Vie édifiante de Saint Bertrand, évêque et patron de l'église de Comminges ; augmentée de plusieurs autres chapitres intéressants et curieux ; par B. Lafforgue,...

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impr. de L. Hébrail, Durand et Cie (Toulouse). 1867. Bertrand, Saint. In-18, 118 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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VIE ÉDIFIANTE
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SAINT BERTRAND
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PAR B. LAFFORGUE
"RÊTRE DU DIOCÈSE DE TOULOUSE
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VIE ÉDIFIANTE
DE SAINT BERTRAND
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VIE EDIFIANTE
DE
SAINT BERTRAND
ÉVLQLi: ET PATRON-
DE VÉGLISE DE COMMINGES
augmentée
8E PLUSIEURS AUTRES CHAPITRES INTÉRESSANTS ET CURIEUX
PAR B. LAFFORGUE
- C.\
Im ÈTPre ^DU DIOCÈSE DE TOULOUSE
J. i- Y
TOULOUSE
TYPOG. L. HÉBRAIL, DURAND ET COMPie
5, RUE DE LA POMME, 5
1867
Propriété de l'auteur.
PREFACE
Lorsqu'on se propose d'écrire la vie
d'un saint, on doit, ce me semble, rap-
porter d'une manière exacte et fidèle tout
ce qui a trait à sa vie édifiante et reli-
gieuse. Cette voie, d'ailleurs, a été tou-
jours suivie parles anciens auteurs, qu'on
relit sans cesse avec un plaisir nouveau.
Je dirai même que ce moyen est le seul,
à mon avis, capable d'intéresser et d'ins-
truire le lecteur, parce que la vérité étant
comme l'âme de l'histoire, si l'imposture
et le mensonge viennent à triompher, ce
n'est plus alors une véritable histoire,
mais plutôt un roman ou un conte brodé
à plaisir.
Si j'avais voulu ajouter foi à tous les
faits miraculeux que les Commingeois at-
tribuent à leur saint évêque, il m'aurait
été bien facile de grossir considérable-
ment ce petit volume ; mais ces faits au-
raient-ils toujours présenté ce cachet de
vérité, de solidité et de vraisemblance
6
que le lecteur est en droit d'exiger? Qui
ne sait, d'ailleurs, la peine indicible qu'on
éprouve bien souvent pour connaître la
vérité de certains événements qui se pas-
sent sous nos yeux? Comment, à plus forte
raison, pourrait-on s'assurer de l'authen-
ticité de certains faits qui datent depuis
près de neuf cents ans, et qui n'ont d'autre
appui que l'opinion publique ? ("est pour-
quoi j'ai élagué, sans pitié, ces sortes de
traditions populaires, qui ne jouissent, en
général, d'aucune autorité, parce qu'elles
ne reposent sur aucun fondement stable
et solide. J'ai apporté le plus grand soin à
la recherche des documents qui pouvaient,
seuls, me fixer sur l'ensemble des matiè-
res que renferme cet ouvrage. J'ai, enfin,
suivi scrupuleusement, dans le récit de sa
vie et de ses miracles, la relation de Vital,
prêtre d'Auch, protonotaire apostolique,
qu'on suppose être né dans ce pays ; rela-
tion seule vraie, seule authentique, à cause
de la commission que son auteur reçut du
pape Alexandre III, ainsi que de l'appro-
bation solennelle qu'elle reçut dans l'église
de Latran.
DÉDICACE
AU TRÈS ILLUSTRE ET GLORIEUX
SAINT BERTRAND
Eveque et patron de l'Eglise de Commingcs.
Bèsle premier instant que je formai le
projet d'écrire votre vie, dès ce même
«•imemt j'eus aussi la pensée de vous
déiier le fruit de mon travail, si j'étais
assez heureux de le mener à bonne fin.
4 pieux saint Bertrand ! ô pontife vénéra-
ble et digne d'être à jamais béni et glori-
fié 1 bénissez cet opuscule que j'ose en ce
---J..l', tout indigne que j'en suis, déposer à
▼•s pieds sacrés, et qui vous appartient
par un titre tout particulier. Bénissez-le,
s'il vous plaît ; car vous savez que je n'ai
eu, en l'écrivant, d'autre but, d'autre dé-
8
• sir, que d'étendre d'âge en âge, de géné-
ration en génération, la gloire de votre
nom, et de contribuer, en même temps, à
l'édification de mes frères. Béni de votre
main , il ne pourra manquer de sanctifier
de- plus en plus ces âmes dont vous êtes
le protecteur, l'ami et le père, et plus tard
de les conduire au séjour de la paix et ie
l'éternel bonheur.
Après vous avoir supplié de donner V8-
tre bénédiction à ce modeste ouvrage, il
ne me reste, ô charitable et miséricordieux
saint, qu'à vous la demander aussi pour
moi. Bénissez donc, ô bon père ! bénissez
un de vos enfants qui, depuis longtemps,
s'honore d'avoir mis en vous sa confiante
et de porter votre nom si doux, si glo-
rieux. Obtenez-lui encore toutes les grâces
dont il a besoin pour être toujours un vrai
pasteur des âmes, un vrai prêtre seloM le
cœur de Dieu. Et comme -toutes les grâ-
ces peuvent se réduire à une seule, oite-
nez-lui celle d'être votre imitateur, comme
vous l'avez été de Jésus-Christ, alu de
régner un jour avec Lui et avec vous dans
l'éternité bienheureuse.
i.
VIE ÉDIFIANTE
DE SAINT BERTRAND
CHAPITRE PREMIER
Origine de Lyon-de-Comminges, son nom, son agran-
- dissement, son siège et sa destruction.
Après avoir complètement battu les bra-
ves partisans de Sertorius, débris malheu-
reux de l'armée de Marius, Pompée songea à
quitter l'Espagne pour rentrer dans la Cité-
Eternelle, autant pour s'y délasser de ses lon-
gues et sanglantes batailles, que pour y jouir à
la fois de ses immortels triomphes. Néanmoins,
avant de rentrer dans sa patrie, il s'arrêta
quelque temps dans cette partie qui forme
le Jtommingeois. Là, ayant remarqué, avec
une profonde douleur, que ces hommes,
dont il venait d'éprouver la valeur martiale,
vivaient dans ce pays dispersés, sans ordre
et sans discipline, il voulut, avant de les
quitter, leur donner une preuve manifeste
10
de son estime et de son affection. Pour cela,
il leur fit bâtir une ville sur une belle mon-
tagne, qu'il appela Lugdunum Convenarum,
parce que les peuples, qui étaient sans de-
meuré, s'y rassemblaient de toutes parts
pour l'habiter. Cela arriva l'an du monde
3936, soixante-douze ans avant la naissance
de Jésus-Christ, suivant le témoignage de
saint Jérôme, Strabon, Pline, Grégoire de
Tours et plusieurs autres historiens égale-
ment recommandables. Un petit nombre ce-
pendant, parmi lesquels on remarque Po-
lybe, attribuent, au contraire, la fondation de
cette ville à Scipion l'Africain, parce qu'il
forma des provinces en Espagne, depuis les
Pyrénées jusqu'à l'Océan; mais on ne voit
pas qu'il ait assemblé les Commingeois -dans
une ville, comme on le raconte de Pompée.
