Vies de M. Moreau, fondateur et supérieur des Soeurs de la Charité de Montoire, et de Soeur Marthe de La Valette, une des premières supérieures de la congrégation desdites Soeurs

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Gaume frères (Paris). 1853. Moreau, Antoine. 144 p. : [1] p. de protr. ; 14 cm.
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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VIES
DE
FONDATEUR ET SUPRIEUR
DES SOEURS DE LA CHARITÉ DE M0NT0IRE
ET DE
SOEUR DE A R T H K E DE LA VALETTE
Une des premières Supérieures do la Congrégation les dites Soeurs.
PARIS
GAUME FRÈRES, LIBRAIRES
RUE CASSETTE, 4.
1855
VIES
DE M. MOREAU
ET DE
SOEUR MARTHE DE LA VALETTE.
Les exemplaires non revêtvs de la signature
ci-dessous seront téputês contrefaits.
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A. NANCY, chez THOMAS;
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Taris. — Imprimerie Simon Raçon et CE, rue d'Erluthr. 1
VIES
DE
FONDATEUR ET SUPERIEUR
DES SOEURS DE LA CHARITE DE M0NT01RE
ET DE
SOEUR MARTHE I) E LA VALETTE
UNE DES PREMIÈRES
SUPÉRIEURES DE LA CONGRÉGATION DESDITES SOEURS.
PARIS
GAUME FRÈRES, LIBRAIRES
RUE CASSETTE, 4.
1855
AVANT-PROPOS
Les deux vies que nous publions aujour-
d'hui sont, pour le fond, celles qui ont été
imprimées à Bourges en 1817. Mais la
forme a dû en être complètement changée,
car la manière dont elles étaient écrites les
rendait à peu près illisibles. Il était en outre
à regretter qu'il s'y trouvât ça et là des ré-
flexions mal digérées et peu exactes. Il y
avait encore beaucoup à faire sous ce rap-
port. C'est donc en quelque sorte un travail
tout nouveau sur un ancien canevas. Notre
— - 6 -
unique dessein a été de faciliter une lecture
qui doit édifier, et de produire ainsi quelque
bien dans les âmes. Si nous avons atteint ce
but, nous en remercions Dieu qui tire sa
gloire des plus petites choses. Quoi qu'il en
soit, nos soeurs dt la charité, à qui nous of-
frons ces opuscules, y verront un gage de
notre pieux intérêt, et de notre paternelle
sollicitude, pour une congrégation que le
premier pasteur du diocèse a jugé à propos
de confier à nos soins, dans la pensée sans
doute) que notre zèle suppléerait à notre
insuffisance.
Bourges, 19 mars 4853.
VIE
FONDATEUR ET SUPÉRIEUR
DES SOEURS DE LA CHARITÉ
DANS LA PAROISSE DE MONTOIRE.
CHAPITRE P.
Naissance de M. Moreau, sa famille, son éducation, son entrée
dans l'état militaire, sa belle conduite.
L'Esprit saint nous invite à louer ceux qui
ont été nos pères et nos maîtres dans la foi. La
louange qu'on leur donne n'est pas seulement
une dette de reconnaissance qu'on paye à leur
mémoire; on trouve, à se rappeler ce qu'ils ont
été, un motif incessant de marcher sur leurs
traces. Le souvenir de leur vie est une leçon;
c'est une exhortation puissante à bien remplir
— 8 —
les obligations qu'on a contractées. La vie d'un
saint fondateur est, dans ses moindres détails,
pleine d'intérêt pour une famille qui aime à se
pénétrer de plus en plus de l'esprit de sa voca-
tion, et qui n"a rien tant à coeur que d'avancer
dans les voies de la perfection religieuse. Les
filles de M. Moreau liront avec autant de fruit
que de plaisir les quelques pages consacrées à
ce digne prêtre, fondateur de leur institut. Dai-
gne la bonté divine attacher pour elles à cette
lecture l'onction de sa grâce, qui les affermisse
dans l'amour de leurs devoirs, dans la pratique
de leur règle, dans l'exercice de toutes les ver-
tus propres à leur saint état !
M. Moreau naquit à Paris, le 12 mai 1625.
Ses parents étaient de bons bourgeois qui jouis-
saient d'une grande aisance. Ils s'appliquèrent,
avant tout, à donner une éducation chrétienne
à leurs enfants. Dieu bénit leur sollicitude, et
couronna leurs soins des plus heureux succès.
Leurs deux fils devaient leur procurer toutes
sortes de consolations. Le cadet entra dans
l'ordre de Fontevrault, et sa vie y fut celle d'un
fervent religieux.
L'aîné, qui s'était distingué dans tout le
cours de ses études, venait de terminer sa phi-
— 9 —
losophie. La carrière des armes s'ouvrit devant
lui : il l'embrassa avec ardeur, car il était plein
de résolution et d'intrépidité. 11 aspirait à la
gloire, et il espérait la trouver dans quelque
action d'éclat ; il avait en effet tout ce qu'il
fallait pour réussir dans une profession qui a
tant.d'attrait pour les nobles coeurs et pour les
grandes âmes, par la perspective même de
tous les périls à affronter. Il débuta comme
saint Martin, et malgré son extrême jeunesse,
il sut, aussi bien que lui, avec l'aide du ciel,
se garantir de toutes les séductions, échapper
à tous les écueils, résister à l'entraînement de
l'exemple, et, dans la licence des camps, con-
server l'intégrité de sa foi, la pureté de ses
moeurs. Il vécut dans une atmosphère corrompue,
sans en ressentir les pernicieuses influences :
c'était par un effet tout spécial des divines mi-
séricordes qui le réservaient pour de grandes
choses. Il dut donc à une protection toute par-
ticulière de se maintenir constamment dans ses
pieuses dispositions, et de ne rien perdre de
son attachement à la vertu. Nous citerons un
fait qui prouve tous les bons sentiments dont
il était animé.
Une ville avait été prise d'assaut et aban-
1..
— 10 —
donnée au pillage. Une soldatesque effrénée se
croyait tout permis dans sa fureur. Ces forcenés
se portent aux plus tristes violences, et lâchent
entièrement la bride aux plus détestables ins-
tincts. Partout se commettent les plus grandes
horreurs, et les plus brutales passions sont as-
souvies. Tandis que, en proie à tant d'excès,
la ville est dans la confusion et la terreur,
deux jeunes personnes fuient éperdues le dés-
honneur qui, les menace : elles rencontrent
dans leur fuite un jeune militaire dans les traits
duquel elles croient voir un libérateur. Elles
ne se trompent point. — « Ah ! monsieur, sau-
vez-nous plus que la vie, » s'écrient-elles en
tombant à ses pieds qu'elles arrosent de leurs
larmes. C'était M. Moreau. Il les relève aussitôt
avec bonté, et se hâte de les mettre à couvert
des insultes de ces furieux. Il les avait con-
duites dans une église, et cachées dans le clo-
cher. Elles ne sortirent de leur asile que lors-
qu'elles furent assurées du rétablissement de
l'ordre qui leur permit de retourner en toute
sécurité dans le sein de leur famille.
