Victoires et revers des armées françaises, ou Abrégé historique des campagnes des Français, depuis le commencement de la révolution jusqu'en 1815

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L'Écrivain (Paris). 1817. In-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1817
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VICTOIRES
ET
REVERS
DES
ARMÉES FRANÇAISES.
VICTOIRES
* ET
REVERS
DES
ARMÉES FRANÇAISES,,
m Abrégé historique des Campagnes des
Français , depuis le commencement
de la Révolution jusqu'en i8i5.
A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !
TANCBJÈDB.
i PARIS,
Chez L'ÉCRIVAIN , Libraire , Boulevart des
Capucines , n°. 1.
18I7.
PRÉFACE.
Lu Gaulois ont uni leur* noms aux plus beaux
noms, et leurs souvenirs se joignent aux plus beaux
souvenirs; ainsi donc, mêlés aux peuples renom-
mes, ils ont passé avec eux , sous les arc. de
gloire érigés dans l'antiquité.
Les historiens qui ont parlé du courage de nos
ancêtres, les peignent Taillanti, fiers, impétueux »
avides de périls et d'adversaires, et se plaisait à
lutter avec les courants rapides et les tourbillons
de la tempête : des seraaens et des voeux solen-
nels les liaient au evlte de la victoire ; leur devise
était vaincre ou mourir; leurs plaisirs et leur*
jeux étaient dans les batailles; et au jôw du com.
bat, ils ne portaient au lieu de casques que des
couronnes de fleurs. La femme gauloise même
suivait son époux à la guerre, et combattait à se
côtés.
vj
Si l'on parcourt les Annales du Courage Fran-
çais, on verra que nous avons soutenu et même
surpassé la réputation militaire de nos ancêtres.
En effet, quel temsfut jamais plus fécond en mi-
racles de bravoure que nos premières campagnes!
La gloire nationale qui s'était réfugiée dans les
camps , ne fut jamais obscurcie. *
L'amour de la Patrie enfanta des prodiges d'hé-
roïsme ; des Guerriers plébéiens, illustrés par la
victoire associèrent toutes les classes du peuple
aux privilèges du Courage et du Génie; enfin,
abandonnée de la fortune, éprouvée par les re-
- vers, la Nation française ne perdit jamais le sen- f
timent de sa force, ni celui de sa dignité.
Rome eut un Décius; mille de'nos officiers ont
trouvé une mort plus glorieuse et plus utile à leur
Patrie , en se précipitant dans la redoute où ils
ont etn mutilés mille de nos soldats ont monté
sur le rempart à travers l'embrasure du canon qui
les foudroyait, et l'ont tourné contre l'ennemi.
Ici, c'est un canonnier qui reste seul parmi tous
ses compagnons tués; il voit son désonneur dans
la fuitej il cacloue son canon, et s'écrie : « Tu
vi
» ne peux plus feivir pour ma Patrie, tu né ser-
xi viras pas contr'elle, » et à Pinstant il tombe
perde de coups de baïonnettes. Là, c'est un gre-
nadier- qui, mortellement blessé, dit à son offi-
dier : « Je meurs à côté de mon fusil ; je n'éprouve
» qu'un regret, c'est de ne pouvoir plus le porter.»
Un sergent de flanqueurs reçoit une balle dans le
sein, il la tire avec son couteau, la jette dans
son fusil, et la renvoie à l'ennemi. Un garde na-
tional perd les deux bras , il pleure de ne pou-
voir plus les élever au ciel, pour le bénir de ce
que les Français ont remporté la victoire.
L'enfance étonnait l'âge viril ,et le sexe le plus
faible donnait au notre l'exemple de l'intrépidité.
En feut-il des exemples ? Un tambour, âgé de
treize ans, a la main coupée d'un coup de sabre par
l'ennemi, de l'autre main il continue de battre
la charge. Une dame plus étonnante que la Clélie
des Romains, donne l'éveil à une armée et la
sauve d'une surprise ; vend ses bijoux pour se-
courir les malades, et défile tout son linge en
charpie, pour les blessures des soldats.
Fendant le siège de Lille, les habitant se difrp
viij
pùtaient le plaisir d'arracher la mèche enflammé.
des obui. Un d'entr'eux courut ramasser un éclat
de bombe qui servit à l'instant de plat à barbe
pour raser quatorze citoyens, riant au milieu du
danger. Un boulet lancé dans le lieu des séances
d'un conseil de guerre, y fut déclaré en perma-
nence comme l'assemblée. Les fictions mytholo.
giques ne sont-elles pas surpassées par les vérités
de notre histoire militaire ?
Aucune gloire , si elle est nationale, aucune
action mémorable, si c'est un Français qu'elle
honore, ne peut échapper à notre hommage. Le
souvenir de Fontenoy, tout éloigné qu'est déjà
ce beau jour, fait encore tressaillir notre cœur ;
notre admiration a dès long-tems consacré l'hé-
roïque dévouement de Dassas ; nous applaudis-
sons aux généreux efforts d'un Français ( M. le
comte de Viomesnil, pair et maréchal de France )
qui, le dernier, défendit l'indépendance de la
Pologne; nous proclamons les noms du comte
d'Esta ng , du vicomte de Noailles, du marquis
de Saint-Simon, du comte Charles de Damas,
du maréchal prince Berthier, du général Mathieu.
ix
Dumas, enfin, de tous les officiers dont la bra-
voure, dans la guerre d'Amérique, emporta les
retranchemens de la Grenade et dicta la capitu-
lation d'Y orck- Town. Nous pleurons la mort de
Desaix, et nous regrettons «t'le le maréchal duc
de Montébello, frappé dans les champs d Esling,
ne vive point encore, pour être par Ion courage
et sa fidélité, l'une des fermes colonues du trône
de la légitimité.
S'associant ainsi'à tous les succès, honorant
tous les genres de gloire, télébrant toutes les
vertus, il ne peut nous être permis de voir d'un
oeil indifférent, une gloire plus récente encore.