Tels furent autrefois les faibles commen-
cements de l'empire romain fondé par Ho-
mulus, ainsi que ceux de la célèbre républi-
que d'Athènes et de Venise, sous l'empire
de Marcian, pendant que les Huns et les
Vandales saccageaient en tous les se^Hn
Etats si florissants du beau royaume d'nHH
D'après des auteurs érudits, le nom de
cette ville est d'origine gauloise, et indique
qu'elle existait même avant la domination
des Romains dans les Gaules. On a donné
11
au mot Lugdunum plusieurs étymologies,
parmi lesquelles il est assez difficile de dis-
tinguer la véritable. Tous s'accordent à tra-
duire dunum par montagne ; ce mot est
même passé dans notre idiome comme indi-
quant une position élevée. Les uns croient
que Lug signifie grande, riche, distinguée;
mais ce nom avait été donné à la ville bien
longtemps avant qu'elle ne devînt remar-
quable ; d'autres disent que le mot Lug a la
même signification que Loc en patois, et
Lugan en espagnol, lieu ; d'autres encore le
traduisent par marais ; il en existe deux, en
effet, l'un dans le faubourg, au pied du rem-
part, à côté d'une source abondante ; l'autre,
au haut de la ville, près de. la cathédrale,
alimenté par les eaux pluviales et aussi par
une source cachée.
Quoi qu'il en soit de ces diverses explica-
tions, cette cité, favorisée par les Romains,
devint en peu de temps une des plus consi-
dérables villes de la Novempopulanie, et une
des plus importantes places de l'Aquitaine.
On y éleva des amphithéâtres pour les jeux
publics, on l'orna aussi de plusieurs aque-
ducs qui allaient chercher au loin des eaux
pures et abondantes pour fournir aux be-
soins de la population. Ces aqueducs ont
disparu peu à peu avec les siècles écou-
12
lés. Néanmoins, on en trouve encore quel-
ques restes épars qui nous font assez con-
naître que ce fut l'ouvrage de leurs mains.
Trois voies romaines, suivant l'itinéraire
d'Antonin, conduisaient à Lugdunum, par-
tant : l'une de Lescar, l'autre d'Agen, et
la troisième de Toulouse. Bientôt aussi les
maîtres du monde accordèrent le droit de
cité aux habitants de Lugdunum, et les con-
sidérèrent comme des citoyens romains.
Suétone nous apprend même que l'empereur
Auguste étant venu dans les Gaules, et alk.
préciant le courage et la fidélité des Com-
mingeois, voulut en avoir une légion pour
sa garde particulière. Les Commingeois
avaient pour armoiries quatre amandes en
croix, qu'on voit encore figurer sur quelques
portes de leur ville.
Après être parvenue, pendant près de sept
cents ans, au plus haut degré de sa puissance
et de sa splendeur, Lyon, opulente et orgueil-
leuse, déchut de sa gloire par un événement
aussi funeste qu'ordinaire aux places fortes.
Clotaire 1er, fils de Clovis, ayant réuni
sous son sceptre toute la monarchie franque,
la partagea en mourant entre ses quatre fils,
nommés Charibert, Gontran, Chilpéric et
Sighebert, sans en faire part à Gondowald,
leur- frre adultérin. Clotaire, ayant refusé
13
par un principe d'honneur de le reconnaitre
pour son fils, le fit néanmoins traiter en
prince et élever avec distinction. Après sa
mort, ce prince fut présenté tour à tour à
Childebert, frère de Clotaire, et à Charibert
son fils, roi de Paris, qui, se trouvant sans
enfants, le reçut avec bonté et le traita
même avec affection ; mais Sigbebert, roi
d'Austrasie, vit d'un œil de jalousie ces mar-
ques d'estime qu'il aurait dû, ce semble, par-
tager..Craignant sans doute de perdre une
partie des biens de son frère, il tendit des
piéges à Gondowald, et ce prince malheu-
reux, dont la vie entière ne devait être qu'un
tissu de peines et de trahisons, fut arrêté,
sans pitié, et retenu prisonnier dans Cologne.
Cependant, ayant trouvé le moyen de recou-
vrer sa liberté, il passa en Italie auprès de
Narsés, général romain, où il forma un riche
.établissement, dont il eut deux enfants. De
là, il se rendit à Constantinople, où il fut traité
par l'empereur Justin, qui vivait encore, et
par Tibère, son successeur, comme un prince
de la maison de France. Peu d'années après,
Boson, qui avait quitté le parti de Gontran,
alla trouver Gondowald à Constantinople,
l'informa exactement de tout ce qui se pas-
sait en France, et lui dit que Gontran n'avait
point d'enfants ; que Childebert, fils de Sighe-
14
bert, n'était pas capable, à cause de son bas
âge, de gouverner le royaume ; que Chilpé-
ric n'avait laissé, en mourant, qu'un fils de
six mois; que tous les grands du royaume
le désiraient ardemment, et que tout était
favorablement disposé pour le placer sur le
trône de ses pères. Gondowald, à ce récit sé-
duisant, sentit naitre dans son cœur un rayon
de joie et d'espérance. Il ne songea point,
l'insensé, que c'était là le vrai langage d'un
perfide et d'un ambitieux; il combla Boson
de présents, et le renvoya sous bonne escorte,
après lui avoir fait prêter serment de fidélité
dans plusieurs églises.
L'empereur Tibère, content que la divi-
sion régnât en France, fit de riches présents
à Gondowald, et lui, fournit des vaisseaux
sur lesquels il s'embarqua avec ses en-
fants. Il aborda à Marseille, où il fut reçu
comme un prince du sang par Théodore,
évêque de cette ville. De là, en attendant
une occasion favorable à ses projets, il alla
se cacher dans Avignon, où commandait le
patrice Mummol, révolté contre Gontran.
Cependant Gontran cherchait toujours l'oc-
casion de perdre Boson pour avoir provoqué
le retour de Gondowald ; mais celui-ci, tou-
jours habile et toujours perfide, prétendit
n'avoir voulu que tendre un piège à l'aven-
i5
tuner, et offrit au roi de Bourgogne d'assié-
ger Gondowald dans Avignon, et de lui livrer
cet homme et le patrice Mummol, son com-
plice. Pour gage de sa foi, il laissa en otage son
fils unique entre les mains de Gontran. Celui-
ci, bien qu'il dût savoir quel cas on pouvait
faire des promesses de Boson, accepta néan-
moins ses offres avec plaisir, et le mit à la
tête d'une armée (584). Boson échoua dans
une première tentative contre Avignon ; il
vint ensuite à Châlons-sur-Saône, et pria le
roi de Bourgogne de lui accorder des ren-
forts et de le mettre en mesure de recommen-
cer la guerre. Sur ces entrefaites, les grands
d'Austrasie, qui dirigeaient le royaume,
sous le nom du jeune Childebert, se déter-
minèrent à venir en aide à Mummol, l'un
des leudes de leur roi, et à l'aventurier Gon-
dmvald lui-même, dans l'espoir que les
prétentions de cet homme causeraient de
nombreux embarras au roi Gontran et à la
reine Frédégonde. Pour mener à bonne fin
cette combinaison audacieuse, ils firent mar-
cher des troupes sur Avignon, délivrèrent
cette ville, et rendirent à Gondowald et à
ses affidés la liberté dont ils avaient besoin
pour guerroyer en Aquitaine et en Bour-
gogne.
