Voie de prescription légitimement emploiée contre la bulle Unigenitus, ou Préjugez décisifs présentez contre la constitution aux évêques pacifiques de France par les fidèles persécutez dans diférens diocèses

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[s.n.]. 1743. 124 p. ; in-12.
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Publié le : mardi 1 janvier 1743
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VOIE DE PRESCRIPTION
LÉGITIMEMENT EMPLOIEE
CONTRE LA
BULLE V NIGENITVS,
o u
PRÉJUGEZ DÉCISIFS
PRESENTEZ CONTRE
LA CONSTITUTION,
AUX
EVEQUES PACIFIQUES
DE FRANCE.
PAR
ï 1
LES FIDELES P E RS BCVT EZ
DANS DIFERENS DIOCESES^^
M. D C C. XL II U
VOIE DE PRESCRIPTION
LÉGITIMEMENT EMPLOIEE
CONTRE LA
BULLE VNIGENITVS,
0 u
PREJUGEZ DÉCISIFS,
PRESENTEZ CONTRE
LA CONSTITUTION.
AUX
EVEQUES PACIFIQUES
DE FRANCE.
PAR
LES FIDELES PERSECVTEZ
DANS DIFERENS DIOCESES.
NOSSEIGNEURS ET NOS PERES,
L
Es Fidèles des Diocèfes de Sens,
d'Aix, d'Embrun, de Nantes, d'An«i
gers, de Rennes, de Langres, de
Blois, cie. vous expofent très-humblement
que leurs Prélats les réduifent à la dure
A 3 né*
(4)
V
nécefiité , ou de fe priver de Tufage des
Sacremens > ou de hazarder ce genre de fou-
miffion qui n'ell dû qu'à l'autorité infailli-
ble. Pourquoi nous refule-t-on le Pain de
vie au trifte paflage du tems à l'éternité ?
Nous fommes-nous détachez du Corps de
l'Eglife pour former une fociété fchilmati-
que ï Ne reconnoiirons-nous plus les Evê-
ques pour les Succeffeurs des Apôtres ?
Refufons-nous de croire que l'infaillibilité a
été donnée au Corps Paftoral pour décider
fur le Dogme , fur la Morale & fur la Dii-
cipline ? Rejettons-nous les prérogatives de
l'Eglife de Rome , où en le centre de l'u-
nité ? Nions nous l'autorité que l'Ecriture ,
la Tradition & les Saints Canons atribuenc
au Succeffeur de S Pierre ? Nous mérite-
rions l'anathème, fi nous étions coupables
d'un feul de ces excès monftrueux. Nous ne
faifons pas non plus profefllon d'aucune
Dodtrine nouvelle. Nous embraflons fincé-
rement toutes les Dédiions notoirement éma-
nées de l'Eghfe Catholique : mais nous pen-
..fons que 1-a Conflitution Unigtmtns n'efl: pas
un Jugement Canonique ; & nous croirions
calomnier l'Eglile en lui atribuant une dé-
cifion fi étonnante. Voilà notre héréfie, qui
e pourroit être qu'une erreur de fait, quand
même il feroit vrai que nous nous trom-
pons.
Ce n'efl pa* notre faute, fi nous ne pou-
vons
(s 7
j 9 v j y
,vons concilier la domine de cette Bu'Ie >
avec les véritez enfeignées de tout tems dans
l'Eglife. Les quatre Evêques , Chefs de
l'Appel, ont fait fentir que cette concilia-
tion eft impratiquable. Jamais on n'a pu
montrer aucune erreur dans leur Mémoire
lumineux, la pièce fondamentale de notre
caufe. Et plût à Dieu qu'il fut auffifacile de
reconnoître la Foi de l'Eglife dans le Decret
de Rome, qu'il eft dificile de la meconnot-
tre dans l'ouvrage de ces favans Prélats.
Cette feule diférence du Mémoire des
quatre Evêques & de la-Bulle \Jmgtnitni
fufit pour nous déterminer. Des Chrétien.
font bien- tôt décidez, quand ils voient,
d'un eôté, un Ouvrage où brillent les mê-
mes véritcz, qu'on leur a enfeignées dans
leurs premières années ; & de l'autre , un Dé-
cret tout au moins obfcur , & qu'ils ne peu-
vent concilier avec ces mêmes véritez. 119
n'ont point eu befoin de fonder les profon-
deurs de la Théologie , pour prendre parti en
faveur de quatre favans Evêques, dont on
n'a pu articuler l'erreur, ou l'hérélie , & qui
reprochoient à leurs Adverfaires des erreurs
mondrueufes , avouées fcandaleufement par
ceux-ci.
