Vie de J. J. Rousseau : précédée de quelques lettres relatives au même sujet ([Reprod.]) / par M. le comte de Barruel-Beauvert

De
Publié par

chez tous les marchands de nouveautés (Paris). 1789. Rousseau, Jean-Jacques (1712-1778). 5 microfiches acétate de 98 images, diazoïques ; 105 * 148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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VIE
DE
J. J. ROUSSEAU.
VIE
D E
J. J. ROUSSEAU,
Précédée de quelques Lettres relatives au
même sujet.
Je prendrai toujours pour la vertu une hypocrisie qui les
»
Par M. le Comte DE BARRUEL-BEAUVERT.
A L ONDRE
ET le trouve à Paris chez tous les
Marchands de Nouveautés.
1789.
TOUt ce qu'on imprime de philosophique, avec
permission, et mutilé par un ceafeur royal,
et lorsqu'il font des mains de imprimeur, font qu'on
l'ait approuvé, il fut rempli de fautes typogra-
phiques !l'alternative et cruelle, mais l'auteur de
cet ouvrage n'a pas cru devoir balançer, esperant
que les notes qu'il renferme ne déplairont point aux
admirateurs de J.J Rousseau, et qu'ils feront bien
rectifier les incorréctions portées dans rarata.
(5)
A iij
PREFACE.
JEAN-JACQUES ROUSSEAU ne fut
point de l'académie françaife, & l'absence
d'un tel fleuron eût déparé fa couronne,
fi celle des Molière, Regnard, Bayle,
J. J. Rousseau, la Mothe-Levayer, Piron,
Diderot, avait été autrement faite; mais
cette analogie l'a privé des honneurs aca-
démiques honneurs que ron a magnifi-
quement décernés à tous les autres.
Les éloges des Montesquieu, Voltaire,
d'Alembert, même de l'abbé de Mabli,
du marquis de Pompignan, etc, ont été
propofés pour le sujet d'un prix d'élo-
quence; les médailla ont écé prodiguées;
on leur a érigé des statues au Louve, â-la
Comédie, &c; cependant, le philotophe
Rousseau n'a obtenu après fa mort ni éloge
(6)
académique, ni statue. Que dis-je?
Des mains impies avaient entrepris de
profaner, de mutiler le seul monument
qu'il a eu (& qu'on n'a pu lui réfuter)
témoignage authentique qu'il n'a point
exagéré les persécutions qu'il y a pen-
dant fa vie.
M. Paliffot, qui ae s'est jamais piqué
de favoir louer, a, malgré cela, fait une
espèce d'éloge de Jean-Jacques ( t) & fi
la tâche que je me fuis impofée n'était
auffi grave, je dirais
Ne vous semble-t-il pas voir le diable
Que Dieu force à louer les saints.
(t) Ce prétendu éloge avoir été modelement enseveli, en
Négrologe et il fut enfuite glorieulement exhumé,
dans le septième volume des Œvres de M. Paliffot,
qui le rend bien justice en écrivant à un de ces amis.
Voici comment il le disculpe de la sévérité qu'on lui
reproche au sujet de Rousseau n'ayant pas connue
(7)
A iv
Effectivement, parce que l'auteur de la
Dunciade n'avait pas trouvé des preuves
suffisantes que les torts fussent du côté de
JEAN-JACQUES, dans (son affaire avec
Hume, il veut qu'on lui fache gré de ne
les lui avoir pas attribués! parce que
Pavilissement où l'on s'efforçait de plon-
ger les vertus du citoyen de Genève avait
monté vigoureussement le reffort de son
âme, & que se sentant réellement au-dela
fus de les innombrables ennemis, il le
disait avec franchisse, M. Palissot prétend.
qu'il s'est assez, loué lui-même, pour lever
personnellement homme illustre et bizarre de n'ai pas
traiter cet éloge avec le même sensibilité que celui de
(comme cela est bénévole ou seulement impartiel !)
M. Palissot finit ainsi: Je m'attends à quelques reproches. quelques reproches.
mais je suis bien sur que mon coeur ne m'en sure point.
Cette assurance de fa pan doit nous tranquilliser sur
les remords. sur
(8)
les scrupules de CEUX QUI POUR-
RAIENT SE REPROCHER QUELQUE
SÉVÉRITÉ A. SON EGARD (l).
Est-il sûr que M. Palissot, à la place dç.
Jean-Jacques, n'eût pas préféré l'ennui de
fe louer, à celui de louer les autres?.
D'ailleurs, Jean-Jacques n'avait-il pas ac-
quis le droit de parler avantageusement
de fa propre personne? Il lui avait coûté
fi cher qu'en supposant à ses adverfaires.
le plus ardent amour de la gloire, je doute
qu'aucun d'eux voulût l'acheter au même
prix. Montaigne ne nous a-t-il pas entretenu
de lui, toutes les fois qu'il en a eu la fan-
taifie? et il l'a souvent eue! Mais Mon-
taigne, (que M. Palissot, fur la foi d'un
(i) L'homme qui prend la peine de composer un
éloge pardi, mérite au moins de semblables louanges,
et doit bien s'attendre à les obtenir:
Traiter les immortels avec irrévérence!
Va, crains de reflentir l'effet de leur vengeance.
(9)
misérable suiffe, affure avoir été pillé par
Rousseau) n'était point notre contem-
porain Quant à Jean- Jacques c'est diffé-
rent; on le voyait chaque jour, chaque jour
on le tourmentait, on Je victimait; & l'on
avait la baffeffe d'exiger qu'il ne se plaignît
jamais! & l'on trouvait mauvais qu'il ra-
contât d'avance à la postérité les injustices,
les horreurs qu'il effuyait; & l'on ne pou-
vaic fupporter qu'il plaidât fa cause, qu'il
se justifiait, qu'il se montrat inno_oent!