Gondowald passa dans le Limousin avec
Iii
des troupes, et se fit proclamer roi des
Francs à Brives-la-Gaillarde ; sa présence
en Aquitaine accrut les éléments de révolte
et de discorde qui fomentaient dans ce pays.
Limoges et Poitiers, se détachant du royaume
de Neustrie, prêtèrent serment de fidélité à
Childebert II, roi d'Austrasie : Bourges se
déclara pour Gontran; la ville de Tours,
quoiqu'à regret, mais plus exposée qu'une
autre aux attaques du roi de Bourgogne,
suivit l'exemple de Bourges. Cependant An-
goulême et Périgueux se prononcèrent pour
Gondowald, et la ville de Toulouse, malgré
son évêque Magnulphe, mais à l'instigation
du duc Didier, prit à son tour le parti de
ce prétendant (585).
En peu de temps, Cahors et Bordeaux s'as-
socièrent à ce mouvement politique, et le
prétendant Gondowald rallia à sa cause quel-
ques évêques, au nombre desquels figurè-
rent Salonne d'Embrun et Sagittaire de
Gap, celui-là même qui, sous le commande-
ment du patrice Mummol, avait naguère
combattu, les armes à la main, contre les
Lombards. Le parti de l'aventurier se déve-
loppait rapidement au midi de la Leire ; tou-
tes les villes de cette contrée, qui autrefois
avaient dépendu du royaume d'Austrasie-,
prêtaient serment de fidélité au roi Ghilde-
17
bert II entre les mains de Gondowald, son
allié ; toutes celles qui précédemment appar-
tenaient à Chilpéric, se prononçaient pour
Gondowald et le proclamaient roi. Cette mar- ,
che avait été combinée d'avance entre les
partisans de Gondowald et le conseil des
grands d'Austrasie.
Cependant Gondowald était près de Poi-
tiers, lorsqu'il apprit qu'une puissante ar-
mée, commandée par Léodégisile, s'avançait,
à grand pas, pour combattre, et que Didier
avait abandonné son parti. Ces événements
malheureux le remplirent de crainte et de
frayeur, il fut forcé de repasser la Dordogne
et de se retirer à Bordeaux ; mais il ne put
trouver longtemps un asile en cette ville ;
l'armée de Gontran l'y suivit de près. Gon-
dowald tourna alors ses regards du côté des
Pyrénées où il espérait trouver un asile plus
assuré contre les ennemis qui le poursui-
vaient. Lyon-de-Comminges lui sembla pro-
pre à soutenir un long siège. Cette place,
déjà forte par sa position, sur le sommet
d'une montagne, était encore entourée de
fortes murailles et munie de tant de vivres
qu'elle aurait pu résister, pendant plusieurs
années, aux attaques de l'ennemi. A son ar-
rivée en cette ville, Gondowald, au lieu de
chercher des points d'appui dans les sym-
18
pathies de la population, en fit sortir, par
stratagème, tous les habitants inutiles. L'évê-
que lui-même ne fut pas exempté de cette
proscription. Il s'unit cependant étroitement
avec un certain Cariulphe, homme riche et
puissant, qui l'aida fortement de ses biens et
de son crédit. Puis, ayant fermé les portes,
il se proclama avec les siens maître absolu
de la place, et seul possesseur de ce qu'elle
renfermait. Cela arriva au commencement
du carême de l'an 586.
Cette conduite perfide ne porta bon-
heur ni à Gondowald ni à ses partisans.
Bientôt Léodégisile arriva à Valcabrère, qu'il
ruina et démolit entièrement. Il campa dans
le vallon, et, après avoir porté dans tous les
lieux d'alentour le ravage et la destruction,
il mit le siège devant la ville de Lugdunum.
Il livra ensuite plusieurs assauts à cette ville
fortifiée, lesquels furent vaillamment soute-
nus et heureusement repoussés. Sagittaire,
Mummol et les leudes de Gondowald com-
battaient vaillamment sur le haut des rem-
parts, et leur courage désespéré confondait
tous les efforts de l'ennemi. A la fin, les assié-
geants eurent recours aux outrages, aux me-
naces, à la trahison, et le parjure seul leur
permit de triompher de la résistance des as-
siégés. Des propositions clandestines furent
19
donc adressées à Mummoi, comte d'Auver-
gne, et aux autres chefs du parti de Gondo-
wald. On leur promit de les faire rentrer en
grâce, s'ils consentaient à se rendre et à
livrer le prétendant Mérovingien aux lieu-
tenants du roi de Bourgogne. Ces assurances
les déterminèrent à trahir leur chef, et à lui
donner le perfide conseil de sortir de la place
et de recourir à la clémence du vainqueur,
qui, disaient-ils, n'ayant plus d'héritiers de
sa race, avait pris subitement la détermina-
tion de faire la paix avec lui et de l'adopter.
Gondowald hésita longtemps, comme s'il eût
éprouvé au fond de son cœur un pressen-
timent secret des malheurs qui allaient fon-
dre sur lui. Il ne put même retenir ses lar-
mes en entendant un discours si différent de
ceux qu'ils lui avaient tenu jusqu'alors. Il
céda néanmoins à regret, après avoir invo-
qué le serment de ses leudes. Mummol et
les autres complices, n'écoutant que leur pro-
pre intérêt, n'hésitèrent pas à le rassurer en
lui prêtant de nouveaux serments de fidélité;
et ce malheureux sortit sans armes pour al-
ler se joindre à l'escorte d'honneur que Gon-
tran était censé lui envoyer. A peine eut-il
franchi le seuil fatal de la porte, que Mum-
mol se hâta de la refermer sur lui, et l'aban-
donna seul à la rage de ses ennemis. Gondo-
20
wald, se voyant ainsi trahi, éleva soudain ses -
mains et ses yeux vers le ciel pour demander
vengeance d'une telle perfidie. Peu d'instants
après, comme il descendait le coteau fatal
pour se rendre au camp de l'ennemi, il tomba
massacré, par Ollon, comte de Bourges, et
quelques soldats de Bourgogne. Son corps
fut longtemps traîné autour du camp, au mi-
lieu des cris et des outrages les plus atroces,
et demeura sans sépulture au lieu même où
il avait trouvé la mort. Telle fut, au mois de
mai de l'année 585, la fin misérable de Gon-
dowald, victime de la plus honteuse et la
plus lâche trahison. La ville ne fut pas de
suite livrée aux soldats ; la nuit entière fut
employée à mettre à l'abri du pillage les
trésors qu'elle renfermait. Dès que le jour
parut, jour de deuil et de désolation, on
ouvrit les portes. Les soldats s'élancèrent
furieux dans cette ville coupable, et alors
commença l'œuvre de destruction. Rien ne fut
épargné dans ce jour de lugubre mémoire,
pas même les traîtres qui avaient livré Gon -
dowald, et qui, dans l'ivresse de leur délire,
buvaient à l'exécrable d'énouement de leur
trahison. Mummol fut tué à la porte de sa mai-
son ; Sagittaire, s'étant déguisé pour s'enfuir,
fut reconnu par les soldats et massacré au
lieu même où était tombé celui qu'il avait
21
trahi. Tous les habitants furent passés au fil
de l'épée, les prêtres égorgés au pied des au-
tels, les édifices démolis et incendiés. Saint
Grégoire de Tours, qui a décrit très au long
ce lugubre épisode de l'histoire de Lugdu-
num, dit en propres termes, qu'il n'en resta
que le sol nu, nihil ibi prœter humum va-
cuam relinquentes. Telle fut la fin de Lyon-
de-Comminges, qui avait fleuri depuis le
siècle de Pompée jusqu'à celui de Clovis, et
qui ne devait renaître de ses cendres que
cinq siècles plus tard, à la voix de saint Ber-
trand. A partir de cette époque, un silence
profond se fait dans son histoire, semblable
à celui de la mort. Lugdunum ne présente
plus aux regards affligés, qu'un monceau de
ruines qui annoncent une affreuse désolation.
