Vie de saint Pardoux, patron de Guéret, et office du saint... par M. J. Coudert de Lavillatte,...

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Dugenest (Guéret). 1853. Pardoux, Saint. In-8° , 219 p. et pl..
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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VIE DE SAINT PARDOUX
Un vol. petit in-8° de plus de 200 pages,
VEC DEUX DESSINS LITHOGRAPHIES.
T .
reuse
Pardulplus , connu plus tard sous le nom de ST.-PARDOUX,
brilla , par l'eclat de ses vertus , à la fin du VIIme et au com-
mencement du VIIme siècle.
Le monastère qu'il dirigea , dans un lieu de l'Aquitaine appelé
Garaelum , fut l'origine de la ville de Guéret.
Un auteur contemporain , ou vivant peu de temps après lui ,
écrivit sa vie , dont les copies manuscrites se répandirent dans
les provinces voisines.
Cette vie , retouchée en 1101 par un prieur de Cluny , fut
traduite par M. Couturier de la Prugne , l'un des commentateurs
de la coutume de la Marche , et imprimée à Guéret en 1721.
On imprima aussi dans la même ville, en 1635 l'office du
saint.
Comme on ne trouve aujourd'hui que de rares exemplaires de
ces deux derniers ouvrages , il a paru utile de les réimprimer.
Le volume que l'on annonce renfermera :
Une note préliminaire écrite par un magistrat ;
La traduction de M. Couturier de la Prugne ;
Le texte latin de la vie du saint , tiré d'un manuscrit de la
bibliothèque nationale du commencement du Xme siècle , prove-
nant de l'abbaye de saint Martial de Limoges ;
Enfin, l'office de saint Pardoux.
Les dessins lithographies, d'après les copies dues au crayon de
M. Gautier, représenteront : le premier, une scène de l'enfance du
saint, d'après leseul panneau conservé de la châsse du XIIme siè-
cle , que possédait l'église de Guéret et qui fut brisée en 1793 ; le
deuxième , le buste du saint, fait en ivoire en 1510 et déposé
au musée de Guéret.
L'impression de ce volume commencera dès qu'on aura atteint
le chiffre de 500 souscripteurs.
Prix de la souscription t 2 fr.
On souscrit, à Guéret chez M. DUGENEST, imprimeur-libraire.,
éditeur.
Guéret, imp. Dugenest.
Nota . Le souscripteur déta-
chera la présente adhésion
ainsi que la bande pour
l'adresse, la pliera et la
ineitrà a la poste affranchie.
A présentation et après réception de l'ouvrage intitulé : La vie de saint
Pardoux , je payerai à l'ordre de M. DUGENEST, éditeur à Guéret , la somme
de (*) valeur pour solde de
exemplaire
A le 185 (**).
(*) Pour recevoir franco par la poste, il faut ajouter cinquante centimes par exemplaire.
(**) Dater, signer et indiquer très-clairement son adresse.
Monsieur
DUGENEST , imp.-libr., éditeur,
à Guéret (Creuse).
VIE
DE
SAINT PARDOUX.
VIE
DE
PATRON DE GUERET
ET
OFFICE DU SAINT,
PRÉCÉDÉS
PAR M. J. C0BDERT DE LAVILLATTE
MAGISTRAT AU THIBONAL DU GUÉRET.
GUÉRET,
MIGENEST , IMPRIMEUR , LIBRAIRE-ÉDITEUR.
1853.
Guéret, imp. DUGENEST.
NOTE PRELIMINAIRE.
Il existe à peine ,; aujourd'hui, quelques rares exemplaires,
de. deux ouvrages intéressant l'histoire de Guéret et sa liturgie,
paroissiale.
Une traduction française de la Vie du jeune paysan aquitain.
des montagnes, de Sardent (1), Pardulphus, que ses vertus,
et ses osuvres canonisèrent sous le nom de saint Pardoux,
patron et protecteur de notre ville.
L'office du Saint témoignage de la génération de nos pères
pour ses mérites, dont l'éclat brilla dans notre, contrée à la.
fin du VIIe et au commencement du VIIIe siècle. . ...
On s'était proposé , d'abord, de réimprimer seulement ces
deux ouvrages, déjà publiés séparément à Guéret, en petit
format, aux deux siècles derniers, afin de les mettre à la
portée de tous ceux qui les désirent et qui ne.peuvent se les
procurer à raison de leur rareté. Mais, ensuite, il a paru
(I) Chef-lieu de commune à quelques heures de Guéret;
— 8 —
Convenable d'enrichir le volume des textes latins de deux vies
du Saint, dont les manuscrits, possédés par la Bibliothèque
impériale , proviennent de l'abbaye de saint Martial de Li-
moges. L'un, remarquable par son antiquité, puisqu'il re-
monte au commencement du Xe siècle, sera accompagné
d'une traduction inédite. L'autre, plus moderne, du XIIIe,
aura en regard la traduction dont il a été parlé plus haut,
imprimée à Guéret en 1721 , et revue sur le texte latin.
La vie du Saint, dans ces deux manuscrits, plus différents
par la forme qu'au fond, contient, tout à la fois, des choses
d'un intérêt local, et des faits plus généraux concernant
l'histoire. Elle confirme la justesse de cette observation dé
M. de Châteaubriânt que dans les fastes des Conciles, les
annales, les coutumes des provinces , et dans « les vies des
saints ', pour les huit premiers siècles de notre monarchie , se
trouve la véritable histoire de France (1). »
En lisant d'ailleurs la vie du Saint qui naquit au village et de
pauvres parents,. on admirera cette égalité que le christia-
nisme a su divinement établir , en plaçant sur la même ligne
Ceux qui ont brillé par la vertu au milieu des pompes du
monde,dans l'ateliérou sous le chaume.Réfléchissant en-
suite, avec Bourdaloue , sur les saints et les martyrs de tout
âge, de tout sexe et de toute condition qui ont illustre l'Eglise,
on comprendra , comme lui, la grandeur des desseins de'
Dieu , qui n'a pas voulu qu'il y eût dans le monde une seule
profession qui n'eût ses saints, glorifiés et reconnus comme
téls ; non seulement, afin qu'il n'y eût personne qui eût le droit
d'imputer à sa profession le relâchemen de sa vie, mais afin
qu'il n'y eût personne à qui sa profession né présentât un
portrait vivant de la sainteté qui lui est propre ; c'est-à-dire
du parfait accomplissement de ses devoirs dans sa condition;
On a placé, en premier lieu, le texte le plus ancien de la
vie dû saint personnage, tiré du manuscrit de la Bibliothèque
(l) Études historiques , 1829, page 22.
— 9 —
impériale, n°. 5240, fonds latin. La copie en a été faite sous
les yeux de M. Paulin Paris, conservateur de, cette, biblio-
thèque,, de la main, d'un, paléographe de son, choix, et elle
nous a été transmise par les soins d'un compatriote éclairé (1).
Ce manuscrit, qui , provient de, la célèbre abbaye de saint
Martial de Limoges; dont il ne reste; aujourd'hui que le sou-
venir , est du commencement du Xe siècle. M. P. Paris et les
élèves de l'école des Chartes ;, , avec lesquels il, s'en est. entre-
tenu, n'en font aucun doute , ainsi qu'il;nous,l'écrivait les
28 février et 17 mai, 1852, et qu'il nous l'a dit verbalement à la
Bibliothèque, au mois d'octobre suivants « Le n°,5240, nous
mandait cet honorable membre de l'Institut, est: plutôt du
commencement, que de la fin du Xe, siècle,; ; comme je viens
d'en, juger, en le lisant avec plus d'attention. On y trouve ,
en effet, assez fréquemment, l'emploi des oe qui, de la fin du
Xe siècle au XVIe, ont été remplacés, dans les manuscrits,
soit par l'e cédillé , soit par l'e pur et simple. »
En regard du, texte latin, extrait de ce manuscrit, se trou-
vera la traduction inédite ci-dessus mentionnée.
Viendront ensuite le,texte latin inédit tiré du manuscrit du
XIIIe, siècle et la, traduction française de cette vie du Saint;
traduction dont on trouve.encore, quelques rares exemplaires,
imprimés.
Elle est de M. Couturier ,de, la Prugne, ancien magistrat : au;
présidial de la Marche , et lut publiée à Guéret, en 1721,
avec approbation, et permission, chez Alexis Sorin,, impri-i
meur et marchand libraire, sous ce titre : La vie et les miracles
de,saint .Pardpux, f abbè et confesseur,;;protecteur et patron de
la ville de Guéret, capitale de la province de la Marche.
«Cette version , dit M. C. de la Prugne , dans un avis au
lecteur, a étéfaite sur un ancien manuscrit qui est dans le
trésor de l'abbaye de saint Martial de Limoges... et c'est un
chanoine de cette abbaye, M. Razès , qui a pris soin de
(1)M. Belon aîné, avocat à Paris.
— 10 —
collationrier sur l'original la copie, signée de lui", qu'il nous
a envoyée le 5 février 1710.
Nous ne savions où retrouver le texte latin de ce manuscrit,
que les grandes collections des Vies des saints celles des
Bénédictins et des Bollandistes , notamment, ne donnent
pas, lorsqu'étant à la Bibliothèque impériale ; au mois d'oc-
tobre dernier , et grâce encore aux renseignements pleins
d'obligeance de M. P. Paris , nous avons découvert l'objet de
nos recherches dans le manuscrit n° 5863, fonds latin. Il
provient aussi de l'abbaye de saint Martial de Limoges, et le
savant Conservateur lui donné pour date le XIIe siècle. On
peut y remarquer, en effet, que, suivant l'orthographè
usitée de la fin du Xe au XVIe siècle 1, tous les mots latins bu
l'on emploie l'oe sont écrits par e , à l'exception dû mot hoec,
dans trois circonstances;
Au moyen de ce texte retrouvé , dont M. Paris a bien voulu
surveiller la copie et que M. Belon, notre ami, nous a fait
parvenir, il à été possible de retoucher là traduction de M. C.
de la Prugne, le jurisconsulte distingué , sur le travail, duquel
furent publiées par son fils, en 1744, des observations sûr la.
Coutume de la Marche ; le magistrat recommàndàbïe, institué
exécuteur testamentaire de l'historien Varillas , son parent et
compatriote, fondant, au moyen d'une partie des sommes
léguées, le collège des Barnabitès de Guéret, en1699 ;
l'homme religieux qui consacra ses lumières à traduire,pour
la faire mieux Connaître , la vie du saint patron de sa
ville, natale.
A la suite de sa version et sous le titré de Remarques du]
traducteur, M. C. de la Prugne discute différents points et
rapporte des faits dont la lecture est digne d'intérêt. Elles
seront reproduites. Nous n'omettrons pas l'avis au lecteur et
les approbation et permissions dont le traducteur avait fait
précéder sou travail:
Indépendamment des textes extraits des manuscrits des Xe
et XIIIe siècles, qui font partie de cét ouvrage, la Biblio-
—11 —
thèque impériale possèdé éncore un manuscrit latin , n° 3353 ,
grandin-folio, du XIIe siècle, qui a passé sous nos yeux comme
les autres.; Il contient une vie de saint Pardoux qui paraît être,
suivant M. Paris, l'abrégé de celle qu'on a.imprimée dans
divers recueils. Elle est, au surplus, incomplète, et les
dernières colonnes conservées sont à demi effacées.
En examinant les textes latins des deux manuscrits que
nous publions , on remarquera, nous l'avons déjà fait ob-
server, qu'ils renferment à peu près le même fond, mais
qu'ils diffèrent sur plusieurs points dans la forme. Celui du
Xe siècle contient une préface: et un commencement qui ne
ressemblent en rien aux morceaux correspondants du ma-
nuscrit du XIIIe, augmenté d'ailleurs , çà et là, de réflexions
pieuses suggérées par le sujet et de passages tirés des saintes
écritures.
Le texte latin de Ce dernier et sa traduction seront suivis de
l' Office du Saint, tiré d'un petit volume in-16, dé 119 pages,
qui fut imprimé à Guéret, en 1635, ainsi que le constate
l'approbation du curé, des prêtres et chapelains de cette ville,
portant la date du 11 avril de la même année.
Il est intitulé : L'Office, de saint Pardoux, abbé et confesseur.
Ledit Office tiré , compilé et\ rédigé suivant aucuns anciens livres
concernant seulement iceluy Office , avec les litanies dudit
Saint, par Pardoux Aubaysle, le jeune , de Guéret. — Ils
se vendent, à. Guéret, à la boutique de Pardoux Aubaysle ;
marchand. Nous ne négligérons pas de faire imprimer le pro-
logue et la préface qui se trouvent en tête, de l'Office, sans
rien changer aux expressions de la foi sincère, et naïve de
l'auteur.
