliers du cloître ;
Les fruits moins que les fleurs, d'ailleurs, aiment à croître
Dans cet enclos sacré, repos, délassement
De tant de soins payés par le gémissement.
Croix de Jérusalem, liserons, scabieuses,
Roses, lis, telles sont, choeurs mêlés, voix pieuses,
Les fleurs dans les carrés chantant Laits aujourd'hui.
Jeu des yeux, un rayon entre deux lis a lui,
Et mille ailes croisant les fils de mille trames
Y figurent, dans l'or, une danse des âmes.
LE CLOITRE.
Le plus touchant n'est pas ce spectacle de paix,
Mais dans le promenoir, sous les piliers épais,
D'humbles dalles qui font s'incliner bas la rose
Et saluer les lis vaincus : —Ici repose
Soeur Saint-Joseph; Ici repose soeur Saint-Jean.
Ah! l'éclat de l'Horeb, ah! l'orgueil du Liban
Pâliraient, tomberaient, si, par-dessus les sables,
Si, par-dessus les mers pour l'esprit franchissables,
Ils pouvaient voir l'étroit carreau portant écrit :
Ci-gît soeur Saint-François morte dans Jésus-Christ.
Et cependant les soeurs, saintes comme ces saintes,
Regardent dans leur clos fleurir les hyacinthes,
Après la fleur d'avril la fleur d'août s'ouvrir,
Après le lis l'oeillet, et le raisin mûrir.
iir Juillet 1872.
III
MURMURES HEBREUX*.
Quand un peuple portant l'espérance du monde
Retardé, mais en marche, ayant devant lui l'onde
A passer, le désert à traverser, la faim
A vaincre après la soif, et Madian enfin
A combattre, a pu voir s'ouvrir la route sûre
Où fut la mer, et l'eau du rocher tomber pure,
* En communiquant cette pièce à l'excellent poète G. Le
Vasseur, je lui écrivais : M. Thiers ne verra jamais ces vers.
Le 24 mai mra dégagé des scrupules, La publication monterait-
elle, ce qui est improbable, jusqu'à la place Saint-Georges,
la pudeur la plus effarouchable ne défend pas de saluer les
vaincus. Certainement, il y avait quelque exagération à com-
parer le président de 1871-187} à Moïse, tel que le travail
des siècles et Michel-Ange l'ont fait; mais te spectacle des
injustices soulève dans les âmes simplement ordinaires des
révoltes qui ont droit aux excès d'expression.
MURMURES HÉBREUX.
Plus douce après le goût resté des vents salés,
Ce peuple, non, les chefs des tribus, assemblés
En conseil, font-ils bien de chicaner Moïse
Sur le reflux sauveur, sur la rive conquise,
Sur le rocher frappé, sur le choix d'Aaron,
Sur le vêtement court, sur l'airain du clairon,
Sur l'huile ou les parfums, sur la manne ou les cailles,
Sur le bonnet, l'éphod ou l'ordre des batailles?
Nous aussi, nous avons vu la mer se sécher,
Monter la rive et l'eau (l'or) tomber du rocher * ;
Nos pieds battent, joyeux, le sol héréditaire,
Mais nous avons encor devant nous, sur la terre
A délivrer, le pied d'Ammon, l'ombre de Cham;
Un grand fleuve au loin brille; au delà Balaam,
Bénissant malgré lui nos tentes, nous appelle ;
Il nous montre ce fleuve, et c'est Rhin qu'on épelle
Dans les sons qu'il ébauche, involontaire écho
De la voix combattue; il pense Jéricho
Et die Strasbourg; GalgaletditMetz.— Est-ce l'heure
De danser, d'éclater en joie extérieure,
D'entonner aux oignons d'Egypte un chant nouveau,
De crier : Gloire aux dieux! j'ai fait d'Apis un veau?
8 Décembre 187a,
* Second emprunt de trois milliards après celui de deux
milliards.
1.
IN'
LE PALAIS DE JULIEN.
Lorsque, d'un pas tardif comme l'esprit qui rêve,
On gravit vers minuit le mont de Geneviève,
On est frappé du sombre aspect plus sombre alors
D'un vieux débris romain; masse informe; au dehors
Une grille moderne ; au dedans un grand vide,
Un sol en contre-bas, des pans de lierre avide
Puisant l'humeur aux joints étroits du mur sacré,
Et plus haut que le lierre, au sommet déchiré
Par le temps, quelques fleurs du temps renouvelées
Mais noires sur le fond des lueurs étoilées;
En bas, dans un jardin, idylle des vieux murs,
On compte irréguliers, sous des luisants obscurs,
LE PALAIS DE JULIEN.
Douze larges morceaux de pierre, antiques dalles
Qui sonnèrent un jour sous le cuir des sandales;
Mais ce qui mieux encor fait entrer par les yeux
On ne sait quel besoin, puissant, mystérieux,
D'arrêter sa pensée entre tant de contrastes,
Ce n'est pas le coin d'ombre ouvert sous les cieux vastes,
Ni l'arbre montant seul, hôte heureux, dernier chef
Du palais où sonnait le commandement bref
De l'officier de nuit, c'est plus loin, sous un cintre,
Dans un enfoncement calculé pour un peintre
En quête des effets où triomphait Rembrandt,
Un couloir, des degrés vers plus d'ombre courant;
Deux degrés, six degrés ; puis salle qui précède
Un xyste, et d'où l'on sort par l'arcade qui cède,
Plus haut, passage à l'air assombri par des ifs.
Ainsi par des paliers distancés, successifs,
Comme de plan en plan, l'oeil qu'enlèvent des arches
Du vieux sol au sol neuf remonte par vingt marches.
A chaque plan, au mur, au devant des degrés,
Fixe, un croissant de gaz, en fonds impénétrés,
Laisse l'ombre dormir, s'épaissir en arrière,
Au-dessus, à côté ces plaques de lumière.
En ces fonds, dans la salle incertaine, on croit voir,
Lorsqu'on fait quelques pas sot-même, se mouvoir
Et marcher des vivants, droits et blancs, qui s'arrrêtent
Quand soi-même on suspend le pas; les noirceurs prêtent

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