On ne trouve même plus le nom de ses évê-
ques pendant une suite de deux cents ans, et
l'on ignore pareillement où résidèrent ceux
qui - administrèrent ce diocèse avant saint-
Bertrand.
22
CHAPITRE II
Divinités locales. — Monuments religieux trouvés à
Lugdunum. — Saint Saturnin, apôtre de Commm-
ges. — Saint Exupère et Vigilance — Invasion des
Vandales, des Goths et Visigoths. — Martyre de
saint Gaudens. - Invasion des Sarrasins. - Martyre
de saint Aven tin.
Formés à l'école des Romains, les Convenœ
adorèrent d'abord, comme leurs maîtres, les
grands dieux de la mythologie, comme le
prouvent certaines inscriptions gravées sur
la pierre.
Outre ces dieux de premier ordre, les Con-
venæ, à l'imitation des anciens peuples,
dressèrent aussi des autels à des divinités
secondaires; savoir : au soleil, à la terre,
aux vents, aux montagnes, aux fontaines, aux
bois de leur patrie, aux génies protecteurs de
certaines localités. Comme il nous serait très
difficile, même impossible d'énumérer ici les
divers monuments qui constatent cette vé-
rité, attendu que plusieurs ont disparu, et
que d'autres gisent encore enfouis dans des
lieux ignorés, nous nous contenterons d'en
citer ici un petit nombre que nous avons
choisi parmi celles qui sont les plus con-
nues :
23
4* Abelfon, cité par d'anciens auteurs
comme une de leurs principales divinités.
2° Smrsa, trouvé dans un lieu nommé
lars«us, àTikiran.
3* Smcserte, extrait d'un oratoire païen,
salué à une petite distance de la croix dite
àm Basert, lequel fut consacré, plus tard, à
la gloire de la reine des cieux.
4* Arteoe, à Saint-Pé-d'Artet ou d'Ardet.
S» A veran, sur la montagne même de ce
nom, qui se trouve près de Melles, frontière
d'Espagne.
€• Luxoni, à Luchon: Lunae, à Lunax:
Iakae, à Francon.
7* jEdelMti, dans un lieu nommé Adeillan,
paraisse de Luçan.
3,6 ApWli, à Polignan.
te Ararn, dans la vallée d'Aran.
Malgré les plus sévères recherches aux-
quelles je me suis livré, il m'a été absolument
impossible de déterminer l'origine de ces cul-
tas divers.
en conserve encore à saint Bertrand une
table ronde en marbre, qu'on trouva dans
te territoire de cette ville, sur laquelle on
offrait aux dieux des sacrifices. Autour de
@téta table est gravée l'inscription suivante
e* lettres abrégées : Tib. Publ. Sabinus vi-
canis. vici Florentini. mensas. cum basi-
24
bus. » S. P. » F. C Cette inscription signifie
que Tiberius, Publius, Sabinus a fait faire à
ses frais, pour les habitants du bourg Floren-
tin, ces tables avec leurs vases.
Ce monument est l'unique, dans ce genre,
qu'on ait conservé dans les Gaules.
Tout près de Valcabrère, on trouva aussi
une pierre informe et mal travaillée, au bout
de laquelle était gravée la figure d'une déesse
avec un collier, et de l'autre celle d'un loup,
avec cette épigraphe barbare : Alfia hohisi.
G. Bulluca.
Telles furent quelques-unes des divinités
adorées à Lyon-de-Comminges. Ce peuple
infortuné, que Dieu avait tant protégé dès
les premiers jours de son existence, et qu'il
réservait néanmoins pour les plus tristes
scènes et les plus affreux malheurs, brûla
pendant longtemps un encens sacrilége de-
vant de vaines idoles. -
Saint Saturnin, premier évêque de Tou-
louse, envoyé, suivant l'opinion la plus accré-
ditée, par l'apôtre saint Pierre, avec six au-
tres évêques, qui se partagèrent les Gaules,
semble avoir été le premier qui ait porté le
flambeau de la foi dans cette contrée ; car
nous lisons que cet apôtre bâtit une église
dans la ville du Maz (aujourd'hui Saint-Gau-
dens), en l'honneur du prince des apôtres,
25
1..
el qu'il dédia un autel à la vierge Marie dans
celle de Lugdunum.
Deux siècles environ avant la ruine de
cette cité, c'est-à-dire vers l'an 400, paru-
rent parmi nos pères deux hommes sur les-
quels je ne peux garder le silence, parce
que nous les considérons, à juste raison,
l'un comme une des gloires, l'autre comme
une des hontes de notre pays. Le premier
est saint Exupère, évêque de Toulouse, né,
suivant plusieurs graves auteurs, à Arrau,
dans la vallée d'Aure, diocèse de Commin-
ges, que saint Jérôme proclamait comme un
des plus grands évêques de son temps. Il
mourut à Blagnac; ses reliques furent trans-
férées à Toulouse, où une église lui est dé-
diée. Sa fête se célèbre le 28 septembre.
L'autre est Vigilance, d'abord hôtelier ,
puis prêtre de Barcelonne, né à Calagorris
(aint-Martory), suivant d'autres au Fourc,
près de l'embouchure du Salat. — Il attaqua
la virginité, l'état monastique, le célibat des
prêtres, etc., et mourut dans ses erreurs,
sans avoir eu la consolation de compter
parmi ses partisans un seul de ses compa-
triotes.
Vers le même temps, on vit fondre sur
notre pays des nuées de barbares, se dispu-
tant, les uns après les autres, les lambeaux
26
de l'empire romain. Les Vandales parurent
d'abord, vers l'an 408, après avoir semé par-
tout sous leurs pas la ruine, la désolation et
la mort.