Ayant appris que les hymnes , en latin un peu rude , que
contient l'Office, avaient été traduites en vers français par
M. Aubaisle , avocat à Guéret, décédé le 29 décembre 1834,
nous avons cherché à nous procurer le manuscrit qui les con-
tenait , mais la personne, à laquelle il avait appartenu n'a pu
le retrouver. A défaut de ce travail, nous avons traduit lés
— 12- —
hymnes! et prières composées spécialement en l'honneur du
Saint. On placera cette version à côté du texte latin Il est à
remarquer que l'Office contient plusieurs leçons ou lectures,
lectio, de passage de la vie du saint, tirées textuellement dû
manuscrit du XIII siècle. L'usage des leçons à l'office est de
la plus haute antiquité. Ces lectures furent tirées d'abord des
livres saints ou des écrits des Saints Pères. Charlemagne fit
choisir ce qu'il y avait de plus remarquable dans ces derniers
écrits , et les fit; adapter aux diverses solennités ou différents
temps de l'année. A: ces leçons vint se joindre ensuite la lec-
tare des vies des saints personnages sous le nom de légende,
c'est-à-dire leçon qu'ondoit lire ,legenda.
I1 existait des exemplaires manuscrits se l'office du saint
très-anciens ; au temps der M Couturier de la Prugne , comme
il en fait mention dans son avis au lecteur. Nous n'en possé-
dons aucun ; mais nous savions, par les lignes de M. P. Paris
plus haut citées , et: nous l'avons vérifié, à la Bibliothèque
impériale, dans les premiers jours d'octobre l852, que le
manuscrit: du Xe siècle, n° 5240, est suivi de la messe de
saint Pardulphe.Elle commence ainsi:
Concède nobis quoesunms omnipotens Deus venturam beati
Pardulfi conffessoris tui Solemnitatem congruo pervenire honore
et venieritem dignâ celebrare,depotione.
« Accordez-nous , Dieu tout puissant, nous vous le deman-
dons ,d'arriver avec un profond respect à la solennité pro-
chaine de là fête du bienheureux Pardoux , votre confesseur,
et de la célébrer avec toute la dévotion dont elle est digne »
Puis la secrète,1a préface ,les complies et les vêpres .
Puis un second office commençant :
A lia (missa, ). Absolve quoesumus D'omine tuorum delicta
populbrum......
« Autre messe. : Pardonnez , Seigneur, nous vous le de-
mandons , les méfaits de votre peuple......
Puis : Lectio libri Apoealipsis....Ecce ego Johanes vidi
alterum angelum etc.
— 13 —
Puis l'évangile selon saint Mathieu : In illo tempore videns
JésusJurbasi, etc..
«En ce temps; Jésus voyant une grande foule, etc. »
Les deux messes,qui contiennent en tout deux pages et
demie d'écriture assez serrée , finissent par l'oraison :
OmnipoténssempiternelDeus qui nos omnium sanctorum
tuorum multiplici facis. solemnitate gaudere , concède quàesu-
mus , sicut illbrum commemoratione. temporali gratulamur
officia , ut perpetuo loetemur aspectu. Per eumdem, etc....
« Dieu tout puissant et éternel, qui nous réjouissez par la
célébration de la fête de tous vos saints , faites , nous vous le
demandons , que , de même que nous sommes ; réjouis ,
dans le temps, par la commémoration de leurs mérites , nous
puissions jouir de leur vue dans l'éternité. Par le même, etc. »
Il n'est donc p as surprenant de trouver dans la Chronique de
Geoffroy , prieur du Vigeois (1), écrite vers 1184, plusieurs
passages indiquant, d'une manière positive, que, dès la fin
du XIe siècle , on récitait publiquement l'Office de saint
Pardoux dans les églises du diocèse de Limoges. Preuve
évidente, dé la vénération que les vertus et les oeuvres du
Saint avaient excitée parmi les peuples de nos contrées; et de
la confiance qu'ils avaient dans sa puissante intercession près
de Dieu, pour obtenir de lui, par ses prières, les choses
dont ils avaient besoin ; résumant leurs demandes dans cette
invocation des litanies en son honneur : «.0 excellent et
glorieux abbé et confesseur, priez pour nous le Seigneur;
interçédez-le pour notre salut : Sancte Pardulphe, ora pro
nobis ! »
Avec .cette pieuse confiance que la religieuse Aquitaine
avait dans l'homme saint qui termina ses jours au monastère
de Guéret, il était naturel que plusieurs, écrivains, s'occu-
passent , à une époque rapprochée de sa mort ou plus tard ,
décomposer sa vie, de la retoucher ou de la reproduire.
(1) L'abbaye du Vigeois existait à quelques kilomètres d'Uzerche (Corrèze).
— 14 —
Nous chercherons à faire; connaître les ouvrages de ces
diverses natures qui ont paru du VIIIe siècle à l789, sans
parler de ceux qui ont été publiés postérieurement à cette
dernière époque , parce que ce né sont, en général que
les abrégés des précédents,: et que leurs auteurs n'ont fait
que puiser aux sources ouvertes par leurs devanciers!
Dans l'immense collection in-folio des Actes des saints'des
Bollandistes (1), mois d'octobre, tome III, publiée à
Anvers en 1770 , se trouve le texte latin d'une vie de saint
Pardoux, précédée d'un commentaire préliminaire écrit dans
la même langue, Ce dernier morceau, d'une grande éru-
dition présente des documents précieux sur la naissance ,
la vie , la mort du Saint et sur divers sujets qui le concernent 1
Nous en profiterons pour le travail qui nous occupe.
En 1770, à l'époque où les Bollandistes publièrent la vie
de saint,Pardoux, ils possédaient dans leurs archives deux
manuscrits qui la contenaient : une vie abrégée , envoyée
à leurs prédécesseurs , en 1666 , par le bibliothécaire des
Gélestins de Soissons, et une ancienne vie, plus étendue;
qu'ils choisirent pour entrer dans leur collection. Ils l'a
devaient, disent ils , à Pardoux Bourgeois: (2) , de leur
société, qui, entraîné par l'amour qu'il portait à son patron,
avait mis tous ses soins à la trouver dans son pays, le diocèse
de Limoges probablement, et qui l'adressa à Anvers, eu
1684, comme l'indiquaient ses lettres datées d'Aurillac, où
il enseignait la philosophie.
Les Bollandistes avaient comparé ces deux vies à celles que
contenaient les recueils déjà imprimés : celui de Labbe,
publié en 1657 , sous le titre de Bibliothèque des manuscrits,
Bibliotheca librorum manuscriptorum, tome II, page 599;
celui de Mabillon qui vit le jour en 1672 , sous le titré
(1) Bollandus commença celle, collection , et, de son nom, ses conti-;
miateurs furent appelés Bollandistes.
(2) Il existe toujours à Guéret une ancienne famille dé ce nom.
— 15 —
d'Actes de saints de l'ordre
ordinis S. Benedicti, année 737 , page 572. Mabillon avait
tiré la vie qu'il donne ,connue il l'indique lui-même, ,du
manuscrit de Duchesne„ et de la Bibliothèque; de Labbe :,Ex
Ms. Cod. Chesniano et Bibliothecâ Labbeqnâ. Par suite de cette
comparaison, les Bollandistes trouvèrent que la vie de saint
Pardoux qui leur venait de Soissons s'acpordait entièrement,
sauf qu'elle était, plus abrégée , avec celle de Mabillon et
conséquemment avec celle de Labbe., auquel celui-là l'avait
empruntée. Ils constatèrent, en même temps , que celle que
Pardoux Bourgeois leur avait adressée présentait l'avantage
d'être plus correcte que, celles publiées par Labbe et Mabillon;
ayant soin de faire remarquer que l'obscurité des pensées; et
le style d'une latinité moins pure, qu'on rencontre parfois
dans les textes, de ces deux savants , devaient être attribués à
la, négligence et à l'inhabileté des copistes, plus qu'au défaut
de savoir du biographe. .......
Toujours est-il que les vies publiées, par Labbe , Mabillon
bu les Bénédictins , et par les Bollandistes sont identique-
ment les mêmes, à : quelques variantes près , et à plus de
correction dans le style de la dernière.
Or, le manuscrit du commencement du Xe, siècle,,, dont
nous imprimons le texte dans ce volume , différant à peine
de celui de. Mabillon , avec lequel nous l'avons collationne ,
il faut en conclure qu'il est entré dans les recueils de Labbe,
des Bénédictins et des Bollandistes , avec quelques, nuances,
qui intéressent plus la forme que, le fond. Il faut ajouter,
qu'ils ont tous recueilli le texte le plus ancien, puisqu'on n'en
trouve aucun qui remonte à une plus haute antiquité que celui
du manuscrit du Xe siècle, provenant de, l'abbaye de saint
Martial de Limbges, et aujourd'hui déposé à la Bibliothèque
impériale. Comme, d'ailleurs, l'époque où il fut copié est
postérieure de deux cents ans à peine, à la mort de saint
Pardoux , fixée au 6 octobre 737, il faut en tirer déjà cette
conséquence qu'il renferme bien le texte ,primitif, celui que
— 16 —
composa le biographe contemporain dû Saint, où vivant peu
de temps après lui. Cela sera plus bas démontré.
La vie dé saint Pardoux fut encore écrite en abrège par
Ménàrd, dans le Martyrologe Bénédictin,,1629 ; par Baillet,
dans la Vie des saints, et dans plusieurs bréviaires et mar-
tyrologes:
En 1526, Benoît Gonon publia à Lyon un recueil desVies
des saints de l'Occident, dans lequel se trouve celle de saint
Pardoux , extraite et abrégée ; dit-il, de la Vie des Saints de
Bernard Guidonis, évêque de Lodève (1). Guidonis com-
mence ainsi la vie de saint Pardoux : « Beatus et inclytus
Christi servus, Pardulphus , in territorio Lemovicenci..... —
« Le bienheureux et illustre serviteur du Christ, Pardulplus
naquit; sur le territoire des Lémovices;... » Ce prélat, ne en
1260, au château de Juvé , paroisse de Royère , près là
Roche-l'Abeille, mort en 1331, avait extrait la vie de saint
Pardoux, d'après une note de Gonon, des anciens manu-
scrits de la bibliothèque des Pères dominicains d'Avignon,
où elle était conservée.
Les Bollandistes, qui possédaient plusieurs manuscrits de la
vie du Saint, font observer qu'il n'en existait aucun commen-
çant' par les mots ci-déssus transcrits de Guidonis ; d'où ils
concluent, qu'il faut admettre le récit consigné au chapitre
XXXIIe de la Chronique de Geoffroy, prieur du Vigeois, re-
cueillie par Labbè dans sa Bibliothèque des manuscrits, qu'Ives,
prieur de Cluny, avait écrit, vers l'an 1101, en style plus
élégant, cette; vie de saint Pardoux, d'après un auteur véridi-
que ; mais inculte dans son langage.
Voici, du reste, le passage de la Chronique: «Cependant
Ives, prieur de Cluny, homme très-instruit , arrivé à Limo-
gés; et vivement prié par les moines de saint Martial, s'étudia
à écrire avec élégance la vie de saint Pardoux, qui avait.été
rédigée certainement avec vérité, mais dans un style inculte.;
(1) Voir sa vie dans Labiche , tome III, page 392.
— 17 —
Il composa sur ce saint confesseur une hymne commençant'
ainsi: « Que tous les fidèles se réjouissent (1). »—Ce morceau
n'a pas été conservé.
Afin de déterminer l'époque à laquelle le prieur de Cluny
vint à Limoges, et retoucha l'ancienne vie de saint Pardoux,
les Bollandistes font observer qu'au chapitre précédent, le
XXXIe de sa Chronique, après avoir parlé de plusieurs ordres
religieux ; des Templiers, des Hospitaliers , des Grandmon-
tains, et des offices que l'on chantait dans beaucoup d'églises,
en l'honneur de quelques saints; Geoffroy ajoute : « De même
que plusieurs en agissent ainsi, à l'égard de l'excellent père
Pardoux. Sicuti quosdam agere novimus de dulcissimo pâtre-
Pardulpho. » Puis il donne à un autre fait qu'il rapporte la
daté de l'année 1101. —-Comme il commence ensuite le récit
relatif au voyage de Ives, prieur de Cluny, à l'abbaye dé
saint Martial, par ces mots: « Ivo intérim.... — Cependant
Ives, etc.... » , ils en tirent la conséquence rtaturene que lé
voyage du docte prieur à Limoges doit se rapporter à l'année
1101, et, par suite, que ce fut à cette époque qu'il s'étudia
à écrire avec plus d'élégance la vie de saint Pardoux, sur
celle déjà écrite avec fidélité, mais en style moins orné,
inculio stylo.