M. Moreau était heureux d'avoir pu protéger
l'innocence et l'arracher à un péril imminent.
Le mérite de sa belle action ne fut point perdu
— 11 —
devant Dieu. Sans doute dans ce moment,
l'époux des vierges jeta sur lui un regard de
complaisance qui lui valut la grâce de former la
ferme résolution de pratiquer lui-même, toute
sa vie, la vertu favorite du Dieu de toute pu-
reté ; vertu dont il s'était si généreusement et
si chrétiennement constitué le défenseur dans
la personne de ces jeunes filles soustraites par
ses soins à d'infâmes poursuites.
CHAPITRE II.
Il quitte le service pour embrasser l'état ecclésiastique; il est
d'abord curé de Saint-Luliin de Suèvre-sur-Loire; comment
il devient curé de Montoire; son amour des pauvres.
Les indignités dont il avait été témoin avaient
dû produire sur lui une impression bien péni-
ble. Rien n'était plus propre à lui inspirer du
dégoût pour la profession des armes. Il y a
tout lieu de présumer qu'il eut dès lors la pen-
sée de renoncer à une carrière qui lui semblait
— 12 —
ne plus répondre à ses vues. Il s'était senti
soudain un attrait nouveau auquel il lui tardait
d'obéir. Mais il ne pouvait convenablement se
retirer, avant la fin de la guerre ; son honneur
y était engagé; il attendit donc jusque là. Mais
alors il ne balança plus, et quittant la milice
des camps, il se prépara à entrer dans celle du
Seigneur. A cet effet il reprit ses études, et
s'appliqua à la théologie. Son cours achevé, il
fut reçu bachelier en Sorbonne.
En se consacrant au service des autels, il
n'eut d'autre désir, d'autre ambition que de
procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Il aurait pu obtenir quelque bénéfice important :
ses relations de famille lui en donnaient la
facilité. Car il avait, parmi les dignitaires de
l'illustre chapitre de saint Martin (de Tours), de
proches parents qui n'auraient pas eu beaucoup
de peine à le faire pourvoir d'un canonicat dans
leur église. Mais ce n'était point là ce qu'il vou-
lait ; il ne s'était fait prêtre que pour travailler,
loin des regards du monde, à l'oeuvre du Père
céleste dans quelque pauvre campagne. Car
c'était là le champ que son zèle demandait à
féconder, et où son humilité avait à coeur de
s'enfouir. Aussi accepta t-il volontiers la petite
— 15 —
cure de Saint-Lubin de Suèvre-sur-Loire, près
Blois. Il se dévoua au petit troupeau auquel
étaient échues les prémices de son ministère
pastoral, et ses soins pour la sanctification de
ses ouailles ne furent point infructueux. Dieu
lui ménagea les plus douces consolations ; le
bien se faisait, et le bon prêtre ne désirait rien
de plus. Il serait resté toute sa vie dans sa mo-
deste position, sans songer jamais à en sortir,
si les vues de la Providence ne l'eussent appelé
ailleurs.
Il était allé à Montoire, et le résultat que
devait avoir pour lui ce voyage était bien loin
de sa pensée. Celte paroisse avait eu un véné-
rable curé qui n'avait rien négligé pour la sanc-
tification de ses ouailles, et qui, plus d'une fois,
leur avait répété, dans sa tendre sollicitude
pour leur salut : « Mes enfants, si après moi
venait un pasteur qui n'eût point toutes lesqua-
lités requises pour vous conduire dans les voies
de Dieu, j'en aurais une telle douleur, que,
pour l'éloigner, je me lèverais de ma tombe.
Je réponds qu'il n'y resterait point; car j'ai
confiance que Dieu ne le permettrait jamais. »
L'événement justifia ses paroles.Son successeur,
peu de temps après avoir pris possession,
.— 14 —
quitta sa cure. C'est sur ces entrefaites que
M. Moreau parut à Montoire, où il était entière-
ment inconnu. Il aperçoit un grand concours
sur la place du marché. Des baladins qui
jouaient en plein air avaient réuni de nombreux
spectateurs.-Voilà que, obéissant à l'inspira-
tion de son zèle, l'homme de Dieu s'élance sur
le théâtre, un crucifix à la main. La scène a
changé. Tout le monde est interdit : bientôt
les larmes coulent : l'émotion est à son comble.
Un langage plein de force et d'onction tout
ensemble, a fait sentir à ce peuple combien il
était coupable d'écouter les bouffonneries in-
dignes qu'on venait lui débiter. Jamais succès
ne fut ni plus prompt ni plus complet. Tous les
coeurs sont gagnés; il n'y a qu'une voix et
qu'un sentiment : c'est l'étranger qui a si bien
parlé qui doit être le curé de Montoire. On le
veut absolument pour pasteur; on fait toutes
les instances nécessaires; il est nommé, et il
accepte dans la crainte de contrarier les des-
seins de Dieu qui lui semblent si manifestes
dans tout ce qui vient de se passer. On conçoit
bien que ce ne fut pas sans donner des re-
grets à ses premiers paroissiens, qui ne purent
voir cette séparation qu'avec douleur.
— 15 —
M. Moreau avait alors trente-cinq ans. Il
justifia pleinement la haute idée qu'on avait
conçue de lui ; car il avait toutes les vertus d'un
bon pasteur. Il était difficile de porter plus
loin l'abnégation de soi-même; il se faisait
tout à tous : il aurait voulu les gagner tous à
Jésus-Christ. Mais les objets de sa prédilection
étaient les pauvres : il avait pour eux une ten-
dresse extrême. Digne imitateur, à cet égard,
de saint Laurent, patron de sa paroisse, il les
considérait comme les joyaux de son église, et
les soignait comme la partie la plus précieuse
de son héritage. Aussi était-ce sur eux que se
concentrait sa plus affectueuse sollicitude. Ils
étaient toujours ses enfants privilégiés. Quel
sacrifice ne se serait-il pas imposé volontiers
pour adoucir des infortunes qui navraient son
coeur, et soulager des angoisses qu'il ressen-
tait si vivement lui-même ? Il n'y avait pas dans
la paroisse un malheureux qui ne trouvât
en lui une consolation dans ses peines, un
secours dans ses besoins. C'était une res-
source, une providence qui ne faisait jamais
défaut : on l'éprouva surtout dans les jours de
calamités.
Une disette vint à sévir : la misère fut à son
— 16 —
comble. Que de familles allaient périr dans le
dénûment le plus affreux ! Il parvint à nourrir
ces pauvres affamés, en se retranchant à lui-
même jusqu'au nécessaire, et en réunissant à
ses propres aumônes celles que provoquaient
les instances de sa parole et la force de son
exemple. Un jour, il était allé voir une femme
nouvellement accouchée. Comme on lui avait dit
qu'elle était fort mal, il lui amenait un méde-
cin. En entrant, il est frappé de la détresse
profonde dans laquelle était plongée cette mal-
heureuse. Auprès d'elle était son enfant transi
de froid et presque nu. Il sort aussitôt, la lais-
sant avec le médecin, et il ne tarde pas à re-
venir pour donner ce qu'il avait pu, disait-il,
se procurer sur l'heure. C'était sa propre che-
mise, avec une partie de ses vêtements de dés-
sous, dont il s'était, à l'écart, dépouillé en
toute hâte, afin d'en couvrir l'innocente créa-
ture. Il ne pouvait rien faire de plus pour le
moment. Cet élan de charité dit assez ce qu'il
dut faire ensuite pour achever une oeuvre com-
mencée sous de tels auspices.