Ah* cette iniquité crie vengeance!
Races perfides et cruelles; races de vipères;
bénissez le fort qu'un puissant ,ami de la vé-
rité ne vous.ait pas frappées, écrasées de
son sceptre de fer! (1).
■ (1) La vertu n'est pas toujours douce; elle sait
» s'armer à propos de sévérité contre le vice, elle s'en-
» flamme d'indignation contre le crime;
-Et le juste au méchant ne sait point pardonner»
» Ce fut une réponse très sage que celle d'un roi de
( 10 )
Le Tasse, comme dit VOLTAIRE, ωt
des ennemis qui firent de sa vie un tissu
de malheurs ceux de Galilée le firent
gémir dans les prisons, à soixante-dix ans,
pour avoir découvert le mouvement de la
terre & ce qu’il y a de plus honteux, c’est
qu’ils l’obligèrent à se rétracter. Christophe
Colomb fut excommunié & persécuté, pour
avoir assuré que la terre ne finissait pas
aux bords de la mer; &, pour avoir
voyagé aux AntiPodes, il mourut igno-
minieusement. Voltaire, que je viens de
» Lacédémone à ceux qui louaient en ta présence
» l’extrême bonté de son collègue CHAIMLLUS; &
» comment serait-il bon, leur dit-il, s’il ne sait pas être
» SONOS OPORTET ESSE. Brutus n’était point un
» homme doux (pour les méchans); qui aurait le front
» de dire qu’il n’était pas vertueux? » (J.J. Rousseau,
dernière réponse à M. Borde, de l’académie de Lyon).
( 11 )
citer, n’a-t-il pas vu s’élever contre lui
tous les jansénistes, tous les molinistes,
tous les déiftes, tous les athées, & an roi
qui l'avait comblé d’honnêtetés?.
N’a-t-il pas trouvé fous ses pas plus de
cinquante mille diatribes, satyres & libelles
diffamatoires, dans lefquels on l’accusait
d'avoir volé les plus mfignes & les plus
rufés frippons du monde, les libraires & les
juifs?. mais les. malheurs du Tasse,
de Galilée, de Colomb, de Voltaire, ceux
de Michel -Cervantes, qui fat fiit esclave,
ceazdu pauvre abbé Prévôt, qui était aux ga-
ges d’un imprimeur, ceux de l’abbé Raynal,
que son génie à eülé de sa patrie, ceux de
tous les grands hommes, anciens & mo-
dernes, ne peuvent être comparés à la cons-
tante, à Yaffidde infortune que la vie de
Jean-Jacques nous offre, & que sa mort, sans
doute, abrégea trop tard par rapport à lui.
( 12 )
Je conclus des persécutions qu’il a es-
suyées, & que [es ennemis s’obstinent
à nier, afin d'être vraisemblablement dif-
penfés de le plaindre, que c’est l’homme
dont il faut le moins féparer l’auteur du
perfonnel.
Je vais donner ici l'extrait d’une Iettre (1),
qui ne fera pas déplacé.
u..» Comme on réimprime les ouvrages
de Jean-Jacques Rousseau, il ferait im-
(a) Celle lettre (datée de Nivolas, en Dauphiné, le 12
mars 1787) est de M. de Montcizet, qui a eu des relations
intimes avec Jean-Jacques elle est adressée à M. le Cheva-
lier de Cubières. Je crois devoir rendre hommage au zèle
qu’il a mis à me la procurer, ainsi que plusieurs notes
On trouve dans M. le chevalier de Cubières, ce qui
est très-rare, les ressources d’un homme da, monde
vertueux, & celles d’un littérateur distingué réunion
qui, lui ayant attiré l’estime générale & l’affection parti-
culière, fait son éloge de la manière la plus flatteuse.
( 13 )
portant d’ajouter à cette nooveue édition
tout ce qui n’est pas publié & qui servirait
beaucoup à faire connaître l’illustre ci-
toyen de Genève. J'ai été à portée de
voir & d’étudier cet homme étonnant; & il
ne m'a, j'ofe le dire, échappé sous aucuns
rapports, non plus que ceux avec lesquels il
s'était lié. == Jean-Jacques était bon fen-
6bk ombrageux à l’excès & il est rare
qu'on ne foit pas méfiant lorsqu’on est
perfécuté. Il ne craignait rien tant dans le
monde que les prêtres & les gens de lettres;
cependant, malgré fa misanthropie, il était
d’une crédulité inconcevable. Les hommes
hypocrites & faux ont fréquemment eu
beau jeu avec lui. Rarement savait-il faire
un choix, & moins encore s’y tenir. Son
discernement était souvent en défaut, & le
dehors lui imposaient presque toujours. „
” Il regardait M. le duc de Choiseul
( 14)
comme son ennemi le plus implacable (1),
& quiconque avait à se plaindre de ce mi-
nistre obtenait sa confiance. ”
” Il cherchait à connaître Ilhomme,
sans oser lever le marque qui cachait fou
visage (2) Aussi, par combien de gens
n’a-t-il pas été trompé, même trahi, fans
qu’il s’en soit douté?. mais, dans le
(1) M. le duc de Choiseul a été le protecteur de
(?) Dans son enfance, Jean-Jacques avait beaucoup
lu de romans & cette lecture, pour laquelle il s’é-
tait d’abord passionné, n’ayant pas tardé d’enflammer
sa tête, il ne vit bientôt plus que des héroines & des
héros où se trouvaient tout bonnement des hommes &
des femmes. La connaissance qu’il en fit l’obligea de
rabattre prodigieusement de l’opinion qu’il en avait con-
çue, & ses malheurs, qui tenaient à ce qui l’environnait,
lui prouvèrent qu’il ne s’était pas trompé deux fois.