C'est donc vers 1101 qu'Ives composa une nouvelle vie
de saint Pardoux commençant par ces mots : Beatus et
ihclytus Christi servus , Pardulphus , in territorio Lemovi-
cenci....
Or, Labbe, les Bénédictins et les Bollandistes commencent
d'une manière différente les vies que renferment leurs recueils :
« Igitur jàm mundo poenè ad occasum, crebéscentibus malis...»;
tel est leur début, qu'on trouve le même dans le manuscrit
(I) Ivo intérim Cluniacensis prior, vir scholusticus, Lemovicas deve-
niens, à monachis sancli Martialis obnixè rogatus, vitam sancti Par-
dulphi , quoe veraci fide quidem, sed incuilo styio, conscripta erat,
luculentèr exarare studuit. Hymnum que de eodem piissimo confessoro
composuit, ita incipiehs : Fidèles cuncli gaudeant
2
— 18 —
du Xe siècle que nous publionsr, à l'exception,d'un mot ,
« Igitur jam...mundo properantey ad occasum,, crebescentibus
malis.... Déjà le mondé avançait vers son déclin, les.maux,
augmentant....:»
Mais, au contraire, le manuscrit du,XIIIe siècle, n°5363,,
dont nous faisons imprimer le texte inédit, débute à peu près
de la, même manière : « fuit itaque beatus Pardulphus in
territorio Lemovicenci.... \Le bienheureux; Pardoux naquit sur
le territoire des Lémovices..... » D'ou l'on doit conclure que
c emanuscrit contient la vie retouchée par, le prieur de Cluny,
en 1101 , lorsqu'il passa quelque temps au monastère de
saint Martial de: Limoges.
Quant à la traduction de M. de la Prugne,. qui sera placée
en regard du texte latin de ce manuscrit, elle en reproduit
fidèlement le premier passage et, l'ensemble, à peu de
chose près. Nous l'avons revue en entier, pour la mettre, en
rapport avec quelques, morceaux du texte latin qu'elle ne.
reproduit pas exactement,
De ce qui précède, il résulte que le plus ancien manu-
scrit qui ait transmis la vie de. saint Pardoux est.celui du
commencement du Xe siècle ; que cette vie, retouchée en
1101 par Ives, prieur de Cluny, fut conservée dans le ma-
nuscrit du XIIIe, que nous avons retrouvé à,la Bibliothèque
impériale; sous le n° 5363, ; qu'en 1721 , ce manuscrit, con-
tenant presque le même texte latin , fut traduit par M. de.
la Prugne, dont nous réimprimons la traduction en regard,,
revue et retouchée.
Maintenant, quels furent les lieux témoins de la vie de
saint Pardoux ; quel en fut le premier auteur ; à quelle
époque écrivait-il ?
Né à Sardent, petit bourg du diocèse de Limoges, situé
à trois lieues environ de Guéret, Pardulphus illustra sa
jeunesse par ses vertus et ses oeuvres. Il gardait les trou-
peaux de son père avec les jeunes paysans, ses compa-
gnons d'âge , et consacrait à Dieu, par une piété précoce,
— 19 —
le temps que lui laissaient libre les travaux de la cam-
pagne. Le bruit de ses mérites, répandu dans la contrée ,
attirait vers lui des personnes même d'un rang élevé. La
tradition de ces faits était tellement vivace au XIIe siècle, que
la première scène de sa vie, reproduite en relief, par l'ivoire,
sur une châsse de cette époque , le représente gardant les
boeufs de son père et visité par des seigneurs. Cette partie
de la châsse , seul morceau qui existe , est reproduite par
la lithographie dans ce volume.
Sa réputation de sainteté avait tellement grandi, lorsqu'il
fut plus avancé en âge , qu'un comte de Limoges , nommé
Lantarius , ayant fondé un monastère dédié aux. apôtres
Pierre et Paul, dans un lieu de son domaine appelé Garactum,
n'hésita pas à lui en offrir la direction. Après une longue
hésitation, il céda presqu'à la violence pour venir se met-
tre à la tête de cette pieuse retraite. En supposant qu'il eût
atteint sa trentième apnée , lorsqu'il prit la direction du mo-
nastère autour duquel se groupèrent successivement les
habitations qui, plus tard, formèrent la ville de Guéret,
comme il mourut âgé de près de quatre-vingts ans , au mois
d'octobre 737, ainsi qu'on le verra , la fondation de ce pieux
asile remonterait à l'année 687 environ; ce qui donnerait
une date très-approximative de l'origine de la ville de Guéret,
appelée, dans le principe, le Bourg-aux-Moines, à raison
des nombreux religieux qui étaient venus se ranger sous la
conduite du saint abbé.
Denys de Sainte-Marthe a consigné, dans son précieux ou-
vrage (1), quelques lignes sur l'antique existence du monastère
de Guéret : « Parmi les anciens monastères du diocèse de
Limoges, ensevelis maintenant dans l'oubli, on compte celui
dé Guéret, dédié à saint Pierre, fondé par le comte Lantarius,
non loin des sources de la Gartempe, dans le lieu où est
à présent Guéret, capitale de la Marche. Le très-célèbre
(I) Gallia christiana, tome II, colonne 553.
— 20 —
abbé de ce monastère fut saint Pardoux, dont nous avons
la vie au IIIe siècle de l'ouvragé des Bénédictins, etc.;
D'abord prieuré à la nomination de l'abbé dé saint Sauvin
en Poitou(1) ».
A l'époque où fut publiée la Gaule chrétienne , Gallia
christiana , en 1666 , l'antique monastère de saint Pardoux
était alors enseveli dans l'oubli, oblivione sepultum. — Toute-
fois , il restait encore une vieille église , il y a près de
trente ans, à côté de l'église paroissiale de Guéret ; qui
portait le nom du saint personnage, et la tradition dési-
gnait, près d'elle , l'emplacement du vieux monastère dans
lequel il avait vécu et terminé ses jours (2).
Il était naturel, dans ces temps de foi, où le Saint quitta
la terre , qu'une plume véridique retraçât les actes d'une
vie écoulée, saintement , dans la prière et en faisant le
bien. Elle se rencontra et accomplit modestement son
oeuvre, sans songer à indiquer le nom de celui qui la dirigeait.
Quelques personnes, suivant Baillet, avaient pensé qu'Ives,
prieur de Cluny , était le premier qui eût écrit la vie de
saint Pardoux ; par la raison , sans doute, qu'il avait fait
un travail analogue, en retouchant cette vie. Baillet et les
Bollandistes repoussent cette opinion. Le premier biographe,
disent ceux-ci, ne révèle pas son nom et le siècle où il
écrivait ; mais on peut croire qu'il fut un moine, parce
que, s'adressant, dans la préface, à l'abbé Berthemàrius ( suc-
cesseur probablement du Saint, comme le pense Mabillon) ,
il rappelle son père ; —qu'il était originaire d'Aquitaine,
(1) Voici le texte latin : Inter antiqua Lemovicencis diocoesis monasteria,
ntmc oblivione sepulta, Waraclense sancti Pétri recensetur, à Lahtario
comite fundatum ad fontes Warlimpoe fluvii, ubi nunc est Guéret, urbs
primaria Marchioe. Hujus loci abbas celeberrimus fuitsanclus Pardulphus,
saint Pardoux, cujus vilam habes sec. 3 , Benedictino, p. 1 , pag. 571.
Modo prioralus ad nominalionem abbatis sancli Savini Pictavensis.
(2) I.e monastère de Guéret était de l'ordre des Bénédictins.
— 21 —
parce qu'il rend grâces à Dieu , de ce que, lorsqu'il existe
dans cette contrée des écrivains pouvant retracer la vie et
les miracles du Saint, il s'adresse à sa faiblesse pour ce
travail ; — qu'il écrivait peu dé temps après sa mort ,
puisqu'en parlant du miracle fait au sujet d'Aunarius, il
constate, « qu'il existé encore des personnes vivantes, qui
sont témoins de ce qui s'est passé dans cette occasion: et
adhuc supersunt qui ipsum viderunt miraculum. » , -
M. de la Prugne donne ce passage latin dans son avis au
lecteur, et le traduit comme il précède ; on remarquera,
toutefois , qu'il a été omis dans le manuscrit du XIIIe siècle
que nous publions en regard de là traduction. C'est une
négligence du copiste, sans doute , puisque le manuscrit
qu'on avait adressé de l'abbaye de saint Martial à M. de la
Prugne le contenait totalement. Le texte des Bénédictins
et des Bollandistes porte ' aussi : et multi supersunt qui ïpsum-
viderunt, miraculum. Autre preuve de l'omission commise par
le manuscrit du XIIIe siècle de la Bibliothèque impériale. Ce
qui sert encore à la démontrer, c'est que le manuscrit
du commencement du Xe siècle contient le passage immé-
diatement après le, fait relatif; à Aunarius. Il semblerait, il
est vrai, l'appliquer au miracle de Bourges qui vient après :'
« Unum autem fertur miraculum quod per eum divinaoperatw
est clementia, et multi supersunt qui eumviderunt miraculum.n
Mais Mabillon et les Bollandistes disent : Hujusautem fertur,
etc.. Le rapportant au miracle relatif à Aunarius.
Quoi qu'il en soit, il faut tenir pour constant que le pre-
mier biographe vivait peu de temps après le Saint, puisqu'il
existait, lui vivant, des personnes témoins du miracle rela-
tif à Aunarius ou à celui de Bourges, dont nous allons
parler.
Ce premier biographe rapporte, en effet, qu'un homme
de Bourges avait prié le Saint de tenir son enfant sur les
fonts baptismaux ; l'enfant mourut et le, père suspendit dans
sa maison le berceau si cher où il avait été déposé,
— 22 —
mais, continue-t-il, lorsqu'à une époque récente, la nation
des Francs eut ravagé cette ville et incendié ses maisons ,
celle où se trouvait le berceau fut respectée par les flammes.
Voici le texte ; du manuscrit du Xe siècle : « Cum verò moder-
nis temporibus, gens Francorum prediçtam depopulasset,ûribëm,i
cunctorum. que domos.igne cremassent ; etc.: » Le texte des
Bénédictins porte : « et cum modemo temporeFrancorum.
cohortes proedictam depopulassent urbém, etc. » Il est à
noter que le manuscrit du XIIIe siècle mentionné le fait
de l'incendie , mais omet l'expression d'époque récente , mo-
derno tempore ou modernis temporibus.
Ces mots époque récente, disent les Bollandistes , se rap-
portent à l'année 741 ou à la suivante , lorsque Hunaldus,
duc d'Aquitaine , après la mort de Charles-Martel, se révolta
contre Carloman et Pepin : « Alors, rapporte le continua-
teur de Frédégaire (1) , ces deux princes (2), ayant rassem-
blé une armée, traversent la Loire à Orléans , écrasent les
Romains (3), s'avancent jusqu'à Bourges, dont ils brûlent
lés faubourgs. »
Cette dévastation de la capitale du Berry ayant eu lieu
en 741, et saint Pardoux étant mort en 737, comme on va
le voir, l'auteur de sa vie écrivait donc peu de temps après,
puisqu'il parle d'une époque postérieure à, son décès- de
quatre ans seulement, comme étant récente.
Ce qui démontre encore que le biographe fut son con-
temporain, ou vécut peu de temps après lui, c'est qu'on
lit dans la préface, telle que là donne le manuscrit du Xe
siècle , et après lui les Bénédictins et les Bollandistes :
(1) Tome II des écrivains Rerum Gallicarum, 3° partie, page 458.
(2) Carlomanus atque Pippinus , principes germani, congregato exercitu,
Ligeris atveum Aurilianis urbe transeunt, Romanos proterunt, usque Belu-
rigas urbem accedunt, suburbana ipsiusigne comburunt...
(3) Tout ce qui n'était pas Franc , dans les Gaules , portait alors le nom
de Romain.
— 23 —
« Tandis que la plupart du temps on loue les faits anciens des
premiers pères , on oublie les miracles nouveaux qui ont eu
lieu dernièrement. Plerumque dùm antiqua patrum pris-
corum laudant gesta , miraculorum nova que nuper gesta
sunt, omittunt. » — Faisant ainsi allusion aux miracles
récents du saint personnage dont il écrit la vie.