Dans une inondation qui avait envahi pres-
que toute la ville, bon nombre de pauvres s'é-
taient réfugiés dans des greniers, où tout leur
— 17 —
manquait absolument. Ils n'avaient d'autre
perspective qu'une mort affreuse. Mais leur
digne pasteur ne pouvait les délaisser dans
une si triste situation. Il fit faire du pain, et
voici l'expédient qu'il imagina pour le leur
distribuer : ce fut de s'embarquer dans un
cuvier avec ses provisions et de se transporter
ainsi partout où sa présence était nécessaire.
Le pain, à l'aide d'une perche, était mis à la
portée des mains qui s'empressaient de le
saisir. Touchante pérégrination que celle de
l'homme de Dieu s'en allant, sur cette embar-
cation improvisée, donner du pain à ceux qui
n'en avaient point, et exposant volontiers sa
propre existence pour sauver tant d'existences
compromises ! C'est un spectacle que le retour
des mêmes calamités a souvent reproduit ; et
à une époque encore toute récente, on a vu
se renouveler ces actes d'héroïque dévouement
que peut seul inspirer le sentiment qui animait
M. Moreau.
- 18 —
CHAPITRE III.
Sa charité, son zèle contre l'hérésie; marque éclatante d'affec-
tion que lui donnent ses paroissiens.
Ce prêtre respectable était si fortement tou-
ché des nécessités d'autrui qu'il ne songeait
plus aux siennes. Aussi donnait-il sans regret
tout ce dont il pouvait disposer. Il ne connais-
sait point les calculs de l'intérêt. Une pré-
voyance tout humaine ne l'arrêtait jamais. Il
n'aurait pu suffire par lui-même à tant de libé-
ralités ; mais il savait ouvrir les bourses et y
puiser. La charité le rendait ingénieux à cet
égard. C'est ainsi qu'il pourvoyait à tous les
besoins, soulageait toutes les misères, se mon-
trant partout le père du pauvre, le consolateur
de l'affligé.
Mais il se proposait avant tout le salut des
âmes. C'était là son but principal. Zélateur de
la maison de Dieu, il travaillait sans relâche
- 19 —
à y réunir toutes les brebis dispersées. L'hé-
résie avait fait des ravages dans le troupeau.
La chaire de pestilence avait ses apôtres et ses
disciples. Il n'omit rien pour remédier au
mal : réfutations .solides de Terreur, exhorta-
tions pathétiques, avis particuliers et publics,
tout fut mis en oeuvre par le digne pasleur,
pour éclairer les esprits, toucher les coeurs,
opérer de consolants retours. Comme il alliait
à propos la force et la douceur, la fermeté et
la condescendance ! Les obstacles et les diffi-
cultés ne le déconcertaient point : il ne se
laissa point abattre ni vaincre. Insensible aux
injures et aux outrages, il demeura calme de-
vant les menaces et la violence. Pourvu qu'il
délivre ses ouailles du danger auquel est ex-
posée leur foi, et qu'il éloigne du bercail le
loup ravisseur, il compte pour rien les dé-
marches, les fatigues, les périls. Il entrepren-
dra de longs voyages ; il multipliera ses solli-
citations auprès du pouvoir, il ira les porter
jusque dans la capitale : il fera tant, en un
mot, qu'après bien des résistances et des re-
fus, il obtiendra tout le concours, tout l'appui
qui lui est nécessaire. Ses voeux sont réalisés :
le temple, rival de la maison de Dieu, disparaît,
— 20 —
et désormais, dans Montoire, il n'y aura plus
que le bercail véritable. Cet heureux événement
marqua son retour. Il s'accomplit avant même
qu'il eût parlé. Voilà comme le Seigneur se
plût à couronner d'un succès inespéré tant de
sollicitudes et d'efforts.
Peu de jours après, il s'éloigna sans infor-
mer ses paroissiens de son départ : c'était
pour aller faire une retraite chez les Camal-
dules, dans le but de se pénétrer de plus en
plus de ses devoirs, et de s'acquitter toujours
plus fidèlement de toutes les obligations que lui
imposait sa charge pastorale. Mais voilà que sa
disparition répand l'alarme : on tremble qu'elle
ne soit l'effet d'un crime ; déjà on se persuade
qu'il a été victime d'un guet-apens. Ces sortes
de vengeances n'étaient pas rares alors; l'es-
prit de secte n'avait que trop souvent inspiré
de tels attentats. Ce qui n'avait d'abord été
qu'un soupçon se transforme presque en certi-
tude : un cadavre a été retiré de la rivière, son
état de décomposition ne permet point d'en re-
connaître les traits défigurés; mais il y a là
une coïncidence qui semble lever tous les dou-
tes. C'est M. Moreau qui a été assassiné par des
sectaires; on le dit, on le répète, on s'émeut
— 21 —
de toutes parts. Ceux qu'on présume les au-
teurs du meurtre sont désignés à la vindicte
publique. L'orage gronde et la fureur popu-
laire est sur le point d'éclater. Cependant
M. Moreau a été informé de ce qui se passe;
sa présence peut seule prévenir un malheur. A
cette nouvelle, il retourne en toute hâte à Mon-
toire, et va incontinent se montrer sur la place ;
car il ne fallait rien de moins que sa vue pour
apaiser l'irritation des esprits. On ne songea
plus qu'à lui témoigner toute la joie que l'on
éprouvait de son retour. Un sentiment de bon-
heur se produisait sur tous les visages : celui
qu'on.avait cru perdu était retrouvé. M. Moreau
dut être profondément touché de toutes les mar-
ques d'attachement qui lui furent prodiguées
dans cette circonstance. Il n'en prit que plus
fortement la résolution de se dévouer sans re-
lâche et sans réserve à la sanctification d'un
troupeau qui avait tant d'affection pour son
pasteur.
— 22 —
CHAPITRE IV.
Sa conduite pendant une épidémie. Dévouement de Marguerite
Delbeau de la Touche.
Il redoubla de zèle et d'assiduité dans l'exer
cice de toutes les fonctions du saint ministère ;
il passait de la chaire au confessionnal, du con-
fessionnal au chevet des malades. Ce dernier
soin l'absorba bientôt tout entier. Une épidémie
avait envahi Montoire, elle y faisait de grands
ravages. Il ne recula ni devant la fatigue, ni de-
vant le danger. II volait, la nuit comme le jour,
auprès de ceux qui étaient atteints du fléau; il
allait leur porter des paroles de consolation,
leur administrer les derniers sacrements, forti-
fier leur foi, sanctifier leurs souffrances, et
leur ouvrir le sein des divines miséricordes. Vo-
lontiers il aurait donné sa vie pour le troupeau
confié à sa sollicitude ; il était prêt au sacrifice
et si le sacrifice n'eut pas lieu, c'est que le Sei'.