Mais quoique parfaitement décider fur
ce point : quoique bien perfuadez qu'un Ap-
pel interjeté fi folennellement nous met-
toit à couvert des foudres du Vatican, nous
A 3 croiïons
(6)
Croiïons que notre état nous obligeait au fi."
Jence, & qu'il nous convenoit de laifler aux
Théologiens le foin de défendre la faine Doc-
trine. Nous nous trompions. Ce filenee
pouvoir paffer pour delïtéreflement fur la
Religion. Dieu vouloit que nous rendillions
notre témoignage. Sa Providence a permis
qu'un nombre d'Evêques ait propofé la
Confiitution au fimple Fidèle; qu'ils aient
menacé de priver des Sacremens à la mort
ceux qui auroient des doutes fur ce point,
& qu'ils aïent exécuté ces menaces fchif-
matiques avec éclat. Leur zèle amer nous a
forcez de nous expliquer hautement, & il
a prodigieufement grofli notre nombre.
Combien de fimples Fidèles gémiffoient
intérieurement des Difputes qui déchirent
les entrailles de l'Eglife , fans y prendre d'au-
tre part ! Les véxations des Conftitutionai-
res zèlez les ont tirez de leur affoupiffemenr.
Dès-lors tout Chrétien s'eft crû obligé de
délibérer férieufement fur le parti qu'il avoit
à prend re , de peur de s'expofer en mourant
̃> à calomnier l'Epoufe pour recevoir le Divin
Epoux ; car on ne fe borne pas à exiger la
foumiffion à la Bulle de ceux qui font en état,
par leur intelligence , ou par leur aquit*
d'entrer dans le fond de la difpute ; on pro-
pofe la Confiitution à des Artifans, à des
Domefiiques, à des Mandians même, fans
difiinétion de fexe j à des gens, en un mot,
qUI
(7)
1 -
qui font hors d'état de comparer les Ouvra-
ges de l'un & de l'autre Parti, & de lire la
Bulle , qui porte un Antidote fi fpécifique
contre elle-même. Il fembloit que c'étoic
le plus fûr moïen de groffir le nombre des
Partifans de la Conflitution : mais la fagef-
fe humaine efl bien courte , quand elle le me-
fure avec celle de Dieu.
La Providence a fi bien caradîérifé l'afai-
re de la Bulle , que les favans , les gens d'ef-
prit ; ceux mêmes qui ont le degré d'intelli-
gence le plus médiocre ; tous, en un mot ,
y trouvent des argumens de preicriptiort
qu'il eft impoffible d éluder. Celui qui eft
venu Evangélifer les pauvres, a fait plus en
faveur des (impies. De peur qu'il leur man-
quât quelque reffource contre l'aparence
d'autorité dont la Bulle en environnée, oc
qui en fait tout le mérite , il a bien voulu
faire au grand jour des prodiges éclatans que
notre fiécle n'auroit pas dû efpérer.
Ce font, NoffnoYicHrs, ces argumens de
prefcription que nous ofons vous prefenter.
Il fembleroit que nous dévrions le faire avec
quelque défiance , parce que le plus grand
nombre d'entre vous efl fournis au Decret
qui caufe nos maux. Mais nos efpérances ne
font point afoiblies par cette nifte réflexion.
Vous êtes nos Peres. Latendreile paternel-
le ne cède aux préventions que pour un
tems. Vous avez été entraînez par le mal-
A + heur
- c S_)-
V y
heur de votre fiécle à foufcrire la Bulle , par-
pure déférence pour le fouverain Pontife, &
par foumiiïion aux ordres du Roi. Vous ne
prévoiïez pas que l'on s'autoriferoit de votre
condefcendance pour traiter de Rebelles à
l'Eglifej des Fidèles fournis à leurs Pafteurs,
& qui n'ont d'autre crime que la crainte de
calomnier l'Eglife, en lui atribuant la Conf-
titution de Clément XI..
Notre unique deffein en de juftifier de-
-vant vous les motifs qui nous obligent de
réfifîer à la Bulle. Nous efpérons que vous
les jugerez fi preflans & fi décififs , que vous
nous déclarerez innocens, & que vous pren-
drez notre défenfe contre nos perfécuteurs,
tout refpedtables qu'ils font par la fainteté
de leur cara&ére.
