Vie de E. Renan , par Ernest Le Peltier

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E. Dentu (Paris). 1864. Renan. In-8° , 31 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1864
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VIE
DE
E RENAN
PAU
ERNEST LE PELTIER
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
P ALAIS-B0TAI., 13-17. GALERIE D'ORLÉANS
1864
1863
A
MADAME RENAN MÈRE
Tréguier est une jolie petite ville à demi maritime,
à demi paysanne, jetée au fond d'une des nombreu-
ses criques qui déchirent les falaises de la côte bre-
tonne.
Autrefois on ne montrait au touriste qui visitait
cette ville que la cathédrale, un des plus beaux dia-
mants de l'écrin. archéologique, le cloître, et un évê-
ché assez remarquable, que les évêques ont cependant
déserté pour celui de Saint-Brieuc, qui lui est de beau-
coup inférieur.
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Maintenant on ajoute à ces monuments une hum-
ble maisonnette située dans la grande rue; c'est là
que, le 27 mars 1823, naquit M. Renan.
Son père était capitaine ; et sa vie, comme toute
celle des marins, ne fut qu'un tissu de dangers.
Fait prisonnier par les Anglais, il avait passé quel-
ques années sur les pontons. Aimant la liberté et l'in-
dépendance, son caractère ardent avait engagé avec
les éléments la lutte que plus tard son fils engagea avec
la science.
On donna le nom de Joseph Ernest au nouveau-né.
Madame Renan avait déjà deux enfants, Henriette et
Alain.
Cette famille vivait paisiblement à Tréguier, lors-
qu'un terrible accident vint la frapper. On retrouva le
cadavre de M. Renan sur la côte d'Erqui : Ernest avait
alors cinq ans,
Un naufrage précédemment éprouvé avait fait con-
tracter quelques dettes. Madame Renan donna l'usu-
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fruit de sa fortune à ses créanciers, préférant, comme
tous les gens d'honneur, sacrifier le bien-être à la con-
servation d'un nom intact. — Ils se retirèrent alors à
Lannion, pays natal de madame Renan, qui, dans son
malheur, voulut se rapprocher de sa famille. Ils y vé-
curent péniblement pendant deux ans, puis revinrent
à Tréguier, où Henriette, heureuse de pouvoir aider
sa mère, fonda une petite école. Ernest entra au col-
lége de celte ville. La carrière s'ouvrit alors devant
cette intelligence qui désirait ardemment l'étude et la
lutte.
Il prit bientôt place parmi les meilleurs élèves du
collége. M. Renan, au milieu de ses succès, n'a pas
oublié les couronnes de lauriers qui chargeaient son
front les jours de distribution de prix, il a conservé de
ce collége un bon souvenir.
« C'était, me dit-il un jour, à cette époque un bien
« respectable établissement. J'y appris le latin et
« les mathématiques. Jusqu'en troisième les études
« étaient fortes; on y jouissait surtout d'une grande
« liberté qui, dit-on, n'existe plus. Les élèves, pres-
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« que tous enfants de la campagne, étaient disséminés
«dans la ville; leurs parents leur apportaient des
« vivres, et leur existence était toute patriarcale. »
Le système d'alors était, en effet, de beaucoup pré-
férable à celui d'aujourd'hui. On empile quatre cents
élèves environ dans un bâtiment trop étroit, où règne
presque constamment le typhus. Au point de vue
moral, cette enrégimentation produit la contagion;
car beaucoup s'y font un devoir de rendre communs
leurs vices particuliers.
Lorsque M. Renan eut fini sa troisième, il vint à
Paris. Pendant son séjour à Tréguier, tous les succès
avaient été pour lui. Un palmares de la distribution
des prix tomba entre les mains de M. Dupanloup qui,
le voyant remporter ainsi toutes les récompenses de sa
classe, témoigna le désir de le voir. Une connaissance
de Mademoiselle Henriette servit d'intermédiaire. Hen-
riette partageait avec madame Renan tous ses devoirs
de mère à l'égard d'Ernest ; c'était toujours la soeur,
c'est-à-dire une confidente, une amie ; mais c'était aussi
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la directrice, à cause de l'ascendant de l'âge et de l'a-
mitié mêlée de respect que M. Renan avait pour elle.