— 25 —
gneur ne voulut pas retirer à une paroisse si
cruellement éprouvée l'ange tutélaire dont elle
avait tant besoin pour ne point succomber sous
le poids de ses maux.
Ce fut alors que, pour ne rien distraire d'un
temps précieux qui suffisait à peine au pieux
ministère qu'il avait à remplir auprès des mou-
rants, il dut se décharger de la distribution des
aumônes sur une personne qui avait toute sa
confiance et qui la justifia pleinement par un
dévouement admirable. La ville fut aussi édifiée
que surprise. Cette personne avait d'abord mar-
qué par ses goûts mondains ; elle joignait aux
avantages extérieurs les agréments de l'esprit :
aussi faisait-elle le charme de la société, et y
était-elle fort appréciée, fort applaudie. Quoi-
qu'elle ne fût pas indifférente aux hommages
dont elle était l'objet, elle s'était maintenue à
l'abri de tout reproche. M. Moreau avait voulu
gagner à Dieu une personne de ce mérite, et il
ne s'y était point employé sans succès. Elle avait
compris tout le néant des plaisirs frivoles, et,
sous la direction du guide sage qui l'avait éclai-
rée, renonçant tout à fait à une vie de dissipa-
tion pleine d'écueils, elle se donna entièrement
à la piété, et n'eut plus dès lors d'autre occu-
— 24 — .
pation que la pratique constante de toutes!
sortes de bonnes oeuvres/ Le service des pau-,
vres faisait ses plus chères délices ; pour eux j
elle se prêtait volontiers aux plus bas offices ;
les répugnances de la nature n'étaient point
capables de comprimer l'essor de sa charité.
Les malheureux ne réclamaient jamais en vain}
son assistance salutaire ; elle prévenait souvent ;
leurs demandes; elle devinait même leurs be-
soins. Instrument aussi actif qu'intelligent, elle
secondait admirablement les vues du bon pas-
teur. Marguerite Delbeau de La Touche, c'était!
le nom de cette personne qui appartenait à une
des meilleures familles de Montoire, le sup-
pléait si bien dans la répartition des aumônes,;
et manifestait, dans les soins qu'elle donnait
partout où ils étaient nécessaires, une si rare
aptitude et des qualités si précieuses, que, dans;
la pensée de ce digne prêtre, elle devait un jour;
contribuer puissamment au succès d'un projet
dont il méditait depuis longtemps la réalisa-
tion. En effet, que ne pouvait-il pas se pro-
mettre du concours d'une âme si dévouée, lors-
que le moment de l'exécution serait venu! C'était
particulièrement sur elle qu'il comptait, quand
il songeait à doter sa paroisse d'un établisse»
— 25 —
ment qui aurait pour but l'éducation chrétienne
des jeunes filles et le soulagement des pauvres
malades. Mais les jours de mademoiselle de La
Touche étaient déjà pleins; Dieu s'apprêtait à
récompenser ses mérites : elle touchait à la cou-
ronne.
Au milieu des ravages de l'épidémie, elle ne
s'était point préoccupée d'un danger que tant
d'autres s'étaien t exagéré au point de ne plus oser
faire un pas dehors, dans la crainte de respirer
un air contagieux. Elle se multipliait en quel-
que sorte, elle était partout. Elle sentait que,
dans ce délaissement général, sa présence était
encore plus nécessaire, et ce sentiment l'em-
portait sur toutes les autres considérations ; ce
qui la fit s'exposer avec une sainte hardiesse
qui ne connut point de limites. Non contente
d'avoir assisté les mourants jusqu'à leur der-
nier soupir, elle rendait elle-même aux morts
les suprêmes devoirs ; on la vit même, dans un
cas où tout le monde avait fui, charger sur ses
épaules un cadavre pour le porter à la sépul-
ture. La charité doublait ses forces. Mais, at-
teinte enfin elle-même, elle mourut dans lesbras
de M. Moreau. C'était vers la fin de 1662. Cette
perte prématurée dut lui être bien sensible;
2
— 26 -
mais la mort si précieuse, qui terminait une vie
si sainte, ne fut pas pour lui sans consolations.
La chambre de la défunte se trouva comme em-
baumée ; il se fit un concours considérable de
tous les malheureux qui perdaient en elle une
tendre mère : leurs larmes et leurs gémisse-
ments témoignaient de la vivacité de leurs re-
grets. C'était à qui recueillerait quelques par-
celles de ses vêtements ; on se les disputait
comme autant de reliques. Aux yeux de tous
c'était une sainte. La mort n'avait point altéré
son visage; on y voyait comme un reflet de la
béatitude dont sans doute jouissait déjà la belle
âme qui avait animé ce corps.
CHAPITRE V.
Institution 'des soeurs de la charité de Montoire ; confiance de
M. Moreau que le ciel approuve son oeuvre;
1 M. Moreau reporta de la terre sa pensée vers
\e ciel, et ne considéra plus le coup qui l'avait
— 27 —
frappé que comme une bénédiction nouvelle.
En effet, loin d'abandonner l'oeuvre qu'il avait
conçue, il se sentit plus résolu que jamais à en
poursuivre l'exécution, et il demanda à-Dieu de
lui faire connaître la personne sur laquelle il
devaità ce dessein fixer son choix. Il fut exaucé,
car il était impossible de rencontrer un sujet
plus propre au but qu'il se proposait. C'était
une personne à laquelle la nature et la grâce
avaient départi tous leurs dons. Elle n'était
étrangère ni à la préparation ni à l'application
des remèdes; ses connaissances en chirurgie,
comme en pharmacie, pouvaient être d'une
grande ressource. Elle alliait au plus haut de-
gré la vertu à la capacité, et réunissait par un
heureux assemblage toutes les qualités qui con-
venaient le mieux pour la formation d'un insti-
tut exclusivement voué aux oeuvres de charité.
Comme elle n'était pas de Montoire, il alla s'ou-
vrir à elle de son dessein, lui fit part de ses
vues sur elle, et la trouva disposée à se confor-
mer à ses désirs; car il lui semblait que Dieu
même lui avait parlé par la bouche de son ser-
viteur. Ses parents cherchèrent en vain à la re-
tenir ; elle n'hésita point à quitter son pays
pour se rendre à Montoire, dans la maison qui
— 28 —
lui avait été destinée. Elle y fut quelque temps
seule à employer à diverses bonnes oeuvres un
zèle qui ne pouvait rester inactif. Ses exemples
ne furent point stériles, et son dévouement en
produisit d'autres. Animées d'une pieuse ému-
lation, plusieurs filles voulurent s'associer au
bien qu'elle faisait et partager ses travaux, afin
d'avoir part à ses mérites. Ce fut d'abord Marie
Lahoreau, qui sacrifia toutes les affections de
famille pour se ranger sous la bannière de la
charité. Bientôt après vint une seconde com-
pagne, qui avait eu de plus grands combats à
livrer au monde pour s'en séparer. Elle ne tarda
pas à être suivie d'une troisième, dont l'ex-
trême jeunesse était compensée par une voca-
tion solide. C'était là tout le personnel de l'insti-
tut naissant. Ces quatre bonnes filles n'avaient
pas encore une demeure fixe, elles étaient sou-
vent à la veille de manquer du nécessaire ; mais
leur position précaire ne les inquiétait point.
