Vie de saint Ulric

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Wagner (Nancy). 1852. Ulric, Saint. In-16. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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DE
NANCY.
VAGNER, IMPRIMEUR-LIBRAIRE-ÉDITEUR,
Rue du Manége, 3.
1852.
NANCY, IMPRIMERIE DE VAGNER, RUE DU MANEGE,
NANCY, IMPRIMERIE DE VAGNER, RUE DU MANEGE, 3.
DE
Ulric était fils du comte Hubald, et frère
de Luitgarde, femme de Burchard II, duc de
Souabe et d'Alsace. Il naquit en 893, et fut
d'abord d'une si grande faiblesse de tempé-
rament, qu'il fallut le sevrer au bout de
trois mois. Mais une fois accoutumé à une
nourriture plus solide, il se développa rapi-
dement, et acquit un embonpoint qui étonna
tous ceux qui l'avaient connu auparavant.
Parvenu à l'âge de s'instruire des devoirs
du chrétien et des préceptes de la littéra-
ture humaine, il fut confié aux religieux
de Saint-Gai, dont il s'acquit bientôt l'estime
par la douceur de son caractère, la vivacité
dé son esprit et l'innocence de ses moeurs.
Ce fut dans ce monastère qu'il connut sainte
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Guiborat ou Wiborade, qui vivait en recluse
dans une petite cellule près de l'abbaye. Elle
prit le saint jeune homme en affection toute
particulière, et les rapports d'une sainte amitié
qui s'établirent entre eux ne purent être
interrompus que par la mort. Les moines de
Saint-Gai, saisis d'admiration pour la piété
d'Ulric et pour sa rare aptitude aux sciences,
l'ayant vivement pressé de se consacrer à Dieu
dans leur Ordre, celui-ci consulta sainte Gui-
borat sur le parti qu'il avait à prendre. Ani-
mée de l'esprit de Dieu, la bienheureuse
épouse de Jésus-Christ comprit quels services
Ulric pouvait rendre à l'Eglise par sa fortune,
sa naissance et sa piété. Elle lui conseilla de.
refuser les offres des moines de Saint-Gai, et
lui prédit son épiscopat, ainsi que les grandes
souffrances qu'il aurait à endurer pour Jésus-
Christ.
Alors il songea à retourner dans la maison
paternelle; car son éducation à celte époque
se trouvait à peu près terminée. A peine ar-
rivé, il manifesta à son père l'intention où
il se trouvait de se consacrer au service de:
Dieu dans le cierge séculier. Son père était
un homme religieux : il ne s'opposa point
à ses desseins, et peut-être qu'il espéra que,
là comme dans une autre profession, sa nais-
sanceie ferait avancer rapidement dans la
voie des honneurs. Au lieu donc de l'envoyer
servir en qualité de page dans la maison de
quelque noble seigneur, renommé par ses
exploits, il le mit sous la conduite d'Adalbé-
ron, personnage de haute naissance et prince-
évêque de la ville d'Augsbourg. Plus que tout
contre, Adalbéron était disposé à reconnaître
le mérite du jeune Ulric. Il le fit donc à peine
âgé de seize ans camérier de son église, c'est-
à-dire qu'il lui confia la garde et la distribu-
tion des ornements et des habits des clercs.
Quelque temps après, il L'éleva aux or-
dres sacrés, et lui donna un canonicat dans
sa cathédrale. Le jeune ecclésiastique avait
été trop bien instruit des devoirs et. des dan-
gers de sa nouvelle position, et se sentait
d'ailleurs un trop vif désir d'opérer son salut
pour ne pas veiller sur lui-même, et cher-
cher par tous les moyens à se rendre digne
du caractère qu'il venait de recevoir. Sans
s'adonner encore à. ces exercices de la péni-
tence et de la contemplation qui lui acquirent
dans la suite une réputation si bien méritée,
il commença à employer à la prière et à l'é-
tude les moments de liberté que lui laissaient
la récitation de l'office et l'exercice de la cha-
rité envers le prochain. II consacra aux pau-
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vres une partie de ses revenus, et pour se
mieux pénétrer du véritable esprit du sacer-
doce, qui est un esprit de zèle, d'humilité et
de sacrifices sans bornes, il résolut d'aller à
Rome visiter les tombeaux des apôtres saint
Pierre et saint Paul. C'était en 909, sous le
pontificat de Sergius III. Ce pontife le reçut
avec toutes sortes de distinctions, soit à cause
de sa noblesse, soit surtout à cause de ses
hautes vertus.
