Ville et environs de Cambrai

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[s.n.]. 1867. Cambrai (France). 16 p. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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VILLE ET ENVIRONS DE CAMBRAI.
ïmfâmri'451^0, qui s'étend aujourd'hui sur les deux
^H^^jf-rlves de l'Escaut, n'occupait originairement,
JCT*a§sP sur la rive droite de ce fleuve, que le petit
-AgflpiR promontoire ou mamelon qui, après avoir
«apfg^J été le berceau de la cité antique, est resté et
^7/^NSO Pr°baklement restera longtemps encore le
CV~!x/*P$ centre ou siège principal de la cité nouvelle.
f\jl*tjliâ Couvert autrefois, comme tout le territoire
|i§O^P environnant, d'une épaisse et mystérieuse
Vstëïj^t* forêt, et isolé au milieu d'une espèce d'arc,
» fe > Jt ^ont *a vau^e meme de l'Escaut, dans la di-
t y"$Q&\ rection de l'ouest au nord, forme pour ainsi
î J1 T dire la corde, tandis que, de l'est au sud et
du sud à l'ouest, une forte dépression de terrain ou
vallon sec en décrit la courbe, ce promontoire ou mamelon,
entièrement composé de cette craie blanche dont la
couche se retrouve si souvent à découvert le long de
l'Escaut et de ses affluents, présente dans ses flancs,
creusés à une époque inconnue, de nombreuses et vastes
galeries, ayant indubitablement servi de refuges et d'à- .
siles aux sauvages peuplades qui, venues des confins du
Thibet, des montagnes de l'Asie, des rivages de la mer
Caspienne, aimaient à parcourir chaque jour et les
1867
2 VIW.E ET ENVIRONS DE CAMBRAI,
solitaires profondeurs des forêts, pour s'y livrer à la chasse,
et les bords fleuris des rivières, pour s'y livrer à la pêche,
Et ce n'est pas seulement sous la ville de Cambrai que
se rencontrent les cryptes ou grottes dont nous parlons*,
Sans énumérer ici celles qui se trouvent en si grand
nombre dans différentes autres parties- de l'arrondisse-
ment dont cette ville est le chef-lieu, il y en a aussi à
Sailly et à Fontaine Notre-Dame *. Dans ces deux loca-
lités, de même qu'à Escaudoeuvres, Cagnoncles, Cauroir
et Awoingt, il a été recueilli, soit à l'intérieur même des
souterrains, soit à la surface du soi, un certain nombre
d'objets ayant appartenu à ces peuples, Celtes, Gaëls ou
Kimris, qui, habitants primitifs de nos cavernes, se ser-
» Depuis la période celtique proprement dite, les souterrains de Cam-
brai ont souvent été utilisés et paries Gaulois eux-mêmes dans leurs
luttes contre leurs insolents dominateurs, et par les Gallo-Romaios lors
des invasions saxones, et par les premiers chrétiens lors de l'établisse-
ment de la religion évangélique, et enfin par la population en général
lors des invasions des North-Mans, réoccupations successives dont on a
dès preuves authentiques. La tradition locale ajoute que l'un de ces
souterrains conduisait de Cambrai jusqu'à Vaucelles.
3 L'entrée des souterrains de Sailly est inconnue. — A Fontaine
Notre-Dame, comme en plusieurs autres localités, cette entrée est dans
le cimetière même de la paroisse. Ce qui démontre une fois dé plus que
ces antiques refuges, si souvent utilisés dans les longs siècles du
moyen-âge, sont antérieurs à la formation delà société chrétienne,c'est-
à-dire au triomphe définitif et complet de la religion nouvelle, c'est que
ce fut presque toujours à la propre entrée de ces cryptes ou cavernes,
véritables berceaux des communautés civiles, que furent placées les
'églises, édifices qui servirent dès-lors aux indigènes de vedettes ou
vigies pour découvrir ce qui se passait au loin, et donner ainsi aux ha-
bitants soit le loisir de se cacher dans ces grottes lorsque le danger
approchait, soit la faculté d'en sortir lorsque le danger était passé. Di-
visées en chambres ou cellules, avec corridors et carrefours, ces grottes,
où il a souvent été recueilli des objets celtiques ou romains, ces grottes,
si longtemps métamorphosées, comme à Cambrâi,_d'abord en forteresse,
"puis en oratoires ou chapelles, furent incontestablement le village pri-
mitif; et c'est, ce qui.explique pourquoi, lors de l'établissement du
christianisme, on dut placer le temple à l'entrée même de la paroisse,
c'est-à-dire à la plus grande proximité possible des paroissiens.