Dieu connaissait leurs besoins, il veillait sur
elles;'elles étaient les enfants de la Providence.
Elles avaient foi dans la bonté du Père céleste :
elles ne craignaient point d'être abandonnées ;
elles étaient donc toujours confiantes, toujours
résignées. C'était avec cet esprit et dans ces
- 29 —
sentiments qu'elles supportaient toutes les pe-
tites disgrâces auxquelles elles étaient expo-
sées : indifférentes à toutes les privations comme
à tous les ennuis, elles n'étaient impatientes
que sur un point, soupirant avec une extrême
ardeur après l'instant fortuné qui, par un lien
sacré, les unirait toutes ensemble, et les enlè-
verait complètement au monde, pour les don-
ner exclusivement au Seigneur. Sur ces entre-
faites, M. Moreau redoublait ses ferventes orai-
sons, suppliant le Père des lumières et l'Auteur
de tout bien de lui révéler ses voies, de lui dé-
couvrir ses volontés, et de lui tracer la route
à suivre pour accomplir ses desseins; il tra-
vaillait en même temps à la règle qu'il se pro-
posait de leur faire adopter. Son travail achevé,
et une maison spacieuse achetée pour y placer
les soeurs, il ne restait plus qu'à fixer le jour
où son oeuvre serait inaugurée. Il choisit la Pré-
sentation de la Sainte Vierge, pour présenter à
Dieu les vierges qu'il consacrait à son service.
Il les prépara à ce grand acte par une retraite
de dix jours.
Elles se rendirent, le jour de la Présentation,
de grand matin, à l'église paroissiale, avec l'ha-
bit religieux dont elles venaient de se revêtir.
2.
— 30 —
Elles y passèrent plusieurs heures en oraisons,
puis elles prirent, à la face du sanctuaire, l'en^
gagement de vivre dans la pauvreté, la chasteté
et l'obéissance, promettant en outre à Dieu de
se vouer au soulagement des pauvres malades
et à l'instruction des jeunes filles, et se propo-
sant pour unique fin d'honorer dans toutes
leurs actions l'auguste sacrement de nos au-
tels. Elles demandèrent à la très-sainte Vierge
d'être personnellement leur mère ; elles voulu-
rent être ses filles d'une manière toute spéciale,
et se placèrent en même temps sous le patror
nage de saint Joseph, le- chaste époux et le
fidèle gardien de cette Vierge immaculée.
Toutes les pratiques de l'institut sont em-
preintes de cette dévotion à Marie et Joseph,
toujours si féconde en grâces.
La réception du Saint des saints avait
scellé leurs engagements. En se retirant après
la cérémonie, elles emportaient dans leurs
coeurs le divin Epoux de leurs âmes. Le sacri-
fice était consommé, elles étaient heureuses;
car elles pouvaient se dire : Mon bien-
aimé est à moi, et je suis à lui, et pour tou-
jours. De l'église elles allèrent s'installer dans
leur maison. M. Moreau leur fit alors lecture de
— 51 —
la règle qu'il leur donnait, et termina par une
exhortation des plus pathétiques, pour les en-
gager à y être en tout point fidèles. Elles pri-
rent le nom de soeurs du Saint-Sacrement,
qu'elles échangèrent plus tard pour celui de
soeurs de la Charité. Cette première dénomina-
tion avait pour but, dans leur pensée, de décla-
rer qu'elles n'avaient en vue que d'honorer cet
ineffable mystère d'amour, et de réparer, au-
tant qu'elles le pourraient, tous les outrages et
tous les mépris dont il était l'objet de la part
des hérétiques et de tant de chrétiens indignes.
M. Moreau avait inspiré à ses filles cette dé-
votion dont il était lui-même tout rempli, et
pour la propager et la perpétuer dans sa pa-
roisse, il y fit ériger une confrérie en l'honneur
du très-Saint-Sacrement ; elle devint un sujet
d'édification, et produisit les plus heureux fruits.
Cette pieuse institution subsista après lui, et le
bien se continua. Il avait d'abord imposé à ses
filles l'obligation d'accompagner le saint Via-
tique toutes les fois qu'on le portait aux ma-
lades. Elles devaient, dans ce cas, faire cortège
à Notre Seigneur, un cierge à la main. Leur
exemple trouva des imitateurs ; de simples
fidèles vinrent à leur suite remplir cet acte de
- 32 —
piété. C'était une pratique d'un excellent effet ;
il eût été à désirer qu'elle pût être conservée
parmi les soeurs; mais lorsque la communauté
eut pris une certaine extension, il fallut, quoi-
que à regret, y renoncer ; car on reconnut tout
ce qu'il y avait d'inconvénient à se déranger
ainsi : les oeuvres de charité en pouvaient beau-
coup souffrir. Ces interruptions fréquentes
étaient incompatibles avec la régularité du ser-
vice; le soin des malades et l'instruction des
enfants voulaient qu'on ne quittât point son
poste. Ces raisons seules, indépendamment de
celles qui tiennent au bon ordre même d'une
maison où tout exercice a sa place, auraient
déterminé M. Moreau à sacrifier un bien pour en
opérer un plus grand.
Cet homme de Dieu passait des temps con-
sidérables au pied des autels, où son âme se
liquéfiait comme la cire dans les ardeurs d'une
fervente prière. Un jour qu'il était ainsi abîmé
devant la majesté suprême, et s'abandonnait,
dans une sorte d'extase, aux plus doux épan-
chements de la piété, une voix retentit au fond
de son coeur, et le fît tressaillir. Elle lui don-
nait une assurance qui le comblait de joie :
Tes filles me sont agréables. » Voilà ce qu'il
— 33 —
entendit. Quelle bonne parole ! Comme elle dut
le consoler et l'encourager ! Que de garanties
pour l'avenir !
Sa confiance en Dieu n'avait point délimites,
et rien n'était capable de l'ébranler. On admira
souvent la grandeur de sa foi. Un jour, il allait
donner la bénédiction, lorsqu'on vint lui dire
que le feu avait pris chez les soeurs. Il n'en té-
moigna ni émotion ni trouble : « Dieu saura
bien, dit-il avec beaucoup de calme, conserver
son oeuvre, si c'est la sienne. » Et, sans plus de
préoccupation, il acheva le salut comme de cou-
tume. L'événement justifia sa parole : le feu
s'était éteint de lui-même, il n'avait fait pres-
que aucun dommage.
CHAPITRE VI.
Préventions et attaques injustes qui tombent devant le dévoue-
ment des soeurs ; obtention de lettres patentes et bénédiction
de la chapelle.