Le siège d'Augsbourg étant venu à vaquer
à la même époque, par la mort d'Àdalbéron,
le pape le lui offrit, peut-être pour avoir oc-
casion d'exercer le droit d'élection dont l'em-
pereur jouissait encore sans contestation, espé-
rant que les alliances d'Ulric lui donneraient le
moyen de soutenir la validité de son élec-
tion. Mais, soit que ce moyen ne parût pas
assez pur au jeune homme, soit par mv sen-
timent d'humilité profonde, il s'excusa auprès
du Saint-Père sur sa jeunesse et son inexpé-
rience. Sergius insista, mais ce fut inutile-
ment. Ulric quitta Rome, et trouva à son re-
tour en Allemagne, Hiltin, l'élu de l'empe-
reur, déjà intronisé sur le siège d'Augsbourg.
L'époque de l'arrivée du saint dans cette
ville, après son pèlerinage, fut celle où sa
ferveur sembla prendre un plus grand ac-
croissement, et où il s'adonna avec plus d'ar-
deur au jeûne, à l'étude, à la pratique de la
présence de Dieu et de la mortification des
sens, comme s'il se préparait à porter ce
lourd fardeau del'épiscopat, dont Dieu bien-
tôt allait charger ses faibles épaules. Il fuyait
surtout, autant que possible, jusqu'à l'om-
bre du danger, quand il s'agissait des ten-
tations contraires à la sainte vertu, et il avait
coutume de dire à ce sujet qu'on évitait la
flamme, en évitant tout ce qui pouvait ral-
lumer.
Hiltin étant venu à mourir en 924, Ulric,
alors âgé de trente ans, fut nommé son suc-
cesseur par Henry l'Oiseleur, roi de Ger-
manie, et sacré le jour des Innocents.
Le saint évêqûe, en prenant possession
de sa nouvelle Eglise, en trouva les peuples
dans l'état le plus déplorable. Les Hongrois
et les Esclavons, barbares d'origine asiati-
que, avaient pris et pillé la ville d'Augsbourg
quelque temps auparavant, et en avaient ruiné
la cathédrale. Peu de jours après sa promo-
tion , ils revinrent pour saccager le pays
'd'alentour, et enlever le peu de richesses
qu'ils y avaient laissées.
C'est dans cette seconde invasion qu'ils
renversèrent le monastère de Saint-Gal, et
tuèrent sainte Guiborat, que l'Eglise honore
parmi les martyrs de la foi.
Le premier soin d'Ulric fut de cons-
truire une église, pour y rassembler le peu-
ple, et y célébrer l'office divin. Malgré la
pauvreté,de ses diocésains, dont tant de ra-
vages successifs avaient épuisé les ressources,
il la fit décente, sinon magnifique, en;atten-
dant que des temps plus heureux le missent
en état d'en bâtir une digne de la splendeur
de son siége et de la majesté du Dieu qu'on
devait y adorer. Il procura aussi abon-
damment à son troupeau tous les secours
temporels et spirituels dont il avait besoin,
tellement qu'au milieu de leur malheur les
fidèles d'Augsbourg furent grandement con-
solés par la charité et le zèle du nouveau
maître que le Ciel leur avait donné.