Il a dit aux humains des vérités désagréables & même
dures, mais on a remarqué qu’elles n’offensent que
ceux qui font dans le cas de les mériter.
( 15 )
nombre de ces lâches & perfides amis,
exista-t-il jamais pour lui de monstre plus
dangereux que la malheureuse qu’il avait
associée à fou fort, & dont il a peut-être
fini par être la victime?. Il est de ces
horreurs fur lesquelles il faut tirer la
rideau. ”
== Je n'ai qu'an mot à ajouter. Je sens
tonte mon incapacité pour louer dignement
Jean-Jacques Rousseau, & laissant ce foin
à une plume plus exercée que la mienne,
je me borne à présenter les faits tels qu’ils
ont été, tels que je les ai vus, ou du moins
tels que j'ai cru les voir. Je peux m’être
trompé, mais je certifie que mon erreur a
été involontaire, & afin de la réparer, fup-
posé qu’elle existe, je proposerai à l’acadé-
mie française un prix, qu’elle voudrait bien
accorder (1) suivant ses lumières, son impar-
(1) Ce prix confiftera en une médaille d'or, de la valeur de 600 liv. On pourra l'obtenir au mois d'Augufte 1790
( 16 )
tialite, fa juffice, à celui qui, projettànt la
plus vive clarté far le modèle des écrivains,
fans être effrayé de (es ennemis & de leur
nombre, fcrait convaincu que:
LETTRE
t
( 17 )
B
LETTRE IERE,
M. LE COMTE DE LA GORCE,
Colonel attaché à l’Etat-Major de
l’Armée.
comme vous savez, mon cher ami, qu’après
sa mort on ne lui attribuât des ouvrages
dont jamais il n’eut connaissance, & il ré-
les mieux intentionnés, ne le traitassent en
ennemis mais nous devons nous en rap-
porter à la probité & aux lumières de
( 18 )
MM. du Peyrou, Mercier & le Tourneur,
qui n’ont pn adopter légèrement les écrits
qu'on leur a donnés pour être du philo-
sophe je ne dirai point de Genève, mais
de tons les pays & de tous les siècles.
Il vaudrait mieux, pour la gloire cran
gond homme, rejeter tes choies qu’il a
faites dans & jeunesse, & qu’il n’a pas ju-
gées dignes de publier lui-même, que de
lea mêler avec ses chefs-d’œuvres & fis
coups de maîtres cependant bien des
personnes auroient lieu de s’en plaindre
Trahit sua quemque voluptas. Il faut
cher compariote, ne trouvons pas mau-
vais qu’on insère dans l’édition de Jean-
(1) Molière a fait le Dépit amoureux, l’Etourdi, les Fourberies de Scapin = Pierre Corneille a fait Mélité,
Alexandre. == Jean-Baptiste Rousseau a fait le Flatteur,
( 19 )
B ij
aura fans doute composé lorfqae fa tête
n'était pas encore mùrc, & que, n’ayant
aucune notion de chymie, il croyait entre-
voir la possibilité de s'élever dam les airs.
par'des moyens purement méchaniques.
Plusieurs jéfuices favaienc imaginé avant
Rousseau, & M. Blanchard, goûtant fort
eettezdée, t'avait- coulée a fond (1). Heu-
reusement pour lui, ses non-succès innom-
brables, humilians & coûteux le décou-
ragèrent & l’attachèrent à la découverte
fortuite de M. Montgolfier, dom le pro-
cédé, celui des ballons rtmplis d'air fpé-
cifiqnément plus léger que Fair athmos-
phérique, eft, sans contredit, le plus
raisonnable de tous, & l’expérience l’a
démontré.
M. le marquis d’Arlandes & M. Pilâtre
( 20 )
des Rosiers furent, s'il vous en souvient,
les premiers aéronaUteS modernes, &
pouffés par un vent favorable, ils tra-
versèrent Paris, il y a environ cinq ans
à près d'an mille d'élévation. Le zèle de
Pilâtre, son ardeur infatigable, que ne tem-
pérait point l’étude de la physique qu'il
professait, le rendirent bientôt la victime
de son courage & nouvel Icarc, il périt
pour avoir voulu employer deux moyens
dont l’effet réuni produisit une détonation
inévitable.
M. Charles, phyficien, & M. Blanchard,
qui ne l'est pas, vinrent ensuite, & la def-
tinée du dernier a bien voulu qu'il franchît
la mer qui sépare la France d'avec l'An-
gleterre (1).
(1) M. Blanchard parcourt maintenant tous les pays
étrangers ac y montre pompeusement des ascensions &
des descentes qui ne font pas marcher à la perfection
l’art de diriger sa promenade aérienne, mais qui lui
valent des fêtes & surtout des bijoux, dont il prend soin
de nous détailler, dans les gazettes & les journaux, la
qualité, la quantité, l’utilité, la matière, le poids, la
( 21 )
B iij
C’est dommage, mon cher comte, que
ces belles tentatives ne foient que des jeux
sérieux & entourés de dangers. Ccfk dom-
mage qu'on n'ait pas encore trouvé la
manière de se diriger, malgré les vents &.
en louvoyant, comme fur 1POcéan mais
la différence qui est entre l’élasticité du
fluide qu'on boit & celui qu'on respire; ne
me permet point de comparer ces élemens,
pour les ressources de la navigation (1).