En 1838, M. Renan vint habiter le petit séminaire
de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dirigé par M. Dupan-
loup : « C'était, nous a dit son élève, un homme bril-
« lant, un chef d'instruction remarquable., mais il
« était absolu et cassant pour les personnes qui tra-
« vaillaient avec lui ; tout était gaieté dans son sémi-
« naire, car c'était un éveilleur d'esprit; il était un
« littérateur distingué, quoique son instruction fût
« médiocre; en résumé, c'était un humaniste. »
Il y vécut trois ans, compléta son éducation, et fit
de grands progrès en littérature, mais n'y apprit rien
de solide. On y cultivait la forme au détriment du
fond. Les sciences étaient nulles, ce qui l'étonna.
A cette époque M. Renan n'avait aucun doute sur
la foi religieuse ; sa vocation, qui lui était venue de
fort bonne heure, n'avait éprouvé aucune subjection
importune.
Lorsqu'il quitta l'établissement de M. Dupanloup,
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il entra au séminaire d'Issy : c'était une charmante
habitation contenant un parc superbe, où le silence ai-
dait au travail et à la réserve ; M. Renan y fit deux an-
nées de philosophie qui.lui ont été d'une grande utilité.
Parmi les professeurs se trouvaient quelques
hommes remarquables. Gomme on y avait un grand
loisir, il y reprit l'étude des sciences naturelles, et y
fit de rapides progrès.
Il quitta Issy pour Saint-Sulpice, où il habita deux
ans. C'est là qu'il commença l'étude des langues
orientales : l'hébreu et le syriaque. Il eut là pour
maître un abbé fort savant, appelé M. Lehir.
A l'étude des langues orientales, M. Renan joignit
celle de l'allemand et de l'histoire. Il lui advint alors
une chose assez inusitée dans les séminaires, et qui
prouve de combien son talent surpassait déjà celui des
autres. Deux professeurs enseignaient l'hébreu ; l'un
d'eux, l'abbé Garnier, n'était plus en âge de faire son
cours; l'abbé Lehir prit sa place, et M. Renan rem-
plaça ce dernier. On lui permit aussi de suivre le cours
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de M. Quatremère, qui professait l'hébreu au collège
de France.
La lecture des livres allemands ébranla ses idées
religieuses ; la Bible vint alors s'y joindre. M. Renan,
toujours plein de franchise, trouvant ses croyances
religieuses trop incertaines, résolut de quitter cet
établissement.
Ce ne fut pas une détermination prise subitement.
Depuis un an il était en proie à des incertitudes aux-
quelles il résolut de s'arracher. Pendant les vacances
de 1845, qu'il passa dans son pays natal, il prit enfin
une résolution, et à la rentrée fit ses adieux à ses
anciens compagnons, qui partagèrent la douleur de ce
départ en lui témoignant une grande affection.
Ses professeurs espérèrent qu'il reviendrait sur
cette détermination, et obtinrent de lui qu'il passât
quelque temps au collége Stanislas, auprès de l'abbé
Gratry. Il le quitta peu après.
Embrassant tout à la fois la théologie, la philosophie,
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la philologie et l'histoire, il les concentra vers la
critique religieuse.
Au sortir de ce séminaire, M. Renan se trouva dans
une pénible position. Il avait vingt-deux ans, et aucune
fortune.
C'est alors qu'il retrouva encore sa bonne Henriette
pour l'aider et se montrer toujours dévouée à ce frère
bien-aimé. Lorsqu'il était enfant, elle remplaça souvent
sa mère près de lui ; jeune homme, elle fut sa soeur,
sa compagne, et lorsque le savant voulut quitter la
France par amour pour l'étude, il la trouva encore
près de lui pour partager ses dangers et ses travaux.
M. Renan chercha et trouva une place de répétiteur
dans une pension du faubourg Saint-Jacques, il con-
tinua à y travailler les langues orientales, suivant
toujours les cours du collége de France.
Les loisirs que lui laissaient ses pénibles fonctions,
il les consacrait à l'étude ; aussi put-il bientôt prendre
ses titres dans l'Université. Il passa salicence en 1846,
son agrégation en 1848, et son doctorat en 1852.

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