Ulric, parvenu à un des évêchés les
plus importants de l'Allemagne, prince du
Saint-Siége, voyant que désormais son sort
était fixé jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de
l'appeler à lui, chercha à mettre dans sa
maison le même ordre qu'il mettait dans sa
conscience, et distribua si bien son temps que
la prière ne souffrit point de l'élude, et que
ces deux occupations ne nuisirent en rien aux
autres devoirs du saint ministère. Il se levait
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tous les jours à trois heures du matin pour
assistera l'office avec ses chanoines ; il récitait
ensuite d'autres prières de dévotion. Au
point du jour, il disait au choeur l'Office
des Morts et Prime; il assistait à la Grand'-
Messe. Tierce finie, il offrait le sacrifice, qu'il
répétait ordinairement trois fois, suivant l'u-
sage du temps, aboli par Alexandre II au
siècle suivant. Il allait ensuite à l'hôpital pour
y consoler les malades. Tous les jours il la-
vait les pieds à douze pauvres qu'il admet-
tait ensuite à sa table, et auxquels il distri-
buait d'abondantes aumônes. Le reste de la
journée était employé à l'instruction , au
soin des malades et des moribonds , et à
l'accomplissement des autres fonctions de
l'épiscopat. II ne faisait qu'un seul repas, en-
core n'était-ce que le soir, avant Complies.
Il retrancha le grand train d'équipages de
ses prédécesseurs, et allait ordinairement à
pied, accompagné d'un très-petit nombre de
domestiques. Chaque année il faisait deux
fois la visite de son diocèse, et à la suite de
chaque visite il rassemblait son clergé en
synode. Alors il rétablit dans son diocèse la
discipline et les bonnes moeurs, que les in-
vasions continuelles des barbares avaient
presque détruites.
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Le saint avait un attrait tout particulier
pour tout ce qui tient au service et au culte
du Seigneur. Il fit bâtir un grand nombre-
d'églises; c'était son plus grand bonheur
d'en aller faire la consécration ; quelque
part qu'on l'appelât, il s'y rendait avec le
plus grand zèle et ne craignait pas d'en-
treprendre dans ce dessein de longs et péni-
bles voyages. Un jour des habitants de la
province de la Haute-Allgaèu vinrent se jeter
à ses pieds et lui racontèrent, dans l'attitude
et les sentiments d'un coeur brisé, que depuis
longtemps ils avaient fait bâtir une église: à
leurs propres, frais; mais, que jetés au loin
dans un pays sauvage, relégués dans un dé-
sert affreux et pour ainsi dire inaccessible,
elle ne leur avait encore été d'aucun usage,
parce qu'ils n'avaient pas encore trouvé d'é-
vêques pour en faire la consécration. Le
digne et vénérable pasteur, en entendant ces
bonnes gens, verse lui-même des larmes
de compassion et de joie. Il part aussitôt;
avec eux et consacre leur église. Ceux-ci,
poussés par le sentiment de la reconnaissance,
lui apportent toutes sortes de présents. Le
saint les remercie, et, sans vouloir en ac-
cepter aucun , il leur adresse des paroles
touchantes, les exhorte à vivre toujours dans
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la paix et l'union, et les quitte ensuite aussi
édifiés de son désintéressement qu'ils l'avaient
d'abord été de son courage. En sa qualité de
prince de l'Empire, il était obligé de con-
duire à l'empereur les troupes de son évê-
ché, lorsqu'il en était requis. Telles étaient
les conséquences premières de cette alliance
du sacerdoce et du pouvoir temporel qu'a-
vait consacrée la féodalité. Néanmoins, quoi-
que le commandement des hommes d'armes
soit bien l'occupation la moins convenable
pour un ministre de paix et de réconci-
liation, il faut dire que c'était encore un grand
bonheur pour les peuples lorsqu'ils se trou-
vaient soumis à l'autorité immédiate de leur
évèque, et soustraits ainsi à la barbarie de
la justice exceptionnelle, que la plupart des
seigneurs féodaux exerçaient dans leurs fiefs.
Ulric sentait plus que tout autre combien des
expéditions fréquentes et lointaines, dans les-
quelles il fallait suivre le prince, allaient
nuire à ses devoirs. Tant que vécut Henri
l'Oiseleur, duquel il tenait son fief, il n'osa
demander l'exemption de cette première
charge du vassal à l'égard de son seigneur.
Mais après sa mort, il s'adressa au roi Othon
If, et en obtînt que son neveu Albéron,
fils de sa soeur Luitgarde, le remplacerait

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