VIM-E ET ENVIRONS DE CAMDRAI. 3
vaiont do hachottes do pierre, do couteaux do silox, do
grossières poteries pétries a la main et cuites au soleil
ou devant le feu, de monnaies en potin ou métal blanc
coulées dans le sable, etc. Ajoutons que, à Cambrai, près
la porto Notre-Dame, sont deux grosses pierres, quo
leurs dimensions à-peu-près égales ont fait appeler Pier-
res Jumelles *, et qui de temps immémorial passent pour
être les restes d'un monument druidique. A Ewars, des
tombolles gauloises ont probablement transmis leur nom
à l'antique fief noble des Mottes, fief si ancien et si vénéré
qu'il donnait à ses possesseurs la suprématie ou suzerai-
neté sur la seigneurie même de cette paroisse. Disons
encore que plusieurs localités voisines de Cambrai portent
des noms celtiques ou gaéliques, tels quo Morènchies
(Moër-en-Cy, village situé dans le marais), Escaudoeuvres
(Scald-Ewre, forêt de l'Escaut), Ewars (Ez- War, bassin
ou étang d'où sort un ruisseau), Hhun (Thunn, habitation
creusée ou profonde, souterrain), Hem-Lenglet (le Ha-
meau, le hameau par excellence, formant pointe au
confluent de deux cours d'eau), Iwuy (Yz-Wey, gué ou
passage de l'eau,ou Yz-Vuid,eau écoulée, torrent), Nayes
(Na-Wez, route ou voie de la prairie), Cagnoncles (Canon-.
celle, Canunculum, petit canal), Awoingt (Avj-Hem, let
hameau du pré), etc.
Quant au nom même de Cambrai (Caméra, Cameracum)/
nous avouons que, quoiqu'il nous paraisse également
celtique, nous n'oserions cependant en préciser la véri-
table origine, les Romains ayant, depuis le règne d'Au-
guste jusques et y compris celui de Marc-Aurèle,
emprunté, pour en enrichir ou plutôt pour en former
1 Ces deux pierres (Menhirs ou PeutvensJ, à-peu-près semblables de
dimension et do conformation, présentent 3 mètres 60 centimètres de
longueur ou hauteur, et seulement40 à 50 centimètres d'épaisseur. Leur
poids est d'environ neuf mille kilogrammes chacune.
4 VILLE ET ENVIRONS DE CAMBRAI.
leur langue, un nombre infini de mots, non-seulement à
tous les dialectes grecs, sortis de la même source quo le
celte primitif, mais encore h tous les patois des anciennes
peuplades ou tribus de la Gaule. Nous nous bornerons
donc à dire que ce nom, dont on retrouve les analogues
dans Cambran (Landes), Cambremer (Calvados), les Cam-
bres (Seine-Inférieure), Cambron (Aisne et Somme), Gam*
bronne (Oise), Cambrin (Pas-de-Calais), désigne, d'abord
et avant tout," les cryptes ou chambres qui se trouvent
sous Cambrai, puis encore les chambres ou loges dans _
lesquelles, au sein de la forêt qui recouvrait ces souter-
rains, on faisait ici du charbon à brûler, du verre, de la .
tuile, do la brique, du pavé ou carreau, etc, tandis quo
là on fondait, épurait et appropriait le minerai de fer, et
que plus loin on confectionnait toutes les sortes de meu-
bles, ustensiles ou instruments, propres aux besoins du
ménage, aux travaux de l'agriculture, aux exercices de
la guerre * ; ateliers fort communs dans les grands bois
de la Gaule à l'époque de la domination romaine, époque
où ils ont donné naissance à une foule de localités qui
existent encore, et qui partout et toujours ont exhibé aux
explorations de l'archéologie une masse considérable
d'objets romains ou gallo-romains.
Et, à ce sujet, nous ferons remarquer que Cambrai
n'est pas la seule localité de ce pays où il ait été trouvé
des antiquités romaines. Le territoire des deux cantons
dont cette ville est le chef-lieu en offre pour ainsi dire à
« C'est ce que prouvent et les débris de fourneaux, et les traces de
verreries, et les dépôts de scories de fer, et enfin tous les objets recueillis
ou-observés dans la plupart des lieux existant alors au sein ou à la
lisière de cette vaste forêt, qui, s'étend an t entre Mons, Avesnes, Mézières,
Péronne, Arras, Douai et Tournay, est encore représentée aujourd'hui
par les bois de Saint-Arnaud, de Raismcs (Ramus, Ramelli), de Vicotgne,
de Glançon, de la Faigne, duVermandois, etc.—DuVermandois à Mons,
elle était encore désignée, au commencement du vm» siècle, sous le
nom de Forêt-Charbonnière, .