Le Mémoire que nous avons l'honneur
de vous prefenter eft divifé en trois parties.
Dans la première, nous expofons les prin-
cipes qu'on nous a donnez fur les caractères
d'une décifion de l'Eglifé.
Dans la fécondé, nous déveloperons les
moïens de préfcription , tirez de la maniée
re dont la Bulle a été re'çûe^ des caractères
qu'elle porte, & de l'autorité qu'on lui atri-
bue. Nous y raffemblons les réflexions qui
décident ceux qui parmi nous ont un certain
dégré d'intelligence.
Dans la troifiéme, les motifs dont les plus
iixnples font frapez , font mis en évidence ;
&
c o
& nous juftiflons par des principes (impies
ceux qu'ont déterminé les prodiges éclatanD,
dont Dieu a honoré notre Cauie.
PREMIERE PARTIE.
Trwctpcs far les CaraEléres d'nne Dêcifieti
de l' £ £ lije.
1
Lfte jufte,N O s s E I G N E U R s, de vous
mettre fous les yeux, & de foumettre à
voue cenfure , les principes que nous fui-
vons fur les caractères des Jugemens de
l'Eglife. Ils font fi llinples &- ti clairs, que
nous n'imaginons pas qu'ils puiffent être con-
tenez. Ils juftifient pleinement notre catho-
licité. Vous feriez au comble de vos vceux ,
ii les diverfes Sociétez Proteftantes venoienr
à les adopter. Vous ne les regarderiez plus
comme fchimatiques ni comme rebelles.
Leurs hérélies feraient infailliblement dif-
iipées.
I. PRINCIPE. L'Eglife efl infaillible,
en prononçant fur le Dogme, fur la Mo-
rale & la Difcipine : mais elle ne propofe
à la Foi des Iidè!es ; 10. Aucun Dogme
qui ne lui vienne des Apôtres , &c qui ne foie
contenu dans les Livres Saints , ou dans la
Tradition. a9, Aucun fait, que ceux qui
nous
(10 )
nous ont été tranfmis par les Divines Ecri-
tures.
C'eft donc calomnier l'Eglife, que de lui
atribuer un Jugement où l'on éxige des fidè-
les qu'ils croient un fait non révélé; qu'ils
croient, par exemple, que telle ou telie dé-
cifion a été formée canoniquement par les
Evêques.
II. PRINCIPE. Les Evcques af-
femblez en Concile Général , prononcent
des décifions infaillibles fur le Dogme, fur
}a Morale & la Diicipline , lorfqu'ils fuivenc
les régies cbfervées dans le premier Concile
de Jérufalem * modèle de ces Saintes Aifem-
blées. Leur Jugement efl alors celui de
l'Eglife.
On peut 6xer au nombre de trois les con-
ditions qui doivent concourir dans un Juge-
ment Ecléfiaftique , afin qu'il foit Canoni-
que , & qu'on doive le regarder comme une
décifîon de l'Eglife.
La première eft , que les Evêques foient
libres dans leurs fufrages , & que chacun
d'eux ait le pouvoir de donner le fien.
La fécondé , qu'ils ne fe comportent point
en gens infpirez ; c'eft- à-dire , qu'ils doi-
vent examiner la Dodrine dénoncée, pour
en avoir une idée claire & diftincte, Se conve-
nir enfemble du Dogme précis controverfé.
Ils doivent enfuite comparer cette Doctrine
à l'Ecriture & à la Tradition ; puifque toute
véri.
( Il )
mérité révélée étant contenue dans Tune on
dans l'autre de ces Sources lumineufes , un
article de Doctrine eSt irrépréhenfible s'il y
en conforme, ou condannable s'il y eSt con-
traire.
La troifiéme en l'uniformité des fufrages,
eu l'unanimité morale dans les Juges qui
prononcent ; & cette unanimité confifle en
ce qu'étant convenus du fens d'une propor-
tion , ils y aprouvent la même vérité, ou y
condannent la même erreur.