Valmy, qui sauva la France d'une conquête ;
Fleurus, qui la rendit conquérante à son tour'
au pied des Pyrénées, Dugommier, combattant
en grand capitaine, et mourant en héros ; les
vaisseaux de la Hollande pris au milieu des glaces,
par des hussards français ; nos grenadiers élevant
des trophées sur ces rochers de la Suisse , que
n'avaient osé franchir le voyageur le plus curieux ,
ni le chasseur le plus intrépide; les lauriers de
l'Italie et les palmes d« l'Egypte j en Allemagne,
x
tous More au ; dans le royaume de Naples sont
le général Macdonald ; des retraites savantes et
plus glorieuses peut-être que des victoires ; les
Thermopy les de Diernslern, où trois mille Fran-
çais se dévouèrent pour arrêter trente mille hom-
mes , combattirent, et furent vainqueurs. Ma-
rengo, AuEterlitz) léna, Friedland, Wagram;
la Moskowa; mémorables journées dues à la su-
périorité de nos vieilles bandes. Bautzen et Lut-
x*n, dont tout l'honneur appartient à l'heureuse
audace d'une milice à peine exercée. Tant d'ex-
ploits , tant d'actions célèbres, tant de triomphes
éclatants, en élevant l'âme des Français, ne les reu-
den-tilspas fiersd'être nés dans un pays quia produit
de tels hommes, et remporté de pareilles victoires.
Regrets et respect aux braves , morts depuis
vingt-cinq ans au champ d'honneur pour la cause
de la Patrie ! il n'ont fait qu'échanger la vie contre
l'immortalité ! ! !
Honneur, cent fois honneur aux généraux qui
ont contribué à l'illustration du nom Français ,
en conduisant nos armées à la victoire ! ! !
Gloire et reconnaissance à Kléber , Desaix à »
XI
Eblé, Dugommier, Augereau, Lecourbe, Riche-
panse, Régnier, d'Hautpoul, etc. etc. etc. ; à Pi-
cllegru, le conquérant de la Hollande ; à Hoche, le
sauveur de l'Alsace, le pacificateur de la Vendée;
à Massena, l'enfantchéri de la victoire; à Moreau,
la deuxième réputation militaire de l'Europe; au
prince Poniatowski, aux maréchaux Kellermann,
Perrignon, Moncey , Mortier, Oudinot, Gouvion
Sant-Cyr, Lefebvre, DaToust,Macdonal, Suchet
et au prince Eugène ! ! !
Si tous les Français sont é galement chers au
coeur, de Louis XVIII , de ce monarque chéri,
rentré dans ses états sur le char de la paix, on
ne peut cependant se dissimuler qu'il en est quel-
ques-uns d'entr'eux qui ont des droits plus sacrés
à fixer l'attention et à mériter la bienveillance de
S. M. Ce sont ces intrépides défenseurs de l'Etat,
à qui le Roi a rendu une justice si éclatante ; ce
sont ces braves soldats qui ont soutenu , pendant
vingt-cinq ans, l'honneur de la Nation; ce sont
ces digues héritiers des Rolland , des Turenne,
des Catinat, des Crillon ,des Richelieu, qui n'ont
pas souBert que notre gloire eût aussi son interre-
arij
gne, et qui ont enrichi notre Patrie d'une foule de
traits héroïques , d'actions sublimes, de conquêtes
brillantes, dont on chercherait en vain le modèle
dans l'histoire des siècles passes.
Ce sont ces hauts faits de nos armées que nous
avons essayé de retracer , et nous osons espérer
que les soins que nous avons apportés à cet ou-
vrage , lui mériteront le titre de Vade mecum
des Braves.
A
VICTOIRES
ET
REVERS
»
DES ARMÉES FRANÇAISES.
GUERRE DE LA VENDÉE.
Tou T le pays compris sur le cours
de la Loire, depuis Saumur jusqu'à
Nantes, de l'Est à l'Ouest, et du Nord
à l'E"st et au Midi, par le chemin qui
condu t de Saumur il la Rochelle, formait
ce que l'on appelle généralement la Ven-
dée, c'est-à-dire le pays insurgé pour la
cause des Bourbons et la défense de la lé-
gitimité. On vit paraître, à la tête des
habitans qui s'armèrent par zèle pour
( 2 )
le royalisme, messieurs de Bonchamps,
d'Elbée, Henri de la Roche-J aquelin,
de l'Escure, Charette, Stoflet, qui le
dernier, posa les armes, et qui, de garde-
chasse, s'éleva au commandement de
toutes les armées vendéennes. Leur sys-
tème d'attaque et de défense ne pouvait
ressembler en rien à la tactique usitée. Ex-
cepté un corps peu nombreux, qui fut suc-
cessivement de deux, trois et quatre mille
soldats entretenus, réunis et soldés, le
reste de leur armée, q-ii fut quelquefois
de soixante mille hommes, ne consis-
tait que dans la levée hâtive et momen-
tanée des cultivateurs qui, à jour donné,
se portaient du lieu de leurs habitations
aux rendez-vous fixés; la bataille, une
fois gagnée ou perdue, l'expédition
réussie ou manquée, rien ne pouvait
retenir les paysans ; ils retournaient dans
leurs pays. Les chefs restaient seuls avec
quelques centaines d'hommes déserteurs
et étrangers, qui n'avaient pas de famille à
( 3 )
aller retrouver. Mais dès qu'on voulait ten-
ter une nouvelle entreprise, l'armée était
bientôt reformée. On parcourait toutes les
paroisses, ou sonnait le tocsin, tous les
paysans. arrivaient ; alors on lisait une
réquisition conçue en ces termes : « Au
saint nom de Dieu, de par le Roi, telle
paroisse est invitée à envoyer le plus
d'hommes possible en tel lieu , tel jour
et à telle heure ton apportera des vivres, a
Xtç chef, dans le commandement duquel
la paroisse était comprise , signait la ré-
quisition; cm obéissait avec empresse-
ment; c'était à qui partirait parmi les
paysans. Chaque soldat apportait du pain
, avec lui, et les généraux avaient soin
aussi d'en faire une certaine provision.
La viande était distribuée aux soldats;
le blé, les bœufs nécessaires pour -les
vivres, étaient requis par les géné-
raux , et l'on faisait supporter cette
charge par les gentilshommes, les grands
propriétaires, et les terres des émigrés;
(4)
mais il n'était pas toujours besoin de
recourir à une réquisition; il y,avait
beaucoup d'empressement. Les villages
se cotisaieut pour envoyer des charrettes
de pain sur le passage de l'armée. Les
paysans disaient leur chapelet à. genoux,
se tenaient sur la route et offraient des
Vivres aux soldats. Les gens riches don-
naient autant qu'il leur était possible ;
comme d'ailleurs les rassemblemens du-
raient peu, on n'a jamais manqué de
vivres.