VILLE ET ENVIRONS DE CAMBRAI. 5
chaque pas,-circonstance qui n'aura rien d'extraordi-
nairo quand on so rappellera quo ce territoire était sil-
lonné do cinq glandes voies ou chaussées, aboutissant
toutes au centre même do Cambrai, et venant l'une do
Tournay (Tornacum) par les environs de Hem-Lenglet,
Bantigny, Cuvillers et Tilloy; l'autre de Bavai (Bagacum)
par Naves et la partie méridionale d'Escaudoeuvres ; la
troisième, non de Saint-Quentin, maisde Yermand (Augusta
Veromanduoram) par Crèvecoeur et Rumilly ; la qua-
trième d'Amiens (Samarobriva) par Boursies, Anneux et
Fontaine Notre-Dame; et enfin la cinquième d'Arras
(Nemetacum) par Raillencourt et le fauboug de Selles. A
Hem-Lenglet, dans les tourbières du côté de Wasnes-
au-Bac, existe une fontaine dite de Jules César. A Blécourt,
sur le chemin conduisant de Sancourt à Tilloy, on ren-
contre les débris d'une métairie romaine. A Aubencheul-
au-Bac (Albini Cclla, Scala ou Casa), lieu où venaient
aboutir plusieurs chemins gaulois (vite cavese), il se per-
cevait sur le pont d'Aubigny (Albini Pons), un très-an-
tique et très-onéreux péage, dont, pour un motif resté
inconnu, les habitants d'Aubencheul étaient affranchis
en donnant seulement chaque année deux pains par per-
sonne, genre de rétribution dont la nature et la modicité '
semblent être la récompense de quelque contribution ,
volontaire faite en faveur d'une armée ou garnison quel-
conque campée aux environs. A Fressies, des briques et
des tuiles romaines ont été découvertes en 1842. Entre
Abancourt et Hem-Lenglet, des fouilles ont mis à décou-
vert les fondements et vestiges d'une villa ou métairie
romaine. Entre Etrun et Paillencourt, sur la rive gauche
de l'Escaut, s'élève le camp romain dit de César, dont les
circonvallations existent encore, et où l'on a souvent re-
cueilli des médailles des différents temps de l'Empire \
1 La tradition locale qui attribue à Jules César lui-même la construc-
6 VILLE ET ENVIRONS DE CAMBRAI.
EntroThun-1'Evêque et Thun Saint-Martin, uno mansion
romaine paraît avoir succédé à la bourgade celtique dont
les cases ou cabanes, bâties sur chacune des rivèë.do
l'Escaut, avaient donné naissance à ces deux localités.
A Ewars, poste de surveillance (exploratorium}, établi sur
les mottes ou tombelles (lumuli, terne moue) dans les-
quelles dormaient les anciens guerriers celtes, recevait
et transmettait les signaux entre Cambrai et Etrun; A
Cagnoncles, au Heu dit /wF/o^'w^dessubstructions ro-
maines ont été remarquées à l'extrémité du chemin
allant à Y Arbre de l'Masière ou Masure. La nature de ces~
débris et la tradition, observe 1'ANNUAIRE DÉPARTEMENTAL
DU NORD (1833), semble attester l'existence d'un ancien
temple dans cet endroit; existence que signale surtout
les souvenirs qui se rattachent ainsi à un arbre indubi-
tablement consacré à quelque divinité païenne; consé-
cration qui, probablement aussi, protégea et sauva d'un
oubli certain et le tilleul qui a transmis son nom à Tilloy
(Tilliolum), et le saule qui a prêté le sien à Sailly (Salice-
tum), et le frêne de Fressies (autrefois Fraxie, Fraxinea),
et le coudrier de Gauroir (Coldretum), et le bosquet sacré
appelé depuis la Folie (Folium, Folio). A Awoingt, vers le
nord et au bord du chemin de Cambrai, des restes de
constructions romaines, briques, tuiles, maçonneries,
ont été remarqués et subsistent encore. Ramillies (jfo.
meliss, petit bois), Forenville (Foris Villa, maison des
champs), Proville (Petrosa Villa, lieu pierreux, ou voisin
soit d'une pierre druidique soit d'une chaussée ouyoie em-._
lion du camp d'Etrun, camp où le nom même du village (Strate
Hamus) atteste qu'une voie romaine venait aboutir, pourrait bien être
beaucoup plus vêridique que; ne le pensent certains archéologues mo-
dernes, dont l'outrecuidance, selon l'usage, parait seule égaler l'ignorance.
Les continuelles révoltes des Nerviens rendent très-vraisemblable l'éta-
blissement de eu camp par l'habile capitaine qui avait éprouvé tant de
difficulté à terminer sa conquête.

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