Il est, enfin, une observation qui prouve que l'auteur dé
cette vie écrivait antérieurement à l'an 1000. Il s'était, avant
cette époque, établi une opinion qui, se fondant sur les
prophéties de l'Apocalypse , annonçait que la fin dû monde
aurait lieu mille ans après la naissance de Jésus-Christ. Cette
erreur, que saint Jérôme avait fortement combattue et que les
plus savants hommes avaient adoptée, s'était répandue et était
devenue presque universelle. Elle se révèle principalement
dans quelques chartes ou donations à des églises et à des cou-
vents, commençant par ces mots : « La fin du monde étant pro-
chaine. » C'est ainsi que commence notre manuscrit du Xe
siècle : « Déjà le monde avançant vers son déclin. Igitur jam
mundo properante ad occasum., lorsqu'eut lieu la naissance
de saint Pàrdoux. » Ce passage vient encore fortifier les
inductions qui précèdent;
Tout concourt donc à démontrer que le premier biogra-
phe du Saint vécut de son temps , ou, du moins , qu'il
écrivit peu de temps après sa mort.
Il s'agit actuellement de déterminer cette époque.
Pardulphus, ayant presqu'atteint la quatre-vingtième an-
née de son âgé , était remarquable par l'éclatante blancheur
de sa chevelure et par son visage resplendissant d'une
douceur angélique , lorsqu'il sentit sa fin approcher ; bien-
tôt il termina saintement sa camère , au milieu des larmes
de ceux qui l'entouraient. A peine animé d'un dernier souf-
fle, il les consolait et les encourageait par des paroles de paix
et d'espérance.
Différentes opinions se sont produites sur l'époque de sa
mort. Geoffroy, prieur du Vigeois , et," après lui, Bernard
— 24 —
Guidonis la fixent à 752, — Cointius à 743, — et Mabillon,
l'un des plus grands savants que la France ait proquit, à 737.
Fleury , dans son Histoire, ecclésiastiques, dit, positivement,
qu'elle eut lieu le 6 octobre 737. C'est le sentiment le plus
universellement adopté et suivi par les Bollandistes.
Geoffroy et Guidonis commettent une erreur en prétendant
que saint Pardoux vécut sous le pontificat d'Etienne II, et
qu'il mourut sous le règne de Charles, Hunaldus, étant duc
d'Aquitaine. Pour qu'il en fut ainsi, il faudrait que ce fût
sous le règne de Charlemagne, tandis que le biographe du
Saint dit, positivement, qu'il mourût un dimanche, Hunaldus
étant duc d'Aquitaine et Charles, qu'il a désigné précédem-
ment comme le maire du palais qui tailla en pièces les Sarra-
zins, et, dès lors, Charles-Martel, gouvernant la France.
Il n'ajoute pas que ce fût le 6 octobre, , mais il est constant
.que ce jour commémoratif lui a toujours été consacré à
Guéret et ailleurs.
Or , Hunaldus, d'après nos annales, gouverna le duché
d'Aquitaine, qu'il avait reçu de Charles-Martel, de 736 à 744.
Cointius et Mabillon ont donc circonscrit, avec maison,
l'époque du décès de saint Pardoux dans cette période
d'années.
Pour l'année 737, indiquée par Mabillon , la lettre domi-
nicale était F, et le 6 octobre tombait un Dimanche.A ces faits
chronologiques, Cointius objecte qu'ils se présentent égale-
ment pour l'année 743, et il s'efforce de fortifier son opinion
par diverses inductions ; mais les Bollandistes réfutent une
faute de chronologie qu'il commet. Le biographe d'Autlaud,
abbé de saint Martin de Tours, qui le fait contemporain de
saint Pardoux , dit aussi que ce dernier mourut, Hunaldus
étant duc d'Aquitaine et Charles-Martel maire du palais. Or,
Charles-Martel décéda , suivait Coïntius lui-même , en 741;
saint Pardoux était donc mort avant cette année. Par consé--
quent, l'année 743 devant être écartée , reste l'année 737 ,
à laquelle s'applique, de 736 à 744, la lettre dominicale F ,
et dans laquelle le 6 octobre est un dimanche. C'est donc,
évidemment le 6 octobre 737 qui est le jour de la mort de
saint Pardoux, et , comme il mourut presqu'octogénaire, il
naquit dans le cours de 687.
Jetons ici un coup d'oeil rapide sur la position géographique,
politique et religieuse de la contrée qu'habita le Saint pendant
sa carrière mortelle.
Ce fut donc pendant les. quatre-vingts années qui s'écou-
lèrent de, 687 à 737, et dans la haute Aquitaine, Aquitania
superna , suivant l'expression du manuscrit du Xe siècle , que
vécut le saint personnage. .Cette contrée était connue sous le
nom de première Aquitaine , d'après la subdivision en trois
de la Gaule aquitanique, sous les empereurs Valentinien et
Gratien- Elle était la plus importante province de la Gaule et
comprenait ce qu'on appela depuis le Quercy , le Rouergue,
l'Auvergne j le Bourbonnais , la Marche, le Limousin, le
Velay, le Gévaudan, une partie du Languedoc, le Berry et
une partie du Poitou. Elle avait formé, avec la seconde
Aquitaine ,et la Novempopulanie, le royaume d'Aquitaine,
gouverné, par les rois Visigoths , après, leurs victoires sur les
Romains, au Ve siècle. Clovis réunit ce royaume à ceux de
Neustrie, d'Austrasie et de Bourgogne „ lorsqu'il eut refoulé
les Visigoths en Espagne , après la défaite de leur roi Alarie,
en 807 , dans la plaine de Vouillé , à dix Meues de Poitiers.
L'Aquitaine, sous les successeurs de Clovis , releva,
tantôt du royaume de Neustrie, ; tantôt du royaume d'Aus-
trasie. Elle reprit le titre de royaume , en 628, sous Aribert,
frère de Dagobert Ier, et sous le fils de ce dernier, qui vécut
peu de temps. Gouvernée ensuite par des ducs,; elle reprit
encore le titre de royaume lorsque, en 781, Charlemagne
eut fait sacrer son fils Louis roi d'Aquitaine.
Si Pardoux prit la direction du monastère de Guéret vers sa
trentième année , en 687 , c'était au moment où Pepin-d'Hé-
ristal, soumettant à ses volontés le faible Thierry III, exerça
seul la puissance royale dans les royaumes de Neustrie, et
— 26 —
d'Austrasie, et dans l'Aquitaine , sous le titre de maire du
palais. Alors que « les rois , dit la Chronique dé Saint-Denis,
» n'avaient tant seulement que le nom et de rien ne servaient j
» fors de boire et de mangier. En un chastel où en un manoir
» demouroient toute l'année jusques aux calendes dé mai.
» Lors issoient hors en un char pour saluer le peuple
» et pour être salué d'eux, dons et présents prenoient et
» aucuns en rendoient, puis retournoient à l'hostel, et
«estaient ainsi jusques aux autres calendes de mai. »
Charles, fils de Pépin, sut, par son génie, a la mort de
ce prince, ressaisir la puissance de maire du palais. Après
plusieurs victoires remportées sur les Neustfiens, il eut à
combattre Eudes, duc et, en quelque sorte , roi d'Aquitaine,
qui avait fait alliance contre lui avec Ràinfroi, maire dû palais
de Neustrie. Il les attaqua et les défit près dé Soissôns, en
719. C'est de Eudes qu'il est certainement question dans le
manuscrit du Xe siècle, lorsque le Saint, près de mourir,
dit à ceux qui l'entouraient, qu'il venait d'entendre une
trompette semblable, par le son éclatant, à celle que l'illustre
Eudes avait coutume de faire résonner lorsqu'il allait a la
guerre : Illam tubans quam preclarus vir Eudo ad bellige-
randum sonoreconsueverat, ipsam vociferantem audivi.
Eudes, que l'histoire représente comme un prince très-
habile , avait su profiter des troublés et des guerres'qui
désolaient les royaumes d'Austrasie, de Neustrie et dé Bour-
gogne , pour se rendre maître de toute l'Aquitaine , et il était
parvenu à faire reconnaître sa puissance à Charles , duc
d'Austrasie, devenu maire du palais des trois royaumes, avec
Chilpéric III pour roi. Il régnait en souverain sur cette vaste
contrée située entre la Loire , l'Océan, les Pyrénées et le
Rhône , et tout porte à croire qu'il résidait souvent, comme
plus tard Hunaldus, son fils , dans la royale forteresse de
Crozant, assise au confluent de la Creuse et de la Sedelle , à
quelques heures du monastère de Pardoux.
Depuis l'affaiblissement de la puissance royale, passée
— 31 —
entre les mains des maires du palais, les ducs d'Aquitaine
avaient; cherché à se rendre indépendants , et telle était l'atti-
tudeprise par le duc Eudes, vis-à-vis de Charles, jusqu'à la
bataille livrée près de Soissons, en 719 , où il fut vaincu,
ainsi que l'armée de Neustrie commandée par Raipfrbi. Eudes,
néanmoins, eut l'habileté de se faire maintenir, dans le gou-
vernement de l'Aquitaine où il s'était retiré , et le conserva
sous l'autorité de Charles, devenu maire des royaumes de
Neustrie , d'Austrasie et d'Aquitaine. — Le fils de Dagobert,
Thierry IV , enfant de sept ans , qui sortit de l'abbaye de
Chelles, en 720, pour devenir roi, n'était, comme ses
faibles prédécesseurs, qu'un instrument entre les mains
puissantes du maire du palais.
A cette époque , le christianisme continuait à remplir sa
noble mission. Il y avait une lutte glorieuse à soutenir entre
la religion qui crée et la barbarie qui détruit. Au milieu des
dévastations, sans cesse renaissantes , occasionnées, depuis
l'invasion des barbares dans, les Gaules, par leurs luttes
entr'eux ou avec les peuples conquis ; au milieu des ruines et
des ténèbres qui en étaient la suite , l'Eglise portait dans son
sein les germes de la civilisation à renaître : les cloîtres en
étaient les dépositaires. Ils avaient recueilli, à l'abri des
autels , la tradition des sciences et des lettres, et. les ouvrages
qui en contenaient les principes et qui, sans eux , n'auraient
pas échappé au naufrage de la puissance romaine dans les
Gaules , inondées par des flots de barbares. Pour donner
aux peuples de grands exemples de vertus, au milieu des
passions déchaînées , le christianisme présentait une suite
nombreuse de saints personnages , comme il témoignait
de la divinité de son origine par le sang de ses martyrs.
Si les évêques ne se dépouillaient pas toujours d'une ambition
mondaine 1, ils apportaient , avec leur foi , leur savoir et
leurs lumières , une influence presque toujours conciliante
et réparatrice, dans les conseils des rois et de la nation. La
défense du peuple et de l'Eglise était leur mission principale.
— 28 —
D'une autre part, les nombreux monastères qui existaient,
créés par la nécessité des temps , offraient un asile aux
opprimés et des centres vivifiants d'où sortaient les conso-
lations spirituelles et les secours aux infortunes.
Au VIe et au VIIe siècle, « l'empire exclusif, désordonné
de la force rnatérielle était le mal qui pesait sur les peuples ;
elle régnait partout, dans les relations privées comme dans
les relations publiques, se déployant avec la brutalité et
l'aveugle ignorance de la barbarie, ne soupçonnant pas même
un autre droit que le sien. Au milieu de cette domination
anarchique et sauvage, le clergé seul se présenta au nom
d'une force morale, proclamant seul une loi protectrice et
obligatoire pour tous , parlant seul des faibles aux forts , des
pauvres aux riches , réclamant seul le pouvoir ou l'obéis-
sance, en vertu d'un devoir, d'une croyance , d'une idée ,
protestant seul enfin , par sa mission et son langage , contre
l'invasion universelle du droit du plus fort (1). »
C'était afin de faire triompher le droit sacré du faible contre
le fort que Pardoux , du fond de sa retraite , invoquait l'in-
tervention divine pour punir Regnarius, le conseiller du duc
d'Aquitaine Hunaldus, fils d'Eudes, lorsqu'il prenait de force
les champignons du paysan Germanus ; c'était pouf venger la
faiblesse opprimée par la violence qu'il affligeait un jeune
officier de ce prince , Arnulfus , arrachant brutalement,
à une pauvre veuve, afin de le donner à son cheval, le peu
de blé qu'elle avait pour sa nourriture de l'année.
L'intervention de la puissance divine pouvait-elle se pro-
duire plus utilement, à cette époque de force brutale , que
dans ces occasions , où il fallait montrer aux forts qu'il y avait
un pouvoir qui leur était supérieur et qui ne dédaignait pas
de protéger, même miraculeusement, la faiblesse op-
primée.