On cite plusieurs hauts-faits de l'arcnée
vendéenne. Le général. Quetineau , qui
commandait une division de l'armée ré-
publicaine , se laissa surprendre par lès
vendéens, au village des Aubiers ; il y
fut attaqué, battu, et il eût été totale-
ment délait, si quelques troupes de
ligne, en formant un bataillon carrd,
n'eussent soutenu le feu et protégé la
retraite. Quetineau s'enferma, avec les
débris de son armée, dans Thouars, ville
( 5 )
A a
avantageusement située sur une hauteur,
que la rivière du Thoue environne et
couvre de trois côtés. Il y fut bientôt
attaqué, et forcé par les vendéens, au
nombre de plus de trente mille. Six
mille hommes seulement défendaient
Thouars. Le gué, seul passage, fut
forcé ; la cavalerie vendéenne passa à
la nage. Les républicains furent obligés
de se renfermer dans la ville , qui, en
peu d'heurcs, fut prise d'assaut. Le
général, l'armée, l'artillerie, toutes les
munitions tombèrent au pouvoir du
vainqueur, Ils marchèrent aussitôt au
secours de Charrette ; en chemin , il
défont un camp de quatre mille répu-
blicains à Parthenay, et les delfX armées
vendéennes réunies vont à Fontenay
chercher l'armée républicaine; elle était
de beallcoltp. moins nombreuse, et ce-
pendant la victoire la mit en possession
de presque toute l'artillerie vendéenne ;
mais peu. de - jours après messieurs
( 6 )
l'Escure, Laroche-Jaquelin , et Bon-
champs reparurent, conduisant trois co-
lonnes nombreuses; dépourvues d'artil-
lerie, elles marchent serrées sur les
canons des républicains. La cavalerie ,
qui eut ordre de les charger, lâcha le
pied, et passa sur l'infanterie en désor-
dre ; alors la déroute fut générale ; Fon-
tenay fut emporté, et l'alarme se ré-
pandit jusqu'à la capitale, d'où la Con-
vention fit partir ses grenadiers pour la
Vendée.
— M. de Laroehe-Jaquclin était chef
des paroisses qui sont autour de Chatillon.
Il avait un courage ardent et téméraire ,
qui le faisait surnommer l'Intrépide. Dans
les combats, il avait le coup..d'œil juste, et
prenait des résolutions promptes et ha-
biles; il inspirait beaucoup d'ardeur et
d'assurance aux soldais ; on lui repro- -
chait de s'exposer sans aucune néces-
sité , de se laisser emporter trop loin ,
d'aller faire le coup de sabre avec les
( 7 )
ennemis. Dans les déroutes des républi-
cains, il les poursuivait sans aucune pru-
dence personnelle. On l'exhortait aussi à
s'occuper davantage des discussions du
conseil de guerre. En effet, il les trou-
vait souvent oiseuses et inutiles ; et
après avoir dit son avis, il lui arrivait
parfois de s'endormir; mais il répon-
dait à tous ces reproches : « Pourquoi
veut-on que je sois un général ? je ne
veux être qu'un hussard, pour avoir le
plaisir de me battre. » Malgré ce goût
pour les combats , il était cependant
rempli de douceur et d'humanité. Le
combat fini, nul n'avait plus d'égards et
de pitié pour les vaincus ; souvent, eu
faisant un prisonnier, il lui offrait au-
paravant de se battre corps à corps contre
lui.
— M. de l'Escure avait une bravoure
qui ne ressemblait pas à celle de son
cousin; elle ne s'écartait jamais de son
sang-froid accoutumé, et même lors-
( 8 )
qu'il se montrait téméraire, il ae cessait
pas d'être grave - -et réfléchi. Il était
l'officier le plus instruit de l'armée; tou-
jours il avait eu du goût pour les études
militaires, et s'y était livré avec zèle;
il avait lu tous les livres de tactique ; lui
seul entendait quelque chose à la forti-
fication ;-et quand on attaquait les re-
tracchemens des républicains , ses con-
seils étaieut nécessaires à tout le monde.
Il était aimé et respecté ; mais - lv
trouvait de l'obstination dans ses conseils.
Pour son humauité , elle avait quelque
chose d'angélique et de merveilleux.
Dans une guerre où les généraux étaient
soldat, , et combattaient sans cesse corps
à corpif, pas un homme n'a reçu la mort
de la main de M. de l' Ëscure. Sn jour,
un homme tira sur lui à bout portant j
il écarta le fusil, et dit : « Emmenez
ce prisonnier. » Les pa ysans, indignés,
massacrèrent cet homme derrière lui; il
se retourna, et s"empbrta«iyec une colère
(9)
que jamais on ce lui avait vue. Ce fut la
seule fois qu'on lui entendît proférer
un jurement. De tous ceux qui se sont
illustrés dans cette guerre, aucun n'a ac-
quis une gloire plus pure. Messieurs de
la Roche-J aquelin et de l'Escure étaient
unis comme deux frères. Leurs noms
allaient toujours ensemble; leur amitié
fut célèbre dans l'armée. Avec un ca-
ractère différent, 7 ils avaient la même
r
simplicité, la même douceur, la même
absence d'ambition et de vanité. M. de
la Roche-Jaquelin disait : « Si nous ré-
tablissons le Roi sur le trône, il m'ac-
cordera bien uu régiment de hussards. »
"M. de l'Escure ne formait pas de sou-
haits moins modestes.
— armée vendéenne, forte de cin-
quante mille hommes, sortit de Chatillon,
et attaqua le général Ligonier, qui, en peu
dlnstans fut entièrement défait. Les
vendéens se portèrent ensuite sur Sau-
mur, qui ne pût résister. Cette attaque
( 10 )
donna lieu à l'une des plus sanglantes
batailles de cette guerre. De part et
d'autre, l'acharnement fut égal. C'est là
que l'on vit les vendéens, armés de
bâtons ferrés, attaquer des batteries, se
précipiter sur les canons et s'en em-
parer ; la plupart de leurs chefs y furent
tués ou bl essés.