Attacher des ailes à un ballon c’est
supposer que rair, qu’elles déplaceraient,
offrirait assez de résistance pour avancer
on reculer au gré du navigateur; ce qu’il
y mettre des rames! cela ne réussirait
forme, la façon, l’usage, l’odeur, la couleur, la valeur
(1) Ce n’est pas la peine de refaire les calculs que vou
( 22 )
pas mieux des voiles! elles fe repIoye-
raient fur elles-mêmes ou occasionneraient
Quant au projet de s'attacher des ailes
aux bras, on fait comment ceux qui font
essayé dans l’antiquité s'en font trouvés,
puisque la fable de Dédale celle d’Icare,
& celle de Phaëton dont la moralité est
femblable, furent sans doute écrites d'après
des fujets réels. Un exemple moderne serait
plus frappant, & c’est celui du marquis
de Bacqueville qui voulut prendre son
essor du haut de fou hôtel ( à Paris quai
des Théatins), mais le mouvement de (es
ailes ce pouvant être assez confidérable &
assez fréquent, il tomba fur des bareaux,
au bord de la rivière, & se fracassa les
membres.
Il est prouvé aujourd’hui qu’il ne fau-
drait rien moias que des ailes de moulin-
à-vent pour supporter en l’air un enfant
de dix à douze ans & comment faire
mouvoir cette énorme machine ?.. Jean-
Jacques avait donc tort de croire qu’on
( 23 )
B iv
pourrait voyager dans les plaines de l’air
avec de fortes ailes; & il a bien senti
qu’il n’avait pas raison, puisqu’il s’est gar-
dé de publier son petit ouvrage. — Pour
ce qui est des moines qui prétendaient
s’élever, en faisant le vuide parfait (qui
ou du charlatanisme.
Enfin, n’espérons pas la moindre chose
d’une hardiesse aveugle, qui ne conduit qu’à
faire des singeries, & ce qui est moins plai-
sant, à se casser le cou mais attendons
tout du temps, le plus habile des créa-
teurs, des perfectionneurs & des destruc-
teurs.
Je ne finirai pas cette lettre, mon cher
comte, sans parler encore un peu de notre
ami Jean-Jacques que je regrette autant
que vous de n’avoir pas connu personnel-
lement. Louis-Quinze, qui s’était procuré
la satisfaction de s’entretenir avec lui (1);
( 24 )
prétendait que c’était l’homme le plus rai-
sonnable qu'il eût jimais entendu & je
n’ai pas de peine à le croire. Ce pritice en
fnt 6 satisfait qu'il lui assigna un second
rendez-vous mais-les alentours qui sont
inséparables d'une majesté effarouchèrent
le philosophe, & le monarque parut l’ou-
blier. C’est à l’époque de son Devin du
village, & lorsque la marquise de Pompa-
Cet opéra, donc on a retranché, à la
représentation, l’arierré Dans marcabane
obscure, &c. lui valut une hommage bien
jouait le Devin du village & la salle de spec-
tacle était rempli. Jean-Jacques y était [in-
cognito & s’y croyait ingoré. Jamais pièce ne
où l’on baissait la toile, tous les spectateurs,
mirent à crier d’une seule voix l’auteur,
l’auteur. La modestie de Jean-Jacques,
qui n’était pas simulée, l’empêchait de se
( 25 )
montrer sur le théâtre & les cris de re-
doubler au point que le sieur Villeneuve
(le directeur) vint lui représenter qu'on
s’obstinait à ne pas vouloir sortir & qu’il
allait être obligé de refaire illuminer la
salle. Rousseau, tout différent de cette pépi-
nière d’auteurs nains, qui viennent d’un
air balourd & plaisamment modeste, fa-
loer le public qui se moque d’eux en les
appelant comme de grands hommes (t);
Rousseau, dis-je, ayant resté plus d’une
heure après la fin de la pièce, & desirant
avec impatience de retourner chez lui
fait ses efforts fend la presse, veut s’es-
quiver mais on sort en foule de tous
côtés, on court après lui, remplissant l’air
d’acclamations de joie on l’entoure of-
ficiers, soldats, nobles, robins, abbés
(1) Il n’y a aujourd’hui aucun honneur qui soit aussi
théâtre, pour y recevoir des applaudissemens. Je. lais
composé de mes égaux & même de souverains.
(%6)
bourgeois, artisans, & laquais, c’est à qui
anra l’honneur de le porter glorieusement
en triomphe & de le conduire à fon Io-
Seaaent. N me semble voir un chef de lé-
gions romaines vainqueur de puissans
ennemis rentrant par la porte de Scée,
environné do noble appareil de la victoire,
transporté kntement au Capitole fur les
robustes épaules de guerriers enorgueillis,
attendu fur les places publiques, par une
foule de vieillards de femmes & d’enfans,
qui peignent merveilleusement le cercle
de la vie, & fnivi par une musique
bmyaoce & martiale, qui d'un peuple de
Thersites ferait une armée de Césars.
J’aurais pc, mon cher compatriote
augmenter de beaucoup de transparais
la Vie de Jean-Jacques, mais je n’ai pas
cra devoir les recueillir tous, & je pense
au avoir dit assez. Vous connaissez le zèle
cependant une partie de l’importance que
j’y ai attachée, quoique vous me repro-
( 27 )
chiez de n’avoir pas encore vu M. l’inten-
dant de T* qui vous a promis de me
donner la note que Jean-Jacques Rousseau,
d'après son avis, a retranché de l’Emile (1);
apprenez que,. malgré cela, je n'ai rien a6-
gligé pour me procurer des renseignemens
exacts, touchant cet écrivains célèbre, &
ce qui m’est arrivé dernièrement vous en
convaincra.
Un de mes amis vint, il y a quelque
jours, dîner chez moi, & me dit en entrant
J’espère que je vais vous faire bien du plaisir,
en vous racontant ce que j’ai découvert relati-
ment à J. J. Hier matin j’assistai au lever
du roi, au sortir de sa chambre j’entrai au
sallon de l’œil-de-bœuf, je m’approchai de
la cheminée, & j’entendis deux hommes qui
s’entretenaient passionnément de Rousseau.