III. PRINCIPE. Les. Evêques peu-
vent donner en commun des décifions infail-
libles fans être affemblez en Concile Géné-
ral , quoique réndans chacun dans fon Dio-
cèfe : mais le Saint-Efprit ne a les pas difpen-
fez dans cette circonftance des régies aux.,.
quelles il a affujéti les Conciles. Ils doivent
ttre libres. Il faut qu'ils conviennent du Cens
de la Propofition ataquée ; qu'ils le compa-
rent à l'Ecriture & à la Tradition ; qu'ils y
profcrivent la même erreur, ou qu'ils y dé-
cident la même vérité. En rempliffant ces
trois conditions indifpenfables, ils jugent en
Corps : leur décifion eft celle de l'Eglife,-
& les Fidèles font-obligez de s'y conformer-
Dans d'autres tems , il ne feroit pas né-
cbflaire d'apuïer ce principe : mais il femble
qu'on en doute , & qu'on croie à prefent qufr
moins les Evêques font en état de fe com-
jnuniquer leurs lumiéres , de s'affurer cha-
cun
Cii)
cun en particulier d'u fentiment de fes Collè-
gues , & de rendre leur concert public,
moins ils doivent ufer de précaution. Sont-
ils afTemblez en Concile ; avant que de fe
foumettre à leur Jugement, il faut favoir s'il
a été libre : fi les Evêques conviennent de
leur objet : s'ils n'ont pas négligé de le com-
parer à l'Ecriture & à la Tradition : fi leur
décifion eÍ1 vraiment unanime. Jugent-ils
étant difperfez; qu'ils foient décidez par la
crainte, ou non : qu'ils s'entendent, ou non :
qu'ils agifTent prudemment , ou non ; on
rous crie qu'il faut fe foumettre. Seroir-ce
donc qu'on doit plus fe défier de la foiblef-
fe humaine des Evêques à portée de conférer
enfemble dans un Concile, que lorfque les
communications fonr plus dificiles entr'eux ,
comme il arrive conflament dans le cas où ils
décident étant difperfez ?
Ce principe efl apuïé fur ies mêmes fon-
demens , qui font la force du fécond.
i". Les trois conditions dont nous avont
parlé, font nécelfàires pour faire décider les
Evêques en Corps dans leurs Affemblées.
Car c'eft au Corps de l'Epifcopat , aux Evê.
ques jugeans en Corps, & non pas à chacun
en particulier , que le privilége de l'infaillibi-
lité efl acordé.
Pourquoi les Evêques doivent-ils être li-
bres dans un Concile Général ? C'eft que des
hommes intimidez fe décident par leur inté-
rêt
(t 3 ).
\.A)/
.têt perfonnel , non par celui du Corps ; qu'il
ne peut y avoir une vraie harmonie entr'eux ;
ôz en un mot, que la crainte oblige à diffimu-
ler fon fentiment. On ne peut donc favoir fi
la décifion du Concile où la liberté eft
troublée , renferme le fufrage du Corps
des premiers Palpeurs , ou fi elle n'expri-
me pas le contraire de ce qu'ils voudroienc
décider.
Pourquoi les Evêques affemblez doivent-
ils prendre en commun une idée claire & dif-
tincle de la contestation ? C'eft qu'ils n'agi-
roient point en Corps, dès qu'ils n'auroienc
point un objet commun : l'un comparant une
idée à l'Ecriture & à la Tradition , & l'autre
y comparant un objet tout diférent.
Pourquoi enfin doivent-ils décider unani-
mement dans un Concile , que telle propofi-
tion en contraire ou conforme à telle vérité
Catholique ? Parce qu'ils ne formeroient
pas un jugement commun, s'ils condannoient
une propofition , ou s'ils l'aprouvoient, fans
être convenus du raport de diformité qu'elle
auroit avec telle vérité Catholique. Le Corps
Paftoral feroit diftribué en autant de partis
qu'il y auroit d'opinions diférentes. Un par-
ti définirait une vérité ; un autre parti un
dogme diférent ; jjn troliiéme pourroit avoir
en vûe un troifiéme point de doctrine. Cet-
te décifion du Concile comprendront trois
diférens jugemens, dont chacun apartiendroit
à un
C'O
à un des partis, & dont aucun ne feroit le
fentiment du Corps Paftoral.
Les Evêques difperfez ne jugent infailli-
blement que lorfqu'ils le font en Corps &
avec un véritable concert, & que l'on peut
dire que leur décifion eft celle du Corps
Paftoral. lis doivent donc obferver religieu-
fement les trois régies eflentielles aux déci-
fions d'un Concile Général , puifqu ils ne
peuvent les omettre & agir en Corps.
