Vie de S. Vincent de Paul. Tome 2

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Debécourt (Paris). 1836. Vincent de Paul, Saint. 2 tomes en 1 vol. In-32.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1836
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VIE
DB
S. VINCENT DE PAUL.
VIE
DE
?. VINCENT DE PAUL.
TOME DEUXIEME.
a t'a:
paris,
DEBÉCOURT, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RU B DES SAINTS—PÈRES , 69.
4836.
10
;- WEB
DB
3 S. VINCENT DE PAUL.
L De quelques vertus de saint Vincent
de Paul.
Depuis bientôt deux siècles M. Vin-
accent n'est plus , et cependant sa mé-
ranoire est encore partout bénie. A son
asuom j le pauvre sur son lit de douleur
recouvre quelque espérance; l'enfant
deabandonné apprend en grandissant qu'à
séses soins bienfaisans il doit la yie ; la
logsœur de Charité s'inspire de son esprit;
apôtre des missions a ses paroles sur
aLles lèpres, ses conseils <levant les yeux,
— 146 —
son amour dans le cœur , et toujo J
présente à sa pensée l'image - de «
beau modèle de la vertu chrétien
L'igipie lui-même, si dépravé
s'arrête avec plaisir devant cet
vénérable, empreinte d'une douce bien j
veillance, d'une touchante misérico
et de cette tendre dilection dont su
boudait son âme. M. Vinceut alaissé n
si magnifique héritage de vertus, en
sant sur cette terre il y-a répandu N
de charité, qu'on est contraint Gomrtfl
malgré soi de se souvenir d
homme , donnant ainsi un nou
témoignage à cette parole des ~t~~N
saints : La mémoire dit juste demt � M
éternellement : In memoriâ æt
justus. —~
Souvenons-nous donc de saint YV''
cent de Paul : mais que ce sou fl
nous fasse étudier ses vertus et rc^fl
porte à les jmitër, Qu'elle sera dOllC
— 147 —
dpour le pauvre surtout, cette étude qui
jikii montrera une âme ne pensant qu'à
JIIUl, ne vivant que pour kii ! Oh ! si
jceette connaissance d'un cœur tout
iisaimant, lui révélant ce que la religion
m fait pour lui, pouvait rallumer dans
).on âme, avec la-foi, un peu d'espérance,
liun pcu d'amour divin, elle remplirait de
JÎoie le cœur de M. Vincent, qui l'aime
ItJjplus ardemment encore dans le ciel,
'bd'oÙ il le protège et le bénit sans cesse.
9Que de science aussi-à apprendre dans
étude des vertus de M. Vincent pour
jacelui qui veut servir le pauvre ! il saura
ipqu'avant tout le pauvre est son maître
Jaet son seigneur , et que pour se présen-
stter devant lui , il faut être humble ,
compatissant et plein de charité; qu'il
cl faut enfin le visiter au nom de Jésus-
DChrist, et comme si on venait visiter
>1 Jésus-Christ lui-même.
Mais, pour suivre un peu d'ordre
— 148 —
dans la méditation de ces vertus , exa- 1
minons séparément quelques unes d'en-
tre eUes, en tâchant de les faire des-
cendre bien avant dans notre cœur.
De safoi. *
La foi. qui est le fondement de toutes
les vertus, fut aussi la base de celles de
M. Vincent; elle devint plus forte, plus
vive , plus éclairée à proportion des
combats qu'il eut à soutenir pour elle,
dans un temps où il s'élevait bien des,
nouveautés dangereuses, et où lui- -
même avait de violentes tentations à !
éprouver. à
Entre autres remèdes qu'il employa J
contre la violence de ces tentations, le t
premier fut d'appliquer sur son cœur i
sa profession de foi écrite et signée dans c
un papier , suppliant Notre-Seigneur i
d'agréer que toutes les fois qu'il porte- -
rait la main dessus il renouvelât par
— 149 —
iccette action la protestation de sa foi et
aie renoncement qu'il avait fait en gé-
iméral à toutes les tentations du doute.