à sacrifier une note trop forte dans un pays où tant de
cœur, & il est difficile d’empêcher d’avoir de la mé-
moire.
( 28 )
L’un prétendit être lié avec quelqu’un qui
avait tu du relations avec une personne qui
avait été intime avec lai; fi fon espèce de
gloriole me rappela ce plaisant motif qu’a-
vait d’être protégé le petit fils du cousin
de la sœur du bâtard de certain apothicaire.
part à cette conversation ou du moins sans
m’en mêler mais entraîner par le motif
de vous rendre service je demandai à cet
l’homme qu’il connaissait pour avoir été la
connaissance de la connaissance de Jean-
de sa poche, & sur le coin de la cheminée,
il écrivit d’un air plein de gravité le
Quelque bizarre que me parût une telle
résolu de profiter de sa démarche; & le
lendemain, de bonne heure, à pied, suivi
d’un laquais sans livrée, je vais trouver
( 29 )
& celui-ci me donne l'adreS'e de l’autre,
qui demeurait au fond du marais. Je m't
cheminai lestement, gaiement, & m’ima-
ginant bientôt acquérir les matériaux d’un
énorme volume. Je me présente à l’hôtel
garni qu'on m’avait indique. Mon do-
meûique, que j’attendais dans la rue, &
à qui j'avais- défendu de me nommer,
revint après avoir frappé a tontes les portes
de toutes les chambres & me dit triste-
ment j’ai enfin trouvé M. mais il
loge bien haut Conduis-moi, lui ré-
pliquai-je, & s'il Vent me recevoir, tu
commission que je t’ai doànée. Nous mon-
tons., nous montons, nons montons un
escalier étroit sale & obscur. que
nous sommes immédiatement au-dessous
du toît, j’apperçois un petit homme vêtu
de brua qui se recule pour me laisser
entrer, & qui me demande à quoi il peut
(30) 1
fur fa vie; si ce n’était pas commettre une
indiscrétion, je vons prierais de me dire fi
vous comptez les publier. (le vais remettre
la conversation sn forme de dialogue).
M. Il est vrai Monsieur, que
Jean-Jacques avait de l’amitié pour moi
& je le payais bien de retour. Tavais fait
connaissance avec lui lorsqu’il venait jouer
aux échecs an café dè la Régence. Nous
alfions souvent herboriser ensemble du côté
de Meudon, où l’on trouve des plantes
rares; maïs j’ai totalement négtigé la bora-
nique, & mon âge ne me permet guère
que de m’occuper à revoir d'anciens
MOI. Vous me paraissez, Monsieur,
jouir de la meilleure fanté; Vous avez fans
menades avec Rousseau ?
M. Non, Monsieur, mais je .rai-
dais à faire le sien, & il. prenait la peine
(34)
infiniment agréable, lorsqu’on était par-
vena à lui iDfpira- de la confiance.
MOI. Il avait' été fi souvent trompé,
trahi. M. (m’interompant): Oh! c’est
bien certain aussi se croyait-il toujours
environné d’espions, de traîtres & de gens
qui voulaient lui nuire. Il ue reprenait son
air aimable & ferein que hors de la ville,
& quand nous étions en pleine cam-
pagne.
MOI. Vous entretenait-il de ses Ou-
vrages, de ses malheurs, de ses affaires ?
M. Rarement de ses affaires & de ses
cependant que les Confessions, qu’on la
ri tour) Comment cela, Monsieur ?
cet Ouvrage est aussi incontestablement
de lui que l’Héloïse & l’Emile, & personne
ne s’est encore avisé de dire le contraire.
Mais fur quelle autorité vous fondez-vous
(32)
sensible, aimante; vous devez y retrouver
sa manière d’ecrire ferme, hardie, yigou-
reuse, ses tableaux rians & pittorefques
ses descriptions naturelles, ses goûts sim-
ples & champêtres, &c.
M. J’en conviens; &, quoiqu’il
soit inimitable, je ne puis m'empêcher de
croire qu'on a voulu l’imiter & qu'on y
a réussi, puisque le public prend la copie
pour le modèle.
MOI. Vous rendriez, Monsieur, un
grand service à la nation en la détrom-
pant; & elle n’aurait pas lieu de regretter
son illusion, ayant acquis un homme de
vous.
M. Cela est sûr; mais ce n’est pas
une raison pour que cet écrivain n’existe
point!
MOI Mais ce n’est pas non plus une raison
pour affirmer qu’il existe, & je désirerais
bien
(33)
c
bien que vous m'en donnassiez quel-
qu’autres preuves.
M. Jean-Jacques, Monsieur, ne m’a
jamais parlé de rien qui eût rapport a-Ces
Conféssions.
Moi. Prenez garde, Monsieur; vous
m'avez déjà dit, fi je ne me trompe, que
Jean-Jacques ne vous entretenait jamais de
les ouvrages.
M. Je me le rappelle fort bien;
Monteur; mais Jean-Jacques n’était pas
capable de faite tout ce dont on l’inculpe
dans ses prétendus mémoires.
Moi. Je connais an jeune homme qui
travaille à ta Vie de cet auteur immortel,
& qui en aaam bonne opinion que vous,
mais qui ne pense pas que nous naissions
des anges.
M. Pour Dieu, Monsieur, seriez
vous ce jeune homme
MOI. Qu’importe, pourvu que vous re-
ceviez un exemplaire de son Ouvrage.
( 34 )
Permettez que le vous fasse encore cette
question Avez-vous écrit quelques parti-
colarités fur la vie de Rousseau?
