Vie de Mgr P.-L. Parisis, évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint-Omer ; par M. l'abbé Robitaille,...

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E. Didier (Arras). 1866. Parisis, Mgr. In-18, 228 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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1 E
P.-L. PÀRISIS
ÉVÊQUE: D'ARRAS
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M. L'ABBÉ ROBITAILLE
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VIE
DE
MONSEIGNEUR P-I, PAPJSIS
ÉVÊQUE D'ARRAS. DE BOULOGNE ET DE SAINT-OMER
Arr. - Typ. Il oiiiz,-Pau-Lerov.
IMPRIMATUR :
Atrebati, die 20 Julii 1866.
Sede Vacante :
LEQUETTE, vic, Cap.
VIE
DE MONSEIGNEUR
P.- L. PARISIS
'!fJ -
, - $ ,{?- QUE D'ARRAS
;- À .-
'Pl¿ et de Saint-Omer
PAII
I. L'ABBÉ ROBITAILLE
Chanoine titulaire de la Cathédrale d'Arras,
Missionnaire apostolique
ARRAS
Librairie Classique
D'EUGÈNE BRADIER, ÉDITEUR
50, rue Saint-Aubert, 50.
1866
4
t
PRÉFACE.
La vie et les écrits de Monseigneur Parisis avaient trop
vivement préoccupé l'opinion publique, depuis son élévation
à l'épiacopat, pour que la nouvelle de sa mort prématurée ne
fit pas une impression profonde, non-seulement dans les deux
diocèses de Langres et d'Arras, où ses œuvres étaient parti-
cnlièrement connues, mais dans la France entière qui l'avait
suivi dans ses luttes en faveur des libertés de l'Église ; et
jusqu'à Rome même dont il défendit les prérogatives avec
un dévouement invincible.
Aussi, à peine eut-il rendu le dernier soupir que l'éloge
de ses vertus éminentes se trouvait sur toutes les lèvres,
comme l'expression des regrets causés par la perte cruelle
qu'on venait de faire. Une foule de journaux, écho fidèle du
sentiment général dans cette douloureuse circonstance, s'em-
pressèrent de rendre hommage au mérite de l'illustre Prélat
en termes pleins de convenance et de dignité. De leur côté,
les feuilles hostiles à la religion, parmi lesquelles on en
compte plusieurs dont il a combattu les doctrines, n'osèrent
s'attaquer à sa personne ni à sa réputation. Elles gardèrent
le silence devant la manifestation delà douleur publique, et ce
silence devenait en sa manière une véritable apologie du
vénéré défunt.
Les articles insérés à cette occasion dans les publications
diverses étaient inspirées par les intentions les plus louables,
et contenaient des faits et des aperçus qui resteront acquis à
l'histoire. Mais la plupart très-courts ou faits à la hâte ne
— 2 —
donnaient du pieux et savant Évêque qu'une idée bien incom-
plète. Dans plusieurs même on ne trouve qu'un simple tribut
de reconnaissance et d'admiration offert au défenseur cou-
rageux des droits et des libertés qui sont la base de l'ordre
social.
L'oraisop funèbre de Monseigneur Parisis, prononcée pen-
dant ses funérailles par Monseigneur l'Archevêque de Bourges,
fut très-remarquée par ceux qui eurent l'avantage de l'en-
tendre. Ce discours, digne des deux grands Prélats, est'le
développement de ce texte de l'Apôtre dans sa seconde épître
à Timothée : J'ai combattu le bon combat, j'ai consommé
ma course, j'ai conservé la foi 1. L'orateur peint à grands
traits TÉvêque de Langres et d'Arras dans l'extflreice des
plus totichaftteS et des plus hautes vertus; il montre son
coeur gébëreux aux prises avec les difficultés, sans jamais
faiblir ; son zèle ardent dans la créàtion d'oeuvres fc Om-
breuses, dont quelques-unes suffiraient pour gîoriffer son
épiseopat ; sa foi vive et inaltérable, qui animait tontes Ses
actions et répandait autour de lui le parfum d'une piétë Scfllfle
et tendre ; son amour pour l'Église, si pur et Si ferme, qui
ne M permettait pas de voir la -vérité mécofihue Sahs fflever
la voix pour la défendre, et opposer à ses adversaires un de
ces écrits empreints d'une sage modération, mais d'un style
lmineui et d'une logiqut serrée, qui restaient presque tbu-
jours sans réponse.
Tel est en substante ce panégyrique sorti du cœur, comme
l'a dit le Prince-Archevêque lui-même, et prononcé avec une
âme profondément émue, dont les accents -firent partager à
l'immense auditoire les sentiments qui l'oppressaient. Livré
dix jours après à l'impression, on en fit deux éditions suc-
cessives à plusieurs milliers d'exemplaires, tant les fidèles
désiraient connaître ce beau travail qu'ils savaient être
l'hommage de l'amour d'un fils à son père vénéré.
1 Bofiqni c^rtamea «eriavi, enrsum COOiimlDavi, fidea swavi
(II Tim., IV, 7.)
— 3 —
Malgré «a valeur incontestable cependant, cette œuvre ne
saurait être la biograghie, moins encore l'histoire de Mon-
seigneur Parisis. On ne peut tout dire dans un éloge funèbre,
-parce que les limites en sont nécessairement restreintes, et
que, -composé au moment de la mort de celui qui en est
EobJet, il n'est que le premier jet d'une pensée dont le déve-
loppement 'Sera le résultat de l'étude ; «urtout quand il s'agit
d'une vie touchant par tant de côtés aux intérêts les plus
gr-avee comme aux questions les plus importantes de l'époque,
et d'ouvrages nombreux sur des matières diverses dont l'ap-
préciation exige un sérieux examen.
En même temps que la chaire faisait retentir les éloges du
digne Prélat, paraissait une brochure de 16 pages in-8°,
intitulée : Monseigneur Parisis, évêque d'Arras. Elle sortait
des presses de M. Rousseau-Leroy, imprimeur à Arras, et
n'était qu'une série d'extraits des journaux de Paris et de
province, et d'un écrit de M. Louis Veuillot, imprimé en
novembre 1864, dans les Célébrités catholiques.
Parmi les biographies de Monseigneur Parisis qui parurent
pendant sa vie, cette dernière doit être mentionnée d'une
manière particulière. Elle porte le cachet du talent du cé-
lèbre écrivain, dont on retrouve le tour original, la facture
ample et vigoureuse et les allures hardies. Elle prouve de
plus une parfaite connaissance des traits principaux de la
noble figure qu'il vent peindre ; mais l'auteur n'envisage
Monseigneur d'Arras que sous les aspects les plus saillants;
il le considère en publiciste plutôt qu'en évêque, s'attachant
de préférence à constater la part qu'il prit aux luttes sur la
liberté d'enseignement par ses écrits et à la Chambre des
Députés, ainsi que les résultats de ses efforts qu'il apprécie
peut-être un peu trop à son point de vue personnel, passant
sous silence, en grande partie du moins, les œuvres de son
zèle épiscopal, les règlements ecclésiastiques, lps institutions
et les fondations diverses que lui doivent les diocèses de
Langres et d'Arras. Son but, du reste, n'était pas de faire
une histoire, mais d'esquisser la vie publique d'un Prélat
— 4 -
qu'il admirait à juste titre et dont il avait éprouvé l'affec-
tueux dévouement.
Pour un évêque ordinaire ces travaux suffisaient et l'opi-
nion n'eût rien demandé de plus. Mais Monseigneur fut remar-
quable par les grandes choses qu'il fit pendant les trente-
deux années de son épiscopat, et plus encore par ses ouvrages
qui ont eu tant de retentissement en France et même en
Europe. Il eut longtemps une position considérable dans lès
affaires de l'Etat, et dans l'épiscopat français en particulier,
dont il fut en quelque sorte la personnification pour la reven-
dication de ses droits sur l'enseignement. Tout ce qui se
rattache à lui intéresse la religion et l'histoire récente de nos
contrées dont il est une des gloires les plus pures. On aimera
donc de voir reproduire les moindres détails de sa vie pleine
de leçons utiles, et si l'on éprouve un regret, ce sera de la
trouver si dépourvue de faits dans la partie qui précédera
nomination à l'évêché de Langres.
Je n'ai rien négligé pour répondre à l'attente générale.
J'ai lu les ouvrages du regretté Prélat, ses mandements, ses
instructions pastorales, ses discours de circonstance, ses lettres
sur différents sujets, et ce qui a été écrit à son occasion (1).
A ces documents imprimés j'ai joint ceux qu'ont pu me
(1) Les mandements, lettres pastorales ou circulaires sont au nombre
de 300, dont 125 de Langres et 175 d'Arras.
Il y a de Mgr Parisis vingt ouvrages plus ou moins volumineux,
quinze discours de circonstance, trois lettres à M. le comte de Monta-
lembert, une à M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique,for-
mant un volume à elle seule ; une à l'auteur du Pape et du Congrès,
plusieurs aux journaux ; enfin des lettres particulières en très-grand
nombre qui ne sont pas arrivées à la publicité, et dont par conséquent
il a fallu faire un usage très-circonspect.
On assure qu'un manuscrit assez considérable, intitulé Soixante
ans d'expérience, aurait été confié par son testament à un écrivain
bien connu, à qui le Prélat à fait part de ses intentions, quelque
temps avant sa mort. Le titre indiquerait un coup d'œil jeté sur les
hommes avec lesquels il a eu des relations, et les événements qui se
sont déroulés sous ses yeux. Toutefois, il serait téméraire de rien
hasarder à cet égard.
a
-5 -
fournir les hommes qui furent en rapports avec Sa Grandeur
à Arras, à Langres et à. Orléans.
Ces recherches consciencieuses n'empêcheront pas cer-
taines lacunes, peut-être même certaines inexactitudes dans
des faits d'une minime importance. Ce sont là des imper-
fections souvent inévitables dans un premier travail, et qui
ne peuvent être corrigées que dans une édition postérieure.
Il y avait deux marches à suivre dans la disposition du
sujet. On pouvait le diviser en deux parties, dont la première
serait consacrée à la vie du Prélat, et la seconde à l'examen
de ses ouvrages ; ou bien suivre l'ordre chronologique en
relatant et en signalant les écrits à l'époque où ils se pro-
duisent.