2. Q. Les Juges de la Foi ne font infpirez
dans leurs Jugemens. Tous les Théologiens
Catholiques en conviennent. Ils doivent
prendre les précautions que la prudence hu-
maine fuggére, afin que le Saint-Efprit les
préferve d'erreur en vertu des promefies. Or
les trois conditions énoncées dans le fécond
principe ne peuvent être notamment négli-
gées par des Juges , à moins qu'ils ne veuil-
lent déterminément fe mettre au hazard de
fe tromper, & renoncer aux loix les plus in-
difpenfables de la prudence. La conféquen-
ce efl aifée à tirer. Les Evêques difperfez
s'expoferoient fenfiblement au hazard de
tomber dans l'erreur , en négligeant d'une
façon marquée quelqu'une des trois condi-
tions dont nous parlons ; & ils fe mettroient
dans le cas où l'infaillibilité ne leur eft pas
promife.
Con-
( is)
Conféquences des deux principes précédent.
Première. Si un Décret émané des Evê-
ques , ou autorifé par eux , manque d'une
des trois conditions eflentielles aux Juge-
mens infaillibles , foit qu'il ait été prononcé
par un Concile Général , foit qu'il ait été
porté par les Prélats difperfez ; dans ce cas
le nombre des Evêques ne donne point d'au-
torité à leur Jugement. Des fufrages ex-
torquez à la liberté des Juges, manifefte-
ment donnez fans connoiffance de caufe,
font des fufrages nuls, quelque multipliez
qu'ils foient.
Seconde Conféejuence. C'efl donc calom-
nier l'Eglife, que de lui atribuer un Jugement
de cette efpéce.
IV. PRINCIPE. Un Jugement ambi-
gu , porté fur le Dogme , ou fur la Morale ,
& qui donne lieu de confondre la vérité avec
l'erreur, ne peut être une décifion de l'E-
glife.
Il eft facheux qu'on nous réduife à la
honteufe nécefiité de prouver un principe fi
clair & fi honorable pour l'Eglife , qui n'en-
vie certainement point aux Oracles du Pa-
ganifme le privilége de s'énoncer avec am-
biguité. Elle eft l'organe du Saint-Efprit,
& fes décifions font la lumiére du monde.
Dieu lui a confié le dépôt facré de la révé-
lation ;
(iSJ
r il
- -
lation ; Se c'eft afin qu'elle en écarte tout
mélange d'erreur que l'infaillibilité tui çft
affurée. Car il n'eil pas néceffaire d'être in-
faillible pour parler d'une manière ambiguë.
Il fufit même qu'une Formule de Foi foit
équivoque , pour être réprouvée de l'Eglife.
La manière dont elle s'eft conduite, par ra..
port aux Profeffions de Foi ambiguës des
Arriens &: des PélagieRs, prouve ta délica-
teffe fur ce point. Se croit-elle permis ce
qu'elle j uge dans les hommes jun atentat con-
tre la vérité ?
A la bonne heure que l'autorité humaine
s'exprime fouvent d'une manière ambiguë.
Elle afeéle l'obfcurité dans fes réponfes, pour
ne pasfe commettre. Mais l'Eglife tenant la
régie inaltérable-de la Foi, n'a pas befoin de
ces artifices de la prudence humaine. Elle
eft - aflurée qu'on ne peut la furprendre dans
l'erreur. Elle fuit dans fes Jugemens laFormu-
k claire & précife que Jefus-Chrift a pref-
crite à tous les Chrétiens : Cela eft ; cela n eft
point : Et conformément à l'inftruélion de
(on Divin Epoux, elle regarde comme ve-
nant du malin efprit tout ce qui s'écarte de
cette naïve (implicite.
Quel avantage aurions-nous fur les Pro-
teflans, fi l'Eglife pouvoit s'exprimer d'une
manière équivoque ? Nous leur reprochons
que chacun d'eux fe donne lui-même pour
l'ûracle de la vérité, lorfqteils reconnoiffent
l'Ecd"
07)
l'Ecriture. Sainte interprêtée par l'efprit par-
ticulier , comme l'unique & dernière régie
de la Foi. Parmi ces Sectaires, le particulier
s'atribue l'infaillibilité, qu'il refufe au Corps
facré des Succeffeurs des Apôtres. L'ob-
fcurité de l'Ecriture eft un moïen que nous
emploïons pour juftifier les reproches que
nous leur faiions avec tant de juflice. Efec-
tivemetu l'Efprit Saint a répandu dans nos
Livres Divins des ténèbres qui nous obli-
gent à recourir à l'autorité viable établie
dans l'Eglife feule. C'dl: par cette Sainte Me-
re que le Pere des lumières conterve & in-
terprête les Divines Ecritures. C'efl par el-
le qu'il aprend à y diftinguer les veritez dont
nous devons faire une Profeffion de Foi ex-
prc fTe, de celles que nous devons adorer dans
le fi!ence , en conférant qu'elles font voilées
pour nous. Où n'efl point cette autorité vi-
fible , l'homme difcerne les objets de la Foi
par fes propres lumières; ou plutôt, fa foi n'eft
qu'une opinion particuliére , ou l'éfet naturel
de la démonfbation.