M. Non, Monsieur, je n'ai jamais
écrit que des projers qui feraient le bon-
heur du gouvernement, s'ils étaient exé-
Moi. Que ne me disiez vous cela plutôt,
Monfiear, j’aurais-moins abufé de votre
tems, qui cfk précieux a l'humanité.
Mon laquais revint, & Je sortis de chez
M. dont la figure honnête & naïve
m’inspira un véritable intérêt.
= Vous comprendrez actuellement,
mon cher comte, que je n'ai pas dû m'en
raporter à tout le monde, & que le moins
incertain des on dit, est que la vérité se
trouve au fond du puits. Adieu, je vous
salue fans cérémonie, & vous embrasse
(35)
Cij.
LETTRE II,
A Monsieur & Comte de CRU SSOL
MONTA US IER, ci-devant Colonel
du régiment d'Orléans, infanterie.
IL paraît, mon cher ami, deux volumes
intitulés: HISTOIRE SECRÈTE DE LA COUR
DE BERLIN, ou Correspondance d'un
ni d'un posthume, quoiqu'en dise l'auteur,
(36)
d'un furieux, d'un énergumène, qui, veut
aire dû bruit à quelque prix que ce soit. Il
a adopté la forme des lettres, parce que
cette manière lui a paru plus commode,
plus facile, & les a adressées à M. de
Calonne, pendant qu'il étoit contrôleur-
général. Je n'ai rien lu d'aussi anti-poétique
que ces missives rien où le açologifme
abondât fi fort, à travers l'esprit de détail,
Je taleat fauvage & la rude verve qu'on
y admire. Le mauvais top & le mauvais
goût ni font pas plus épargnés, & l'on
dirait-que le frénétique qui les a faites,
ivre du defir de la gloire, n'a laissé tomber
le poids de fa rifible colère fur le nom
d'une foule de gens illustrés & puis-
sans (r), qu'à cause de la défaveur qu'il
contenterai de remarquer qu'on semble avoir choisi,
venu habiter avec nous! Mais devrait-on espérer de
voir l'hospitalité respectée par celui qui à l'oncle
( 37)
Ciij
a éprouvée auprès d'eux, malgré l'astuce
qu'il a mife en jeu pour gagner leur bien-
veillance. = L'on voit clairemenc qu'il
brûlaic. d'obtenir une mission avouée, &
sur-tout Denari; mais soit que l'état n'ait
pas jugé convenable de fe fervif ouver-
tement d'un homme qui -a, peu de con-
sidération personnelle, ou qu'on se soit
défié des. négociations de quelqu'un que
la violence peut rendre imprudent, & qui,
d'ailleurs, calcule trop, sans doute, tous
les intérêts au prix de l'or, il n'a eu qu'une
particule des objets pour lesquels il mon-
trait à M. de Calonne une si vive ardeur;
pas, à moitié prèà puisqu'il délivrait le
royaume de ses richesses, & qu'il té-
Au reste, comme l'auteur de cet ouvrage est très-
(38)
moignait bien, par là, le mépris qu'il
avait pour elles, (1)
Pendant, mon cher comte, que jeune
encore. vous menez la vie d*un (âge en
province & dans vos terres, entouré de
voisins & de vaHaux qui vous estiment,
vous respectent & vous aiment, vous en-
tendez, à coup fuc les rumeurs publiques
au sujet des affaires présentes, mais vous
n'êtes pas inondé comme nous d'un torrent
de brochures, dont la plupart font très-
séditieuses, & heureusement très-plates,
très-mal écrites, ensorte qu'elles ne sont
pas lues, ou qu'elles ne font aucune fea-
(1) = L'on prétend que M. de Calonne ce manque-
rait pas de se justifier des inculpations dont on le noircit,
s'il lui était permis de tout dire, dans la mémoire apo-
logétique qu'il projette.
(2) De même que les nombreux théâtre de la
capitale annoncent la décadence des mœurs, que les
bouffons, l'ambigu-comique, les grands-danseurs, les
comédiens de bois, les fantoccini & autres farces,
prouvent que la gaïté fraçaise commence à s'éteindre
(39)
Civ.
Nous demandons tous a haute voix
la liberté de la presse, avec quelques
restrictions; & par une contrariété éton-
nante, il semble que nous fassions tout ce
que nous pouvons pour ne l'obtenir d'au-
cune manière.
Nous sollicitons l'assemblée des états
généraux nous y touchons, & la trois
ordres font plus divifés que jamais.
Le tiers-état ne desirait d'abord autre
chofe, sinon que les impositions fussent
réparties proportionnellement à la fortune
de chacun c'est très-juste, nous en
tombons d'accord mais le tiers-état n'est
ainsi, h quantité innombrable d'auteurs & de bro-
chures, qui paraît depuis quelques années, atteste le
dépérissement des lettres & du goût.
Les bienséances, les choses de convenance & de pure
nécessité, ne sont presque plus observées, & paraissent
inconnues, au spectacle, dans les livres nouveaux,
& principalement dans les brochures polémiques
Comment réfléchir sur tout cela, & ne pas croire que ce
sont les prote-faix littéraires qui plaisentent loin de leurs
maîtres? Voltaire prétend que la canaille de la litterature
est plus insolente & plus dangereuse que la canaille des
( 4° )
plus content! Convenez que cela est fait
pour donner de l'humeur à Tous les gens
raisonnables? On dirait que le démon de la
ditcorde est venu infécter l'air de ses poi-
sons! Il. y a dans le gouvernement,
quelque vice caché, que nous ignorons,
mais qui fe manifestera bientôt à. nos yeux
attentifs; 6; le roi ne manquera pas de le
réprimer.
J'ai fait, il y a quelques jours, nne
petite brochure adressée AU: PEUPLE
fRANÇAIS & ayant en tête cette épi:
graphe (prise de la FABLE DU MEUNIER,
SON FILS, ET L'ANE).