La première méthode semble tout d'abord avoir des avan-
tages sur la seconde. Elle facilite la suite et l'entrain de la
narration, en évitant les points d'arrêt et les coupures; elle
permet de réunir les écrits par catégorie et de porter des
jugements collectifs, d'où ressort cette vue d'ensemble, espèce
de synthèse toujours agréable au lecteur dont elle abrége
l'étude et épargne les fatigues.
Mais, en adoptant ce plan, on court risque d'amaigrir l'une
des deux parties au profit de l'autre, ou l'on tombe dans des
redites ennuyeuses qui grossissent le livre sans augmenter la
somme des idées. Les écrits, d'ailleurs, peuvent se fondre
avec les faits ; souvent même ils sont les véritables éléments
de l'histoire, parce qu'ils démontrent le tact et la sagesse de
conduite de l'auteur, la finesse de ses vues, la pureté de ses
intentions, la noblesse de son caractère et le courage qu'il
déploie au milieu des circonstances les plus délicates et les
plus pénibles. Pour ces motifs, j'ai donné la préférence à cette
dernière manière d'écrire la vie de notre savant Évêque et
bien-aimé Père en Dieu.
Elle se divise naturellement en trois parties : la pre-
mière s'étend de sa naissance à sa nomination à l'évêché de
Langres ; la deuxième comprend les dix- sept années d'épi-
scopat passées sur ce siège; la troisième enfin embrasse tout
- G-8
ce qui regarde les quinze années de son épiscopat à Arras.
Ces trois parties seront coupées par des chapitres et des
paragraphes, pour mieux fixer l'attention du Wteur,
Dieu veuille bénir ce travail que j'entreprends pour le bien
de la religion, pour l'honneur de l'illustre Pontife que
pleurent les églises de Langres et d'Arras, et pour l'édifica-
tion des fidèles sur lesquels il a si souvent répandu les béné-
dictions célestes,
VIE
DE
MONSEIGNEUR PARISIS
-
Évêque d'Arras,
DE BOULOGNE ET DE SAINT-OMER
PREMIÈRE PARTIE
Depmis ma Naissance jusqu'à sa Nomination
à IÉvêché de Langres.
CHAPITRE PREMIER.
Sa Naissance et sa première Éducation.
Pierre-Louis Parisis naquit à Orléans le 12 août
1795 t, de parents honnêtes, mais peu favorisés des
dons de La fortune. Son père, Pierre-François-Bar-
nabé Parisis avait exercé l'état de boulanger, pro-
fession assez périlleuse au temps de la loi dite du
maximum, qu'il abandonna pour faire un petit'com-
merce. Sa mère, Marie-Françoise Thébeuf, était fille
d'un jardinier. Sa naissance au sein de cette humble
è
1 C'est par erreur que plusieurs biographes le font naître le 11
avril 1795. Son acte de naissance porte la date du 25 thermidor an
11, qui répoid au 12 août 1795.
— 8 —
famille ne pouvait faire présager ses futures desti-
nées ; et personne, en voyant son modeste berceau,
n'eût pensé qu'il contenait un écrivain célèbre, un
grand Évêque, un défenseur de l'Église.
Il était le septième des neuf enfants que sa mère,
mit au monde, et qui tous mourureift en bas âge, à
l'exception d'un frère qui embrassa la carrière mili-
taire et fut tué en combattant.
Les premières années du jeune Parisis ne se pas-
sèrent pas de manière à donner à ses parents de
flatteuses espérances. Il était dissipé, pétulant, ardent
pour les jeux, n'aimant pas les choses sérieuses. Con-
fié successivement à plusieurs de ces maîtres qui
vendaient des leçons de lecture, d'écriture et de
grammaire, en l'absence d'écoles régulières, fl mon-
trait peu de goût pour l'étude et peu de penchant pour
l'application.
Le moment étant venu de commencer son latin,
il suivit quelques mois les cours du collége d'Orléans
où l'irréligion des professeurs composés de prêtres
apostats et Fimmoralité des élèves firent sur lui une
telle impression qu'il en parlait souvent plus tard avec
une indicible douleur. Ce spectacle cependant pro-
duisit sur son cœur un effet contraire à celui que
l'un devait craindre. Au lieu de l'entraîner dans la
voie du mal, il révolta son âme pleine d'une droiture
naturelle et lui inspira la plus vive horreur pour les
honteux excès dont il était témoin. Dieu sans doute,
qui avait sur cet enfant des desseins particuliers, en-
voya son ange pour le diriger à travers ces écueils
où tant d'autres font un triste naufrage.
Heureusement, le petit séminaire venait de s'ou-
vrir par les soins et sous la direction du vénérable
— 9 —
4.
abbé Mérault, aidé dans cette œuvre indispensable
au recrutement du clergé, par deux ou trois ecclé-
siastiques pieux et instruits. La fondation de cet éta-
blissement fut un des moyens dont se servit la Pro-
vidence pour réaliser ses vues en y appelant le futur
évêque de Langres et d'Arras, qui n'oublia jamais ce
bienfait qu'il attribuait à la sollicitude de sa mère
pour la conservation de son innocence et de sa foi.
Ses débuts dans cet établissement, néanmoins, n'eu-
rent rien de remarquable ni du côté de ses succès
littéraires, ni du côté de ses sentiments religieux,
jusqu'à l'époque de sa première communion.
Cet acte solennel qui, de nos jours encore et au
sein des populations les moins chrétiennes, exerce
un véritable prestige sur les enfants et leurs familles,
souvent même une influence non moins salutaire sur
la vie de ceux qui la font dans de saintes disposi-
tions, laissa dans le cœur du jeune Pierre-Louis
une impression profonde et durable. Il allait pour la
première fois s'asseoir à la table de son Seigneur et
Maître ; il comprit l'importance de cette démarche, il
fut frappé des enseignements de la foi, son esprit
s'illumina des plus vives lumières, son âme s'ouvrit
aux inspirations d'une solide piété. Dès lors, il se
sentit changé, transformé, et sa conduite ne se dé-
mentit jamais ; soutenu et animé dans cette voie nou-
velle par les conseils et les exemples d'un saint élève
avec lequel il se lia d'une étroite amitié.
Cet ami qui aspirait à la dignité sacerdotale et
s'étudiait à pratiquer les vertus qu'elle exige, ne fut
pas étranger à la détermination sérieuse que prit le
jeune Parisis d'embrasser cette carrière, à laquelle
il avait peu pensé jjisque-là. Appartenant à la fa-J
— -10 -
mille Robert, l'une des plus anciennes et des plus
honorables d'Orléans, il emmenait son ami à la terre
de la Matholière, en Sologne, afio. de ne pas se sépa-
rer de lui pendant ses vacances. C'est là que le jeune
Pierre-Louis fit ses premiers essais dans les fonctions
de professeur, enseignant les éléments de la langue
latine au frère de son pieux ami, 1\1. Joseph Robert,
qui conserva toujours pour son premier instituteur les
sentiments d'une tendre affection et d'une sincère
reconnaissance.
Le petit séminaire d'Orléans, comme tous les éta-
blissements qui se fondèrent à la suite de la tempête
révolutionnaire dans Fintérêt des études, n'avaient
pas assez de ressources pécuniaires pour rétribuer des
professeurs formés à l'art diffioile d'instruire. Les
professeurs habiles, du reste, étaient rares à cette
époque, il fallait se servir des éléments qu'on avait
sous la main, et souvent employer les élèves plus
avancés pour instruire ceux des cours inférieurs.
C'est ce qui s'est fait dans le petit séminaire du dio-
cèse d'Arras, à Dohem, à Amettes et presque partout
ailleurs.Cette pénurie de maîtres explique comment,
tout jeune encore, Pierre-Louis Parisis fut chargé de
la surveillance d'une salle d'étude et bientôt après de
la direction de la classe de 3me. Il n'avait alors que
dix-sept ans, mais sa facilité naturelle, son ardeur
pour le travail, cet amour de l'ordre qui double le
temps et les forces, lui firent remplir ses fonctions
de la manière la plus satisfaisante, s'astreignant à
faire lui-même les devoirs qu'ils donnait à ses élèves
tout en continuant le cours de ses propres études.
Six années environ s'écoulèrent dans ce profes-
sorat et mûrirent sa vocation à l'état ecclésiastique.
- 11 —
Pendant les vacances, lorsqu'il n'était pas à la Ma-
tholière, il utilisait ses loisirs au château de Bou-
ville, près Pitliiviers, dans une pieuse et noble fa*-
mille du Gâtinais, qui lui confiait le sein de ses
enfants, et avec laquelle il eut toujours depuis les
meilleures relations.
Son entrée au grand séminaire et sa prêtrise.
Il lui tardait de répondre à l'appel de sa con-
science et au désir qu'il éprouvait de devenir piètre
pour travailler à la gloire de Dieu et au salut des
âmes. Ses humanités terminées avec un brillant
succès, il entra au grand séminaire pour étudier la
philosophie et la théologie. Mais tels étaient les
besoins du diocèse et la rareté des vocations ecclé-
siastiques qu'il reçut la prêtrise dans le courant
même de l'année 1819, où il avait commencé ses
études théologiques, et qu'immédiatement après il fut
chargé tout à la fois de professer la rhétorique au
petit séminaire, de former les jeunes élèves à la
science 4es cérémonies, et d'exercer les fonctions de
vicaire à St-Laurent, situé dans un faubourg, où U
n'allait que lès dimanches et fêtes. 11 fit marcher de
front ces divers emplois, sans rien laisser en sçuf-
france, tant. ses altitudes étaient grandes et son zèle
infatigable.
Revêtu du sacerdoce, M. l'abbé Parisis ne se crut pas
théçlogien, parce qu'il avait suivi le cours de théolo-
gie du grand séminaire pendant une année ; aussi,
en remplissant les diverses fonctions dont il était
charge, il s'appliqua avec une ardeur extraordinaire
à gmmûléte -v for, études théologigues, pqur lesquelles
il eut toute sa vie un très-grand attrait. La veille du
- 12
jour où il tomba frappé de l'apoplexie foudroyante
qui le ravit à ses ouailles, il s'occupait encore de
l'examen des conférences ecclésiastiques au sein de
la commission qu'il avait formée dans ce but, et qu'il
présidait toujours avec un haut intérêt, en se mê-
lant aux discussions où il jetaitbeaucoup de lumière.