Peu de temps après, les Goths et les Visi-
goths inondèrent aussi nos contrées méridio-
nales, et fondèrent un empire puissant et
étendu dont Toulouse fut la capitale. Leur
règne dura de 419 à 508. Lugdunum eut
beaucoup à souffrir des diverses incursions
de ces barbares, mais ses remparts et ses
fortes murailles la mirent en partie à couvert
de leur rage et de leur fureur.
Parmi les têtes principales qui tombèrent
sous leurs coups, je citerai notamment un
jeune berger du Maz, nommé Gaudens, le-
quel aima mieux obéir à Dieu et à sa cons-
cience, que d'abjurer sa foi; aussi la cou-
ronne du martyre fut-elle le prix de sa
résistance et de son généreux amour. Cette
cité reconnaissante voulut, en prenant son
nom, l'adopter pour son protecteur, et Ber-
nard, évêque de Comminges, éleva sur son
tombeau, au onzième siècle, ce temple ma-
gnifique qui sera à jamais l'honneur et la
gloire des habitants de Saint-Gaudens.
Ce fut environ vers la même époque que-9
les Francs commencèrent à paraitre dans
nos Gaules. Clovis, leur roi, était alors le
27
seul prince catholique de l'univers ; aussi les
peuples et le clergé lui tendaient les bras de
tous côtés, souhaitant tous ardemment de
pouvoir vivre sous sa domination. A sa mort,
qui arriva en 512, le Commingeois ne dé-
pendait plus de ces barbares, mais il relevait
du royaume d'Orléans.
Deux siècles plus tard, les Sarrasins , ces
cruels ennemis des chrétiens, franchirent les
Pyrénées, et, ne trouvant rien à prendre
dans la cité de Lugdunum, ruinée un siècle
auparavant, s'en dédommagèrent en pillant
et saccageant toute la contrée ; ils brûlèrent
quantité d'églises, de monastères et de villes
qui se trouvèrent sur leur passage ; ils firent
aussi beaucoup de martyrs dans les Gaules.
C'est sous leur domination qu'il faut placer,
entre autres, le martyre de saint Aventin,
honoré dans une magnifique église que nos
pères lui dédièrent, au sein de nos monta-
gnes, pour éterniser parmi nous la gloire de
son nom et ses nombreux bienfaits.
m
CHAPITRE III
Naissance de saint Bertrand. — Son éducation; sas-
études — Il suit la carrière des armes ; les quitte
pour le service des autels. — Il devient chanoine et
archidiacre de Toulouse.
Bertrand naquit en Gascogne, vers le
milieu du onzième siècle, de noble Aton
Raymond de lia, seigneur d'Ictium Castrum
ou Castellum Jecium, et d'une fille de Guil-
laume III dit Taillefer, comte de Toulouse,
dont on ignore le nom. Aton eut deux autres
fils, Raymond, père de Jourdain, lequel bàiit
autour du château paternel une ville qui prit
son nom, Insula Jordanis, et dans la langue
du pays, la hille ou fille de Jourdain, et fit
partie de la première croisade, à la suite du
comte de Toulouse, son suzerain et son pa-
rent ; et Aton d'Andoufielle (nom d'une terre
qui fut son apanage), qui épousa la fille du
baron de Montaut, dont il eut Guillaume,
archevêque d'Auch. (-1)
(1) La tradition a conservé à l'Isle le souvenir du
lieu où naquit notre saint. Le château de son père a
disparu depuis bien des siècles, mais la maison
bâtie sur son emplacement porte encore le nom de
maison de saint Bertrand.
29
Notre saint montra dès sa plus tendre en-
fance les plus heureuses dispositions pour la
vertu; aussi les augustes auteurs de ses
jours, qui n'étaient pas moins recomman-
.dables par leur piété que célèbres par leur
naissance, songèrent de bonne heure, suivant
le précepte de l'apôtre , à donner au jeune
Bertrand une éducation toute chrétienne.
Son père lui enseignait l'amour de la sagesse,
en la pratiquant. Sa vertueuse mère lui fai-
sait sucer son lait et sa vertu ; il ne parlait
point encore, et déjà ils lui apprenaient à bé-
gayer les noms si tendres et si doux de
Jésus et de Marie. Ils savaient que les enfants
sont comme une cire molle qui reçoit et qui
conserve toujours la première empreinte
qu'on lui donne ; aussi, fidèles à ces premières
maximes ; ils joignaient toujours l'exemple
aux leçons de vertu qu'ils lui donnaient, et
marchaient sans cesse devant lui dans le
chemin royal de la justice et du ciel.
Tant de soins de leur part ne furent point
infructueux. Sans parler des grandes et émi-
nentes vertus qui en furent le fruit, la re-
connaissance et l'affection d'un si bon fils fu-
rent, dès ici-bas, pour ses parents, une bien
douce récompense. Le souvenir de son père,
et principalement de sa tendre mère, ne s'ef-
faça jamais de son cœur bon et sensible.
30
Jusque dans ses dernières années, Bertrand
n'en parlait jamais qu'avec vénération et at-
tendrissement, et lorsque, du haut de la
chaire sacrée, il expliquait les devoirs des
pères et mères envers les enfants, c'était
toujours l'exemple et la conduite de sa pieuse
mère qu'il aimait à citer. Souvent, bien sou-
vent, il bénissait le ciel de lui avoir donné
une mère semblable ; son cœur de fils s'é-
panouissait encore de tendresse et de recon-
naissance, et épanchait sur tout son auditoire
un langage si suave de piété filiale, que l'on
se disait involontairement : Heureuse mère,
dont le nom est si délicieusement béni par
un tel fils ; mais aussi on pouvait bien dire
réciproquement : Heureux fils, dont les pre-
miers pas dans la vie ont été dirigés par une
telle mère.
Docile à ses leçons, le jeune Bertrand mon-
tra, dès le plus bas âge, cette douceur de
mœurs et cette aménité de caractère qui le -
distinguèrent si bien dans la suite de sa vie :
dès lors on ne remarqua jamais en lui aucun
penchant pour ce qui aurait pu le dissiper,
ni aucun éloignement pour tout ce qui a
coutume de gêner les inclinations des enfants.
Toujours attentif, au contraire, aux sages con-
seils de sa pieuse mère, il ouvrait sans peine
son âme pure et innocente à toutes les im-
31
pressions de la vertu, et ainsi il acquérait
peu à peu cette haute intelligence qui devait
un jour, suivant la promesse de l'Ecriture,
lui mériter l'art de gouverner. C'est pourquoi
son vertueux oncle, Bernard de Montaut, ar-
chevêque d'Auch, prélat aussi distingué par
ses largesses que par ses éminentes vertus,
instruit de la piété naissante de son neveu,
et convaincu que l'innocence d'un enfant est
semblable à une tendre fleur, qui, trans-
plantée trop tôt dans une terre étrangère,
se fane et périt, se hâta de l'appeler auprès
de lui pour perfectionner cette âme naturel-
lement chrétienne, et l'élever insensiblement
à de plus hautes connaissances.