C'est en vain qu'on prétend contenter tout le monde!.
J'y montrais le désavantage de tous les
corps, si l'on ne renonçait pas à s'atrouper,
comme le voulaient quelques écrivailleurs
quelques auteurs faméliques, qui, n'ayant
rien à perdre, préférent de mourir un
poignard à la main, ou en place de Grêve,
plutôt que de retourner dans la province
( 41 ),
cultiver les champs & paner une vie tran-
quille & honnête. Rougiraient-ils du métier
de leurs pères (1)? Je disais donc au peuple
lançais, qu'il ne fallait point songer à
s'atrouper, mais à s'assembler légalement.
Que les intentions de notre monarqué
étaient excellentes, & qu'an lien de lui
donner des entraves, il était important de
lui fournir tous les moyens de nocs rendfe
heureux. =Que la nation en corps, allait
aviser ce qui ferait- le plus utile à cette
fin. = Que les nobles devaient conserver
(I) Que gagneriez-vous, bons bourgeois, en nous faisant
la guerre?. Au moindre commandement du roi,
toutes les troupes disciplinées seraient sous les armes;
les agricoles, les sartisans, généralement
tous ceux à qui nous accordons des graces, ou qui en
espèrent de nous à nos ordres. les gens sans aveu,
ienir quelque chose, se joindraent à nos soldats; nos
envisager, les horreurs d'une guerre civiel; & dans le
même terms, au ca ma petite brochure a
été brûlée par quelques fanatiques, qui pat jeté ses
( 42 )
ont des- prilèges, & qu'on ne prétend
pas les leur enlever. = Qu'il ferait bon pour
lu classes de la société, qu'il n'y
eût plus fans des raifoos
Si j'avais l'honneur d'être ministre, à Dieu ne plaits
que je devinffz dur, mais je ferais extrèmement jufste,
de écrire Reflechihez-vous dans une église,. chez
Créatures abominables! on n'eût pas assez inversé de
Supplices, on n'eût pas assez trouvé de bourreaux
C'est A L'UNION DES TROIS ORDRES qu'il fallait crier!
c'est A'L'UNION DES ORDRES qa'a faux crier
encore! & ces mots seuls, L'UNION DES TROIS
ORDRES, me imprimés sous tous les yeux;
preférés par toutes les bouches, & repentir dans tous
commes! Fasicules triples, difficile
Parmi les principalets la plus raisonables, & autres
on distingué celui qui est adressé aux Français, par
M. le vicomme de Toussin; la Lettre aux peuple de Rennes,
( 43 )
majeures; &, doit être question
de dignités, que tous ks gentils hommes
fussent décorés d'une croix qui deviendrait
un impôt, une fois payé, par les personnes
des deux sexes qui sont dans le cas de faire
leurs preuves devant un tribunal héral-
dique (t). = Qt?cm aevaic espérer que
la fortune & la liberté d'an citoyen né
seraient plus à la merci d'un ministre des-
pocc. = Que le code des loix civiles &
criminelles serait retravaillé, le langage du
barreau réformé, & les parlements multi-
pliés par-tout oh il ferait reconnu que
leur ressort est beaucoup trop considé-
pacité, ou de la préventions, ou de la malveillance, on
de la cupidité d'un généalogiste.
(2) Comment peuvent ils appeler à leur jugement les
affaires d'une infinité de particuliers de différentes pro
etres son ressort juridique & définitif?. mais les
( 44 )
& les liases seraient les mêmes dans toute
la France. = Que les revenus du haut
clergé feraient infiniment restreints que
l'absurde concordat de François la &
de Léon X ferait rompu & que l'ar-
gent qui pa1lè en cour de Rome, pour les
annales, bulles, dispenses, expéditions, &c.
refluerait daqs le royaume. Que le di-
force serait pend, comme en Allemagne.
en Angleterre, en Suisse, en Pologne, &c.;
& non les séparations, qui sont contraires
aux bonnes mœurs. = Que les ecclésias-
tiques seraient libres de fc marier, & que,
peu revenu a d'abord causé des ravages mille fois
rappelle les terms infortunés de la Fraude. le parlement
se cabra contre un léger tribu, en oposant à Mazaris
la misère du peuple, & il écrasa le peuple, pour faire
au roi une guerre injuste, ruineuse & ridicule. Dans
ces luttes du pouvoir, disait l'arme jour une per-
sonne de ma connaissance c'est toujours au nom du
peuple qu'en fait le pape se
« met au-dessus des princes de la terre, par humilisé chré-
tiénne mais on n'est plus la dupe de ces hypocrifies de
l'ambition
( 45 )
s'il &ait nécessaire, nous aurions un pa-
J*ajouterai maintenant qu'il y a, parmi
nous, neuf états bien distincts (quoi qu'ott
n'en compte que trois) favoir, le haut
clergé, dans lequel font compris les
cardinaux, archevêques, év8ques, géné-
raux, & abbés commendataires. Le moyen
dergé, dans lequel je comprends les cutés
& re&eurs des villes principales, & les
grands-vicaires qui ne font pas pourvus
d'une abbaye. Vient enfuite le bas dergé
qui comporte depuis les abbés jusqu'aux
derniers frcres-lais d'un couvent de capct-
cins. Il est aifé de voir que la noblesse
fe divife auffi en trois ordres &. le tiers-
état pareillement car le petit-fils d'un
ennobli ne marche pas de pair avec un
gentilhomme qui prouve deux cent cin-
quante ans de noblesse; ni celui-ci avec
un fetgnéar de la cour; &. il en est de
même du médecin, du laboureur & de
( 46 )
vandrait mieux qu'il n'y eût que deux états;
dans lesquels le degré (errait confondu
la nobleffi & la roture. Quelque jonr, je
développerai mes idées fur cela.