Un extérieur gracieux1, une tenue parfaite firent
de M. l'abbé Parisis un type du maître des cérémo-
nies. Longtemps après l'expiration de ses fonctions,
on observait encore, dans la procession générale de
la Fête-Dieu, la méthode qu'il avait introduitè pour
les figures à exécuter par les thuriféraires. L'exer-
cice de cet emploi lui fit prendre un air de solennité
qu'il conserva toujours dans les offices publics, et
souvent même lorsqu'il agissait en qualité d'évéque
ou de supérieur.
Son talent oratoire.
Ses travaux comme professeur de rhétorique, en
lui permettant de mettre en lumière ce qu'il y avait
en lui de bonne littérature et de science des clas-
siques, devinrent une initiation à l'éloquence de la
chaire. Nommé en 1822 vicaire de la paroisse Saint-
Paul, la seconde d'Orléans, il fit sensation par sa dic-
tion pure, par son geste animé etpar sa voix vibrante.
Peut-être s'étudiait-il trop à imiter Massillon, qu'il
lisait assidûment, et s'exposait-il à ces écarts qu'il est
difficile d'éviter, quand on n'est pas soi. M. l'abbé
Dubois, son curé, homme judicieux et mûri dans la
prédication évangélique, lui fit à ce sujet de sages
1 C'est à la suite d'une grave maladie qu'il fit à Langres au com-
mencement de 1842, que les yeux de Mgr Parisis, sortant de leur
orbite, altérèrent les traits de sa figure.
- 13 -
observations dont il s'empressa de profiter. Il com-
prit bientôt que l'orateur sacré doit s'attacher à con-
naître son auditoire, ses lumières, ses aspirations,
ses habitudes et ses besoins; que c'est en descen-
dant dans le fond de son propre cœur, pour en sur-
prendre les instincts et les mouvements divers, que
l'on arrive à sentir ce qui se passe dans le cœur des
autres et à les toucher; qu'il faut ne pas mettre dans
sa mémoire des discours tout faits, même alors qu'ils
viennent des maîtres de l'art ; mais s'abreuver des
eaux vivifiantes des divines Écritures, source véri-
table de la parole qui éclaire les esprits et de la force
qui transforme les âmes. Il profita de cette expé-
rience et laissa Massillon.
Tout en restant lui-même, cependant, il médita ses
compositions, il conserva l'élégance du style, la ron-
deur de la phrase, le choix et la propriété de l'ex-
pression. A cette époque où la parole entraînante des
Fayet, des Lacordaire, desRavignan, des Dupanloup
n'avait pas encore retenti dans la chaire d'Orléans
ses prédications étaient suivies, et méritaient de
l'être. La ville, en 1827, le chargea de prononcer
l'éloge de Jeanne d'Arc. C'était une épreuve délicate
pour un jeune talent oratoire, et le vicaire de Saint-
Paul la subit avec un succès que l'administration
municipale voulut constater par un souvenir auquel
il attacha le plus haut prix, et qu'il eut soin de léguer
à sa famille. Ce souvenir porte cette inscription :
Hommage de la ville d'Orléans à M. l'abbé Parisis qui a
prononcé l'éloge de Jeanne d'Arc en 1827. La munici-
palité fit imprimer ce discours, et c'est probablement
le seul qui ait été livré à l'impression de tous ceux
qu'il composa avantson épiscopat. Jusqu'ici du moins
- 14 -
les recherches faites dans le but d'en découvrir sont
restées sans résultat. On n'en retrouva aucun non
plus en manuscrit, d'où l'on conclut que le prélat
aura cru devoir les détruire à l'exception de celui du
panégyrique de Jeanne d'Arc, qu'il annota de sa
propre main en 4865, sur le manuscrit original.
On sera très-heureux sans doute de trouver ici
quelques extraits de cet éloge qui valut à M. l'abbé
Parisis les félicitations de son auditoire composé de
l'évêque d'Orléans, des magistrats, des chefs mili-
taires, du maire et de toute la haute société.
Il régnait à cette époque un préjugé qui s'est beau-
coup affaibli depuis, et qui faisait regarder comme
une petitesse d'esprit les convictions religieuses et les
pratiques de la foi chrétienne. L'orateur saisit l'oc-
casion de l'attaquer, en montrant dans la jeune hé-
roïne l'alliance intime de la noblesse des sentiments
et de la solide piété. Son courage invincible dans les
combats lui permit de prouver sa première partie; il
trouva la démonstration de la seconde dans les ad-
mirables vertus qu'elle fit éclater au milieu des plus
cruels revers. Ce plan ingénieux et naturel lui four-
nit de forts beaux développements.
Voici comment il peint la situation de la France au
moment ou Jeanne d'Arc entreprend de la sauver :
« C'en est fait, Jeanne d'Arc a revêtu l'armure du combat ;
les chefs les plus expérimentés ne doivent rien faire que par
ses ordres ; et voilà que tenant en main le blanc étendard
des lys parsemés autour de l'image du Sauveur du monde,
elle gagne, à la tête d'un bataillon sacré, les murs de la fidèle
Orléans.
« Bergère de 18 ans, elle va reprendre sa patrie aux An-
glais qui l'occupent. Et ne croyez pas, Messieurs, qu'il ne
s'agissait que d'un désastre accidentel et récent. Si le royaume
- là -
n'eût été qu'envahi, la vigueur nationale eût pu secouer le
joug de l'usurpateur, mais la guerre du dehors n'était qu'une
partie de ses maux. Toutes les passions des hommes réunies
à tous les fléaux du ciel avaient depuis longtemps dévoré ses
JlBiiOUrces. Le corps politique mourait d'épuisement plus
encore que de blessures. Il ne s'agissait plus de reconstruire,
il fallait recréer. Depuis près d'un siècle, depuis la trop fa-
meuse bataille de Poititra, Ja décadence des affaires n'avait
été qu'une fois suspendue, et si la sagesse de Charles V et la
valeur de ecnconnétable repoussèrent pendant quelque temps
les coupables prétentions des Anglais, la minorité d'un autre
Charles, suivie bientftt de la perte de sa raison, leur fournit
1M moyens d'ajouter aux anciennes conquêtes de nouvelles
usurpations.
« Ce n'est pas que les infirmités de leur iroiaient rendu les
Français ooias fidèles et moins invincibles ; mais c'est que la
guerre civile épuisait dans l'intérieur les forces dont on avait
besoin contre l'ennemi ; c'est que deux maisons puissantes les
avaient intéressés à leur rivalité terrible : c'est que l'opulente
Bourgogne coalisait ses armes à celles de la puissante Angle-
terre ; c'est que le sang des Valois s'était mêlé à celui des
Lancastre ; c'est qu'une reine enfin, infidèle à sa gloire comme
à la nature, s'alliait à des rois ennemis, prêtait la main aux
usurpateurs, détrônait son époux, et deshéritait son fils pour
placer la couronne sur le front d'un étranger.
« La Fraoae eoaa Charles VII, Messieurs, ne fut vaincue que
par elle-même, et le féroce insulaire avait besoin de se l'as-
socier pour l'humilier -à ce point. Mais toujours est-il qu'elle
s'était tiré le sang des veines et qu'elle devait périr. Depuis
la défaite d'Aaincourt les désastres avaient appelé les désastres ;
1. famine et la peste s'éfcaient coalisées avec la guerre ; toutes
les villes avaient arhoré le drapeau du Léopard, Paris avait vu
la coupable Isabelle entrer en triomphe dans ses rues encore
trempées-du sang des Français égorgés la veille par celui-dont
elle avait épousé la cause. Le découragement était général,
parce que le salut c'était pas possible. Orléans seule com-
battait encore ; mais ses campagnes ravagées, ses faubourgs
incendiés; toutes les forces du reste de la France réunies
contre elle, ne lui permettaient pas de tenir longtemps ; le roi
hu-méme, au sein d'uue cour divisée par des passions parti-
— 46 -
culières, méditait les moyens de céder à Forage et de quitter
le royaume. »
Après les triomphes de la jeune bergère de Dom-
remy, il montre l'Anglais fuyant de toutes parts :
a Cette redoutable puissance, dit-il, se retire confuse comme
une nuée d'orage qui se dissipe et s'arrête au loin çà et là-sur
le sommet des montagnes. Mais partout où la rage les rallie
encore, Jeanne d'Arc les dissipe à l'instant; en vain Fargetm
soutient on siège plus meurtrier que celui des TonrneUes ; -
vain, du haut de ces murs, l'héroïne qui va les franchir est
précipitée sous ses armes rompues, la conquête de cette place
est rapidement suivie de celle de toutes les villes qui protègent
à l'occident la retraite des Anglais; et la sanglante journée de
Patay, en terminant cette première série de prodiges, met
entre ses faibles mains, avec toutes les gloires militaires, la
garantie du succès qu'elle promet encore. »
La seconde partie du discours commence d'une
manière solennelle et lugubre qui fait entrevoir les
scènes déchirantes que l'orateur doit retracer, mais
au milieu desquelles la libératrice de la France
apparaîtra non moins grande, non moins digne d'ad-
miration qu'au sein des combats et des triomphes.
« Comment le Seigneur a-t-il obscurci la gloire de la fille
de Sion, dit le prophète, et comment au jour du combat a-t-il
brisé le bouclier d'Israël ? Si c'est du ciel que Jeanne d'Arc
a reçu son courage et ses forces, le ciel l'a-t-il trahie ? D'où
vient que, depuis qu'elle a fait couronner son roi, sa main ne
sait plus rendre les Français invincibles ? D'où vient que celle
qui dissipait nos ennemis comme la poussière, est repoussée
par eux sous les murs de la capitale, et tombe à Compiègne
en leur mains jusqu'alors impuissantes ?
« Un cachot et des fers pour Jeanne d'Arc ! tandis qu'elle
soupire après le toit paternel et les paisibles habitudes de
son hameau. Des arrête, des supplices pour Jeanne d'Arc 1
Oh ! que n'a-t-elle succombé au champ d'honneur, au sein de
- 17 -
la victoire ! Vains raisonnemenls des hommes, qui jugent du
mérite par l'éclat, et de la justice par le succès. Messieurs, si
Jeanne d'Arc n'eût eu que des exploits, nous saurions qu'elle
mérita des louanges, mais serions-nous sûrs qu'elle ne mérita
pas de blâme ? Il fallait des .combats pour prouver son cou-
rage, mais ne fallait-il pas des revers pour démontrer sa ver-
tii ? »
L'ensemble de ce discours trabit une certaine inex-
périence ; il manque quelquefois de cette allure
simple, de cet enchaînement d'idées, de cette science
des transitions que l'on remarque dans les écrits pos-
térieurs de l'Évêque de Langres et d'Arras. Néan-
moins, il contient en germe les qualités qui font de
Monseigneur Parisis l'un des écrivains les plus clas-
siques de l'époque. Les passages qu'on vient de lire,
dénotent de l'imagination et de la verve; quand on
les a lus, ou ne s'étonne pas que le vicaire de Saint-
Paul d'Orléans ait été très-recherché pour la prédi-
cation, et l'on regrette vivement qu'il n'ait livré à
l'impression, ni même conservé en manuscrit aucun
de ses sermons.