Le général républicain Westermann,
dont nous parlerons plus tard , comman-
dait un corps dans la Vendée. De Saint-
Maxent, où il était, il conçut le projet
d'aller surprendre dans Chatillon, place
d'armes des Vendéens, un corps de dix
mille hommes, qu'y commandaitde l'Es-
cure, malade et blessé. De l'Escure fut
surpris, et ne dût son salut qu'aux té-
nèbres qui favorisèrent sa fuite. Cha-
tillon fut emporté; mais dès le lendemain
le canon annonça à Westermann l'ar-
rivée de de la Roche-Jaquelin, à la tête
d'une autre armée. Le combat s'engage,
les vendéens se précipitent avec fureur
( II )
sur leurs ennemis. Westermann est
eatraÎné dans la déroute; plus d'un tiers
de lieS trompas resta sur le champ de ba-
taille, et ChatiUon fat repris.
IL de l'Escure sut que le général
Quetineau avait été trouvé dans le châi-
taau -de Saumur, où il avait été enfermé
pour être jugé, après l'affaire de Thouars.
- Il l'invoya chercher. « Eh bien, Queti-
neau , lui dit-il, vous voyez comme vous
traitent les républicains. Vous voici ac-
cusé, traîné dans les prisons ; vous pé-
tirez sur l'échafaud; venez avec nous
pour vous sauver. Nous vous estimons
malgré la différence d'opinions , et nous
TU rendons plus de justice que vos
patriotes. JI - — « Monsieur, répondit
.Quatineau, si j'étais en liberté je re-
viendrais me consigner en prison ; je -
mQ. suis conduit en brave homme; je
veux être jagé; si je m'enfuyais, on
dirait que je suis un traître , et je ne
puis supporter cette idée. D'ailleurs, en
( 12 )
vous suivant, j'abandonnerais ma femme,
et on la ferait périr. Tenez , monsieur,
voici mon mémoire justificatif; vous
- savez la vérité, voyez si je ne l'ai pas
dite. » M. de l'Escure prit le memoire,
qui en effet était assez sincère. Queti-
neau ajouta avec un air de tristesse :
« Monsieur, voilà donc les Autrichiens
maîtres dla Flandre; vous êtes aussi
victorieux ; la contre-révolution va se
faire; la France sera démembrée par
les étrangers. » M. de l'Escure lui dit
que jamais les royalistes ne souffriraient
une telle chose, qu'ils se battraient pour
défendre le territoire français. » — « Eh
bien!' Monsieur, s'écria Quetineau, c'est
alors que je veux servir avec vous.
J'aime la gloire de ma patrie; voilà
comme je suis patriote. » Il entendit dans
ce moment les habitans de Saumur qui
répétaient à tue-tète Vive le Roi ! H
s'avança vers la fenêtre; et l'ouvrant, il
leur dit : « Coquins, qui l'autre jour
( '3 )
B
<'m'accll¡ez d'avoir trahi la république ,.
aujourd'hui vous criez, par peur, vive le
Roi! Je preuds à témoins les vendéens
que je ne l'ai jamais crié. » On le con-
duisit de Tours à Paris; il fut jugé,
condamné à mort et exécuté. Sa femme,
qui était en partie cause de la résistance
qu'il avait mise aux conseils de M. de
l'Escure, ne voulut pas lui survivre. Elle
cria vive le Roi! à l'audience du tribunal
révolutionnaire, et périt aussi sur l'écha-
faud.
— Tous les généraux vendéens avaient
défendu fort sévérement qu'aucune
femme suivît les armées, et ils avaient
menacé la prem ière qui serait trouvée ,
d'être chassée honteusement ; le peu de
tems que duraient les rassemblemens ,
faisait même qu'on n'y souffrait pas une
vivandière. Quelque tems avant l'affaire
de Thouars , un soldat aborde madame
de l'Escure , à la Boulay, en lui disant
qu'il voulait lui confier un secret.
( 14 )
C'était une fille; elle desirait changer
,-sa veste de laine pour une des vestes de
siamoise que l'on distribuait aux soldats
les plus pauvres. Craignant d'être re-
connue, elle s'adressait à madame la
marquise, qui dit, dans ses Mémoires,
que cette fille s'appelait Jeanne Robin 9
de Courlay. C'était une fort honnête
fille, que le vicaire de la paroisse n'avait
jamais pu dissuader de s'aller battre;
elle avait communie avant de partir. La
veille du combat de Thouars, elle vint
trouver M. de l'Escure, et lui dit:
« Mon général, je suis une fille; ma-
dame de l'Escure le sait, et elle sait
aussi qu'il n'y a rien à dire sur mon
compte. C'est la bataille demain, faites-
moi donner une paire de souliers; après
que vous aurez vu comme je me bats,
je suis sûre que vous ne me renverrez
pas. » En effet, elle combattit sans cesse
sous les yeux de M. de l'Escure ; elle
lui criait : « Mou général, vous ne nae
( 15 )
passerez pas; je serai toujours plus près
des bleus que vous. » Elle fût blessée
à la main , et cela ne fit que l'animer
davantage ; elle la lui montra, en disant :
« Ce n'est rien que cela. » Enfin, elle
fût tuée dans la mêlée , où elle se pré-
cipitait en furieuse.
— Le sieur Boursin de Méry ( d'Au-
xerre ) , sous-officier au seizième régi-
ment de chasseurs à cheval, poursui-
vant un parti vendéen, dans les rochers
de Divers, près de la Chapelle-Basse-
Mer, trouva sur le cadavre d'une femme
un jeune enfant, sur lequel ses chasseurs
avaient tiré plusieurs coups de mous-
quetons , sans l'atteindre. Touché de
pitié à l'aspect de ce malheureux orphe-
lin , qui semblait, en lui tendant les
bras, implorer son secours, il descendit
de cheval, couvrit de baisers ce jeune
innocent, dont les joues étaient innon-
dées de larmes , et le plaça dans son
porte-manteau. Il le garda plusieurs
C 16 )
jours au bivouac, et lui prodigua tous
les soins que l'humanité peut inspirer.