Le second remède dont il se servit
Jlfut de faire le contraire de ce que la
tJtentation lui suggérait, et d'agir par la
ttfti, en rendant un honneur et service
f^iarticulier à Jésus-Christ dans la visite et
MtCtnsolatIon des pauvres malades de l'hô-
q pital de la Charité. du faubourg Saint-
D Germain , où il demeurait pour lors. Il
id-crut que cet exercice , qui est un des
q plus méritoires du christianisme , était
JO aussi le plus propre pour témoigner à
VL Notre-Seigneur avec quelle fermeté il
o croyait à ses paroles, et avec quel amour
li il le voulait servir , puisqu'il a dit qu'il
It tenait fait à sa personne le service
p qu'on rend au moindre des siens.
Sa foi n'était pas seulement ferme et
0 constante, elle était aussi très pure et
1 simple, étant uniquement appuyée sur
- 1 lio —
la première vérité, qui est Dieu, et sur
l'autorité de son Eglise. C'est pourquoi
il reprenait ceux qui veulent examiner
curieusement les vérités de sa foi par
la subtilités de leur esprit, et se servait
de cette comparaison que , « comme
« plus on porte ses yeux sur le soleil,
(f moins on le voit; de même plus on
CI s'efforce de raisonner sur les vérités
« de notre religion, et moins on les con-
« naît par la lumière de la foi. C'est as- <
« sez , disait-il, que lEglise nous les'
« propose, nous ne saurions manquer en I
« les croyant et nous y soumettant. >» *
Il avait si fort à cœur cette sainte <
pratique d'agir selon les lumières de la
foi contenues dans les doctrines et les
maximes de Jésus-Christ, qu'il l'a pro-
posée au commencement de ses rè-
gles comme le fondement de toute la
perfection requise aux missionnaires.
« Avant toutes choses , dit-il, un cha- 't-
— 451 —
>';< cun tâchera de se bien établir dans
ne cette vériw, que la doctrine de Jésus-
u Christ ne peut jamais tromper , au
« lieu que celle du monde porte tou-
u jours à faux. C'est pourquoi la Con-
w grégation fera profession d'agir tou-
) 1 jours conformément à la doctrine de
« Jésus-Christ, et jamais selon les maxi-
);! mes du monde. u
Il ne pouvait aussi souffrir que ceux
llIui étaient sous sa conduite s'éloignas-
9*ent tant soit peu de cette règle, comme
Id a souvent témoigné ; et un jour entre
neutres, il dit à un prêtre de sa Congré-
gation, qui lui rendait compte de quel-
jjque affaire d'une manière un peu hu-
maine : « 0 monsieur , ce n'est pas là
* procéder selon Dieu, car quoique se-
Hf Ion la prudence humaine on fit bien
* d'agir comme vous venez de dire , et
"M qu'il y eût même quelque raison d'en
MU user ainsi , néanmoins ce procédé
— 162 —
« n'est pas conforme aux maiiwM
« l'Evangile et aux lumières de 1 n j
« qui nous portent à chercher D"
te uniquement en toutes choses, e
« renoncer à nos propres intérêts < N
« nos satisfactions particulières. » —^
De son espérance et sa con ~a
en Dieu. —.
Si la foi de M. Vincent a "Hfii
lente, son espérance en Dieu n'a na ~M
moins parfaite. Il avait adopté iMurm
gle de conduite cette belle maxime, <jf
la divine Providence ne manque j
dans les choses qu'on entreprend Mt
ses ordres; et appuyé sur cette vér'
il espérait contre toute espérance ;
savait même encore donner de la CÛD
fiance aux siens dans les circonstance t
difficiles de leur ministère : Il Cm
a moi, écrivit-il à un d'entre eux, troi
— 155 —
font plus que dix quand Notre Sei-
gneur y met la main, et il la met
toujours quand il nous ôte les
c moyens humains et qu'il nous en-
gage dans la nécessité de faire quel-
que chose qui excède nos forces. »
1.1 disait souvent à d'autres en sembla-
ilcoles occasions : « Ayez bon courage,
confiez-vous en Notre Seigneur, qui
',1 sera voire premier et votre second
Ut dans le travail auquel il vous ap-
a, pelle. » Et lorsqu'il envoyait les
¡Í;;¡iens aux missions les plus difficiles dans
is.tes pays étrangers, il leur commandait
oitoujours de remplir leurs cœurs d'une
imparfaite confiance en Dieu, par ces pa -
nroles : Il Allez au nom de Notre-Sei-
"u gneur; c'est lui qui vous envoie ,
"u c'est pour son service et pour sa
u « gloire que vous entreprenez ce yoya.