La réputation qu'il avait acquise dans la chaire
d'Orléans ne le suivit pas dans les autres phases de
sa vie. A Gien, il ne s'attachait pas à briller ni à
plaire, mais à instruire et à toucher. Néanmoins, la
richesse de son imagination et la solidité de sa doc-
trine frappaient les personnes instruites, et, comme
on le verra plus loin, c'est à sa manière de prêcher,
ou si l'on veut, au talent de la parole dont il fit preuve,
à cette époque, qu'il doit son élévation à l'épiscopat.
Il parut dans les chaires de Paris pendant l'intervalle
de temps qui sépara sa nomination au siège de Langres
du jour de son sacre, sans laisser de traces connues
de son passage ; et pendant son long épiscopat il
— is -
parla très-rarement dans la chaire de sa cathédrale.
Dans les dernières années de sa vie, du reste, il éprou-
vait une grande difficulté à se faire entçndre.
Mais s'il semblait fuir les circonstances solennelles,
il saisissait toute les occasions de parler à ses ouaillus
et à son clergé. Ses tournées de confirmation étaient
des courses apostoliques où il prêchait dans chaque
paroisseavee un zèle et une animation qui prodttisaient
les plus heureux fruits. Les entretiens qu'il avait avec
ses prêtres pendant les retraites ecclésiastiques con-
tenaient des enseignements solides, des avis sages,
des exhortations touchantes qui ne faisaient pas moins
d'impression sur eux que les plus beaux discours du
prédicateur de la retraite. Car, bien que ces allocutions
ne fussent pas écrites, il y avait tant d'enchaînement
dans les idées, tant de clarté dans l'exposition, tant
d'à-propos dans le sujet et tant de justesse dans l'ap-
plication, qu'on les entendait avee bonheur et qu'on
en tirait un vrai profit. C'est ce qu'aimaient à redire les
ecclésiastiques, lorsqu'ils se rencontraient à la suite
des retraites.
Monseigneur excellait encore à faire aux dames des
œuvres diverses qu'il avait fondées et qu'il réunissait
chaque mois dans la chapelle épiscopale, des instruc-
tions touchantes et substantielles à la fois, où l'on
remarquait un heureux mélange d'élégance et de
simplicité, de douceur et de force, relevant les sujets
les plus ordinaires par la finesee des aperçus et la
noblesse de la forme, captivant toujours l'attention
et remuant les cœurs par des mouvements pathétiques
qui sortaient naturellement de son âme ; et cela par-
tout accompagné d'un style facile, coulant, naiurel,
sans recherche, sans efforts, fuyant le néologisme,
- Î9 -
les grands mots, les phrases sonores, les tours à effets.
Tel il est dans ses écrits de polémique et ses discours
de circonstance, tel il se montrait dans toutes ses
improvisations. Si donc depuis sa sortie d'Orléans, il
n'a pas marqué comme orateur dans la chaire évan-
gélique; s'il n'a pas remporté ces triomphes d'élo-
quence sacrée qu'on admire dans les maîtres de la
parole, il a su du moins parler le langage du pasteur
dévoué et de l'évêque savant et pieux.
CHAPITRE SECOND.
Sa Nomination à Gien.
Le vicaire de Saint-Paul, tout en s'adonnant à la
prédication, ne perdait pas de vue les autres obliga-
tions du ministère paroissial. Le confessionnal, les
catéchismes, la visite des malades lui prenaient une
partie considérable de la journée. Non-seulement il
travaillait avec un zèLe soutenu au salut des âmes,
mais il se mettait au service des ouvriers étrangers
qui venaient cultiver la vigne du Seigneur. Ainsi, en
1824, lorsque le célèbre P. Guyon vint avec ses col-
lègues donner une mission générale à Orléans, M.
l'abbé Parisis ne négligea rien pour en assurer le suc-
cès, autant qu'il dépendait de lui. Son curé, qui l'ai-
- mait à cause de son amour du travail, de son activité
et de ses moyens intellectuels, l'encourageait beau-
coup, et le signalait à l'autorité supérieure comme
un je*ne prêtre de grande espérance. Cette recom-
mandation jointe à la connaissance qu'on avait de
— 20 -
ses talents et de ses vertus ecclésiastiques, détermi-
nèrent l'évêque à le nommer curé de Gien avec le
titre de doyen rural, qui lui donnait une prééminence
d'honneur sur les autres curés titulaires de l'arron-
dissement, dont les cures à cette époque n'étaient
pas des doyennés. C'était au milieu de l'année 1828,
que M. l'abbé Parisis, alors âgé de trente-trois ans,
se voyait placé à la tête d'une des plus importantes
paroisses du diocèse , chef-lieu de sous-préfeclure,
ayant environ six mille habitants.
Ce qu'était Gien.
Au point de vue religieux, Gien offrait un aspect
navrant. L'abbé Vallet, auquel succédait le nouveau
curé, venait de mourir après quarante-deux ans
d'exercice àu saint ministère, passés dans cette pa-
roisse, sans la quitter même aux plus mauvais jours
de la Terreur, parce qu'il n'avait refusé aucun des
serments exigés par les gouvernements révolution-
naires. Il avait été député aux États généraux, curé
constitutionnel, marié,en apparence du moins, avec sa
servante. Un prêtre de ce caractère, on le conçoit, ne
se montrait guère dévoré du zèle de la maison de Dieu,
et du salut des âmes. Aussi, sa paroisse pouvait être
appelée une terre en friche : l'ignorance et l'impiété
étaientdans les esprits et l'amour des jouissances mon-
daines régnait dans les cœurs; peu de personnes
faisaient exception à la règle générale, car la popu-
lation se trouvait viciée dans sa source par l'absence
de tous moyens de former l'enfance et la jeunesse à
- la connaissance de la religion et à la pratique des
vertus qu'elle commande. Peu d'instruction en chaire;
pas d'écoles, ou, ce qui est plus terrible, des écoles
—1\ —
mauvaises; pas de catéchisme. On se contentait de
réunir les enfants à l'église un mois ou deux avant
la première communion ; puis, on les abandonnait au
courant des passions qui bouillonnent à cet âge, sans
frein, sans secours, sans appui, sans conseil d'aucune
sorte. Qu'on juge des ravages de l'immoralité dans
les générations élevées de la sorte !
La piété ne trouvait pas d'asile sur cette terre mal-
heureuse, les offices publics étaient abandonnés, les
intérêts matériels absorbaient toutes les âmes. L'é-
glise menaçait ruine. C'était une construction go-
thique à l'usage d'un chapitre de chanoines, élevée
près de l'antique château qui domine la ville. Le
vieux sanctuaire avait subi les injures du temps et
les fureurs du vandalisme de 93. Devenu la seule
église paroissiale, il fallait le restaurer à grands frais
pour le rendre digne de sa destination, ou construire
un nouvel édifice; et il ne paraissait guère possible
de réaliser l'un ou l'autre de ces deux projets au mi-
lieu de cette population indifférente à tout ce qui
touchait la religion.
Ce qui rendait la position du nouveau curé plus
critique, c'est que l'ancien, malgré sa conùuite,
avait les sympathies générales, par suite de son
esprit de tolérance et de son attitude silencieuse
en face des abus les plus monstrueux. Ou ne pouvait
donc tenter quelques réformes sans blesser toutes les
susceptiblités et mettre tout le monde contre soi.
Ces difficultés, loin d'effrayer M. Parisis, ne firent
qu'aiguillonner son zélé. Il mit la main à 'l'œuvre à.
son arrivée dans la paroisse; il parla avec force, et
son langage brillant et énergique, tout en provoquant
le mécontentement de ceux dont il troublait le som-
— 22 —
meil léthargique, fit cependant une salutaire impres-
sion sur une foule d'autres qui ne demeuraient loin
de la religion, que parce qu'ils en ignoraient les
dogmes et les pratiques.
C'était beaucoup sans doute d'appeler ce peuple au
pied de la chaire évangélique, seul moyen de faire
naître ou de ramener la foi dans les cœurs ; mais il
fallait aller à la racine du mal, en tournant son atten-
tion vers l'enfance, abandonnée depuis longtemps à
des soins mercenaires et dangereux. Le pasteur le
comprit. Il éloigna des écoles les éléments du vice,
il y établit l'ordre et la discipline ; il appela un insti-
tuteur privé, homme digne, vertueux et capable, qui
Et du bien. Personne, à Gien, ne vendait de livres de
piété ; et cela se conçoit, la piété y était ignorée: le
curé engagea un individu à ouvrir une librairie qui
permît de répandre les bons livres destinés à la faire
connaitre et à la nourrir. A ces moyens de moralisa-
tion, il joignit celui des catéchismes préparatoires à
la première communion et des catéchismes de persé-
vérance qui furent fréquentés par un grand nombre
de jeunes gens et surtout de jeunes personnes, et
devinrent le foyer d'une solide dévotion.
Aussi, l'église se remplissait, les sacrements étaient
fréquentés, on faisait la communion, non-seulement
aux fêtes solennelles, mais chaque dimanche et même
chaque jour. La voix du pasteur avait donc été
goûtée, et il en était résulté de grands fruits de
salut.
Les pauvres ne furent pas oubliés. M. le Curé vou-
lait fonder un établissement de charité libre, indé-
pendant du contrôle immédiat de l'autorité civile;
mais il trouva des obstacles invincibles dans les exi-
— 93 -
genoes de l'administration municipale, et se vit forcé
de consentir à rétablissement d'un bureau de bien-
faisance dont il fut membre. C'était un bien moindre
sans doute, mais c'était un bien relatif, et seul pos-
sible pour le moment. Les gens bien intentionnés lui
en surent gré.
Reconstruction de l'Église et du Presbytère.
Il crut le moment venu de penser sérieusement à
reconstruire l'église. On ouvrit dans ce but une sous-
cription dont le chiffre atteignit quarante-cinq mille
francs; résultat inespéré et vraiment étonnant pour
une population de 6,000 habitants. De son côté, le
conseil municipal vota une somme assez forte, l'É-
tat accorda un secours et l'on se trouva en posses-
sion de 80,000 francs pour commencer les travaux.