Le monastère et le Saint qui l'habitait étaient alors , dans
(1) Guizol, Essais sur l'histoire de France , 1847, page 158.
— 29 —
nos contrées, la providence des faibles et des affligés, et
c'est ainsi, en faisant le bien, que le serviteur de Dieu
coulait sa vie.
Mais il vint un jour où cette religion, de laquelle émanaient
sa force et ses vertus , fut menacée dans le sein même de
l'Aquitaine. En 725, les Sarrasins avaient conquis l'Espagne
et faisaient des incursions dans les Gaules, dont ils reven-
diquaient , comme leur domaine , la partie méridionale qui
avait appartenu aux Visigoths. Ils s'étaient déjà répandus
dans le Languedoc qu'ils avaient conquis jusqu'au Rhône.
Trahissant son Dieu et sa patrie , Eudes , désirant se for-
tifier de leur secours contre Charles , afin de se rendre
indépendant de son autorité, donna sa fille chrétienne en
mariage au musulman Munuza. Il voulait dominer en roi
dans l'Aquitaine et Munuza dans la Cerdagne. Le calife de
Cordoue envoya Abdérame contre ce dernier ; sa tête , mise
à prix , fut bientôt livrée , et la fille de Eudes renfermée au
sérail de Bagdad. Le chef sarrasin pénétra ensuite dans
l'Aquitaine, passa la Garonne, prit Bordeaux et jeta l'épou-
vante dans cette vaste contrée. Eudes alors appella à son
secours Charles, contre lequel il préparait, peu de temps
auparavant, une guerre cruelle.
Ce prince , oubliant ses ressentiments, voulut sauver à la
fois les royaumes qu'il gouvernait et la foi chrétienne ; il
vola , avec ses Francs de Neustrie et d'Austrasie , au secours
des Aquitains , et leurs armées , réunies dans les plaines de,
Poitiers, remportèrent sur les Sarrasins, en 732, une vic-
toire signalée, qui valut à Charles le surnom de Martel,
comme prix de sa bravoure. Il laissa au duc d'Aquitaine le
soin de poursuivre les Sarrasins, qui commirent d'horribles
ravages en se retirant vers les Pyrénées. C'est une de leurs
bandes, échappées au massacre de Poitiers, qui passa
devant le monastère de Guéret, comme il est raconté dans la
vie de saint Pardoux.
Eudes étant mort en 738, Charles-Martel eut l'idée de
— 30 —
réunir lé duché d'Aquitaine à la Neustrie , mais , cédant aux
prières d'Hunalde , fils de Eudes, il l'investit de ce duché et
reçut son serment de fidélité. C'est ce prince qui gouvernait
cette province en 737 , époque de la mort de saint Pardoux,
arrivée le 6 octobre de la même année.
La date de cette mort étant fixée, comme son premier
biographe vivait de son temps ou peu après lui, il en résulte
qu'il écrivit la vie du Saint dans la dernière partie dû VIIIe
siècle et, par suite , que la copie du manuscrit déposé à là
Bibliothèque impériale , n° 5240 , que nous publions, ayant
été faite au commencement du Xe, est postérieure de deux
siècles à peine à la mort de saint Pardoux. Il faut en tirer cette
autre conséquence , que l'antiquité de cette copié lui donne
un caractère certain d'authenticité , et, dès lors , que le
biographe ayant été témoin des faits qu'il rapporte , ou les
ayant appris de ceux qui en avaient été les témoins, les a
recueillis avec une entière véracité.
Le biographe indique lui-même le lieu qui reçut la dé-
pouille mortelle du Saint, lorsque , parlant de l'église voisiné
du monastère et dédiée à saint Aubin (modèle des vertus
monastiques au VIe siècle, avant d'être évêqué d'Arigers ) ,
il ajoute : Eglise dans laquelle le corps de saint Pardoux est
inhumé , In quâ beati vin corpus sancti Pardulphi humatum
est. Mais avant d'entrer plus avant dans ce sujet, disons ici ,
avec le manuscrit du XIIIe siècle , qu'indépendamment de
l'église consacrée à saint Aubin, il existait, du temps de
saint Pardoux, dans le voisinage du monastère et proche de
la fontaine qui portait son nom, un oratoire dédié au saint
martyr Silvain. Il recommande , en effet, à l'infirme Màr-
cellus d'invoquer ce saint, en veillant dans Son oratoire place
à côté de la fontaine qui porte son nom : Qui dicitur Par-
dulphi..... in oratorio beati Silvani martyris juxtà fontem
posito non negligas vigilare (1). La mort de Silvain,. reconnu
(1) Voir la note sous le passage du manuscrit où il est parlé de la cha-
pelle de saint Silvain actuellement existante.
— 31 —
paril'Aquitaine pour l'un de ses plus illustres martyrs, était
antérieure de plusieurs siècles au temps où vivait saint Par-
doux. On sait bien qu'il avait répandu son sang pour la foi
dans l'antique Acitodunum, nommée plus-tard, par corrup-
tion, Agidunum (Ahun), située à peu de distance du
monastère de Pardoux, et qu'une église fut bâtie dans
cette cité sous le nom de saint Silvain; mais on ne. sait
au juste s'il mourut pendant les persécutions de Dèçe ou de
Domitien , sous Marc-tAurèle ou sous le, fer des Vandales.
Il reste certain, toutefois , qu'au VIIIe siècle un oratoire avait
été bâti, en son honneur , à peu de distance de l'église
dédiée à saint Aubin , où fut inhumé saint Pardoux,
Il s'agit de déterminer maintenant ce que sont devenus ses
restes sacrés vénérés profondément dans toute l'Aquitaine.
On dit bien, font remarquer les Bollandistes, que le corps
de saint Pardoux a été longtemps possédé par les habitants
de Guéret y mais l'on rapporté que , après une longue suite
d'années, il fût transporté à Sarlat, ville épiscopale du
Périgord, et placé à côté dé saint Sadroc, évêque de
Limoges , dans l'église qui lui est consacrée. Les habitants
de Guéret soutiennent, il est vrai, continuent-ils, que le
corps de saint Pardoux n'a jamais été au pouvoir de ceux de
Sarlat, ou tout au moins qu'il n'y a pas été constamment,
et ils prétendent que ce gage précieux est toujours resté dans
leurs mains. —Leurs adversaires, s'appuyant sur un passage
de la Chronique du Vigeois, allèguent, au contraire, que
le sarcophage et les cendres du Saint, seulement, leur ont
été laissés : Garactensis ecclesia sarcophagum cum cineribus
almi tenet Pardulphi. Quoiqu'il en soit, il est très-vrai-
semblable, tant par ce qui a été que par ce qui sera dit,
que les habitants de Sarlat ont eu au moins une partie du sacré
corps, et cette opinion a déjà , depuis longtemps, pris racine
dans les esprits.
Tel est, en résumé , ce qu'écrivaient en 1770, sur ce
— 32 —
sujet, les Bollandistes, dans leur commentaire précédant la
vie du Saint.
M. Couturier de la Prugne , dans les remarques qui suivent
sa traduction, après avoir rappelé que Fleury, en son His-
toire ecclésiastique, dit aussi que les reliques dé ce Saint
sont au prieuré d'Arnac, près de Pompadouf, ajoute immé-
diatement : « cela mérite explication. — Il est constant que
saint Pardoux mourut dans son monastère, à Guéret, et
qu'il fut inhumé en une église tout proche, dédiée à Dieu
sous l'invocation de saint Aubin ; ce fait est établi par le ma-
nuscrit que nous avons traduit. Il y a donc lieu de conclure
naturellement que les reliques du Saint se sont conservées
en cette église, qui en a depuis porté le nom;, comme elles
s'y conservent encore. — Le martyrologe de l'église gallicane
et le supplément qu'on .y a ajouté portent expressément que
l'église de Guéret possède la châsse et les reliques de saint
Pardoux, et toute la tradition confirme cette vérité. — Il est
vrai qu'on trouve écrit dans la Chronique d'un moine, du
Limousin, nommé Gaufredius ( Geoffroy du Vigeois) , que
les reliques du Saint, prises dans le monastère de Guéret,
furent portées en celui de Sarlat, d'où elles furent enlevées
par un prêtre et livrées à un seigneur appelé Guy des Tours,,
qui les fit placer en l'église d'Arnac, en l'année 1028. —
Mais cette relation, ajoute M. de la Prugne, ne s'entend que
d'une partie des reliques du Saint, car il est très-certain que
la plus grande partie est restée dans l'église de Guéret, où
elles ont été conservées et honorées depuis l'époque citée,
comme auparavant, et toujours exposées à la vénération des
fidèles. »
« Les habitants de Guéret se sont toujours inscrits en faux
contre l'histoire de cette translation des reliques, dit le
phanoine Labiche (1), et surtout de celle d'Arnac qui, en
effet, a tout l'air d'une fable , et dont le récit, à notre avis,
(1) Vie des saints du Limousin , tome II, page 194, en note.
— 33 —
ne saurait soutenir l'épreuve de la critique. — Il né nous
appartient pas, continue-t-il, de juger définitivement cet ancien
procès... mais ne pourrait-on pas mettre les parties d'accord,
en disant que les reliques du Saint ont été partagées entre
les deux églises , qui se glorifieraient, avec raison, de
posséder ce saint corps, puisque , en effet, elles en pos-
séderaient une partie notable. »
Voilà les prétentions et les opinions résumées. Examinons
comment les Bollandistes ont traité cette question historique
et religieuse, et essayons de trancher la difficulté à l'aide
d'une critique impartiale.
Ils constatent que le corps du Saint a été inhumé dans
l'église de saint Aubin de Guéret, depuis église de, saint
Pardoux, et qu'il y est resté une longue suite d'années.
Ils ne voient nulle part dans quelles circonstances et de
quelle manière les habitants de Guéret ont perdu ces reliques
vénérées.
Ils trouvent seulement, dans la Chronique de Geoffroy du
Vigeois, les détails de la translation de ces reliques dé Sarlat
à Arnac Détails qui, d'après le chanoine Labiche , ne sau-
raient soutenir l'épreuve de la critique.
Il est certain que la Chronique du Vigeois est la source à
laquelle a été puisé tout ce qui à été dit, dans la suite, de
ces translations. Terminée en 1184 , elle est certes le docu-
ment historique le plus ancien qui ait traité de cette matière.
Il est évident, dès lors , qu'elle doit servir de base à toute
discussion sur le sujet qui nous occupe.
Geoffroy , au commencement de cette Chronique, re-
cueillie par Labbe , s'exprime ainsi : « Le corps du très-doux
père Pardoux fut transporté, longtemps après sa mort, du
monastère de Guéret à celui de Sarlat, et placé convenablement
à côté du corps de saint Sadroc, évêque de Limoges. Le
nombre de ses miracles attirant les peuples en foule, les moi-
nes en éprouvèrent un sentiment pénible ; ils séparèrent l'abbé
de l'évêque et placèrent le premier dans l'église de saint Jean,
3
— 34 —
hors du monastère. La fréquence des miracles étant ensuite
disparue , on dit que la divine providence avait voulu montrer
que Pardulphus était égal en mérites à Sadroc.
» A cette époque , Guy des Tours, , surnommé, Niger,
brillait, par sa probité , au milieu des seigneurs du Limou-
sin. Il était marié à Engalcias , fille du seigneur de Malemort
(1), égale à lui en naissance , et qui était, dit-on , petite
nièce de la nièce de saint Gérald d'Aurillac. Ils avaient le
désir de donner plus d'importance à l'église d'Arnac, autre-
fois petite église paroissiale dédiée à.saint Pierre. Un prêtre
de Sarlat vint le trouver et lui promit, à l'aide de Dieu, de
transporter dans cette église le corps de saint Pardoux. Revenu
à Sarlat, il transfère d'une caisse dans une autre les reliques
du Saint. Il part ensuite dans la nuit, et, pour que le fait
ne fût pas reconnu pendant le jour, il prend un âne et,
comme on dit vulgairement, il le charge d'un bât ; dans l'un
des paniers il place les reliques du Saint, dans l'autre son
petit domestique Gaubert , et il recouvre le tout d'un linge.
Il disait à ceux qu'il rencontrait qu'il portait du pain au
marché de Salignac, qui se tient le jeudi. Il arriva ainsi au
bord de la Vesère.
». Au jour convenu , l'illustre guerrier se trouve près de la
rivière, ayant conduit à la hâte avec lui une nombreuse troupe
afmée. Aussitôt il se saisit de ce trésor, pour lui plus précieux
que l'or, le même jour ils sont accueillis à Perpesac , non
comme des hôtes mais comme des maîtres. Le lendemain,,
19 des calendes de janvier, ils arrivent à Arnac, et le
nouvel hôte prend pour toujours possession de son église.