Le sieur Boursin de Méry ayant été
commandé pour aller à Nantes y cher-
cher des munitions de guerre, fut logé
militairement chez le sieur RestaÏu,
maître c loutier ) qui, charmé des grâces
de cet enfant, et voulant remédier à ses
malheurs, pria ce sous-officier de le lui
cDBfier, sous la condition qu'il l'adop-
terait, et lui ferait apprendre son état.
Ce jeune vendéen, nommé Jacques-
Sec, qui fut élevé dans l'amour pour
les Bourbons, a prospéré sous la tutelle
généreuse du sieur Restain, et mainte-
nant cefils adoptif, échappé du carnage
comme par miracle, ou plutôt par le
courage admirable du sieur Boursin de
Méry, jouit maintenant à Nantes de la
considération due à un honnête et indus-
trieux artisan.
— Le général Charrette soutînt aussi ,
dans la basse Vendée , vers les pays
( 17 )
B 2
maritimes , la guerre contre les géné-
raux républicains Beysser et Sandoz , et
remporta quèlquefois l'avantage : il
voulut s'emparer de la ville des Sables
d'Olonne, et fut obligé d'en lever le
- siège. Il voulut alors livrer bataille à
l'armée campée près de la ville de Luçon.
La Roche-Jaquelin lui amena un renfort
de douze mille hommes; mais une
terreur panique se jeta dans sa troupe
pendant l'action. Pour réparer cet échec,
les vendéens s'étaient réunis sur les
bords de la Sèvre,/pour tenir conseil,
et convenir de leurs opérations. Pendant
leur absence, l'armée de la Roche-
Jaquelin fût attaquée. Dans l'étonne-
ment général, un allemand , nommé
Kesl, prit le commandement de cette
troupe d'élite, que les généraux avaient �
formée de Suisses » d'Allemands et de
vendéens, choisis au nombre de douze
cents hommes, et ramena les royalistes
déjà repoussés. - Les républicains entiè-
( 18 )
rement défaits, perdirent dix canons,
tous leurs équipages , et laissèrent quel-
que tems les vendéens maîtres de leur
pays. Cette bataille , l'une des plus dé-
cisives de cette campagne, se donna près
de Viheirs.
Après l'affaire de Luçon , soixante
mille hommes, levés depuis l'âge de
dix-huit ans jusqu'à soixante, furent
dirigés contre l'armée royaliste. L'Es-
cure, avec deux mille hommes, entreprit
d'attaquer et de disperser cette multi-
tude, et il y réussit. Alors le général
Kléber, à la tête de l'armée de Mayence,
fut dirigé contre Charrette. Toutes les
forces combinées de l'armée vendéenne
marchèrent à la rencontre de ce nouvel
ennemi. Du premier choc, les vendéens
sont mis en déroute ; une partie prit la
fuite. C'en était fait de la Vendée, si
les chefs n'eussent mis pied à terre, et
combattant à la tête de leur infanterie,
ne l'eussent ramenée. Les Mayençais,
( ig )
entourés et étonnés d'une résistance
nouvelle, furent obligés de commencer
une retraite, que l'art et la discipline
rendaient seule possible. Pendant six
lieues ils furent harcelés et poursuivis ;
cette bataille se donna près de Torfou,
et fut célèbre dans les guerres de la
Vendée. Cependant une armée nom-
brense s'était formée sous les ordres des
trois généraux républicains, Chalbot,
JChabot et Westermann. Résolus de
porter un coup décisif, ils marchent
droit sur Chatillon, cette place d'armes
des vendéens. Le combat y fut long;
et d'abord le corps d'élîlfe des vendéens fit
pencher In victoire en leur faveur ; mais
W estermann rétabiit It rn'batet le laissa
douteux à l'entrée JPUi nuit. Les ven-
déens restés maîtres de Ghatillon, et
joyaux de leur avantage,, s'oublièrent
autour de quelques tonneaux de liqueurs
fortes, dont ils s'étaient emparés, etlet-
sommeil de l'ivresse fat pour eux celui.
de la mort.
( 20 )
Westermann averti, revient atfec
quinze cents hommes, trompe et égorge
un avant-poste, rentre dans Chatillon,
et y met tout à feu et à sang. Les chefe
vendéens ont à peine le tems de se
sauver à Mortagne; mais incertains de
leur positon, dès le lendemain, les géné-
raux républicains se décident à évacuer
Cbatillon, qui ne fut plus qu'un monceau
de cendres, de ruines et de cadavres.
- Après la bataille de Savenay, Klé-
ber entra à Nantes aux acclamations du
peuple ; cette ville donna une' fête aux
généraux vainququrs. Au moment où
une couronne de lauriers descendit sur-Ja
tête de Kléber, un représeliltant du
peuple s'écria.: < Les couronnes ne sont
pas dues aux généraux, mais aux soldats
qui gagnent seuls les batailles. » Kléber
répondit.: le Ce ne sont pas les généraux
républicains, qui presque tous ont com-
mencé comme moi, par être simples
grenadiers, qui peuvent ignorer que les
( 21 )
soldats gagnent les batailles ; mais ce
ne sont pas non plus les soldats de la
république, parmi lesquels plusieurs
peuvent aspirer au commandement, qui
ignorent que des milliers de - bras ne
gagnent des victoires que lorsqu'ils sont
dirigés par une seule tête. J'ai pris la
couronne pour la suspendre aux drapeaux
de l'armée. »
— La guerre de la Vendée a enfanté
des héros de tous les âges et de toutes
les conditions; le fils d'un pauvre van-
nier, à peine âgé de douze ans, eût le
courage de se traîner à plat ventre sur
une pièce de canon, et de l'enclouer. Il
dit en retournant: « J'ai encloué Marie-
Jeanne. » C'est ainsi que les vendéens
appelaient une pièce de canon.
— M. H. de la Roche-J aquelin, qui
n'avait que dix-huit ans quand il combattit
dans la Vendée, fit un jour de bataille la
harangue suivante à des paysans qui l'a-
vaient choisi pour les commander :
( « )
« Mes amis , si mon père était ici, voul
auriez confiance en lui; pour moi, il
iie suis qu'un enfant; mais, par m~jt
courage, je me montrerai digne de vatm
commander; si j'avance, auivez-moil
si je recule, tuez-moi; si je meurs, ven-
gez-rmoi. » On lui répondit par une vic-
toire.