En attendant, voici comment Jean-
Jacques Rousseau, qu'on ne faurait trop
lire ni trop citer, dans les circonstances
actuelles (de même que Montesquieu, &
l'auteur de la Polisynodie, ou le pacifique
abbé de Saint-Pierre), s'exprime relative-
ment à ce qui eft au-dessus des souverains:
la loi.
« Il est certain qùe fi ron peut con-
” traindre ma volonté, je né fuis plus
» libre & que je ne suis plus maître de
n mon bien fi quelqu'autre peut y tou-
» cher. Cette difficulté a été levée par la'
» plus sublime de toutes les institutions
» humaines, ou plutôt par une inspira-
v tion céleste, qui apprit k l'homme à
» imiter ici bas les décrets de la divi-
» nité. Par quel art inconcevable a-
r- ( 47 )
” les hommes, pour les rendre libres;
» d'employer au service de l'état les biens,,
n les bras & la vie même de tous
» Ces membres, fans les contraindre &
n fans les consulter ? d'enchaîner leur
n volonté de leur propre aven? de faire
” valoir leur consentement contre leur
» refus & de la forcer à se punir eux-
” mêmes, quand ils ne font pas ce qu'ils
” n'ont pas voulu ? Commuent fa peut-
» faire qu'ils obéissent & que personne ne
» commande; qui'ils servent & qu'ils n'aient
» point de maîtres, d'autant plus libreS, en
” effa, que, fous une apparence sujétion,
” nul ne. perd de fa liberté que ce qui
” peut nuire à celle d'un autre?. Ces
” prodiges font l'ouvrage de LA LOI:
” c'est à la loi seule qne ks hommes
»' doiveat LA JUSTICE & LA LIBERTE;
» c'est cet organe salataîre de la volonté
n de tous, qui rétablit dans le droit l'égalité
” naturelle entre les hommes; c'est cette
» voix céleste qui dicte à chaque citoyen
( 48 )
lui apprend à agir félon 1és maximes
n de: fon propre jugement & à n'être pas
n en contradiction avec lui-même, &c. »
Mais la loi, je l'ai déjà dit, dans la
Critique de la religion considérée, &c. est
un grand ouvrage que plufieurs.mains ha-
biles auront long-tems à retoucha. Rien
ne. serait cependant plus favorable à la per-
fection que raffemblée périodique des
états généraux! mais il dl nécéssaire de
s'entendre, pour qu'ils soient d'abord tenus;
& fans: l'accord unanime des ordres di-
vers, nous serons leurés d'un faux espoir
le nous deviendrons la dupe de notre dé-
T- « (A Athènes), la puissance legislative
» résidait dans l'assemblée générale de la
» nation distribuée en trois classés celle
ordres
( 49 )
D
» ordres, de citoyens fe balançaient mu-
n tuellement, parce que le premier avait
» pour lui l'éclat des.dignités le second,
n l'importance des fervices; le troisième,
n la supériorité du nombre; & il fut réglé
n que Thésée, placé à la tête de la ré-
» publique, ferait le défenfeur des lois
» qu'elle promulgueraient & le général
» des troupes destinées à la défendre.,
» (Introduction au Voyage d'Anacharsis
» en Grèce) (I) »
(a) Ce superbe ouvrage, fruit se trente années de tra-
vaux & de savantes & pénibles recherches;
vent de placer Mo rabbé Barthelemy immédiatement
après les J.J.Rousseaux, Voltaire, Buffon, & puisse-t-il
jouir long-tems de la gloire qu'il a si bien méritée!
c'est dam k cadre ingénieur d'un roman qu'il renferme
rbi8oire' de la Grèce florissante, &, qu'à l'appui du
(50 )
Pourquoi la nation, en fe concer-
tant, comme chez les Athéniens, ne ré-
formerait-eue pas les abus, & ne s'occo-
perait-elle pas à les remplacer par des choses
solides & utiles, qu'elles aient été déjà
imaginées on non.?
]Pourquoi les ministres ordonnance-
raient-ils ce qui ferait contraire au bien
du royaume, ou de quelques provinces,
ou seulement de quelques particuliers, s'ils
n'avaient la facilité de sanctionner leurs
opérations importantes qu’à l’assemblée
des étais généraux?
— Pourquoi les intendans vexeraient:
ils, s’ils n’en avaient plus le pourvoir ? &
pourquoi leurs secrétaires & commis, qu'on
nomme subdélégués, feraient-ils trembler
le peuple, en lui parlant de monseigneur,
leurs démarches n’étaient plus téné-
tailles, les rapports des tems, des distances, des mon-
naies, &c.
(51)
D ij.
breuses & qu'ils n’euffent qu’un crédit
relatif à celui de leurs patrons?
— Pourquoi ne remarquerait-on pas que
la France, qui peut fe pafler de tous Jes
fecours étrangers, étant fertile, riche &
puissante par elle-même, devrait s'énor-
gueillir de ne plus entretenir déformais
des négociateurs qui la ruinent par leurs
vilsefpionages, &fouventpar leurs bévues;
tandis que la Chine s'a point d’amas-
fadeurs, & que le grand-Seignenr dédaigne
d'en avoir? Sivis pacem para bellum, répond
aux obje&ions qu'on pourrait faire.
— Pourquoi les taxes & impôfitions
ne feraient-elles pas versées directement
dans les coffres du roi, lorfque la colle&e
en aurait été faite par les bailliages, féné-
cchaussés, ou évêchés?
a Pourquoi les lois & les coutumes ne
feraient-elles pas les mêmes dans toutes
les provinces du royaume?
Pourquoi, dans certaines provinces;
lè droit d’aînesse (& je prêche contre mes

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