C'est là que ce précieux enfant va croître,
comme un autre Samuel, à l'ombre de ce
nouvel Héli : c'est là qu'il deviendra, comme
lui, l'espérance et la joie d'Israël ; comme lui
aussi, il sera orné de tous les dons du ciel,
parce que le Seigneur lui-même aura pris
soin de le former et de l'instruire. Suivons
donc pas à pas la marche de la divine Pro-
vidence sur cet enfant d'élite et de bénédic-
tion. Avant de le voir prêtre et pontife à
Faute!, examinons d'abord comment il se
prépare, durant le cours de ses études, à ce
grand apostolat qu'il devait un jour exercer
avec tant d'éclat et de fruit pour les âmes.
32
Ce fut d'abord auprès de son oncle que le
jeune Bertrand apprit les premiers éléments
de la langue française et latine, et les belles-
lettres. Ses rapides progrès dans les sciences
répondirent à son application constante au
travail, jointe à la finesse naturelle de son
esprit ; mais, ce qui est infiniment plus pré-
cieux et plus estimable, c'est qu'il apprit en
même temps à connaître, à aimer, à servir
Dieu et à ne vivre que pour lui seul Ce
saint prélat, qui considérait d'un œil de com-
plaisance et presque de jalousie tant de belles
qualités réunies en son jeune élève, eut en-
core la douce, consolation de le voir profiter
avidement des bons exemples et des leçons
de vertu qu'il lui donnait chaque jour, avec
autant de plaisir que de bonheur.
Aussi, dès l'âge le plus tendre, il fut jugé
digne d'être admis à la première communion :
ses vertueux parents, surtout son vénérable
oncle, le préparaient depuis longtemps à cette
grande action, la lui faisant envisager comme
le comble du bonheur, le but de tous ses
efforts, le motif le plus puissant de bien
faire toutes choses ; et le pieux enfant entrait
de toute son âme dans ces saintes pensées.
Aussi la réception du pain eucharistique fit-
elle sur son cœur tendre et sensible, l'im-
pression la plus profonde et la plus durable.
33
Touché de l'amour de son Dieu, il renonça,
dès ce moment, à tous les plaisirs, à toutes
les jouissances de son âge. Tous ses goûts se
portèrent uniquement vers une vie de mor-
tification, de charité et de prière.
Peu de temps après, le vénéré prélat, pré-
sageant déjà ce que plus tard il devait être
dans l'Eglise, et ne voulant lui laisser rien
ignorer de ce qui composait alors l'ensemble
de la science tant humaine qu'ecclésiastique,
le plaça entre les mains des religieux de
Cîteaux, dans le monastère de l'Escale-Dieu,
dont l'abbaye se trouvait à Capatur, vers les
sources de l'Adour.
C'est dans ce pieux asile, dirigé par des
hommes d'une vertu et d'une piété con-
sommée, que fut conduit le jeune Bertrand,
après avoir sucé le lait de la foi dans une
famille chrétienne, et avoir été initié aux
usages de l'Eglise et aux premières notions
des connaissances humaines par son ver-
tueux oncle. C'est là qu'animée par l'exem-
ple de ces bons solitaires, et éclairée par les
beautés sublimes des divines Ecritures, l'âme
de Bertrand s'embrasa comme une flamme
étincelante, et finit de se former à la pratique
de toutes les vertus.
Notre jeune étudiant ne fit pas moins de
progrès dans l'étude des belles-lettres et de
34
la philosophie que dans celle de la religion.
Doué d'une mémoire prodigieuse, il possédait
toujours parfaitement les leçons assignées,
retenait les explications et les enseignements
de ses maîtres, et n'oubliait rien de ce qu'il
avait une fois appris. D'une pénétration
d'esprit non moins remarquable, il savait
saisir le nœud d'une difficulté, démêler le
vrai sens d'un passage obscur et difficile ;
trouver la pensée convenable et le mot propre
pour la rendre ; d'une justesse de goût par-
faite, il savait apprécier les beautés litté-
raires et se les graver dans le souvenir,
moins encore par l'effort de sa mémoire que
par le tact de son esprit, qui, en les saisis-
sant vivement, se les imprimait pour tou-
jours. Parvenu en philosophie, il ne se dis-
tingua pas moins que dans les classes des
helles-lettres, et la solidité de son jugement
parut égale aux grâces de son esprit. Tant
de qualités, si heureuses et si belles, se-
condées par une application soutenue, lui
méritèrent toujours l'estime et l'affection de
ses condisciples et de ses maîtres. Supérieur
à tous ses condisciples, il ne rencontra ja-
mais aucun rival. Néanmoins cette supériorité
ne le rendit jamais ni fier, ni orgueilleux.:
modeste et sans hauteur, il était l'ami de
tous ; excellent camarade, il se prêtait avec
35
une grâce tout à fait aimable à tous leurs
jeux, à tous leurs modes de récréation, sou-
vent même il en était l'âme et en faisait tout
le charme et tous les frais : aussi pas un
qui ne fît haute profession de l'aimer, mais
d'une amitié si franche et si sincère, que
l'occasion de lui en donner des preuves fut
toujours saisie avec empressement, avec
bonheur.
Après avoir terminé le cours de ses études,
le jeune Bertrand rentra dans le sein de sa
famille, et embrassa la carrière militaire,
que lui indiquaient, sans doute, la volonté
de ses parents et les traditions de sa famille.
Notre jeune héros ne tarda pas longtemps à
se distinguer, parmi ses frères d'armes, au-
tant par sa bravoure que par l'aménité de
, ses mœurs et sa générosité envers les pau-
pauvres ; et, malgré la licence des camps,
semblable à ce magnanime guerrier, dont il
est parlé aux Actes des Apôtres, qui craignait
Dieu en servant César, il sut prouver à tous
ses compagnons, par une conduite pure et
irréprochable, qu'on peut être à la fois bon
soldat et bon chrétien.
Mais le tumulte des armes ne pouvait, en
aucune manière, convenir à cette âme pure
et fidèle. Soldat de Jésus-Christ, il se sentait
appelé à d'autres combats que ceux où il
36
voyait couler le sang de ses frères. 'Cédant
donc à l'empire de la vocation, il quitta le
service militaire, et renonça, sans regret, à
tous les avantages que la noblesse et les biens
de sa famille pouvaient lui procurer dans le
monde, pour se consacrer entièrement au
service des autels. Dès ce moment, il ne son-
gea plus qu'à plaire désormais à Celui qui
l'avait enrôlé, par son baptême, dans cette
milice sainte.
Toutefois, comme personne, d'après saint
Paul, ne doit s'immiscer de soi-même dans
le sacerdoce divin, sans y être véritablement
appelé de Dieu, comme Aaron, Bertrand,
instruit de cette vérité, n'eut jamais garde
de vouloir s'ériger en arbitre de sa destinée.