L'intention des souscripteurs était de conserver l'an-
cien édifice, en y faisant d'importantes restaurations ;
le curé le désirait également; mais, contrarié par
l'administration départementale, il dut s'arrêter au
projet de construire une nouvelle église.
L'histoire de la construction du presbytère est cu-
rieuse. On aimera d'en connaître les circonstances
singulières que je tiens d'une personne parfaitement
renseignée. M. Vallet, l'ancien curé, avait la manie
des testaments et en a laissé plusieurs informes et
ouverts. Mais son vrai testament avait été remis ca-
cheté au notaire avec cette suscription : A mon succes-
seur. A l'arrivée de M. l'abbé Parisis, on lui présenta
le pli, qu'il refusa d'ouvrir, on ne sait par quel motif.
Il était notoire que l'hôtel splendide, habité depuis
un grand nombre d'années par M. Vallet, avait été
payé des deniers des paroissiens, et qu'il devait par
.-.24 -
conséquent devenir la propriété de la fabrique. Mais
les héritiers annonçaient l'intention de contester, et
la fabrique, dans laquelle la famille du défunt avait
des intelligences, crut devoir transiger. Le testament
ne fut pas ouvert et ne l'a jamais été.
Le notaire, dépositaire de cette pièce, l'offrit à
l'un des successeurs de Mgr Parisis, qui ne voulut
pas en prendre connaissance, parce qu'il crut avec
raison que la suscription ne pouvait regarder que le
successeur immédiat de M. Vallet. Il n'était pas dou-
teux que, par ce testament, l'ancien curé de Gien ne
donnât son magnifique presbylère à la fabrique; mais
par crainte d'un procès, la fabrique consentit à rece-
voir une somme de 12,000 francs avec laquelle elle
fit bâtir un presbytère très-modeste auprès de celui
que délaissait M. Vallet. Le pli, assure-t-on, n'a ja-
mais été ouvert depuis.
La révolution de 1830 saisit M. l'abbé Parisis au
plus fort de ses travaux. Ses adversaires, — et il s'en
était fait beaucoup par son activité dévorante, par
l'influence que son dévouement lui avait acquise, par
le beau mouvement religieux qu'il avait opéré, et qui
produisait une vive irritation dans certaines familles,
encore en trop grand nombre, qui voyaient avec
dépit ce changement profond, — crurent le moment
favorable pour se débarrasser d'un prêtre devenu
pour eux un vrai cauchemar. Ils tentèrent de soulever
les esprits; et, en effet, il y eut des cris, des plaintes,
des injures même. Les lettres anonymes pleuvaient,
plus menaçantes les unes que les autres. On allait
jusqu'à dire publiquement : Qu'on jette à l'eau ce rêfot^-
mateur 1 Tout ce bruit ne l'émut pas, et ne put le faire
dévier de sa route. Sûr de son droit, confiant dans
-.. 25 -
2
la Providence, dévoré du zèle de la gloire de Dieu
et du salut de ses frères, il continua de marcher
droit au but et n'en poursuivit pas moins son œuvre
religieuse et moralisatrice, au milipu des clameurs des
ennemis du bien. Lalutte avait été vive, acharnée, un
instant même douteuse ; mais la victoire n'en fut que
plus éclatante et plus complète.
Manière de vivre du curé de Gien.
Depuis la construction du presbytère, M. Parisis
menait la vie commune avec ses deux vicaires pour
la table et le logement; et la maison curiale ressem-
blait assez bien à un petit monastère où tous les
exercices se faisaient avec la même régularité qu'au
grand séminaire. Le curé s'était lui-même chargé
du réveil de ses collaborateurs, et il ne manquait pas
l'heure. La méditation, les offices, la lecture spiri-
tuelle, les repas, les récréations, tout avait ses mo-
ments marqués. M. l'abbé Parisis aimait cette com-
munauté de vie qu'il avait pratiquée à Orléans où les
trois vicaires de la paroisse St-Paul habitaient en-
semble la maison dite vicariale. Aussi, travailla-t-il,
quand -il fut évêque, à l'établir au sein de son clergé,
soit à Langres, soit à Arras.
En i832, il prenait enfin possession de l'église nou-
velle. Grâce à ses persévérants efforts, au milieu des
tracasseries de la préfecture, la ville eut un lieu de
prières ; Dieu eut une maison pour en faire sa de-
meure. Une maison, c'est le mot ; car on ne peut
donner un autre nom au nouvel édifice construit sur
les dessins de l'architecte Pagot. Le goût du temps
était mauvais, et l'on ne saurait sans injustice faire un
reproche au curé de Gien de n'avoir pas devancé son
- 56 -
époque dans le retour au bon sens si longtemps ab-
sent des œuvres de l'architecture religieuse.
Dès ce moment, sa mission à Gien lui semblait
terminée. Il écrivait dans cette conviction à son an-
cien curé, M. Dubois, qu'il verrait volontiers changer
sa position contre une autre, surtout s'il pouvait re-
tourner à Orléans, où il avait goûté tant de caime et
de joie, dans l'exercice de ses fonctions de vicaire.
Quel pouvait être le mobile de ce désir? M. l'abbé
Parisis n'avaitpas, il est vrai,les sympathies générales
de sa paroisse; il s'élevait sans cesse de nouveaux
orages, et le temps des luttes ne paraissait pas devoir -
finir sitôt. Mais cette considération de devait pas
avoir une grande influence sur ses déterminations : il
ne craignait pas les combats, la guerre au contraire
était de son goût, et il aimait à faire l'œuvre de Dieu
dans les obstacles qu'il rencontrait de toutes parts.
Sa Nomination à l'évèché de Langres.
Quoiqu'il en soit, la Providence avait d'autres des-
seins que ceux qu'il formait alors. Un dimanche du
mois d'août 1834, le curé de Gien reçoit un pli mi-
nistériel, qu'il ouvre avec une vive curiosité. @u.eijre
surprise ! Il peut à peine en croire ses yeux. Cette
lettre contient sa nomination à l'évêché de Langres,
vacant par la promotion de Mgr Matthieu, à l'arche-
vêché de Besançon. i
On s'est demandé souvent qu'elle cause avait i
amené, ou qu'elle influence avait déterminé Louis- j
Philippe à signer cette ordonnance. Voici ce que J
m'écrit à ce sujet un homme parfaitement posé pour
connaître les faits.—M.le vicomte de Riccé, préfet du J
Loiret, qui avait passablement vexé le curé de Gien, j
- e-, 7 -
notamment à l'occasion de la construction et de la
bénédiction de l'église, venait de mourir et d'avoir
pour successeur M. Saulnier, l'un des écrivains fon-
dateurs de la Revue Britannique. Le nouveau préfet
était lié avec M. Géry, ci-devant avoué à Orléans,
et depuis, porté par le flot de juillet à la présidence
du tribunal de Gien. Mme Géry goûtait beaucoup la
parole de son digne curé ; elle avait eu l'occasion de
le dire devant le préfet, et d'exalter le mérite de
M. l'abbé Parisis. Vers ce même temps, le gouverne-
ment avait écrit confidentiellement aux évêques et
aux préfets pour obtenir d'eux des indications sur
des candidats possibles. L'évêque d'Orléans et le
préfet du Loiret pcéseatèrent chacun de leur côté
M. l'abbé Parisis. Cette explication montre le peu de
fondement des diverses hypothèses hasardées pour
expliquer la nomination du curé de Gien au siège de
Langres, et, entre autres, celle qui la fait naître d'une
rencontre où Louis-Philippe aurait personnellement
apprécié M. Parisis et jugé digne de l'épiscopat. Elle
prouve également que Mgr Parisis fut étranger à sa
nomination, et que personne, à cette nouvelle, n'é-
prouva plus d'étoanéffnent que lui.
Les craintes de M. l'abbé Parisis.
Effrayé du farcleau qu'on voulait imposer à sa fai-
blesse, sa première pensée fut de consulter son vé-
nérable é.vêque en qui il avait une confiance toute
filiale, et le changé d'affaires du Saint-Siège près de
la cour des Tuileries, qui représentait le souverain
Pontife. Le premier 1$pçe&sa fortement d'accepter
l'épiscopat, le second lui eji donna l'ordre exprès.
L'abbé Parais vit daas ces avis wnus de si haut l'exr
— 28 -
pression de lavolonlé divine, et n'hésila pins. Il avait
été curé de Gien plus de six ans.
Cinq mois s'écoulèrent entre sa nomination et son
sacre : Ce temps, disait quelquefois depuis Mgr Pari-
sis, fut le seul de sa vie où il manqua.de toutes res-
sources pécuniaires. Par suite de sa démission de la
cure de Gien, il n'en touchait plus les émoluments ;
il n'avait pas d'épargnes, sa charité pour les pauvres
et les œuvres auxquelles il avait largement contribué
ne lui permettaient pas d'en faire. J1 prêchait à Pa-
ris, où il s'était rendu en quittant sa paroisse, mais
les sermons étaient alors, et sont encore aujourd'hui,
très-peu rétribués. Ce fut donc pour le futur évêque
de Langres un temps de gêne et de privation.
Son Sacre.
Enfin l'époque de la cérémonie de son sacre étant
fixée, Mgr Parisis se rendit à Issy pour y faire sa re-
traite préparatoire à cet acte solennel et si impor-
tant. Le Directeur de cette maison, homme grave, et
sévère observateur des règles ecclésiastiques, lui dit
d'un ton de surprise : «Vous allez être évêque, Monsei-
gneur? Et votre cours de théologie ! - Mon cours
de théologie, répond avec simplicité Mgr Parisis, n'a
été que d'une année au grand séminaire, cela est
vrai; mais je l'ai beaucoup étudiée depuis, et mon
intention est de me livrer désormais à cette étude
avec plus d'application que jamais. » L'évêque n'ou-
blia jamais la promesse qu'il fit alors.
Il fut sacré le 8 février 1835, dans la chapelle des
Carmes à Paris, par Mgr l'archevêque de Quélen, de
vénérée mémoire, alors si cruellement éprouvé ; cet
illustre prélat était assisté de Mgr de Forbin Janson,
- 29 —
2.
forcément éloigné de son diocèse, et de Mgr Gallard,
évêque de Meaux, Orléanais. Unedéputation du clergé
d'Orléans, composée des plus intimes amis du nouvel
évêque, se tenait au pied de l'autel.