— Les généraux Lechelle et Baupui ,
nommés, après la disgrâce de Wester-
mann , au commandement de l'armdm
républicaine , marchèrent sur Mortagne
et Cholet, où s'était rassemblée l'armée
vendéenne. Le choc fut terrible ; un
mouvement que fit le général Lechelle,
pendant l'obscurité de la nuit, qui n'avait
pas mis fin au combat, tourna Faile ven-
déenne que commandait l'Escure, blessé -
à mort. Ses troupes fuyent, et les répu-
blicains entrent dans Mortagne. Le len-
demain la ville de Cholet fut emportée,
et tandis que la rage y exerçait des hor- 4
leurs qui surpassaient toutes celles dont
( 23 )
la Vendée avait été le théâtre , l'armée
vendéenne reparut, et le combat recom-
mença. D'abord son aile droite enfonça
les rangs républicains; mais à la gauche,
les bataillons de Mayence, soutenus de
la cavalerie, enfoncent, par trois charges
consécutives, tout ce qui est devant eux;
en vain les chefs veulent rallier les
fuyards, et faire avancer leur cavalerie,
elle s'était retirée à Beaupreau ; alors, à
la tête d'un escadron, ils cherchent la
mort, et plusieurs latrouvent. Bonchamps
et d'Elbée tombent; le brave la Roche-
Jaquelin resté seul, retire son aile droite
à Beaupreau, et bientôt se dispose à
passer la Loire , et donne le rendez-vous
général à Saint-Florent. Là, étaient ren-
fermés tous les prisonniers faits sur les
républicains, et déjà les vendéens,
avant d'abandonner leur pays, avaient
prononcé leur arrêt de mort. Bonchamps,
blessé et mourant, se fait porter au
conseil de guerre; il ranime ses forces
( 24)
défaillantes, appelle ses officiers et s
soldats plongés dans la douleur. 1
sollicite et obtient de leur dévouemen
la grâce de tant de malheureux; il* lui
font le serment de les sauver. Mai
-comment en imposer à une troupe fu-
rieuse qui avait juré leur mort? La voix
mourante de Bonchamps né peut se fair
entendre. Un roulement annonce une
proclamation. Les plus mutins accou-
rent; ils écoutent; c'est un or.e donn
par Bonchamps, aux portes du tombeau ;
il veut qu'on respecte.la vie des prison-
niers; il menace de la mort quiconque
oserait y attenter. Au nom de Bon-
champs, le calme renaît; le recuei lle
ment succède à la fureur; on verse des
larmes; les canons déjà braqués sont
détournés; de tous èôtés on entud.
crier : Grâce ! grâce ! sauvons les 1
prisonniertr Bonchamps le veut, Bom^
champs Vordonne ! ., Il est obéi. Telle
fut la dernière action de ce héros chré-
ti en. Parmi ces prisonniers , qui lui doi- î
r 25 )
c
vent la vie, était un républicain digne de
figurer à côté de Bonchamps.
Plein d'ardeur pour la république ,
Haudaudine, négociant de Nantes, avait
marché, dès l'origine, contre les insurgés
du Bas-Poitou. Fait prisonnier àLegé,
en secourant un de ses camarades, il
est conduit à Mortagne, en présence
d'un comité royal, qui le charge de se
rendre à Nantes, pour proposer l'échange
des prisonniers républi cains. Ce comité
fait dépendre leur sort de son retour dans
la Vendée. Domet, président du dis-
tiict, partageait la mission d'Haudau-
dine. Tous deux arrivent à Nantes, y
sont mal accueillis; les patriotes rejettent
avec dédain la proposition des royalis-
tes; ils enjoignent aux deux prisonniers
de rester; car, disent-ils, l'on peut être
parjure aux brigands. Eaudaudine n'é-
coute que sa conscience , elle lui rappelle
son serment. Nouveau Régtittis, il veut
se dévouer pour le salut des prisonniers;
(i6)
il rentre seul dans la Vendée, et se-
remet à la disposition de ses ennemis,
étonnés eux-mêmes de son rare. dévoue-
ment. Ce fut, après avoir erré de prison
en prison, qu'ayant été conduit à Saint-
Florent, Haudaudine y fut menacé de
la mort, et ne dût la vie qu'à l'héroïsme
de Eonchamps.
-Les républicains reparurent bientàt,
et l'armée vendéenne , recrutée et forte
de trente mille hommes et de douze cents
cavaliers, marcha à leur rencontre. Le
combat qui eut lieu près de Laval, fut
un des plus rudes de cette guerre. Le
feu cesàa; on en vint à l'arme blanche ; on
se prit corps à corps; on se poignarda avec
la bayonnette. Stoflet, après six heures
de mêlée, fit un détour avec quinze
cents hommes, prit les républicains à
dos et en lfanc ; attaqués et rompus, un
grand nombre périt ; le reste se sauva à
Ghâteau:Gontter.
Après la prise de Laval, la cavalerie
C a7 )
des vendéens se déploya en avant des
faubourgs de Granville, puis l'infan-
terie tenta l'assaut sans succès.
Les vendéens, repoussés à Gran-
ville, s'étaient retirés à Dol, où les
colonnes républicaines, qui les attaquè-
rent , furent détruites, après un combat
opiniâtre etsanglant. La Roche-J aquelin
et Stoflët résolurent de repasser la Loire
et de rentrer dans la Vendée. Angers,
QÙ commandait Baupui, blessé, qui se
fit .porter sur Jes remparts , leur résista ;
ils s'emparèrent du Mans ; et là, suivis
,par les généraux de la république , at-
taqués au-dehors et dans la ville, pressés
- par Wéstermann, qui venait d'être
Tendu un moment à son armée, les
vendéens furent taillés en pièces. Dix-
huit mille soldats, femmes f enfans,
vieillards, furent massacrés dans la ville,
pendant et après le combat. La Roche-
Jaquelin, échappé au carnage avec quel -
ques cavaliers, recueillit les débits de
( )
ce désastre, et essaya de passer la
Loire à Ancenis, sur des radeaux. A
peine touchait-il le bord opposé avec son
avant-garde , le reste attaqué fuit à Sa-
venay; là cette armée sans chef fut at-
teinte et détruite. L'îte de Noirmoutier,
où s'étaient réfugiés Charrette et d'Elbée
mourant, fût prise, et ce dernier fût
porté au lieu du supplice, et fusillé dans
son fauteuil.