Supofons pour un moment que l'Oracle,
qui réfide uniquem nt dans l'Eglife Ca-
tholique , donne dans les çemens des pro-
blêmes à réfoudre , ou des énigmes à devi-
ner, la décilion prétendue fera-t-elle la der-
niére régie de la Foi ? Non. Nous aurions
beloin d'une autre autorité pour démêler les
ambiguitez & les équivoques de fes décitions
B énig-
(i8)
enigmatiques, ou du moins nous ferions ré-
duits aux reffources de l'efprit particulier,
par raport aux Jugemens du fouverain Tribu-
nal de i'Eglife. Mais heureufement pour
nous, l'Interprète du Saint-Efprit porte le
:flambeau de la vérité par tout où il fait en-
tendre fa voix.
Toutes ces preuves font convaincantes.
Mais comme ce quatrième principe eft dé-
cifif, portons-le jufqu'à la démonfiration la
plus complété.
- Un Jugement efl ambigu, il. Ou parce
que les Juges n'étoient pas affez au fait pour
parler clairement & pour fe décider fur la
queftion agitée. t, o. Ou parce que des rai-
fons d'intérêt ne leur ont pas permis d'ex-
pliquer leur penfée avec clarté & avec pré"
cifion. 30. Ou parce que leur négligence &
leur précipitation les ont empêchez de choi-
fir les termes propres à énoncer diftin&ement
leur penfée. 4°. Ou enfin parce qu'ils n'ont
pas voulu décider, & qu'ils ont Amplement
réfolu de laiffer la queftion dans l'obfcurité.
Les Evêques affemblez & difperfez , for-
mant un Jugement ambigu dans la première
fupofition , leur jffopre Décret les acufe d'a-
voir négligé les moiens de trouver la vérité.
Il manque maniieftement de la feconde ou
de la troifiétne condition , indifpenfablemenc
néceflaire à tout Jugement infaillible. Car
s'ils s'expriment d'une maniére équivoque,
faute
(i9)
faute d'être convenus entr'eux du fens de la
Propofuion énoncée, ils ont négligé la fé-
conde condition : & fi c'et f faute d être con-
venus du raport de la Proportion , avec tel
ou tel point delà Doctrine Catholique , leur
Jugement eft deflitué de la troifiéme con-
dition.
Dans la fécondé fupofuion, où des rai-
fons perfonnelles d'intérêt les obligeroient
de s'expliquer obfcurément, ils ne font pas
libres. Leur décifion manque de la première
condition , qui concourt à rendre un Décret
infaillible.
Dans la troifiéme fupofition , où ils ont
négligé de choifir les termes propres à énon-
cer leur penfée , ils ont viiiblement & griè-
vement péché contre la prudence dans un
point effentiel , &c ils ne font alfùrez de l'af-
fîftance du Saint-Efprit dans le cas où il conf-
te qu'ils ont jugé imprudament.
Enfin dans la quatriéme fupoikion, il eft
certain qu'ils ne conviennent que d'un point,
qui eft de ne pas juger la queflion. Or il n'efl
pas poffible d'apeller décifion de Dodlrine,
ou Jugement Dogmatique , un Décret qui
fe réduit à ne rien décider. Il en réfulteroic
uniquement que les Evêques ont voulu laiffer
laquettion indécife.
Après cette énumération, n'eft-on pas plus
qu'autorifé à conclure à la vûe d'un Décret
ambigu, qu'il peut être atribué aux Evêques
B x légi-
(îO) -
légitimement concertez, & jugeans canonïw
quement?Par conféquent il ne peut être apeU
lé Jugement ni décifion del'Eglife. On ne
peut pas dire non plus que c'et f un Jugement
irréformable,puifque tout ce qui eft ambigu a
befoin de réforme pour devenir clair & précis.
V. PRINCIPE, La foumiffion que
nous devons aux décifions de l'Eglife eft ra4
portée à Dieu même. Elle fait partie de l'a- -
doration , puisqu'elle renferme le facrifice
de nos lumières, quin'eft dû qu'au Seigneur.
Elle efi de plus un mouvement furnaturel de
notre Foi. Le Saint-Efprit en eft l'auteur.