Alors Guy, par une concession solennelle, donna, le mo-
nastère aux abbés de saint Martial, Dans la suite , l'évêque
de Limoges Jordanus, (2) approuva cette donation, que le
pape Benoît confirma en faveur d'Hugues et de Geoffroy, (3) »
(1) Près de Biives.
(2) 42e évêque de Limoges, suivant Nadaud, de 1023 à 1052.
(3) Voici le texte latin de la Chronique : De sancto Pardulpho :
— 35 —
Les Bollandistes déclarent qu'ils n'ont découvert nulle part
l'époque précise de cette translation des reliques du Saint à
Arnac. Elle aurait été effectuée en l'an 1000, suivant le
propre des saints du diocèse de Sarlat; vers l'an 1028,
d'après Baillet. Ils pensent qu'on ne peut la placer au-delà.
Geoffroy parle encore d'une autre translation temporaire
des reliques d'Arnac à Limoges, au chapitre XXVII de sa
Dulcissimi palris Pardulphi corpus, longé post ejus transilum , de coenobio
Garaetensi delaluui est in monaslerio Sarlatensi, et juxtà corpus sancti
Sacerdotis Lemovicencis episcopi, honestè collocatum est. Mie multarum
signis virtutum populorum turbas invitans , monachis ibidem tune réligiosis
nauseam ingerebat. Qua propter abbatem à pontifice séparantes, in eccle-
siam sancti Joannis extrà monasterium transtulerunt; dehinc substractâ
signorum frequentiâ Pardulphum Sacerdoli parem divina pietas dicitur
ostendisse. Cap. II.
Eo tempore Guido de Turribus, qui cognominalus est Niger, in ter
principes Lemovicini climatis probitatis tilulo clarebat. Erat illi uxor non
dispar natalibus , Engalcias ndmine , filia principis Slalamortènsis castri,
qucè sancti Geraldi Aureliacensis ex neple prbneptis dxtitisse narratur. Hi
enim ecclesiam de Arnaco , quoe olim fiat in honore saneti Petri parva
quidem sed parochialis , in meliùs ampliàre studebanl. Hune adivit Sar-
latensis presbyter quidam, et de corpore sancti Pardulphi transferendb se se
ministrum, Deo auctbre, fore spopondit. Qui Sarlato rediens, sancti
reliquias de loculo transfert in Ioculum. Deindè noctù properat ire , ne verô
per diem res cognosceretur, asinum stravit, et, ut rusticè loquar , super-
pesuit bastas in quarum unâ lipsanum sancti posuit, in aliâ Gaubertum
puerura suum recondidit, quoe omnia linteb cboperliit. Obviantibuf verô
dicebat, in mercato Saliniaicencis castri, quod agitur quintâ feriâ , panera
ferre ac referre. Sic quedevenit ad Vizerof liltus. Cap. III.
Die notatâ veriit ad fluviura inclylus héros militum turmam secum arma-
tam prompte conducens. Quid mulla ? Suscipitur à principe thésaurus
pretiosior auro. Ipsâ que die in villa de Pérpezac , non hospites, sed
dbtnini hospitati sunt ; postera die, hoec est 19 kal. januarii, Arnaco deve-
nerunt, et in ecclesiâ suà novus hospes possessor perpetuus effectus est.
Tunc faclâ solemni dqnalione contulit coenobium abbalibus sancti Marlialis ;
et Hugoni et Gaufredb donum islud posteà Lemovicencis ponlifex Jordanus
approbavil, et Benedictus papa confirmavit. Cap. IV.
— 36 —
Chronique: « En l'an du Seigneur 1094, une nouvelle con-
tagion d'un feu sous-cutané tourmentait horriblement les peu-
ples d'Aquitaine. Chacun d'eux recourant avec empresse-
ment à son patron particulier, mérita de recevoir ses secours.
De tout le Limousin , on porta les corps des saints vers saint
Martial, au milieu d'un immense concours de peuples et de
seigneurs. Alors Dieu illustra le bienheureux Pardoux par des
miracles éclatants. Son corps avait été transporté d'Arnac
avec le plus grand honneur.... Cette translation des saints eut
lieu vers la fête de la Nativité de la très-sainte Vierge, en
l'année ci-dessus indiquée (1). »
Au nombre des miracles qu'opérèrent les reliques de saint
Pardoux , Geoffroy rapporte au chapitre XV de sa Chro-
nique : « Que son corps s'arrêta immobile aux portes de
Limoges , jusqu'à ce qu'un aveugle , ayant été amené , re-
couvra la vue en présence de tout le peuple. » Cujus corpus
sanctum ad portam urbis Lemovicencis tamdiù immobile
perstitit, donec coecus adductus coràm populo illuminatus fuit.
En 1212, les habitants de Guéret, qui contestaient depuis
longtemps la possession du corps de saint Pardoux à ceux
d'Arnac, transportèrent de leur ville à Limoges ses reliques,
dans les circonstances que rapporte ainsi Geoffroy : « L'an de
grâce 1212, le 14 mai, fête de saint Victor et de sainte
Couronne, fut dédiée à sainte Valérie l'église que Jean de
Veyrac, évêque de Limoges (mort en 1218) , avait fait orner
et décorer magnifiquement. La châsse de la vierge Valérie et
(I) Anno Domini MXCIIII iterata lues subcutanei ignis plebem Aquila-
nicam alrocissimè lorrebat. Hi quanlocyùs ad palronum proprium confu-
gientes, auxiliumde sanclo accipere meruerunt. De tolo nempè Lemovicino
ad sanclissimum Marlialem delata sunt sancla sanclorum corpora , confluen-
libus undiquè populorum ac principum lurmà. Tune Dominus omnipolens
beatum Pardulphum proeclaris deebravil miraculis, cujus corpus illic de
Arnaco, maxitno cum honore fueral deporialum Facla est hoec translatio
sanctorum , circa festivitatem perpetuoe Marioe Virginis , anno quoe suprà
Cap. XXVII.
— 37 —
son buste y furent alors déposés, au milieu d'un grand con-
cours de soldats et dé peuple. Suivant l'usage , nous reçûmes
en chapes (Geoffroy était alors moine de saint Martial) la
châsse de saint Vaury, celle en argent de saint Pardoux de
Guéret et les reliques de la vierge , en dehors des murs, à la
porte occidentale du monastère. Mais , comme les habitants
de Guéret se vantaient de posséder le bienheureux Pardoux ,
l'abbé ou la communauté ne voulut pas le recevoir officielle-
ment, pour ne pas causer de scrupule au seigneur des Tours,,
qui avait transporté le corps du même saint à Arnac. Le bras
de notre protomartyre Valérie ayant été laissé, les autres
repartirent (1). »
Tels sont les documents à l'aide desquels on soutient que les
reliques de saint Pardoux quittèrent d'abord Guéret pour
Sarlat, puis Sarlat pour Arnac.
Que peut-on dire maintenant dans l'intérêt de la vérité ?
Après son décès, saint Pardoux fut inhumé dans l'église
dédiée à saint Aubin , non loin de son monastère, et bientôt
cette église prit son nom.
On accorde que les habitants de Guéret possédèrent long-
temps ses reliques ; mais on veut qu'à une époque indéter-
minée on ne leur ait laissé que le sarcophage et les cendrés
du Saint.
Cependant, ils allèguent une possession constante des
reliques, appuyée , d'âge en âge, sur la tradition locale.
(1) Anno gratioe MCCXII in feslo Victoris et Coronoe (die 14 maii ) dedicala
est; eidem ecclesia à Joanne de Veyrac episcopo Lemovicenci (anno 1218
defuncto ), honorificè ornala ac depicla. Tune ibi est reposita ejusdem
virginis Valerioe capsa simulque imago cum innumerahili militum ac
plebium catervâ. Gestatorium S. Valérici , cum argenteo S. Pardulphi de
Garacto , reliquias virginis juxtà morem fofis muros excepimus in cappis
S. Valérici ad monasterii portam occidenlalem. Sed quia Garaclenses jacta-
bant, se beatum Pardulphum habere , noluit abbas sive conventus ex
ordine recipere, ne in scrupulum principibus de Turribus venerit, qui
eumdem patrem Arnaco intulerunt ; brachio protomarlyris nostroe Valerioe
relicto, coeleri rediere.
— 38 —
En 1212 , ils prouvent toute leur foi dans cette, possession
en portant ces reliques à Limoges. Si les moines de saint
Martial refusent de les recevoir, c'est par une sorte de con-
descendance ,. afin de ne pas élever de scrupule dans l'esprit
des seigneurs des Tours , qui disaient que leurs prédéceséurs
avaient transporté ce corps sacré à Arnac.
En 1810, ils renferment le chefs ou du moins la plus
grande partie du.chef du Saint, dans un buste , partie d'ar-
gent, partie d'ivoire, qu'on voit encore au Musée de Guéret,
ayant subides altérations en 1793.
En 1720 , un os de son bras était depuis longtemps en-
châssé dans un bras d'argent, que des personnes existantes
ont parfaitement vu en 1793, avant qu'il eut été envoyé à la
Monnaie, comme tout ce qui était d'argent dans les églises.
Le surplus des reliques était conservé dans une châsse
ancienne, élevée derrière les piliers de l'autel de l'église de
saint Pardoux. C'est M. de la Prugne quia constaté ces faits
dans ses remarques.
Il rappelle que les évêques de Limoges firent ouvrir la
châsse en divers temps , et y laissèrent des marques authen-
tiques que les ossements qu'on y trouvait étaient de saint
Pardoux. Cette visite eut lieu , en 1628 , par l'évêque Ray-
mond de la Martonie ; en 1728, par M, Brossard, grand
vicaire de l'évêque Charpin de Genetines , occupant alors le
siège de Limoges.
A cette époque , dit toujours M. de la Prugne , on partagea
les ossements qui étaient dans l'ancienne châsse. Une partie
fut placée dans un buste d'argent, représentant le Saint en
religieux de saint Benoît; l'autre fut mise dans une châsse
de bois doré , au côté droit de l'église de la paroisse.
En 1793, le buste d'argent, le bras du même métal et la
tête du buste de 1510 , aussi en argent, furent envoyés aux
monnaies. La châsse ancienne et celle en bois doré furent
brisées et dispersées , à l'exception de quelques fragments ,
notamment d'un panneau de la première., représentant en
— 39 —
relief, avec l'ivoire, une scène de l'enfance du Saint. Le
buste d'ivoire fut également conservé, moins sa tête d'ar-
gent , et restauré , au commencement du siècle , tel qu'on
le voit aujourd'hui au Musée de Guéret.
Des mains pieuses sauvèrent une partie des ossements
vénérés et purent les soustraire à la profanation eh les ré-
mettant, enveloppés de linges, à M. Sudre, alors curé de
Guéret. Rendus plus tard à l'église de cette paroisse , mais en
bien faible quantité , lors du rétablissement du culte , on les
déposa dans la partie supérieure de la tête du buste de 1510 ,
offert, chaque année, à la vénération publique. Ils furent
définitivement placés, sous la Restauration, dans le buste
d'argent qui subsiste maintenant et que renferme une niche
pratiquée dans le premier pilier à droite en entrant dans
l'église de Guéret. Nous avons recueilli ces renseignements de
la bouche de témoins oculaires (1) qui, depuis 1793, ont
vu les événements contemporains, et se sont toujours préoc-
cupés de sauvegarder le peu qui avait survécu aux orages ré-
volutionnaires , de tous ces objets religieux.
Il n'existe aujourd'hui, dans la châsse du Saint, que deux
ossements. L'un reposant, sous verre , à la partie supérieure
de la tête , et l'autre , de la même manière , sur le devant de
la poitrine. Ils semblent, tous les deux, provenir du chef
du Saint, dont une grande partie , au moins , fut déposée,
on l'a vu plus haut, dans le buste d'ivoire de 1510.
Tels sont, au résumé, les documents divers qui nous font
connaître comment l'église dé Guéret peut se dire en posses-
sion authentique de la faible partie des reliques qu'elle con-
serve encore aujourd'hui ; documents au moyen desquels elle
(1) M. l'abbé Gadon , âgé de 85 ans , et M. François-Pardoux Coudert
de Lavillatte, notre excellent père, décédé à Guéret, dans sa 77e année, le
dimanche 6 mars 1853. Ancien maire de Guéret et membre de la fabriqué de
l'église depuis la restauration du culte , il fit reconstruire , en 1804, avec
trois de ses parents , la chapelle de Notre Dame de Pitié.