On s'était figuré dans le monde que l'oeuvre
de M. Moreau ne serait pas de durée : elle ne
_ 34 —
devait avoir qu'un temps. Cette première fer-
veur s'en irait bien vite ; une vie si pénible et
si pauvre ne tarderait pas à lasser; les res-
sources manqueraient d'un moment à l'autre,
et il faudrait tout abandonner. Il en serait par
conséquent de tous ces beaux commencements
comme d'une foule d'entreprises qui n'ontquel-
que succès à leur début que pour décliner avec
plus de rapidité et tomber plus complètement.
C'était là ce que répétaient à l'envi les moins
mal intentionnés; mais les impies et les liber-
tins allaient beaucoup, plus loin : ils ne gar-
daient aucune mesure. D'indignes chansons et
d'odieux libelles défrayaient la malignité pu-
blique; rien n'était épargné pour déconsidérer
le père et les filles. C'était une guerre inces-
sante de mauvais quolibets, de grossières plai-
santeries, de honteuses imputations, et de ca-
lomnies révoltantes. Mais l'iniquité ne put arriver
à ses fins, et le monde fut trompé dans ses pré-
visions. La communauté ne se trouva jamais au
dépourvu ; dans sa pauvreté, elle put toujours
subsister. Des personnes riches lui en fourni-
rent le moyen, les unes par des libéralités faites
de leur vivant, les autres par des legs assez con-
sidérables. Mais ce qui touchait le plus ces
- 55 -
saintes filles, ce n'étaient point leurs propres
besoins, c'étaient ceux de leurs pauvres. Aussi
se bornaient-elles pour elles-mêmes au plus
strict nécessaire, et encore sele donnaient-elles
à peine, tandis qu'elles consacraient presque
en totalité toutes ces aumônes au soulagement
des misères, objet constant de leur maternelle
sollicitude. C'est ainsi qu'une somme de deux
mille francs, qui leur avait été donnée pour
leur subsistance, fut tout entière employée à
secourir des nécessités pressantes qui ne leur
permettaient plus de songer à elles mêmes. Un
si noble désintéressement fit tomber les préven-
tions, mit en relief leur vertu, et leur concilia
l'estime générale. Ceux qui les voyaient à l'oeuvre
étaient dans l'admiration ; on ne parlait plus
que du bien qu'elles faisaient. L'expérience de
tous les jours rendait encore plus sensible l'a-
vantage qu'il y avait à posséder des filles si mé-
ritantes. Dieu les avait bénies; elles crois-
saient en nombre, et toutes étaient animées de
la même ferveur et du même dévouement.
Aussi plusieurs seigneurs se montrèrent-ils dé-
sireux de procurer un tel trésor aux localités
qui étaient dans leur dépendance. Des demandes
à cet effet furent adressées à M. Moreau ; il y
— 36 -
pouvait satisfaire, et il le fit avec autant d'em-
pressement que de joie. Il voyait ainsi son in-
stitut se développer : la moisson allait devenir
plus abondante.
La communauté avait pris de rapides accrois-
sements, la protection du ciel était visible. Le
succès ne pouvait plus être problématique ; il
ne restait donc qu'à donner à l'oeuvre des bases
solides. A cet effet, le digne fondateur sollicita
et obtint, en 1680, des lettres patentes, en
vertu desquelles fut consacrée l'existence d'un
institut, qui déjà s'était assez fait connaître par
l'excellence de ses fruits. Montoire se vit assuré
de conserver dans son sein un établissement
que la population fout entière savait si bien
apprécier. Riches et pauvres témoignèrent à
l'envi combien ils en ressentaient de joie. Il
faut dire que cette faveur avait été réclamée
par les habitants en masse, que les instances
avaient été aussi vives que générales, qu'on
avait proclamé bien haut tous les services ren-
dus journellement par les soeurs, et que rien
n'avait été omis pour provoquer une mesure
qui était d'une si grande utilité pour la ville et
pour le pays. L'autorité avait pu se convaincre
que c'était le voeu et l'intérêt de tous ; elle y fit
- 37 -
enfin droit par un acte qui fut accueilli avec
bonheur.
Après l'obtention des lettres patentes, mon-
seigneur l'évêque du Mans, dont relevait alors
Montoire, autorisa M. Moreau à construire une
chapelle pour sa communauté. La bénédiction
de cette chapelle se fit avec solennité, en 1684,
le jour de la Présentation, fête qui dès lors de-
vint la principale de la Congrégation.
CHAPITRE VII.
Conversions de protestants ; réforme des vices et des abus j
direction des âmes ; ferveur de la communauté de M. Moreau.
M. Moreau avait fait successivement plusieurs
voyages à Paris, à Bourges et ailleurs. La g'oire
de Dieu et le bien de son institut l'y avaient
toujours déterminé; car il ne se serait jamais
éloigné de sa paroisse pour des motifs légers
et des causes frivoles. Il fallait que les plus
graves raisons lui en fissent une sorte de hé-
3
— 38 —
cessité. Aussi ne se permit-il plus aucune ab-
sence, du moment qu'il put s'en dispenser. Les
devoirs du saint ministère absorbaient tout son
temps ; ils ne lui laissaient aucun loisir. Ouvrier
infatigable, il poursuivait sa tâche avec une per-
sévérance qui ne pouvait manquer d'obtenir les
plus heureux résultats. Lorsqu'il.prit posses-
sion de la cure de Montoire, l'hérésie y avait dé
nombreux partisans ; ils formaient letiers de là
ville. Mais, à l'époque de sa mort, c'est tout au
plus s'il y restait encore trois ou quatre familles
qui ne fussent point rentrées dans le giron de
l'Église. Parmi les nombreuses conquêtes qu'il
lit à la foi catholique, on cite le marquis de
Cougné. Ce seigneur avait longtemps résisté aux
exhortations les plus pressantes ; il tenait si for-
tement à l'erreur qu'il avait sucée avec le lait;
que la vérité se fit difficilement jour, et qu'il ne
so rendit qu'avec une peine extrême. Il fut en-
fin convaincu par le docte et zélé pasteur, et,
prenant pour guide celui qui l'avait ainsi éclairé,
il édifia constamment par une conduite toute
chrétienne. Cet exemple, ne fut point sans in-
fluence, il détermina plus d'une conversion.