Deux co féquences découlem de ce prin-
cipe lumineux & confolant.
Premiére. Celui qui défére ce genre d.
foumiôfon à un Décret, fachant qu'il y man-
que une des trois conditions effentielles à
un Jugement de l'Eglife ; celui-là offre à
l'autorité humaine un facriifce qu'il ne doit
qu'à Dieu feul : & s'il le fait, en doutant
iimplement que ce Décret vienne de l'O-
racle vifible de la vérité > il s'expofe à ren-
dre aux créatures l'hommage réfervé au
Créateur.
Seconde ConfécjHence. Contraindre un n*.
dèle de (acriner fes doutes à un Décret, éma-
né même des Evêques,avant qu'on en ait juf-
tifié la car.onicité , c'eft fupofer que le Saint-
Efprir excitera imérieurement ce fidèle à rif-
qiler de déférer au jugement humain, comme
à ce-
(il) -
- à celui de Dieu mêmeu& cette fupofiriofl
n'eftnipieule ni poffible.
V I*. PRINCIPE. C'eft par la notoriété
du fait qu'on eft certain qu'un tel Concile
Général a été aflemblé, ou que tel Jugement
a été concerté par les Evêques difperfez.
C'eft encore par la notoriété qu'on eit affuré
que les Evêques ont été libres, ou qu'ils ne
l'ont pas été; qu'ils font- eonvenusdu fens
'de la Propofition condannée, ou qu'ils n'en
"font pas convenus ; que leur Jugement eft
formé par l'unanimité morale des Pafieurs-,
ou qu'il n'a point été fait avec unanimité.
Nous ne ferons que quelques obfervation$
iur ce principe.
Première Objervatiox. Il eft déjà prouve
par le premier principe, qu'on ne peut don-
ner pour objet de la Foi, la canonicité d'un
Concile ou d'une décifion des Eveques dif-
perfez; car ce feroit propofer à la Foi des
fidèles un fait nouveau , qui n'en certaine-
ment pas venu des Apôtres jufqu'à nous ; ëc
dès-lors la- queftion fur la canonicité d'un
Concile,. ou. d'un Décret des Evêques diO-
perfez , ne peut être résolue qu'en fuivant la
méthode dont on fe fert pour conftater les
faits.
Seconde Obfervdt'ton. Dans plufieurs Con-
ciles , la liberté des Evêques a été violée ,
comme à Rimini, à Epnèfe, &c. La noto-
riété de ce fait fufiï dan§ le tems pour pré-
munie
(22 )
v - - y
munir les fidèles contre les prétendues dé..
citions de ces Conciles. Mais il y a une aten-
tion à faire en particulier fur le Concile de
Rimini. La Formule qui y fut foufcrite avoic
un fens Catholique. Néanmoins la foufcrire ,
c'étoit pécher contre la Foi ; parce que n'aïanc
pas é.é foulcrite canoniquement de la part des
Evêques, elle n'étoit point une Formule pre-
fentée par l'Eglife. En la reçevant, on ren-
doit donc à lafoiblefle des Evêques la fou-
miffion dûe aux dédiions du Saint-Efprit Be
du Corps Pafloral.
Trotji éme Obfervation. Il peut arriver de
plus, qu'il y ait du doute fur la canonicité
d'une décifion des Evêques , foit qu'elle ait
été donnée par un Concile , foit qu'elle vien-
ne des Evêques difperfez. Dans ce doute,
on doit fufpendre fon jugement, jufqu'à ce
qu'on foit affuré par une pleine notoriété,
que les régies efïcntielles n'ont pas été vio-
lées man'feftement. Les Théologiens Ca-
tholiques dHputent entr'eux fur l'CEcuméni-
cité de certains Conciles ; les uns tenans pour
l'afirmative, & les autres pour la négative.
Ils ne cefTenr pas pour ceia d'être Catholi-
ques. Ainfi les Ultramontains rejettent des
Canons du Concile de Confiance, que les
François regardent avec raifon comme des
dédiions de l'Eglife univerfelle ; mais par-
ce que ceux là conteftent fur le fait, préten-
dans que ces Canons n'ont pas été formez
dans
( *3.)
flans les régies, on ne juge point en France
que les Ultramontains foient rebelles à l'E-
glife y & qu'ils méritent comme tels d'être
-privez de l'ufage des Sacremens.