— 40 —
peut légitimement soutenir qu'elle a possédé ces reliques
vénérées , à partir du VIIIe siècle , durant une longue suite
d'années, et que , si elle en a été dépossédée à une époque
mal déterminée et par des moyens quelconques, elle a
toujours conservé , avant 1793, une notable partie de ces
restes sacrés.
L'église d'Arnac, nous le savons , possède une châsse dans
laquelle elle soutient que sont renfermées les reliques de
saint Pardoux ; elle invoque une longue possession ; des vi-
sites répétées que lui ont faites les évoques de Limoges, lais-
sant chaque fois, dans la châsse, des preuves écrites de l'au-
thenticité de ces reliques, et elle ne doute pas qu'elle ne
soitla véritable dépositaire de ce trésor religieux.,
Quelle que soit la gravité des documents dont elle excipe, il
est incontestable qu'elle trouve la base de sa possession
dans la Chronique du Vigeois , et qu'il faut examiner là , s'il
existe quelque chose de sérieux dans cette prise de posses-
sion ; car tous les faits postérieurs de translation pu autres ,
seraient-ils établis de la manière la plus authentique , qu'il
n'en faudrait pas moins étudier comment cette église a
commencé à posséder les reliques qu'elle dit être celles
de saint Pardoux.
Guéret, par une concession quelconque, a-t-il cédéles reli-
ques de son patron à Arnac? — On ne le prétend pas , et l'on
serait d'ailleurs dans l'impossibilité de l'établir; mais l'on pré-
sente le récit de la Chronique , sur la translation faite de
Sarlat à Arnac, par un prêtre , dont elle a décrit toute
l'aventure. La lecture de ce morceau fait naître cette .ré-
flexion , que la translation est bien ridicule pour y croire, ou
que le prêtre a commis clandestinement un enlèvement frau-
duleux au préjudice de l'église de Sarlat.,
Veut-on admettre cette fraude pieuse ? — Mais il faut re-
monter plus haut et prouver quand , et clans quelle circon-
stance , l'église de Sarlat a pris possession des reliques de
saint Pardoux,
— 41 —
Il n'en existe de trace nulle part. Les Bollandistes , ces in-
vestigateurs infatigables et érudits le déclarent formellement ;
en sorte que, pour établir la possession de Sarlat, il' n'existe
que ce fait, que les reliques ont été transportées à Arnac ;
comme pour cette dernière église , on n'a autre chose à dire,
si non qu'elles ont été transportées de Sarlat.
Veut-on admettre que l'église de Sarlat, qui n'a pas même
à alléguer une fraude pieuse comme celle d'Arnac , ait été en
possession positive des reliques ; alors il faudra dire qu'elle
les a obtenues d'une manière légitime, et, dès lors, que Gué-
ret , qui l'a gratifiée d'un présent si considérable , à l'époque
de la libéralité , s'est réservé , naturellement, la meilleure
partie de ce qu'il regardait comme son palladium sacré.
De la sorte, on arriverait à cette conséquence , comme les
Bollandistes , M. de la Prugne et le chanoine Labiche , que la
relation de la Chronique du Vigeois ne doit s'entendre que
de la translation à Arnac d'une partie seulement des reliques
de saint Pardoux , Sarlat n'ayant pu en posséder que cette
partie ; et, par une conséquence naturelle, que l'église de
Guéret et celle d'Arnac possèdent une quantité plus ou moins
considérable des reliques de ce saint personnage.
Quelque temps s'était à peine écoulé depuis la mort de
saint Pardoux, que l'éclat répandu par ses vertus et ses oeu-
vres dans les Aquitaines avait fait souvent recourir à son
intercession près de Dieu. Vers la fin du XIe ou au commen-
cement du XIIe siècle, on récitait publiquement l'office du
Saint dans les églises du diocèse de Limoges , suivant le
récit de Geoffroy, au chapitre XXXI de sa Chronique. Après
avoir parlé dans le chapitre précédent de la prise de Jérusalem
en l'année 1099, il commence , on l'a vu plus haut, le XXXIe
par rappeler la fondation, vers la même époque , de différents
ordres religieux, tels que les Hospitaliers, les Templiers, les
moines de Grandmont, etc., et il ajoute : « A cette même
époque, il fut établi, dans plusieurs églises, de chanter les
matines, les vêpres, l'office de la sainte Vierge et des offices
— 42 —
de saints ; plusieurs prirent l'habitude d'en agir ainsi d'abord
et publiquement en l'honneur de la bienheureuse Valérie et
de saint Martial; d'autres en firent autant pouf d'autres saints ,
ainsi que nous avons appris que plusieurs en agissaient envers,
le très-doux père Pardoux » (1).
En l'année 1174, rapporte en outre Geoffroy au chapitre
LXIX de sa Chronique, la fête du très-illustre Pardoux fut cé-
lébrée avec une pompé extraordinaire , à Limoges, un diman-
che , lorSquTSembert fut nommé abbé de saint Martial
Bernard G-uidonis, dans la vie des Saints du Limousin,
apprend de quelle ferveur religieuse le culte du Saint fût tou-
jours environné à Guéret (2).
Déjà même, ce culte était en honneur au commencement du
Xe siècle , ainsi que nous l'avons fait remarquer ci-dessus ,
puisque le manuscrit de la Bibliothèque impériale , n°'5240 ,
renferme, après la vie, la messe de saint Pafdûlphe.
On voit, par là, que le culte rendu à ce saint personnage
doit remonter à une époque peu éloignée de sa mort, et qu'il
ne tarda pas, après avoir quitté la terre, à être placé au nom-
bre des Saints, par l'assentiment unanime de ses contem-
porains.
On chercherait inutilement un document historique éta-
blissant que saint Pardoux ait été l'objet d'une canonisation
régulière, puisque la première eut lieu eu l'année 993 , sous
le pontificat du pape Jean XV i à l'égard d'Udelric , évêque
d'Augsbourg. Nos annales font connaître celle de saint Etienne
de Muret, fondateur de l'ordre qui prit son origine dans la
(1) Item per multas ecclesias inslitutum est decantari matutinas, ac
vesperinas laudes, cum reliquis officiis horarum de intemeratâ virgine
Maria, de quibusdam etiam aliis sanctis ; quidam primùm et publicè facere
éadem consueverurit, sicut de beatâ Valeriâ ac sanclo Martiale , et alii de
aliis , sicuti quosdam agere novimus qui de dulcissimo paire Pardulpho.
(2) Voir lé tome de Labbe , Bibliothèque des manuscrits, page 634,
cité par les Bollandistes.
— 43 —
célèbre abbaye, marchoise de Grandmont. Saint Etienne fut
place.au rang des saints par une bulle de canonisation de
Clément JII, donnée à Latran le 12 des calendes d'avril 1188,
et mise à exécution à Grandmont le 30 août suivant, soixante-
huit ans après sa mort.
Saint Pardoux ayant nécessairement reçu la canonisation en
usage au siècle où il avait vécu , il faut examiner ce qu'elle
était alors.
Avant qu'on eût jugé plus prudent de laisser au pape , chef
suprême de l'église, le droit de mettre au rang des saints les
pieux personnages qui avaient brillé par leurs vertus et par
leurs oeuvres; droit exercé après s'être entouré des renseigne-
ments les plus authentiques et après l'accomplissement de
formalités rigoureuses indiquées dans les livres liturgiques, il
y avait une canonisation primitive. Elle résultait de l'assenti-
ment unanime des populations, sous la sanction de l'évêque.
Lorsqu'un chrétien avait souffert le martyre pour la foi ca-
tholique , il arrivait, aux premiers siècles, qu'on élevât un
oratoire sur le lieu de sa sépulture , martyrium, où l'on célé-
brait le saint sacrifice. Cette canonisation spontanée , inspirée
par l'esprit de Dieu, devançait souvent la sanction solennelle
de l'Église. On inscrivait ensuite dans les martyrologes, au
nombre des saints, celui qui avait ainsi généreusement perdu
la vie.
Saint Polycarpe, disciple de saint Jean et évêque de Smyrne,
qui avait vu les apôtres et qui scella l'évangile de son sang
vers l'an 169, est un des premiers martyrs dont on ait célébré
là mémoire par des actions de grâces rendues à Dieu, pour
sa mort et pour ses vertus. Les actes de ce martyre, constatés
par l'épître célèbre de l'église de Smyrne, qu'Eusèbe a con-
servée , nous apprennent que lès fidèles ramassèrent ses os
plus précieux que les pierreries et plus purs que l'or, et qu'ils
les renfermèrent dans un lieu convenable. « C'est là, continue
l'épître , que nous nous assemblerons avec grande joie , s'il
nous est permis ( c'est-à-dire , si les persécutions n'y mettent
— 44 —
obstacle), et Dieu nous fera la grâce d'y célébrer le jour
natal de son martyre , tant en mémoire de ceux qui ont com-
battu pour la foi, que pour exciter ceux qui ont à soutenir
un pareil combat (1). »
Mais , comme ce n'est pas seulement par le martyre que
l'on rend témoignage du christianisme, et qu'une vie sainte ,
des travaux apostoliques, de grands services rendus à l'hu-
manité, sont également agréables à Dieu, on assimila, aux
martyrs qui avaient versé leur sang, ces autres témoins ou
confesseurs de la foi non moins vénérables, et l'on pense que
ce fut vers le IVe siècle. Un concile d'Arras -, dont la date est
inconnue , condamne ceux qui veulent que l'on ne canonise
que les apôtres et les martyrs , et non pas les con -
fesseurs. Voici le texte , d'après le tome XIIIe du spicilége
d'Achéry : « Quoique les confesseurs ne soient pas morts par
le glaive, leur vie méritante ne les prive pas de la gloire
d'un martyre.digne de Dieu, car le martyre ne s'accomplit
pas seulement par l'effusion de sang, mais par la fuite du
péché, et les confesseurs ne sont point frustrés de la gloire des
martyrs, parce que, par leur désir et leur vertu, ils ont pu
être martyrs et l'ont voulu. » — Et si confessores non senserint
gladium, tamen per vitoe meritum Deo digno mariyrio non
privantur, quia martyrium non solùm effusiane sanguinis ,
sed abstinentiâ peccatorum perficitur, et qui gloriâ martyrum
non carent, quia etvoto et virtute poterunt esse martyres et
voluerunt.
On inscrivait le nom de ces confesseurs de la foi sur des
registres ou tableaux à deux colonnes appelés dyptiques.
L'une des colonnes présentait les noms des vivants qui, par
leurs dignités , leurs vertus ou leurs bienfaits envers l'église,
avaient droit à cette distinction. Sur la seconde colonne , on
inscrivait les noms de ceux qui étaient morts dans la foi Ca-
tholique en odeur de sainteté. Pendant le canon de la messe ,
(1) Eusèbe, Hist. eccl. , livré IV , chapitre XV.
on lisait ces noms au célébrant, afin qu'il les recommandât à
Dieu dans le saint sacrifice. Ce fut de là que vint le mot
canoniser. Pour un grand nombre de saints, cette insertion
dans les dyptiques est le seul acte de canonisation qui existe ;
elle suffisait pour leur faire rendre le culte dé dulie , c'est-à-
dire le culte propre aux saints, qui consiste, suivant le
concile de Trente, « à les invoquer d'une manière suppliante,
à recourir à leur aide et à leurs secours , pour demander à
Dieu ses bienfaits par son fils Notre Seigneur Jésus-Christ. »
Aussi l'Eglise a toujours enseigné, comme Bossuet le fait
remarquer (1), « que par tous les honneurs qu'elle rend aux
saints, elle ne songe pas tant à les honorer qu'à honorer Dieu
en eux, et que c'est pour cette raison que leurs honneurs
font une partie du culte qu'elle rend à Dieu qui est admirable
dans ses saints. »
Le vertueux Pardoux ne reçut pas évidemment d'autre
canonisation. Placé, par le consentement unanime des
peuples, au nombre des confesseurs ou témoins de la foi
chrétienne , il passa d'âge en âge avec son caractère de
sainteté, reconnu , non seulement par le monastère de
Guéret, mais dans l'Aquitaine , où plusieurs lieux prirent son
nom. Son culte devint célèbre dans les églises du diocèse de
Limoges et des contrées voisines.
La tradition a conservé le souvenir du lieu où était situé , à
Guéret, le monastère de saint Pardoux, derrière l'église
paroissiale actuelle, au nord. Une église, dite de saint
Pardoux , existait encore il y a trente ans environ, séparée
par une petite place de l'église paroissiale avec laquelle
elle était sur une ligne parallèle.