— Westermann, général d'une valeur
féroce, et dont le cœur était aussi bar-
bare que guerrier, naquit en Alsace,
l'an 1763. La Vendée n'oubliera jamais
les cruautés qu'il a commises. Trop
craint pour être aimé des chefs de la
révolution, qui se détruisaient tour-à-
tour , il fut proscrit et condamné à mort
par la faction de Robespierre. Monté
sur l'échafaud, son œil aussi calme qu'un
jour de bataille, reconnut dans la foule
des spectateurs, des grenadiers sous l'u-
niforme de sa légion, qui avaient cédé
( 29 )
C?
à la faiblesse barbare de contempler la
fin tragique d'un général dont la répu-
tation fût éclatante. « Mes amis, leur
dit Westermann, quand vous retour-
nerez à l'armée, dites-lui comment le
tyran récompense les défenseurs de la
patrie. » Le bourreau le saisissant, lui
dit : « Tais-toi, et courbes ta tête avec
courage.» Westermann se retourne, et
repond : « Frappe de même. » -
— La Roche-Jaquelin, presque seul
dans son pays, livré à tous les genres de
destruction , fut obligé de se séparer du
peu de soldats qui l'avaient suivi, pour
échapper aux recherches des ennemis ;
il s'enfonça dans les bois ; pressé par la
fatigue et la faim, il sortit à l'entrée de
la nuit, et suivi d'un seul compagnon, il
se présente à la porte d'une ferme
isolée; l'homme charitable qui l'habite
les fait souper et les conduit dans une
grange pour y passer la nuit; à peine
sont-ils endormis que le fermier les ré-
( 3° )
Veille et les avertit que les républicains
sont dans sa maison, et se proposent de
coucher dans sa grange. — « Quand je
devrais mourir cette nuit, dit la Roche-
Jaquelin, il faut que je dorme aupara-
vant; il en sera ce qu il pourra. » IL se
rejette sur le foin. Le fermier était à
peine sorti, que les républicains arri-
vent , et se couchent à côté des deux
vendéens ; accablés de lassitude, tons
ne font qu'un somme pendant toute la
nuit. A la pointe du jour, la Roche-
Jaquelin éveille son camarade, ils se
saisissent chacun d'un fusil, se retirent
dans les bois, et vi vent pendant quelque
(¡d L *
tem-ij des subsistances qu'ife peuvent,
enlever aux patriotes qui passent à portée
de leurs carabines. Fatigué d'une vie si
misérable, la Rocbe-Jaquelin se rap-
proche de ûhatillou, et envoie des émis-
saires dans les paroisses, pour tâcher de
fa; mer de nouveaux rassembiemens ;
mais elles sont épuisées d'hommes et de
( 31 )
moyens , et la voix du général n'est
plus entendue. Tout ce qu'il peut faire,
c'est de réunir quelques anciens soldats
échappés aux dernières afIilires; avec
ce léger secours , il fuit, mais il peut
défendre sa vie.
Ce jeune guerrier, dans les précédens
combats, s'était souvent battu en capi-
taine expérimenté ; mais depuis la mal-
heureuse expédition d'outre-Loire, il
ne montrait plus que la témérité d'un
soldat. On eût dit qu'il pressentait la
perte de son parti renaissant, et qu'il
ne voulait pas lui survivre. Il dût la mort
à son audace. Après an combat, près de
Trémentine, où il avait eu l'avantage,
il s'abandonne imprudemment à la pour-
suite des républicains., et apercevant
derrière une haie uu soldat qui voulait
échapper à sa cavalerie, il s'avance à
cheval, malgré les représentations de
quelques vendéens de sa suite, et
somme son 'ennemi de lui rendre les
( 3s )
armes. Celui-ci, qui vient d'entendre
prononcer le nom du général royaliste,
veut venger son parti, en perdant glo-
rieusement la vie, et il couche en joue
la Roche-Jaquelin., qui, en s'avançant,
reçoit le coup mortel.
Ainsi périt, de la main d'un soldat
obscur, un chef devenu célèbre par pins
de victoires que de défaites. Un second
la Roche-Jaquelin est mort, aussi pour
la - noble cause, à l'affaire du Marais,
qui a eu lieu le 4 juin ieis, dans la
Vendée, pendant la deuxième usurpation
de Buonaparte.
— Après la mort de la Roche-J aque-
lin, Stoflet devint généralissime des in-
surgés. Ce vendéen se faisait aussi dis-
tinguer par la plus grande intrépidité ;
mais c'était un barbare détesté des au-
tres chefs , et qui, en général, n'inspi-
rait point de confiance. Sa rivalité avec
1 Charrette, qui se maintenait encore
avec quinze mille bommes dans la
( 33 v
Basse- VeDdée, contribua beaucoup à
l'extinction de leur parti, qui, ^u sur-
plus , depuis l'affaire du Mans, n'était
plus en état de combattre en rase cam-
pagne les troupes de la république.
— A la prise de la Châtaigneraie,
les soldats de M. de l'Escure , qui
commandait l'aile gauche , hésitaient
beaucoup à le suivre; il Wavanca seul à
trente pas devant eux. s'arrêta et cria 3
Vive le Rail Une batterie de six pièces
fit sur lui un feu de mitraille. Ses habits
furent perces, son éperon gauche em-
porté, sa botte droite déchirée; mais il
ne fut pas blessé. « Vous le voyez , mes
amis, leur cria-t-il sur-le-champ, les
bleus ne savent pas tirer. » Les paysans
se décidèrent ; ils prirent leur course.
M. de l'Escure, pour rester à leur tête,
fut obligé de mettre son cheval au grand
trot. Dans ce moment, ils aperçurent
une -grande croix de mission ; aussitôt
ils se jetèrent à genoux, quoiqu'à la
( 34 )
portée du canon. M. Beaugé voulut les
faire marcher. a Laissez-les prier Dicu^
leur dit tranquillement M. de rescur -e. ]>--
Jls se relevèrent et se mirent à fondre
sur l'ennemi avec une intrépidité incon-
cevable.