Le digne pasteur ne déploya pas moins de zèle
contre les vices qui déshonoraient son troupeau :
— 59 —
de grands désordres s'y étaient introduits :
c'était une lèpre qui avait gagné de proche en
proche. La plaie était bien profonde : il s'ap-
pliqua de tout son pouvoir à y remédier, et ses
soins ne furent pas infructueux. Une salutaire
réforme ne tarda pas à s'opérer : bien des scan-
dales disparurent, et les moeurs s'améliorèrent
sensiblement. Il eut la consolation de voir fleu-
rir la piété, avec toutes les vertus dont elle est
le germe fécond. -
Partout ou se rencontraient des abus, il s'ef-
forçait de les détruire ; les obstacles et les diffi-
cultés ne l'arrêtaient point ; il ne s'épargnait au-
cune sollicitude, aucune peine pour en triompher;
Que ne fit-il point au sujet d'une foire qui se te-
nait malencontreusement à la porte de l'église;
le jour même de la fêté patronale ! La piété des
fidèles avait singulièrement à en souffrir ; le bruit
troublait souvent les saints offices Ces sortes
d'assemblées entraînent d'ailleurs toujours à leur
suite une foule de désordres. Il. voyait avec dou-
leur toutes les profanations qui déshonoraient
la sainteté de Ce jour. Pour les faire cesser, il
multiplia ses démarches, redoubla ses instances,
et finit par obtenir que la foire serait transférée
à une autre époque. Mais on revint bientôt sur
— 40 —
cette décision : les plaintes des parties intéres-
sées, qui prétendaient que ce changement leur
causait un grave préjudice, furent écoutées, et
tout fut remis sur le même pied. Le digne pas-
teur ne pouvait supporter un tel état de choses,
et, n'espérant plus le déplacement de la foire,
il pria l'évêque de transférer la fête patronale.
Car il voulait à tout prix enlever une pierre d'a-
choppement pour ses ouailles ; il avait si fort à
coeur le bien des âmes, et redoutait tant tout ce
qui pouvait le compromettre.
Dieu l'avait doué d'un rare discernement pour
la conduite des âmes; sa direction était des
plus sûres. Il avait un merveilleux talent pour
faire avancer dans les voies de la perfection.
Plusieurs maisons religieuses voulurent l'avoir
pour guide, et il consentit à se charger de trois
d'entre elles, malgré ses nombreuses occupa-
tions. Il avait tant de peine à se défendre d'un
bien à faire, et d'ailleurs il ne connaissait d'au-
tre repos que de passer d'un travail à un autre;
il faisait tout marcher de pair. Cette oeuvre de
surérogation ne fut pas plus négligée que le
reste; il y apporta la même exactitude, le même
dévouement. Il allait donner successivement des
retraites à ces diverses maisons. Ces saints exer-
— 41 —
cices produisaient toujours beaucoup de fruit ;
on ne saurait dire tout ce que ces pieux asiles
en recueillaient d'avantages. Jamais une dévo-
tion fausse ne parvint à le tromper : c'est en vain
qu'on cherchait parfois à l'abuser ; il avaitbien-
tôt vu clair, il ne pouvait être longtemps dupe.
Il avait trop de rectitude dans le jugement, de
pénétration dans l'esprit, pour se laisser don-
ner le change; une lumière intérieure et une
grâce toute particulière le servaient merveilleu-
sement à cet effet.
Sa communauté prospérait sous la conduite
d'un directeur si sage et si éclairé. Il y régnait
un détachement admirable de toutes les choses
de la terre. Avec quelle ferveur on s'y appli-
quait à l'oraison et à tous les exercices de
piété! Quelle fidélité à garder le silence! Quel
zèle pour le soin des malades et pour l'instruc-
tion de la jeunesse! Quelle attention à ne de-
meurer jamais dans l'oisiveté! Tous les mo-
ments qui n'étaient pas pris pour le service de
Dieu et du prochain étaient consacrés au tra-
vail manuel. Quel esprit de pénitence et de
mortification! Gomme les soeurs étaient mortes
à elles-mêmes pour ne plus vivre que de la vie
du ciel! On les voyait unies entre elles par une
- 49 —
charité toute divine, marchant de Concert dans
les voies de la perfection religieuse, et ne con-
naissant de rivalité que pour arriver à une
observance plus ponctuelle des conseils évan-
géliques. Quelle simplicité dans leur obéis-
sance! Elles ne distinguaient jamais : elles
obéissaient toujours. Elles n'auraient pas même
bu un verre d'eau sans permission. Leur abné-
gation était complète. Aussi, quoi qu;il advînt,
possédaient-elles leur âme dans la patience, et
une douce sérénité ne cessait d'être empreinte
sur leur visage. Heureuses les paroisses qui
pouvaient avoir de ces saintes filles! que d'a-
vantages y apportait leur présence! Dieu était
avec elles, et sa bénédiction accompagnait tous
leurs pas.
— 43 —
CHAPITRE VIII.
Bonté de M. Moreau pour les pécheurs; sa sollicitude pour les
prisonniers ; conférences ecclésiastiques.
M. Moreau avait pour les pécheurs la plus
affectueuse sollicitude. Quand il ne pouvait
triompher de leur endurcissement, il savait
attendre. Les plus grands outrages, n'épui-
saient point sa patience. Son empressement
était toujours le même. Il ne tenait aucun
compte des plus mauvais procédés-; il ne son-
geait qu'à sauver de pauvres âmes. C'est le lieu
de rappeler ici sa conduite à l'égard d'un indi-
vidu qui s'était indignement comporté envers
lui, et qui n'avait fait ensuite qu'aggraver ses
torts. Cet homme, à deux reprises différentes,
tomba grièvement malade, et, quoiqu'il fût
sans religion et sans principes, il fit chaque
fois appeler M. Moreau, sans doute parce que
l'appréhension d'une mort prochaine excitait
— 44 —
en lui quelque trouble, quelque remords; mais
chaque fois le digne pasteur n'avait rien ob-
tenu de solide et de durable. Avec le danger
s'évanouissait la conversion, et les égarements
d'une vie impie et licencieuse reprenaient leur
cours. Cet homme était plus que jamais plongé
dans l'iniquité, et tout faisait craindre que son
obstination dans le désordre ne le conduisît à
l'impénitence finale. Il périssait enfin sans re-
tour, si la main du Seigneur ne l'avait retiré
de la profondeur de l'abîme par un excès de
miséricorde qui, selon toute apparence, fut dû
aux prières et aux larmes de M. Moreau pour
ce pécheur endurci. Frappé pour la troisième
fois, cet homme demeura trois jours en lé-
thargie ; il en sortit tout à coup en poussant
un cri d'effroi. Sa première parole est pour
demander en toute hâte un prêtre. Il veut se
confesser sans délai; il n'a pas un moment à
perdre; c'est pour lui l'unique ancre de salut.
On était à cinq lieues de Montoire : il n'y avait
pas moyen de faire venir M. Moreau. Un prêtre
de l'endroit est appelé. Le malade se confesse
avec les sentiments de la componction la plus
vive; il fait ensuite prier, M. Moreau devenir
l'assister. L'homme de Dieu n'écoute point les
— 45 —
représentations de ses amis qui lui disent qu'il
a déjà été trompe deux fois, qu'il en sera en-
core de même, et qu'en conséquence il aurait
grand, tort de se déranger. Il part sans balan-
cer, sa démarche dût-elle encore être inutile.-
Mais elle ne le sera point. Quelque chose sem-
ble lui dire qu'il ne doit point désespérer du
salut de cette pauvre âme. Il est donc plein de
confiance. En effet, le-malade, sincèrement
changé, éprouva, en le voyant, une consolation
extrême. Tout aussitôt il lui renouvela sa con-
fession, et prit jour pour en faire une plus
ample. Lorsqu'il fut rétabli, il fit une confes-
sion générale de quarante-huit ans avec un
coeur contrit et humilié. Dans la vivacité de son
repentir, il ne croyait pas pouvoir faire une
assez rude pénitence, et les excès de son zèle
eurent à cet égard besoin d'être modérés par
une direction sage et prudente. Pour expier les
blasphèmes qu'il avait vomis contre la Sainte-
Vierge et les saints, il voulut, pendant les plus
fortes chaleurs, faire un pèlerinage à Saumur.