Quelque belles, d'ailleurs, que fussent les
qualités qu'il avait reçues de la nature, quel-
que noble que fût l'éducation qu'il avait re-
çue dans son enfance, quelqu'ardent que
fût le désir qui battait au fond de son cœur
de travailler au salut de ses frères et à sa
propre sanctification, il priait néanmoins, il
jeûnait, il attendait avec une humble sou-
mission les ordres du Ciel.
L'éclat de ses vertus parvint bientôt à
l'oreille de son évêque. Il l'appela, il ouvrit
devant lui les portes du sanctuaire, et le força
d'y entrer. Bertrand, comme un autre Au- !
37
2
gustin, obéit en tremblant, et il eut le bon-
heur, si rare dans notre siècle, d'apporter à
l'étal ecclésiastique sa première innocence.
Les talents et la sagesse de ce jeune et
pieux serviteur de Dieu percèrent bientôt le
voile épais dont son humilité le tenait cou-
vert. Isarn, évêque de Toulouse, prélat animé
d'un grand zèle pour la gloire de Dieu et
l'avancement spirituel de son clergé, venait
de persuader à tous les membres de son cha-
pitre d'embrasser la règle des chanoines ré-
guliers de Saint-Augustin, qui déjà avait été
introduite en plusieurs églises de France avec
beaucoup de succès. Pour soutenir ce nouvel
établissement dans tout l'éclat qu'il voulait
lui donner, il lui fallait un homme dont le
nom, le génie et les vertus pussent servir de
soutien à la piété chancelante des uns, et
d'aiguillon à la piété rétive des autres. Il
trouva dans Bertrand de l'Isle toutes les
qualités qu'il pouvait désirer pour cela : la
naissance, la doctrine, la sainteté et un zèle
des plus ardents pour la gloire de Dieu et le
salut des âmes. Isarn lui communiqua son
dessein, le pria de se joindre à lui et d'entrer
dans son chapitre. L'humble disciple de Jésus-
Christ, croyant entendre la voix même de
Dieu s'exprimer par celle de son évêque,
quitta aussitôt son diocèse, ses parents et
38
ses amis pour se rendre à Toulouse, et ce fut
avec une égale satifaction de part et d'autre
qu'il reçut solennellement l'habit de chanoine
régulier des mains du vénérable pontife.
Mais la régularité de notre saint, la ferveur
de sa dévotion, l'intégrité de ses mœurs, et
sa fidélité à observer scrupuleusement jus-
qu'aux moindres choses dans le service di-
vin, engagèrent bientôt le vertueux prélat
à employer sa sagesse et ses lumières dans
l'administration de son diocèse. Il l'éleva donc
à la dignité d'archidiacre, pour partager dé-
sormais avec lui le soin des fonctions épisco-
pales. Confus de tant d'honneur, de tant de
bontés, Bertrand comprit alors mieux que
jamais que de nouveaux engagements récla-
maient aussi de sa part plus de zèle et de
fidélité dans l'accomplissement de ses de-
voirs. C'est pourquoi il apporta le plus grand
soin à remplir les devoirs de sa nouvelle
charge, ne négligeant jamais rien de ce qui
pouvait contribuer le plus à la gloire de Dieu,
à l'honneur de la religion et au bien des
âmes. Sur ces entrefaites, Otger, évêque de
Comminges, termina sa glorieuse carrière, et
laissa, en mourant, à son successeur, un vaste
champ à cultiver, et une abondante moisson
à recueillir.
39
CHAPITRE IV.
Bertrand élu évèque de Comminges. — Relève sa ca -
thédrale. — Construit une nouvelle ville. — Sa
mort.
Jésus-Christ, qui avait promis à son Eglise
d'être constamment avec elle jusqu'à la con-
sommation des siècles, ne tarda point à faire
connaître celui qui devait relever de ses
ruines la malheureuse Lugdunum, et la
consoler en même temps de la perte de son
vénéré pasteur. La sainteté du pieux archi-
diacre était déjà trop connue pour qu'on jetât
les yeux sur un autre que lui. Toutes les voix
le proclament à l'envi évêque de Commin-
ges: mais pendant que tout le monde se
réjouit, dans son bonheur, de sa promotion
future, lui seul, plein de crainte et d'humi-
lité, tremble, hésite et pleure ; il regarde la
mitre comme un poids accablant et non
comme un trophée glorieux. Il craint d'être
du nombre de ces pasteurs mercenaires que
l'amour-propre séduit, en se glissant sous le
manteau de la charité, et qui ne gardent un
troupeau que pour s'enrichir de ses dépouil-
les. Il examine avec soin' les qualités que
saint Paul prescrit à un saint évêque, et ne
40
pouvant se persuader qu'il les ait, ou que,
les ayant, il puisse les conserver, il prononce
décidément son refus ; mais le peuple et le <
clergé réitèrent avec plus de force leur de-
mande. Sa résistance ne sert qu'à donner -
plus d'éclat à sa vertu ; quelqu'effort qu'il -
puisse faire pour se tenir à la dernière place,
le maître du festin lui commande de monter
plus haut ; il accepte , en tremblant, le su- ;
blime ministère de l'épiscopat, et se dispose
ainsi avec une piété et une ferveur vraiment
angélique au sacre épiscopal, qui eut lieu,
sous le règne de Philippe Ier, dans la métro-
pole d'Auch, vers l'an 1076, et qu'il reçut des
mains de ce même oncle, qui avait eu tant
de part à son éducation cléricale et à son per-
fectionnement. Nous verrons bientôt qu'il
n'accepta l'épiscopat que parce qu'il vit beau- -
coup de bien à faire et beaucoup de croix à
porter.