» « ge et cette mission; ce sera aussi lui
» « qui vous conduira et vous assistera, »
— i 54 —
Sa confiance en Dieu a encore paru j
dans les nécessités pressantes où il a vu J
quelquefois plusieurs maisons de sa
Congrégation. Un jour le procureur
de sa maison lui étant venu dire
qu'il n'avait pas un sou pour fournir
à la dépense ordinaire, et moins encore
à l'extraordinaire qu'il fallait faire pen-
dant les exercices de l'ordination qu'on
allait commencer, ce grand cœur, tout
plein de confiance en Dieu , lui dit
avec un sentiment de joie : « 0 la
« bonne nouvelle ! Dieu soit béni !$
« c'est maintenant qu'il faut faire pa-
« raître si nous avons de la confiance
« en Dieu. » Et comme plusieurs lui
représentaient souvent que sa maison
était en danger de succomber s'il ne
fermait la porte à une bonne partie des ;
personnes externes qu'il y recevait gra-
tuitement, il répondait pour l'OI'di..
naire à toutes leurs remontrances :
I
— 155 —
Les trésors de la divine Providence
sont inépuisables , et notre défiance
la déshonorerait. Il fait bon jeter ses
soins et ses pensées en Notre-Seigneur,
il ne manquera pas de nous fournir
notre nourriture, comme il nous l'a
promis; et la Congrégation de la
Mission se détruira plutôt par les ri-
chesses que par la pauvreté..»
• Cette confiance le rendait calme, et,
maître de tous les événemens , il se
reposait de tout en Dieu, laissant à la
iivine Providence le temps de montrer
a volonté j il digait que , « moins il y
a de l'homme dans les affaires, plus
il y a de Dieu , et que sa Provi-
dence fait heureusement réussir tou-
tes choses à ceux qui tâchent de la
suivre, sans jamais la devancer. Ne
craignons point la tempête , disait-
il dans ces occasions ; ne nous hâtons
point de nous défendre ou justifier,
- 156 -
« embrassons la conclusion , souffronsu
el avec patience; laissons faire Dieu ,
« et attendons avec confiance que son 11,
« heure soit venue. »
Son amour envers Dieu.
Les diamans les plus précieux sontir
enfouis bien loin de la vue des hommes; : ?
il en est de même du plus beau don doJ
la grâce, de l'amour de Dieu. On ueoi
saurait voir le fond de ces communica-
tions intimes et délicieuses qui existent
entre le Créateur et quelques unes deol
ses créatures. Il s'échappe cependant
quelquefois de ces âmes privilégiées
des mots pieux et fervens qui les trahis--ë
sent; leurs belles actions , la pureté des!
leur intention , révèlent plus encore leol
secret de leurs sentimens.
L'ardent amour qui brûlait dans21
l'âme de M. Vincent se faisait remat-j
— 157 —
uluer par l'énergie particulière de ses
soaroles, elles avaient une vertu mer-
aveilleuse de pénétrer les cœurs et de
îses échauffer du même feu divin dont
i l était embrasé. Plusieurs qui ont eu
ne bien de l'entendre parler des choses
q ipirituelles ont sensib lement éprouvé
ntn eux-mêmes les ardeurs de sa par-
siaite charité ; et on a vu souvent des
personnes de toute condition , lesquel-
les , après avoir conféré avec lui, té-
iHMoignaient une consolation extraordi-
nnaire de l'avoir entendu parler, et qui
disaient aux missionnaires : « Oh ! que
DVVOUS êtes heureux de voir et d'entendre
oMous les jours un homme si rempli de
s'Jl'amour de Dieu ! »
C'était aussi le caractère particulier
bbde son amour envers Dieu d'être prin-
cipalement effectif et abondant en sain-
altes œuvres j et c'est à cet amour qu'il
es-exhortait surtout les siens. « Aimons
- t 58 -
« Dieu , mes Frères, leur disait-il, ai-:
« mons Dieu, mais que ce soit aux dé'<!