Avant de suivre à Langres Mgr Parisis, on lira avec
intérêt le témoignage que lui rend dans les Annales
religieuses (FOrléans, un digne ecclésiastique de cette
ville: a Les. condisciples, les élèves, les vicaires de
M. Parisis, dont quelques-uns occupent dans notre
diocèse les postes les plus élevés, savent si nous
sommes dans le vrai, lorsque nous affirmons qu'il fut
un écolier laborieux et édifiant; un professeur lettré,
traducteur élégant des classiques latins ; un vicaire
actif, goûté, rempli de déférence pour la vieille
expérience et le goût mûri de son vénérable curé;
un curé consumant sa vie pour son troupeau, aimant
à faire participer ses vicaires à la direction qu'il im-
primait à sa paroisse, les initiant à la science du
gouvernement des âmes et veillant avec un soin pa-
ternel sur leurs débuts ». Il était difficile de faire un
plus bel éloge du futur évêque.
DEUXIÈME PARTIE
Épiscopat de Monseigneur Parisis à t angrce.
CHAPITRE PREMIER.
L'Évôché de Langres.
Le siège de Langres, comme tous les sièges épi-
scopaux de la France, avait été supprimé par le
concordat de 1801, passé entre Pie VII et le premier
Consul, Napoléon Bonaparte, et rétabli par la bulle
Commissa divinitus, en 1817. Déjà illustré, à la fin
du dernier siècle, par le savant cardinal de la Luzerne,
- il trouva une gloire nouvelle dans Mgr Parisis, qui
joignit aux vertus épiscopales, la science de l'écrivain,
l'habileté du polémiste, et l'intrépidité du défenseur
de l'Église.
Mgr Matthieu, nommé archevêque de Besançon,
était resté trop peu de temps sur le siège de Langres
pour réaliser d'importantes améliorations; mais il
avait déblayé et préparé le sol à produire d'heureux
fruits. Il s'était concilié déjà les sympathies générales
par ses manières aimables autant que par l'affectueux
dévouement qu'il témoignait à ses ouailles et à son
clergé en particulier. Mais le moment d'agir n'était
pas arrivé, lorsqu'il quitta le diocèse qu'il ne con-
naissait encore que bien imparfaitement. Il laissait
donc forcément beaucoup à faire à son successeur.
- 31 -
Premier acte de Mgr Parisis.
Mgr Parisis comprit parfaitement la position déli-
cate où il se trouvait à son arrivée dans son evèché.
Il remplaçait un prélat distingué par ses talents et
par l'aménité de ses mapières, que sa prudence et sa
douceur avaient rendu cher à ses diocésains ; son
élévation récente,, M mordant la considération dont
il jouissait dans les hautes régions du pouvoir, lui
donnait un nouveau prestige. Il fallait consulter ces
dispositions générales, ménager les idées reçues, et
faire très-grande la part de l'éloge de Tévêque auquel
il succédait.
D'un autre côté, le diocèse offrait un vaste champ
à la sollicitude épiscopalp. Il renfermait de nombreux
éléments de bien ; mais il fallait les développer : cer-
tains abus existaient qu'il était nécessaire de détruire;
le clergé ne manquait pas de bonne volonté, mais
-cette bonne volopté demandait une direction.De plus,
il n'y avait pas de local pour le grand séminaire ;
celui du petit séminaire devait être agrandi dans
l'intérêt -des études et du recrutement de la tribu lé-
vitique; Qn manquait de palais épiscopal; la ca-
thédrale avait besoin de grandep restaurations ; la
dignité du culte souffrait par$uite de la multiplicité
.(les liturgies en usage dans les diverses églises. Cette
situation douloureuse à plusieurs égards, l'évêque
nouveau ne pouvait la taire entièrement, et pourtant
il y avait péril à la signaler au début d'un épiscopat.
Restait un troisième point que Monseigneur devait
toucher la première fois qu'il parlerait à son trou-
peau; c'était son dévouement; son but en acceptant
le redoutable fardeau derépjscopat, ses vues, ses
— 32 -
efforts, ses craintes, sa confiance dans ses collabora-
teurs, ses espérances dans les aspirations religieuses
de ses diocésains.
Ces trois considérations importantes sont traitées
dans son mandement de prise de possession avec un
tact admirable, qui joint à l'érudition, à la beauté
des idées et à l'élégance du style, donnait la mesure
de ce qu'on devait attendre du nouveau pasteur. Il
est facile de voir, en le comparant au discours sur
l'éloge de Jeanne d'Arc, les progrès qu'avait faits
Monseigneur, depuis huit ans, dans sa manière d'é-
crire.
Le Prélat entre ainsi en matière :
« Nous ne nous le dissimulons pas, Nos très-chers Frères,
notre arrivée doit être parmi vous la continuation d'un jour de
deuil, et la nouveauté de notre voix fera couler de nouveau
des larmes amères.
« Cet hommage légitime que vous rendrez longtemps en-
core au digne Pontife que la divine Providence vient de vous
enlever, loin d'offenser notre cœur, nous fera mieux apprécier
les vôtres, et nous respecterons d'autant plus votre douleur,
que nous la partagerons.
« Oh ! sans doute, vous eussiez été bien injustes et bien
coupables si tant de zèle, de talent, de vertu et de sainteté,
n'eussent pas laissé parmi vous des traces profondes de recon-
naissance et de vénération ; et Nous, nous serions bien aveugle
si nous ne sentions pas qu'un tel départ est pour ce diocèse
une calamité publique, que nos misères et notre faiblesse ren-
dront plus sensible encore.
« Cependant oserons-nous bien dire que si ce vénérable
Pontife, n'a pas, comme autrefois le prophète, transmis à son
indigne successeur le double esprit de lumière et de sainteté
qui l'anima,du moins il nous a communiqué l'heureux héritage
de sa tendresse pour vous.
« Déjà vous nous êtes connus, Nos très-chers Frères, et nous
avons avant tout,àl'exemple du grand Apôtre, rendu grâces
àDieu de ce que la vivacité de votre foi est célèbre dans le
-33 -
monde chrétien, de ce qu'elle s'accroît de jour en jour, de
ce que l'abondance de votre charité mutuelle conserve au
milieu de vous la paix du Seigneur ; de telle sorte que déjà
vous êtes notre gloire, et qu'à votre sujet, nous avons reçu
déjà dans les Eglises de Dieu des bénédictions dont l'honneur
vous appartient tout entier.
« Mais aussi combien la multitude de vos bonnes œuvres
nous a fait déjà réfléchir en tremblant sur la sainteté du dépôt
remis en nos mains. Ce clergé si pur, si zélé, si plein de la
bonne doctrine, si généreux dans sa charité, si simple dans
sa soumission, si parfaitement uui dans tous ses membres.
Ces séminaires où croissent sous des guides si dignes de leur
confiance les défenseurs de la foi, les dispensateurs des
mystères de Dieu. Et cet autre sacerdoce que l'huile sainte,
il est vrai, n'a pas consacré, mais dont l'Église bénit solen-
nellement les vœux, ces vierges chrétiennes dont le diocèse
de Langres est si richement doté. Depositum custodi.
« Ce n'est pas, Nos très-chers Frères, que nous hésitions
un seul instant de vivre désormais uniquement pour vous en
Jésus-Christ qui nous envoie. Oh ! oui, nous voulons surtout
vous être dévoué sans réserve, chers et pieux collaborateurs,
dans l'œuvre du salut des âmes répandues dans toutes les
parties du diocèse ; notre bonheur et notre gloire seront de
vous accueillir à notre foyer et à notre table, de visiter vos
demeures, vos temples, tous les lieux de vos travaux, et
d'être à votre égard ce que fut pour nous le vénérable et
savant Pontife qui consola par tant de bienveillance notre
ministère pastoral, et qui voulut bien, dès lors, nous honorer
du nom de son ami.
« Car nous connaissons vos charges, pasteurs des âmes,
puisque nous les avons toutes portées ; et si le Sauveur a
voulu devenir en tout semblable à ses frères, afin de se faire
plus miséricordieux, la divine Providence, en nous tirant des
degrés inférieurs de la sainte milice pour nous en faire par-
courir tous les grades, a voulu sans doute nous apprendre à
mieux compâtir aux douleurs de tous.
Toutefois, vous n'exigerez pas que notre tendresse et notre
commisération soient aveugles ; en nous exposant vos inquié-
tudes, vous ne voudrez pas, comme autrefois le peuple d'Israël,
ne recevoir de nous que des paroles de flatterie. Apôtres de
- 34 —
de la vérité, vous en aurez trop l'amour au fond de vos cœurs
pour que jamais son expression puisse vous déplaire, et vous
pardonneriez quelquefois des mesures nécessaires à l'Église,
lors même qu'elles imposeraient des sacrifices à vos goûts
personnels.
« Mais si jamais les droits de votre sacerdoce et les saints
devoirs de votre ministère se trouvaient en péril, alors disposez
de-nous. Il nous sera doux de combattre pour vous et d'être
selon Dieu et par Lui votre bouclier et votre soutien. »
C'est avec les mêmes accents de dévouement et
d'amour qu'il s'adresse aux fidèles, dont il loue la foi,
les œuvres et les pieuses dispositions. Aussi, cette
parole qui pourra première fois retentissait à leurs
oreilles, devait descendre comme une douce rosée
dans leur cœur, et y laisser des traces profondes. On
ne peut surtout rien lire de plus pathétique ni de plus
touchant que le chaleureux appel du Prélat à toutes
les classes de la société à la fin çle cette instruction
pastorale, datée du 22 février 1835, quinze jours à
peine après son sacre.
Choix de ses conseillers.
Monseigneur de Langres, à son arrivée dans son
diocèse, avait eu soin de s'entourer d'ecclésiastiques
pieux et instruits, parmi lesquels il faut citer MM.
Favrel et Vouriot. Le premier avait fait une étude
particulière des cérémonies de l'Église, des liturgies
romaine et gallicane. Il n'est donc pas étonnant que
le jeune évêque ait porté tout d'abord son attention
sur cette question d'un si grave intérêt. Mais plus il
en comprenait l'importance, plus il croyait sage, né-
cessaire même de réfléchir, avant de l'aborder, surtout
dans la pratique. Il se borna, la première année, à
manifester son intention d'opérer des changements
— 35 -
et de faire les améliorations possibles relativement
aux usages admis dans le diocèse, lorsque le temps
et les circonstances lui paraîtraient favorables.