Il y alla, vêtu d'un cilice, implorer la protec-
tion de la Mère de toute grAce et de toute
miséricorde. On le vit, à son retour, deman-
der, de maison en maison, à ceux qu'il avait
3.
— 46 —
offensés, humblement pardon de toutes les
fautes dont il se reconnaissait coupable à leur
égard. Une de ces personnes venait de mourir;
on faisait ses obsèques ; presque toute la ville
s'y trouvait, car c'était une personne fort con-
sidérée. Il ne l'avait point épargnée : elle
avait été plus d'une fois l'objet de ses outrages
et de ses insultes. C'est devant tout le monde,
et prosterné sur la fosse, qu'il confessa l'indi-
gnité de sa conduite. Touchante réparation !
Comment ne pas être attendri à cette vue? Des
larmes durent couler de bien des yeux. Il ne
se lassait pas de publier ce que le Seigneur
avait daigné faire pour le ramener. Pendant
qu'il était en léthargie, il avait vu une lumière
resplendissante qui l'avait investi des plus
vives clartés. De ce foyer lumineux était sortie
une voix qui lui disait : « Détourne-toi du mal
et fais le bien.» A l'instant même, il s'était
trouvé sur le bord d'un abîme immense. Comme
il allait y tomber, il s'éveilla épouvanté, et sa
conversion fut résolue. ,La main de Dieu était
bien là : un miracle de sa grâce avait opéré ce
changement. Quelle ne dut pas être la joie du
digne prêtre, en voyant le retour aussi éclatant
qu'inespéré d'une brebis qui revenait de si loin?
— 47 —
M. Moreau témoignait un tendre intérêt aux
prisonniers. Il leur portait avec une affectueuse
sollicitude toutes les consolations et tous les
secours dont ils avaient besoin. Il n'omettait
rien pour adoucir leur position. S'il ne pouvait
les arracher aux rigueurs de la justice, il leur
apprenait à endurer avec patience et résigna-
tion le châtiment qu'avaient mérité leurs crimes.
Il faisait briller à leurs regards le rayon des
divines miséricordes, en leur montrant dans
toutes leurs souffrances autant d'expiations
qui pouvaient leur être comptées pour leur en-
tière réconciliation avec le ciel. Dans ce triste
séjour si attentivement visité, que de larmes
essuyées, que de plaies guéries, que d'âmes
réhabilitées ! Tous les dimanches, après vêpres,
il allait à la prison. Il parlait à ces malheureux
un langage inspiré par la charité la plus vive ;
c'était, son coeur qui s'épanchait, et l'action de
sa parole triomphait souvent des dispositions
les plus rebelles. Après cette nourriture spiri-
tuelle, en venait une autre pour le corps ; car
le bon père était accompagné de ses filles.
L'exhortation finie, elles distribuaient des vi-
vres aux prisonniers, et donnaient des soins
particuliers aux malades qui se pouvaient ren-?
— 48 —
contrer parmi eux. Des journées si saintement
remplies avaient un digne complément. Le soir
après souper, M. Moreau réunissait les ecclé-
siastiques pour leurfaire une conférence. C'é-
tait dans le but de les entretenir dans les sen-
timents dont il était pénétré lui-même, et de les
porter toujours davantage à cette régularité
parfaite qu'exige la sainteté de leur état.
CHAPITRE IX.
Sa démission de sa cure et de ses fondions de supérieur; sa
mort, ses funérailles ; détails au sujet de sa sépulture.
Cependant M. Moreau avançait en âge; il
commençait à sentir le poids des années : ses
forces pouvaient l'abandonner d'un moment à
l'autre. Il ne se croyait plus en état de rem-
plir, comme par le passé, toutes les fonctions
du ministère pastoral. Il craignit que son trou-
peau n'en souffrît, et cette crainte lui fit pren-
dre la sérieuse résolution de se démettre; mais
- 49 —
il voulait avant tout s'assurer un successeur
qui eut toutes les qualités propres à continuer
l'oeuvre de Dieu. Il s'adressa donc à un respec-
table supérieur de séminaire, le priant de lui
indiquer un sujet tel qu'il le désirait pour le
bien de sa paroisse. Celui-ci se fit un devoir
d'entrer dans ses vues. M. Moreau accueillit
avec empressement Te digne prêtre qui lui fut
envoyé, et il lui résilia aussitôt sa cure. Il avait
au préalable obtenu l'agrément de l'évêque.
Cette démission, qui de sa part était un grand
acte de désintéressement, ne fut regardée par
lui que comme un événement heureux qui dé-
gageait sa responsabilité.
Ce n'était pas assez pour lui d'avoir pourvu
aux besoins de sa paroisse. Les intérêts de sa
communauté ne le préoccupaient pas moins
vivement. Que deviendrait-elle, s'il venait à lui
manquer tout d'un coup? Il prévoyait pour elle
bien des embarras et des périls-, et, pour y ob-
vier, il devait procurer un supérieur à ses filles.
Elles ne seraient plus exposées à se trouver
orphelines et délaissées ; une inquiétude poi-
gnante ne troublerait point ses derniers jours;
il pourrait, comme le vieillard Siméon, s'en-
dormir en paix. Il demanda donc à l'évêque
— 50 —
diocésain un supérieur pour sa communauté.
Le prélat voulut garder ce soin pour lui-même.
M. Moreau n'avait osé tant espérer. Un si haut
patronage pour ses filles combla ses voeux.
Il avait pris sagement toutes ses mesures,
et s'était généreusement dépouillé avant l'heure
suprême. Tous les.liens qui l'attachaient à la
terre étaient brisés : il n'avait plus qu'à songer
au ciel. Son coeur était prêt. Il ne soupirait
plus qu'après le terme d'un exil qui semblait
se-trop prolonger au gré de sa sainte impa-
tience. Comme il lui tardait de s'envoler au
sein de la bienheureuse patrie, où il était déjà
par la pensée et par les affections ! Mais Dieu
l'éprouva par de douloureuses infirmités pour
épurer sa vertu et augmenter ses mérites.
Frappé d'apoplexie, le saint homme perdit
toute connaissance. Il vécut ainsi deux ans,
mort à tout autre sentiment que celui de la foi
et de la piété. Il était aisé de voir que, dans cette
longue agonie, son coeur ne respirait que pour
Dieu. A ce nom adorable-, il se réveillait et se
ranimait : un rayon de joie illuminait son vi-
sage. Il s'endormit enfin dans le baiser du Sei-
gneur. D'unanimes regrets l'accompagnèrent
au tombeau, Quoique depuis longtemps il fût

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