— Dans la dernière guerre de la*
Vendée, en 1815, le colonel comman-
dant la cavalerie vendéenne, fut envoyé
dans une paroisse d'un des départemeris
insurgés, pour y demander un renfort
d'hommes. Selon l'usage du pays, il
s'adressa au curé , -qui, après l'office
divin j tint à ses paroissiens ce discourp,
aussi concis qu'énergique ; « Mes amis,
nous n'avons qu'un Dieu et qu'un Roi,
il faut prier l'un et se faire tuer pour
l'autre. » Cette courte exhortation suffit
pour faire prendre les - armes à tout le
village. -
- Les Royalistes émigrés, au nonta
bre de dix mille , appuyés par les An-
glais , armés et équipés par eux,
(35)
essayèrent un débarquement dans la
presqu'île de Qùiberon en Bretagne,
où ils espéraient être soutenus par les.
ChQuans organisés par petites bandes
dans le pays , et que dirigeait M. de
Ptlisaie, le même qui avait pris parti
contre la Montagne constitutionnelle ,
lors de l'insurrection du Calvados. Là
descente fut effectuée du 26 au 27 juin,
et d'abord suivie de quelques succès ; ils
s'emparèrent du bourg d'A uray, du fort
Penthièvre, s'y établirent et tâchèrent
ensuite de pénétrer dans l'intérieur pour
s'allier aux Chouans et leur distribuer les
rmunilLons tîe toute espèce, et même les
habits d'uniforme qu'ils apportèrent avec
eux. Pendant ce tems-là, la flotte au"
glaise était en rade et observait leurs
mOllvemens. Le comité de salut public,
alarmé, fit marcher en bâte contre les
royalistes , toutes les troupes dont il
put disposer , sous le commandement
au général Hoche, et chargeaM. Taliien
( 36 )
de diriger la-partie politique de l'expédi-
tion. Après avoir été plusieurs foi& re-
poussés, les républicains emportèrent le
fort , et les émigrés furent repoussés
jusques sur le bord de la mer ; là s'en-
gagea le plus vif combat ; mais alors les
anglais se mirent à faire feu de leurs
vaisseaux , et foudroyèrent également
les républicains et les émigrés : ceux-ci
Voulurent se rembarquer , mais les vais-
seaux anglais prirent le large et laissèrent
les Emigrés à la merci du vainqueur. Ils
mirent bas les armes, sur la. promesse
qu'ils auraient la vie sauve; mais on
ne tint point compte - de cette promesse.
On fit uii triage de tous les simples
particuliers qui avaient pris part à l'ex-
pédition , et la liberté leur fut. succes-
sivement rendue. Quant aux volontaires
et officiers nobles, ils furent tous fu-
sillés, par jugemens de trois commis-
sions militaires , établies par le général
Lemoine, à. Auray , à Vannes et à
(37)
D
Quiberon. En vain le jeune Sombreuil,
fils du gouverneur des Invalides, officier
de la plus haute espérance, réclama-t-il
la parole donnée aux émigrés , qu'ils
auraient la vie sauve en rendant les
armes ? on n'eut point égard à ses ré —
clamations; des ordres supérieurs arrivés
de Paris avaient ordonné ce massacre,
qu'on a mal à-propos attribué à lia vo-
lonté individuelle du député TaUien.
Cinq cent soixante Français furent ainsi
exterminés; quinze ou vingt échappè-
rent. < -
Nota. La' guerre de lar Vendée, dont le motif
fut toujours si honorable, ne doit pas être
confondre M ec celle dei Chouans t qui n'a Di
qu'avec 1, j8 brumaire.
( 38 )
GUERRES DE LA RÉPUBLIQUE.
Les armées combinées de Prusse et
d'Autriche étaient entrées sur le terri-
toire français, mena çant à-la-fois Lille,
Valenciennes et Maubeuge. Tous les
citoyens en état de porter les armes se
levèrent en masse à la voix de l'hon-
neur, et marchèrent contre l'ennemi
commun. Après différens combats, dont
l'issue nous fut favorable, le général
Dumouriez livra la bataille de Jem-
mapes, le 6novembré*,ï79i. Nous allons
essayer d'en donner les détails. j
t. - j
Bataille de Jemmapes.
L'armée des A utrichiens, commandée
par le duc d'Albert, était composée,
( 3Q ) *
suivant les calculs les plus modérés , de
vingt mille hommes , dont trois mille
cinq cents de cavalerie ; d'autres histo-
riens la portent à vingt-hmt mille. L'ar- :
mée française, commandée par le gé-
néral Dumouriez, ne comptait pas plus
de trente mille combattans. La position
des Autrichiens était formidable; leur
droite, appuyée au village de Jemmapes,
formait une équerre avec ieur front e6
leur gauche, qui était appuyée à la
chaussée de Valentiennes; ils étaient
placés dans toute cette longueur , Sur
une montagne boisée , où s'élevait un
amphithéâtre, trois étages de redoute
garn s de vingt pièces de grosse artil-
lerie , d'au moins autant d'obusiers , et
de trois pièces de canon de campagne
par bataillon; ce qui présentait une ar-
tillerie de près de cent bouches à feu.
Les Français en avaient autant; mais les
positions de l'ennemi étaient supérieures
aux nôtres. t
t
( 40 )
Le 6 novembre, dès sept heures du
matin, la canonnade la plus vive s'en-
gagea de part et d'autre, et dura jusqu'à
raidi. C'est alors que toute 17infauteriese
mit en un clin-d'œil, en' colonnes fie
bataillons, et se porta avec la plus grande
tapidité et la plus grande allégresse ,
"rs les retranchemens de l'ennemi; pas
une tête de colonne ne resta en arrière.
Le premier étage des redoutes fut d'a-
bord emporté à la baïonnette ayec la
plus grande vivacité > mais bientôt les
obstacles se multipliant, le centre courût
du danger; trois colonnes de bataillons
s'étaient arrêtées sous le feu terrible des
redoutes ; elles commençaient à se
mêler et à tourbillonner sur elles-mêmes,
présage assuré de la fuite. Le fils de
monseigneur le duc (TOriéans, le jeune
duc de Chartres, que la-loi avait sur-
nommé Égalité, servait dans cette ar-
mée. Il se porta précipitamment au
milieu du désordre, rallia les troupes

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