M. l'abbé Vouriot s'était particulièrement occupé
de la législation des fabriques et se trouvait préparé
à mettre dans cette intéressante partie de l'adminis-
tration l'ordre qu'elle réclame, pour la bonne gestion
des intérêts matériels des églises. Aussi, plusieurs
circulaires traitèrent immédiatement cette importante
matière, et deux ans après parut une instruction sur
la comptabilité des fabriques, rédigée et publiée par
ordre de Monseigneur l'Évêquë de Langres, formant
une brochure in-12 de 64 pages, à laquelle sont
annexés trois tableaux qui rendent facile l'intelli-
gence de l'instruction, au point de vue pratique.
C'était un -notable service rendu aux membres des
conseils de fabriques, en même temps qu'un puissant
moyen d'utiliser et d'augmenter leurs ressources pé-
cuniaires.
Ses Visites pastorales.
L'évêque de Labgres, sachant que le premier de-
voir d'un pasteur est de connaître ses ouailles, d'en
étudier le caractère, d'en saisir les aspirations, et
surtout d'en découvrir les besoins spirituels, s'em-
pressa de commencer ses visites pastorales, qui lui
donnèrent les moyens d'atteindre ce but, par le soin
qu'il prit de se faire renseigner à l'avance sur l'état
religieux et moral des populations. Il parcourut son
diocèse, prêchant dans chaque paroisse avec le zèle
d'un -apôtre, encourageant la vertu, attaquant les
vices sans ménagements, en indiquant les remèdes,
prodiguant à tous les sages avis qu'il puisait dans
— 36 -
une expérience de quinze ans passés au milieu des
pénibles travaux du saint ministère.
Dans ces courses il eut aussi l'occasion de voir à
l'œuvre son clergé, de louer le zèle des uns, d'adres-
ser aux autres d'utiles avertissements, d'employer en-
vers un petit nombre des mesures sévères dans l'in-
térêt de la gloire de Dieu, du bien des âmes et de la
discipline ecclésiastique, à laquelle là, comme ailleurs,
quelques brêches avaient été faites, malgré la vigi-
lance de ses prédécesseurs.
Les soins qu'il donna aux Communautés.
Aussitôt qu'il le put, il tourna ses regards vers les
communautés religieuses et leur prodigua les soins
1 les plus dévoués et les plus paternels; mais en par-
ticulier à celle de la Providence, fondée vers 1802
sous l'inspiration de Mgr de la Luzerne, ancien
évêque de Langres et définitivement autorisée par
ordonnance royale du 28jnai 1828. Cette congréga-
tion dont le but est l'instruction des petites filles et
la visite des malades à domicile, déjà fortement pro-
tégée par Mgr Matthieu, prit sous son successeur de
très-grands développements. Son personnel s'accrut
d'une manière prodigieuse, en sorte qu'il fallut ajou-
ter de vastes constructions au local primitif. De cette
maison-mère sont sortis une foule d'établissements
qui couvrent le sol du diocèse et s'étendent dans plu-
sieurs diocèses-voisins, jouissant partout de la con-
fiance des familles et de la considération publique.
Elle compte maintenant 171 établissements, dont
135 dans le diocèse de Langres, et plus de 600 Sœurs.
C'est de cette maison que vint la mère Cécile pour
- 37 -
3
diriger celle que Mgr Pansis voulut fonder à Arras,
dès son arrivée dans le diocèse.
Le zélé Prélat ne se contenta pas de consolider et
d'étendre les communautés religieuses qu'il trouva
existantes, il en établit de nouvelles pour répondre à
des besoins nouveaux. C'est ainsi que par ses èfforts
s'ouvrit, à Saint-Loup, une communauté dite du Saint
et Immaculé Cœur de Marie, ayant un ouvroir et un
pensionnat, et offrant aux jeunes personnes qui ont
terminé leur éducation les moyens de faire une re-
traite annuelle.
A cette occasion, il disait dans une de ses circu-
laires confidentielles de 1839 :
« L'importance de ces exercices, leur nécessité même pour
le salut ou la paix de certaines âmes est une vérité depuis
longtemps reconnue par les maîtres de la vie spirituelle, et
confirmée par le zèle qu'y ont apporté entre autres saint
Vincent de Paul et saint François de Sales, ces deux grands
modèles dans la direction des consciences. Nous ajouterons
que le prêtre et les religieuses qui dirigent cette œuvre dans
la maison de Saint-Loup ont toute notre connacce, et que
leurs travaux ont eu déjà de très-heureux résultats. Nous
croyons donc devoir engager les ecclésiastiques à y adresser
en toute sécurité les personnes auxquelles ils jugeront qu'une
retraite serait plus particulièrement utile. Il suffira d'écrire
assez tôt pour qu'elles puissent être inscrites trois jours à'
l'avance. »
Il établit pareillement à Saint-Dizier une commu-
nauté de sœurs dite de l'Association réparatrice. Le
pape Grégoire XVI voulut bien, en 1842, accorder à
Monseigneur la faculté de fonder une archiconfrêrie
réparatrice des blasphèmes dont le siège serait dans
cette ville, et qui pourrait avoir des affiliations dans
toutes les parties du monde.
- 38 -
Soins généraux de ses diocésains.
Vers la fin de 1835, Monseigneur demanda des
renseignements au clergé sur tout ce qui concernait
les pratiques religieuses et les habitudes morales des
populations. Cette mesure, on le comprend, avait
pour fin de lui donner de plus en plus la connais-
sance de son troupeau et de le mettre à même de
lui faire des instructions en harmonie avec ses besoins.
Frappé de cette pensée, née de sa propre expé-
rience des hommes et des choses, que les peuples
regardent la mission des prêtres comme un bienfait
naturel sans en apprécier l'excellence, il fait son
mandement de carême de l'année 1836 sur le but du
ministère pastoral.
« C'est en effet, dit le Prélat, un des caractères malheureux
de notre siècle d'avoir matérialisé jusqu'aux éloges qu'on donne
à la religion de Jésus-Christ. A force de répéter à sa louange
qu'elle favorise le développement des lumières et de l'indus-
trie ; qu'elle maintient le bonheur des familles et des sociétés,
on s'habitue à ne voir en elle que la bienfaitrice passagère
du genre humain dans cette course rapide de la vie ; l'on
oublie que, si elle rend l'homme plus heureux en le rendant
plus juste, c'est toujours pour en faire un élu dans l'éternité ;
et que si le prêtre contribue par l'influence de son pieux mi-
nistère à la paix et à la prospérité publiques, c'est un acces-
soire naturel et comme une émanation inséparable des grâces
qu'elle répand et des vertus qu'elle commande; mais que ce
n'est pas là l'essence de ses devoirs, ni le but de sa mission
sanctifiante. »
Les idées que Mgr Parisis émet dans son premier
mandement, après sa prise de possession, l'ont ac-
compagné dans tout le cours de sa vie, et faisaient
une telle impression sur son âme, qu'il avait une
peine extrême à ordonaer ou même 6 accorder des
— 39 -
prières publiques pour les biens de la terre et les
prospérités temporelles. Cet amour de tout ce qui
est surnaturel, de tout ce qui élève les cœurs vers le
ciel, est assurément digne de tout éloge. Toutefois,
on a quelquefois pensé que Sa Grandeur le portait
trop loin dans les circonstances où la foi des popu-
lations s'adressait à Dieu pour obtenir la fécondité
des èhampô, la conservation des moissons, l'éloigne-
ment d'un iléau on la cessation d'une maladie.
11 institue les Conférences et les Retraites.
Dans le courant de cette année, Monseigneur in-
stitue les conférences et les retraites ecclésiastiques,
dont il montre les avantages dans une circulaire spé-
ciale.
Jusque-là les prêtres, dans certains doyennés, se
réunissaient à des époques déterminées par eux pour
se livrer en commun à l'étude de la théologie, de
l'Écriture sainte, du droit canon et des rites sacrés.
Mais ces réunions étaient spontanées et facultatives;
elles n'avaient pas de périodicité régulière; elles
n'avaient pas non plus l'assentiment de tous. Ce n'é-
tait done pas une institution véritable, et telle qu'on
pouvait la désirer pour y trouver des garanties de
durée, et surtout pour qu'elle s'étendît au clergé tout
entier. Ce fut donc un bienfait que l'établissement des
conférences ecclésiastiques. Il faut dire à la louange
du clergé dn diocèse qu'il sut l'apprécier en se ren-
dant en masse à l'appel de son évêque.
Les retraites ecclésiastiques avaient en lieu quel-
quefois avant l'arrivée de Mgr Parisis; mais elles
n'étaient ni obligatoires, ni régulières, de sorte qu'un
grand nombre de prêtres y douaouraieut étrangers
— 40 -
toute leur vie, et que les plus pieux ne pouvaient en
profiter que rarement. Monseigneur voulu qu'elles
eussent lieu de deux en deux ans, et que tout le
clergé y assistât.
Tout le monde comprend l'utilité, la nécessité
même de ces deux institutions pour les ecclésia-
stiques et pour les fidèles eux-mêmes, dont le salut
dépend en grande partie de la science et de la ertu
de leurs pasteurs. Les années données à l'étude dans
le séminaire suffisent à acquérir les connaissances
indispensables à l'exercice du ministère, mais si l'on
venait à laisser là ses livres au moment où l'on quitte
les bancs de l'école, ces connaissances iraient chaque
jour en s'amoindrissant et se perdraient bientôt sans
retour. On ne peut les conserver qu'en les entrete-
nant, et de ce soin dépend en grande partie la. bonne
direction des âmes au saint tribunal. Tant il est vrai
qu'on n'enseigne, d'ailleurs, avec fruit que ce qu'on
possède bien soi-même, et que la mesure du succès
est presque toujours en raison directe des travaux et
des sueurs qui le préparent.
Ajoutez qu'un prêtre a le devoir d'augmenter la
somme des vérités dont il est le dépositaire; qu'il
rendra compte de ses talents au souverain Juge ;
qu'on demandera beaucoup à ceux qui auront beau-
coup reçu, et que le jugement sera sévère pour ceux
qui sont chargés de diriger les autres. Ajoutez encore
qu'un prêtre ne peut sans les plus graves inconvé-
nients, sans jeter le déshonneur sur le saint mini-
stère, sur sa personne, et sur la religion elle-même,
ignorer une foule de choses que ie monde connaît, et
demeurer muet, par défaut de science,dans les entre-
- tien-s les plus ordinaires.