« pens de nos bras et à la sueur de notroM
« visage; car bien souvent tant d'actes a
« d'amour, de complaisance, de hien-L
« veillance et d'autres semblables affec-
« lions intérieures d'un cœur tendre ,
« quoique très bonues et très désirables.
« sont néanmoins fort suspectes quand!
« on n'en vient point à la pratique d'una.
« amour effectif. » 1
L'amour de Dieu était si grand enn
M. Vincent, qu'il s'oubliait tui-memej
en tout : Il Une âme bien résignée , di-i
« sait-il, se contente que Dieu soit con--f
« tent, elle lui offre un cœur plein deai
« saintes affections et lui rend tous lese
« services qu'elle peut en la personnes
(1 du prochain; mais elle remet entiè--<
« rement l'événement de ses desscinui
Il et de ses travaux à la cond uite de sa t
« divine Providence) et demeure en
- 159 -
paix au milieu des troubles et des
traverses qui lui arrivent. Si Dieu
pour vous éprouver vous exerce
- de crai.ntes, d'abattement, d'ennui,
d'aversions et d'autres peines d'esprit
et de corps , ne vous en étonnez pas;
; mais pensez que c'est un ORAG3 qui
passe , et priez Dieu que la tranquil.
lité revienne, ou qu'il vous soutienne
x la main. L'obéissant, dit l'Écriture,
>• parlera des victoires; assurez-vous
» que si vous êtes bien soumis au bon
H plaisir de Dieu , vous surmonterez
* toutes les difficultés que vous ressen-
n tez maintenant, et que Notre-Sei-
x gneur accomplira les desseins qu'il a
x sur vous.
M. Vincent était dans une conti-
imuelle attention à la présence de Dieu :
9 e propre de l'amour est de rechercher
eia présense de la personne aimée; tout
estant donc pour lui un moyen de se
— 160 —
rappeler son Dieu , tout lui donnaij^H
occasion de le bénir.
Un jour étant allé visiter une per-'f
sonne malade qui souffrait son incom-n
modité avec grande patience, il lui senwi
bla, comme il dit depuis , voir sur so
visage je ne sais quel rayon de grâc
qui lui faisait connaître que Dieu rési
dait dans cette âme souffrante ; ce qu
lui fit faire pour lors cette exclamation S
« 0 l'heureux état que celui de souïr
Il pour l'amour de Dieu ! combien es
u il agréable à ses yeux, puisque so
« propre Fils a voulu couronner le
« actions héroïques de sa sainte vi
cc d'un excès de douleurs qui l'onf faij
« mourir! » -
Un autre jour s'étant rencontré dan
une chambre tout entourée de mi— i
roirs, il demeura , dit-il, d'abord touttj
confus de se voir ainsi rep
quelque côté qu'il jetât les yeux. t~~
— 161 —
li
levant aussitôt son esprit à Dieu , il
fOijnçut cette pieuse pensée ; (1 S.i les
hommes ont trouvé l'invention de
représenter de la sorte tout ce qui se
passe en un lieu , jusques au moin-
.i dre mouvement des plus petites cho-
t ses, à plus forte raison devons-nous
:c croire qu'elles sont toutes représen-
JC tées dans ce grand miroir de la divi-
nité , qui remplit tout, et qui ren-
x ferme tout par son immensité-, et
nu dans lequel les bienheureux voient
ut toutes choses, particulièrement les
m bonnes œuvres des âmes fidèles , et
au tous leurs actes de patience , d'hu-
»K milité, de conformité à la volonté de
"f Dieu, et des autres vertus. »
Quand l'amour de Dieu possède le
D3cœur, quelle sainte dévotion s'en em-
pare! Oh ! qu'il devait être édifiant de
)v voir M. Vincent offrir avec le respec-
il luei,ix maintien d'un ange le saint Sa-

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