Si la vie que j'ai entrepris d'écrire était un
peu moins riche et un peu moins belle, je
dirais d'abord combien grande dut être la
joie de ce vénérable vieillard quand il posa
ses mains faibles et défaillantes sur cette tête
si humble et si chère ! et avec quelle foi il
dut prier le Dieu tout-puissant que ce nou- 1
veau pontife fût. du nombre de ces bons
pasteurs que Dieu a promis à son peuple
41
dans des jours de grâce et de miséricorde,
suivant cette parole prophétique : « Je leur
« donnerai des pasteurs selon mon cœur. »
Je dirais aussi combien pénibles et doulou-
reux durent être les adieux de saint Ber-
trand à son évêque, qui l'entourait de tant
d'estime, de confiance et d'affection ; à ses
confrères, qui s'édifiaient ensemble et trou-
vaient toujours en lui une consolation dans
leurs peines et un modèle accompli en toutes
socles de vertus ; aux fidèles, enfin, qu'il for-
tifiail par sa parole, éclairait par ses conseils
et secourait dans leur malheur ! J'essaierais
encore d'exprimer la joie que dût éprouver
l'infortuné peuple de Comminges , quand il
vit arriver au milieu de lui son jeune pas-
teur, les hommages qu'on lui rendit, les bé-
nédictions qu'on appela sur lui, lorsqu'il entra
dans sa cathédrale presque ruinée. « Béni
« soit, s'écriait-on, de toutes parts, béni soit
« celui qui vient au nom du Seigneur. —
« Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël, parce
« qu'il a visité et racheté son peuple. » Il
pouvait bien répondre, comme autrefois Sa-
muel aux habitants de Bethléem qui lui
demandaient avec un air de surprise et d'é-
tonnement : « Votre entrée parmi nous est-
« elle pacifique? Oui, elle est toute pacifique ;
« car il venait leur apporter la paix de Notre-
42
« Seigneur, et la bénédiction avec la lumière
« de la vie. »
Mais des pensées plus graves doivent en
ce moment nous occuper. Pour bien com-
prendre dans quel déplorable état gisait ce
malheureux pays lorsque Dieu fit éclater sur
lui ce faible rayon de sa miséricorde, il ne
faut que rappeler d'un côté cet état d'abandon
et de décadence où était tombée Lyon-de-
Comminges , depuis le jour fatal qui avait
éclairé sa destruction ; de l'autre, cet affreux
débordement de mœurs, qui semblait avoir
gagné indistinctement tous les âges, tous les
rangs, toutes les conditions. Toutefois, pour
l'honneur de l'Eglise et le bien de la religion,
ne conviendrait-il pas de taire ici de pareils
désordres, de pareilles abominations? Non,
non, il faut découvrir toute la grandeur du
mal, pour faire mieux apprécier l'adresse de
la main compatissante qui sut y porter re-
- mède; et c'est ici, qu'il me soit permis de le
dire en passant, que nous admirons avec
orgueil la puissance de la religion chrétienne
et la grandeur de ses pontifes, lorsqu'ils ont
pu, comme saint Bertrand, rappeler les hom-
mes des ténèbres à la lumière , réparer les
ruines du sanctuaire, bâtir de nouveau des
villes, et, par de sages institutions, assurer
43
pour des siècles le bien qu'ils ont fait à leurs
semblables.
Pour ne rien exagérer, ni rien diminuer
dans une page aussi délicate et aussi diffi-
cile, laissons parler un instant à notre place
un des historiens de sa vie, et il nous dira,
avec son langage sévère et impartial, « que la
« coutume de s'établir sans vocation semblait
« avoir prescrit contre la nécessité d'être
« appelé de Dieu, comme Aaron. On ne fai-
te sait, pour ainsi dire, aucun apprentissage
« du plus saint, du plus redoutable des états.
« La piété était regardée comme inutile et par
« conséquent négligée, et la science, si néces-
« saire à ceux qui doivent être la lumière du
« monde, avait fait place à une profonde
« ignorance. Ce n'était pas l'Eglise que l'on
« aimait, que l'on servait, c'étaient ses hon-
« neurs et ses richesses que l'on ambition-
« nait ; et chacun - oubliait les intérêts de
« Jésus-Christ et des âmes, pour ne penser
« qu'aux siens propres ; les uns vivaient dans
« un lâche repos, les autres se perdaient dans
« l'embarras des affaires séculières. Le sa-
« crement de Pénitence était administré par
« caprice plutôt que par charité ; les peuples
« vivaient sans instruction, les ministres
(f sans régularité; en un mot, le prêtre était
a comme le peuple, et l'on voyait partout
44
« ce sel affadi, qui n'est plus propre qu'à
« être foulé aux pieds. »
Quand le nouvel évêque eut vu ces affreu-
ses misères avec sa sagesse et sa prudence
consommée, il ne se dissimula point toute
l'étendue des racines du mal, et les difficul-
tés innombrables qu'il rencontrerait de tou-
tes parts pour arrêter ce torrent dévastateur.
Mais cette vue, qui eût ébranlé un courage
ordinaire, une âme commune, ne fit, au con-
traire, que raffermir sa résolution d'y porter
au plus tôt un souverain remède. Bertrand
s'occupa d'abord à réparer les murs de sa
cathédrale, qui avait été saccagée à la même
époque où la ville fut incendiée. Une por-
tion de ses revenus, une partie de ceux du
chapitre, et les aumônes des fidèles durent
probablement suffire pour accomplir un
tel œuvre. Cette restauration fut bientôt
suivie d'une autre bien plus importante en-
core. Le saint évêque, qui brûlait de zèle
pour la prospérité de son diocèse, ne pouvait
voir une seule fois l'état déplorable de sa
ville épiscopale sans en être ému jusqu'aux
larmes; et, comme en lui la compassion
n'était jamais stérile, il trouva bientôt le
moyen d'exécuter son projet. Déjà de nom-
breuses mains travaillaient chaque jour à
réparer les ruines de l'ancienne Lugdunum.
43
2.
Le cœur de Bertrand battait en voyant naî-
tre une ville en quelque sorte nouvelle. Elle
était, sans doute, moins grande et moins
riche que la première : mais aussi le Seigneur
y était servi, adoré et béni avec plus de
zèle et de ferveur. Il n'épargna rien pour lui
donner un éclat digne de son ancienne ori-
gine, de son ancienne splendeur. Il engagea
les anciens habitants, dispersés dans les en-
virons, à venir reprendre leurs premières
demeures, et leur donna lui-même le moyen
de les relever ; il attira aussi d'autres familles
pauvres en leur accordant des secours pas-
sagers pour s'établir en cette ville, et comme
sa situation la rendait nécessaire à toute la
contrée, dès que l'élan fut donné, les bourgs
voisins, sans se dépeupler, fournirent aussi
des habitants à cette cité nouvelle. Ainsi, en
peu d'années, les anciennes ruines de Lugdu-
num. disparurent, l'ordre et l'animation re-
prirent leur première place, et bientôt l'on
oublia qu'il avait passé sur elle plusieurs
siècles de destruction, et de mort. Cette cité
reconnaissante des bienfaits de Bertrand, le
considérait déjà comme son second fonda-
teur.
Cependant Bertrand travaillait sans relâ-
che au salut des âmes qui lui étaient con-
fiées. Il veillait comme un bon père au salut
46
de tous ; mais il veillait principalement à la
sanctification de son clergé. Tout embrasé
d'amour pour eux, il ne pouvait tolérer plus
longtemps que les lois de leur condition
fussent violées, et que, chargés de montrer
aux hommes les voies de la justice et du
ciel, ils fussent eux-mêmes esclaves de Satan,
indifférents au bien des âmes, et vécussent
d'une manière tout à fait contraire à leur
profession et à leurs engagements sacrés.
Les exemples et les vertus d'un aussi saint
évêque ranimèrent bientôt, en tous lieux, le
zèle des bons prêtres, et ceux qui jusque-là
avaient négligé d'instruire et de prêcher, se
virent comme forcés de secouer leur coupa-
ble indolence, et de remplir désormais les
fonctions sublimes de leur minstoce avec plus
de zèle, de décence et de ferveur. Il y avait,
d'ailleurs, dans ces temps que nous sommes
accoutumés à regarder comme barbares, un
grand fond de foi qui n'avait besoin que
d'être cultivé pour porter de beaux fruits, et
l'autorité épiscopale était alors si grande, si
vénérée, que tout ce qu'ils ordonnaient dans
l'intérêt de la religion et pour le bien des
âmes, était toujours reçu avec un respec-
tueux empressement.
Non content d'avoir travaillé à la réforme
de son clergé pastoral, Bertrand entreprit

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