Il était facile de reconnaître que cette église , démolie vers
1821, n'était pas l'église primitive de saint Aubin. L'ogive de
ses portes faisait voir que sa construction remontait au XVe
ou au XVIe siècle. Elle avait remplacé l'église ou oratoire de
(1) Fragments à la suite de l'Exposition.
— 46 —
saint Aubin, dans lequel saint Pardoux fut inhumé , lorsque
cet édifice tombait sans doute de vétusté.
Les cérémonies du culte, célébrées d'abord dans l'église
primitive , à l'époque où la population qui se groupait autour
du monastère était peu considérable, furent transportées
dans un temple plus vaste , quand elle se fut augmentée avec
le temps. Le style architectonique de l'église actuelle de
Guéret, dans laquelle les arcs à plein cintre se rencontrent
avec les arcs à ogive , permet de reporter au XIe siècle la
date de sa construction.
Ce style , en effet, auquel M. de Caumont donne le nom
de romano-bysantin , fut en usage au XIe et au XIIe siècles.
On voit, d'ailleurs , dans une chronique contemporaine ,
qu'il y eut, dès le commencement du XIe siècle, un élan
religieux pouf la construction et la restauration des édifices
consacrés au culte. « Or, après l'an 1000, la troisième
année commençant à peine, on vit partout, surtout en Italie
et dans les Gaules, renouveler les églises , bien que la
plupart, solidement construites, n'eussent pas besoin de
cette restauration. C'était, parmi le peuple chrétien, une
noble émulation à qui élèverait les basiliques les plus belles :
on aurait dit que le monde , secouant sa torpeur et rejetant
sa vétusté , aimait à se parer de la blanche robe des églises.
Alors presque toutes les cathédrales., les divers monastères
et les petits oratoires de villages furent reconstruits et em-
bellis parles soins des fidèles (1) ». Alors aussi on avait oublié
les terreurs que la venue de l'an 1000 avait occasionnées. On
ne pensait plus que le monde approchait de son déclin : Jàm
(1) Igitur , infrà supradictum millesimum , tertio jam ferè imminimenle
anno, contigit in unirerso penè lerrarum orbe, proecipue lamen in Ilaliâ
et in Galliâ, innovari ecclesiarum basilicas, licet pleroeque decenter
locatoe minime indiguissent. OEmuIabatur lameu quoeque gens chrislicola-
rum adversus alteram decenliore frui : Erat enim instar ac si raundus , ipse
exculiendo semet, rejectâ vetustate , passira candidam ecclesiarum veslem
— 47 —
mundo, propevante ,ad occqsum., suivant le manuscrit du Xe
siècle; une ère de renaissance artistique commençait dans
l'Europe chrétienne.
A cette époque, Guéret, l'ancien Bourg-aux-Moines , avait
donc pris un assez grand développement, puisqu'il construi-
sait une église plus vaste , nécessitée par l'augmentation de
ses habitants.
Les bâtiments du monastère, enseveli maintenant dans
l'oubli, suivant l'expression de la Gallia christiana, occu-
paient , d'après la tradition , le vaste emplacement sur lequel
s'élève l'ancienne habitation longtemps connue sous le nom
de maison Chorllon (1). Cet édifice a subi des transformations
nombreuses , mais son mur septentrionnal présente, par son
épaisseur , tout le caractère d'une construction fort ancienne.
Dans un acte de vente de 1481, une partie de cette maison,
acquise par un des propriétaires d'alors , était qualifiée
d'ancienne forteresse. Ce qui était certainement un reste de
vieux monastère, car on sait que ces édifices présentaient
souvent ce caractère de construction, que nécessitait le
besoin de la défense ; témoin, entr'autres, celui du Palais ,
aux bords du Thorion. C'est, au surplus , au-dessous de la
maison Chorllon que se trouvaient, d'après les anciens plans,
les fossés de la ville. Le mur d'enceinte, construit longtemps
après cette maison , écrivait, en 1677, le président Chorllon,
dans ses mémoires manuscrits , partait à l'est de la porte
Piquerelle , s'appuyait sur la maison primitivement le monas-
tère et, continuant à l'ouest, allait se relier à une tour, dite
tour Roby , dont on a récemment découvert les fondations
indueret. Tune denique episcopalium sedium ecclesias pêne universas , ac
cetera quoeque diversorum sanclorum monasteria , seu minora villarum
oratoria , inmeliora quoeque permutavère fideles.
( Glaber, Rerum Gallicarum et Francicarum. Recueil des
historiens de France , t. X , p. 29. )
(1) Aujourd'hui Lassarre et Gadon de Guéret.
— 48 —
en pratiquant l'ouverture de la rue Maubay. Le bâtiment du
Prieuré fut construit plus tard entre le monastère et là porte
Piquerelle ; il existe encore aujourd'hui avec de nombreuses
modifications.
L'église de saint Pardoux, démolie vers 1821, avait cessé,
depuis 1793, de servir aux cérémonies du culte. Une partie
de ses matériaux fut employée à la construction de la maison
d'arrêt. A l'époque de sa démolition et surtout lorsque , en
1851, on défonça le parterre sur lequel elle était élevée, les
nombreux ossements que ce mouvement de terrain mit à
jour, indiquèrent surabondamment l'emplacement qu'elle
avait occupé.
Quand cet édifice, en 1793 , fut converti en atelier de
menuiserie, l'église paroissiale avait recueilli l'ancienne
châsse qu'elle contenait et possédait celles dont parle M. de la
Prugne dans ses remarques. Tout ce qui était d'argent ayant
été envoyé aux monnaies , les autres châsses furent brisées.
On ne put sauver intégralement qu'un panneau de la chasse
ancienne (1) , et le buste de 1510 que conserve le Musée.
Des personnes qui ont vu dans son entier l'ancienne châsse
de saint Pardoux la représentent comme affectant une forme
ronde à pans coupés, de 56 centimètres environ de diamètre ,
avec une hauteur proportionnée, et se fermant par un cou-
vercle bombé orné de marqueterie en ivoire. Le couvercle
reposait sur un ensemble de panneaux qui' représentaient,
sculptés en ivoire , les faits principaux de la vie du Saint.M
Lorsque cette châsse précieuse fut brisée , en 1793 , par
les vandales de l'époque , des mains pieuses ou amies dés
arts en sauvèrent quelques débris.
Nous avons sous les yeux le seul panneau conservé, auquel
est attachée l'une des boucles en fer qui servait à porter la
châsse dans les cérémonies publiques. Ce panneau est d'une
largeur de 12 centimètres sur 19 de hauteur. Sa base , qui
(1) Possédé par M, Dugenest père , imprimeur à Guéret.
— 49 —
s'élargit, à 14 centimètres. Il forme un cadre en marqueterie
brune, dont les côtés font saillie , et retrace , dans lé fond ,
une scène de la vie du Saint sur trois compartiments d'os
ou d'ivoire qui composent, par leur ensemble, un petit
tableau en relief.
Une lithographie reproduisant ce Sujet est placée âans le
volume (1).
Sur la partie gauche, un paysan aquitain donne la main
à un enfant, et ils s'appuient l'un et l'autre sur un bâton.
Trois boeufs, qu'ils gardent ; forment un groupe au milieu
du tableau.
Deux personnages, dont le costume indique un rang plus
élevé, debout sur le côté droit, regardent l'enfant et l'un
d'eux l'invite, du geste , à s'approcher, tandis qu'il se
retire timidement derrière son père.
Le ciseau de l'artiste a voulu représenter, dans cette pre-
mière scène, l'enfance de saint Pardoux gardant, avec
son père, le troupeau de la famille , dans une prairie du
village. Il est déjà visité, par des étrangers, car, suivant
l'auteur de sa vie : « Il fut, dès sa jeunesse , très-illustre
par l'honnêteté de ses moeurs et par l'abondance dé toutes les
vertus. »
Les autres panneaux , qui n'ont pas été conservés, repro-
duisaient d'autres scènes de la vie du Saint. D'après les dimen-
sions indiquées ci-dessus et par approximation, ils devaient
être vraisemblablement au nombre de douze. Il serait à désirer
que les personnes auxquelles sont parvenus des fragments de
cette ancienne châsse de saint Pardoux, s'il en existe, les
déposassent au Musée de Guéret. Elles contribueraient ainsi
(1) M. A. Gautier , rédacteur du Conciliateur de la Creuse , a eu l'obli-
geance de dessiner ce panneau. Nous avons adressé à Paris son travail ainsi
que l'original. Le lithographe a réduit le dessin , tout en rendant avec une
grande exactitude l'ensemble de cette scène de l'enfance du saint per-
sonnage.
4.
— 50 —
à faire recomposer , du moins par le dessin , un objet d'art,
témoignage de la foi de nos pères et remontant à une époque
assez reculée.
Tout porte à croire, en effet, que cette ancienne châsse
fut exécutée vers le XIIe siècle. On ne peut la faire remonter
au delà, parce que ce ne fut qu'à partir de cette époque
qu'on employa , dans les édifices religieux, l'ornementation
architectonique connue sous le nom de quatre feuilles et
celle qu'on désigne sous celui de trèfle. Ce genre d'ornement
dut passer des édifices religieux aux châsses , et on le re-
marque sur l'encadrement en ivoire qui se trouve à la partie
supérieure du panneau. On pense communément que les
reliques des saints furent constamment mises sous les autels
jusqu'au IXe siècle. C'est seulement alors que plusieurs
d'entr'elles furent placées dans des boîtes, capsoe, d'où dérive
le nom de châsse, et exposées , dès ce temps, à la vénéra-.
tion publique. En commémoration des tombeaux, où les
reliques étaient primitivement déposées, on fit des châsses
ou reliquaires en or , en argent, en bois, en cuivre émaillé,
etc. , et on leur donna la forme d'un tombeau, quelquefois
celle d'une église ; plus tard , on fit des bustes représentant
les saints et on déposait leurs reliques dans l'intérieur.
L'honneur que l'on rend aux reliques, à l'exemple des
premiers siècles,de l'Eglise , remonte à Dieu, dit Bossuet,
qui lui-même a honoré les saints parce que , par le martyre
ou par la pénitence, ils ont sacrifié leur corps à confesser la
foi.
Aussi, lorsque , dès le temps de saint Augustin, on offrait
le divin sacrifice sur le corps des saints et à leurs mémoires ,
c'est-à-dire devant les lieux où se conservaient leurs précieuses
reliques, on rendait grâce à Dieu, suivant le concile de
Trente , comme on le fait encore , de leurs victoires , de-
mandant leur assistance, afin que ceux dont nous faisons
mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans le
fiel. C'est ainsi que nous honorons les saints , continue
— 51 —
Bossuet (1) , pour obtenir, par leur entremise, les grâces de
Dieu ; et la principale de ces grâces que nous espérons obtenir
est celle de les imiter ; à quoi nous sommes excités paria
considération de leurs exemples admirables et par l'honneur
que nous rendons devant Dieu à leur mémoire bienheureuse.
On trouvera , avant l'Office, une lithographie reproduisant
le buste de saint Pardoux , avec sa date de 1510 , tel qu'on
le voit au Musée de Guéret. Cette lithographie , exécutée
d'après le dessin de M. À. Gautier , représente très-exacte-
ment le buste dans son état actuel. L'ancienne tête d'argent,
arrachée du buste d'ivoire en 1793, fut remplacée par une
tête en fer-blanc , lors du rétablissement du culte.
Nous avons fait, en outre, lithographier la gravure que
nous avons récemment découverte , collée sur le verso d'un
feuillet de la traduction manuscrite de M. Couturier delà
Prugne (2). Elle représente la vision durant laquelle l'ar-
change Michel apparaît au Saint et lui montre une échelle ,
en lui disant qu'au sommet le Seigneur l'attend avec une
couronne de récompense.
L'artiste s'est efforcé de suivre , avec fidélité, le portrait
qu'en trace le manuscrit du commencement du Xe siècle. Il
est endormi ; son visage serein est encadré d'une belle che-
velure , d'une barbe vénérable et exprime l'intelligence.
Devant lui est l'archange qui s'élève de terre environné de
nuages. A côté de sa couche sont placés le pot d'éau de
l'abstinence et le volume de la prière.
La présence de ce volume .témoigne du fait révélé par le
manuscrit du Xe siècle, qu'alors il avait recouvré la vue.
Après avoir rapporté l'accident qui le rendit aveugle , le texte
ajoute , en effet, qu'il fut quelque temps privé de la vue phy-
sique : temporali aspectu paulisper privatus. Un autre passage
(1) Exposition de la doctrine catholique , Invocation des saints.
(2) Possédée par Mme de Bonneval , née Couturier de Fournouë.

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