- Igt -
Outre cet immense avantage d'entretenir leurs con-
naissances acquises et d'en étendre le cercle, les
prêtres trouvent dans ces réunions confraternelles la
facilité de contracter entre eux des liens d'une union
sainte et durable ; ils s'y communiquent leurs pen-
sées, leurs vues, leurs projets, leurs industries; d'où
résulte une unité d'action qui fait leur force et assure
le succès de leurs travaux.
Dire le bien produit par l'institution des retraites
ecclésiastiques serait, on le comprend, tout au moins
inutile. Il est difficile, dit un saint Père, de ne rien
perdre de sa ferveur au contact d'un monde où
régnent toutes les passions; les âmes les plus éner-
giques ne sont pas elles-mêmes à l'abri du danger;
dans la mêlée on reçoit souvent des blessures, alors
qu'on triomphe de ses ennemis. Il est bon d'aller re-
tremper ses armes à la source de toute lumière et de
toute force; d'entendre, loin du bruit du monde et
dans le silence du cœur, la voix de la vérité et de la
vertu. On sort de la retraite plus préparé pour la
lutte, plus vigoureux contre les ennemis du dehors
et les penchants intérieurs, plus disposé aux sacrifices
inséparables de la vie du prêtre, et, par conséquent,
plus apte à remplir la redoutable mission dont il est
chargé.
D'un autre côté, ces pieux exercices édifient les
peuples, leur donnent pour leurs pasteurs plus d'a-
mour et de respect, les rendent plus dociles à leurs
exhortations, et par suite plus fidèles à la pratique
des vertus chrétiennes. Il n'y a guère pour eux d'in-
struction plus intéressante que le simple récit de tout
ce qui se fait et se dit dans une retraite ecclésiastique.
1
- V2 —
L'expérience l'a prouvé mille fois. Cette double insti-
tution, on le sait dans le diocèse de Langres, a donne
une vive impulsion aux études et développé les
moyens de sanctification, en stimulant le zèle du pas-
teur et la bonne volonté du troupeau.
Rétablissement des Synodes.
Monseigneur Parisis a rétabli les synodes dans son
diocèse. Les assemblées synodales, prévues par les
lois canoniques, sont composées de l'évêque, des vi-
caires généraux, du chapitre, des curés en titre,
d'une partie des curés amovibles désignés par l'é-
vêque. ou plus ordinairement par le suffrage de leurs
confrères du doyenné, des supérieurs et des aumô-
niers de communauté, de chanoines honoraires ou
prêtres sans fonctions, si l'évoque le juge convenable.
Le chapitre fait partie de droit du synode où il a le
premier rang. Il y assiste en corps ou par délégués,
selon qu'il le décide.
Ces réunions ont pour objet l'examen de questions
très-importantes relatives aux rites sacrés, aux céré-
monies du culte, aux devoirs de la charge pastorale,
aux abus qui règnent dans les paroisses, aux remèdes
qu'on peut y appliquer, aux moyens de ranimer la
piété, enfin à tout ce qui touche à l'honneur de la
religion, à la perfection de la vie sacerdotale, au bien
des fidèles et au salut des âmes.
Les matières à traiter dans le synode sont propo-
sées par l'évêque, envoyées quelquefois aux mem-
bres des conférences ecclésiastiques pour avoir leur
avis, puis soumises à une commission spéciale, for-
mée par l'évêque, dont le travail est ordinairement
— 4 S —
irtiprinie et distribué, avant la tenue du synode; a
chacun de ses membres.
Rien de plus solennel ni de plus touchant que la
tenue d'un synode. Il s'ouvre par le chant du Veni
creator. Le notaire fait l'appel nominal des membres
de l'assemblée, ou dit les motifs qui ont déterminéles
absentg à ne pas y venir. Il y a dans le synode des
congrégations générales et des congrégations particu-
lières. Les premières sont toujours présidées par l'é-
vêque revêtu de ses ornements pontificaux, encluipe,
orosfse à la main et la mitre en tête, ayant à ses côtés
deux vicaires géuéraux (in paramentis). Les congré-
gations particulières sont au nombre de trois, ayant
chacune un président, un vice-président, un secré-
taire et un sous-secrétaire nommés par l'évêque.
Tous les ecclésiastiques sont revêtus de leurs insignes,
soit dans les congrégations générales, soit dans les
congrégations particulières.
Au sein de ces dernières chaque membre émet son
avis sur les questions soumises à l'examen, et le pro-
ces-verbal de la séance n'est que le résultat de la dis-
cussion. Ce procès-verbal est lu dans la congrégation
générale, discuté de nouveau, ou du moins expliqué
g'Hya lieu; puis enfin, l'évêque arrête définitivement
les résolutions synodales. Lui seul a voix délibérative
en ce point. Le chapitre, comme le reste du clergé,
n'a que voix consultative; mais on conçoit quelle
influença a sur la décision de l'évêque son opinion
manifestée avec une liberté complète. — Les déci-
sions sont presque toujours conformes aux vœux de
la majorité. L'évêque les livre ensuite à l'impression,
et les envoie à son clergé diocésain pour lui servir de
règle de conduite.
- 44 -
On comprend la sagesse de cette institution cano- 1
nique qui donne à l'évêque le moyen de connaître j
les besoins de son diocèse et au clergé le droit de les
Lui signaler.
Les synodes se tiennent ordinairement à la suite
des retraites ecclésiastiques, ou à des distances plus
éloignées, selon que l'évêque le juge convenable.
Monseigneur s'occupe des-Confréries.
Un des moyens les plus puissants de sanctification,
ce sont les associations religieuses. C'est pourquoi, le
1er octobre de cette même année, le prélat adressait
aux curés de son diocèse une circulaire relative aux
confréries et leur disait :
« Les confréries sont depuis bien des siècles l'aliment de la
piété des fidèle?, aujourd'hui elles sont comme une condition
nécessaire des paroisses où l'œuvre de Dieu se fait. Depuis
que, selon l'expression de Bossuet, le monde est entré dans
l'Eglise, depuis que l'ancienne discipline, cédant à l'empire
des circonstances, n'a plus fait extérieurement usage de ce
discernement canonique qui ne permettait pas aux indignes
de se mêler aux vrais enfants de Dieu, il a fallu que ceux-ci,
pour se retrouver dans cette confusion nouvelle, fonçassent
entre eux de nouveaux liens spirituels, et qu'avec l'étendard
de la croix injustement usurpé par un grand nombre, les
pasteurs élevassent quelques saintes bannières, autour des-
quelles les vrais disciples de Jésus-Christ se réuniraient pour
s'encourager, se soutenir et combattre.
« Ce qui a dû se faire partout s'est fait principalement dans
ce diocèse, et comme il n'existe peut-être pas une personne
pieuse qui n'appartienne à aucune confrérie, on peut en con-
clure que le travail pour lequel je demande votre concours,
intéresse la portion la plus précieuse du grand troupeau qui
m'est confié.
« Les renseignements que vous me transmettrez dans le
- 45 -
3.
tableau ci-joint ont pour but de préparer- une organisation
plus uniforme, une direction plus invariable, et, si l'on peut
dire, une constitution plus forte à ces précieuses agrégations. »
Le 4 octobre de l'année suivante (1837), Sa Gran-
deur envoyait les statuts applicables aux confréries
déjà existantes, comme à celles qui s'établiraient
dans la suite. Ils avaient pour fin de détruire les abus
et d'exciter la piété des associés, en ramenant les
confréries à leur constitution primitive.
Instruction primaire.
Les besoins religieux de l'instruction primaire ne
pouvaient échapper à sa sollicitude pastorale. Dans
une circulaire du 15 février 1837, Monseigneur, après
avoir rappelé les droits des premiers pasteurs sur
l'enseignement de la religion dans les écoles, et leurs
graves obligations à cet égard, demande aux curés
des renseignements précis sur les livres dont on fait
usage dans les écoles de leurs paroisses respectives.
Le 25 mai de la même année, le Prélat leur adres-
sait une deuxième-circulaire sur cet important sujet,
dans laquelle il les félicitait du zèle qu'ils avaient
mis à répondre à ses vues, puis ajoutait :
« Il faut bien le dire, puisque devant une si triste évidence
le silence de notre part serait une prévarication. L'homme
ennemi répand l'ivraie parmi la bonne sçmence dans le champ
du Seigneur. Aux ouvrages solides et tout pénétrés de foi,
consacrés depuis longtemps par la piété de nos pères, on
substitue des compositions demi-profanes, où la religion de
Jésus-Christ, dépouillée de son autorité divine et de sa sanction
éternelle, est représentée seulement comme un phénomène.
historique, et tout au plus- comme une institution temporai-
rement utile, etc. »
Le Prélat signale ensuite les nombreuses lacunes
— 46 —
cataulëeB pour dénaturer la véritable doctrine, on du
moins pour n'en donner qu'une connaissance très-
incomplète. Il termine par indiquer provisoirement
les livres qu'il désire voir entre les mains des enfants.
Les Pensées chrétiennes, le Catéchisme historique de
Fleury, les Devoirs d'un chrétim, par M. Delasalle.
Le 16 octobre suivant, il leur écrivait encore pour
leur désigner une série d'ouvrages choisis par lui;,
de concert avec le recteur de l'académie de Dijon
parmi les livres autorisés par le Conseil royal d'in-
struction publique-
Ces ouvrages aoiit :
le Le Petit Catéchisme historique, de Fleury ;
2° Le Gmnd Catéchisme, par le Même ;
39 Maximes de l'Éerëture sainte, par Rollin ;
4P Épitres et Evangiles pour les dimanches de
l'année ;
5? Petite Histoire saiutigt, par Ansart;
6° Abrégé, de l'llidoir: de l? Ancien Testament, par
Mésanguy;
7B Doctrine chrétienne, par Lhomond ;
80 Histoire abrégée de la Religionpar le Même ;
9° Imitation de JélUl-Ckr.ëst..
fifafitemaots de Oarême.
Le mandement du Carême de 1837 traite de la né-
cessité de la mortification spirituelle dont l'Église elle-
même ne saurait- dispeaser, parce que sans la mor*
tification telle que la foi l'entend, telle que l'Évan-
gile l'ordonne, il n'y a point de vertu solide, et sur-
tout il n'y a point de vertu chrétienne.
Le Prélat développe avec bonheur une preuve

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