La raifon de la condefcendance de l'Eglife
pour ceux qui fe trompent dans ces fortes de
faits , c'eil que -leur erreur de fait fupofée ,
ils marquent leur refped: pour cette Sainte
Mere, en refufant de hazarder le genre de
foumiffion qu'ils lui doivent, dans les cas oir.
ils ne font pas convaincus, que les Décrets
qu'on leur propofe émanent de fon autorité.
Leur refus eft un a&e de Foi, fur le Privilè-
ge fpéeial & divin d'infaillibilité que le Sei-
gneur a acordé à fon Epoufe.
Quatrième Obfervation. On demandera
fans doute comment le concert des Evêques ,
jugeans d'une Doctrine controverfée hors
d'un Concile, peut être notoire? Nous ré-
pondons qu'on s'affure de ce fait, comme on
s'infiruitde la canonicité d'un Concile Géné-
ral. On en voit un bel exemple dans la maniè-
re dont l'Eglife a foudroïé l'héréfie des Péla-
giens & des Demi-Pélagiens. Les Evêques,
quoique difperfez , agirent en Corps contre
ces hérétiques. Jamais le concert & les com-
munications n'ont été plus publiques , même
dans un Concile , entre les Pontifes de l'E-
glife: Il étoit notoire qu'un grand nombre
de Conciles Nationaux ou Provinciaux,
^voient exanainé la doftrine de Pélage; qu'el-
le
(14 )
le avoit été condannée par tout où elle avoit
paru ; que tous les fufrages des premiers Paf-
leurs avoient été portez à la Chaire de Pierre,
& qu'ils avoient été donnez avec une entière
liberté ; enfin, que le Souverain Pontife aïant
aprouvé leur décifion unanime , fa Sentence
refpeétable avoit terminé cette grande afaire,
difcutéeavec le plus grand foin , & difcutée
contradidioirement avec Pélage, Julien, &c.
à la face de toure la terre.
Que vous imitiez, NOSSEIGNEURS,
cette conduite. ( Permettez - nous d'inter-
rompre en cet endroit la fuite de nos Obfer-
vations. ) Que vous prononciez avec vos
Collègues des Roïaumes étrangers un Ju-
gement précis & définitif, qui ait notoire-
ment les caractères d'une décifion libre du
Corps Pafioral ; quoique vous le fdffiez fans
écre affemblez on ne demandera point de
Concile Général. Notre foi, qu'on tâche de
vous rendre iuipedle , d1 fi pure & fi vive,
que nous prcteftons fincérement devant Dieu
de nou^ foumettre à votre Jugement, comme
à la parole de Dieu même.
CincjHiéme Qbfervtitioyt. Comme le Sei-
gneur n'a point promis que les Evcques af-
iémblcz en Concile Général feront toujours
libres , & qu'ils procéderont toujours cano-
niquement ; il n'a pas promis non plus qu'é-
tant difperfez, ils feront plus à couvert de la
crainte des Puiflances, ou moins teniez par
les
oo
l'es grcces & les faveurs des Princes. II n'a
point promis qu'ils feroient plus exaéts à pro-
céder Canoniquement, & qu'ils fe concerte-
roient plus aifément hors d'un Concile que
dans un Concile. Enfin il n'a enfeigné nulle
part que les Evêques , décidans chacun dans
leur Diocèfe, feront infaillibles, foit qu'ils ob-
fervent des régies, ou non. Ils peuvent donc,
dans le cas où ils font dilperfez , publier des
décidons qui ne peuvent être atribuées à l'E-
glife. Mais, de même que le Saint-Efprit ne
permettra jamais qu'un Concile Général erre
dans la Foi, ou dans la Morale , qu'il ne foie
public que le Jugement manque d'une des
condidons effentielles pour être infaillible -
de même il ne foufrira jamais qu'une décifion
foit publiée en faveur de l'erreur par le très-
grand nombre des Evêques , qu'il ne foit no-
toire qu'elle a été donnée contre les régies.
C'eft une fuite des promeffes de Jefus-
Chrift qui nous a affuré que les portes de
l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Eglife.
Sixième Obfervation. De ce qu'il refle
des queflions indécifes dans l'Eglife , il ne
s'enfuit pas que les portes de l'enfer pré-
valent contr'elle. Dans fon fein toute vérité
en confervée ; mais toute vérité n'eil pas
toujours décidée ; car dans tous les tems il y
a eu des queftions à juger. Si l'enfer étoit cen-
fé avoir fubjugué l'Eglife , lorfqu'il y refle
quelque vérité qui n'a point encore été défi.
e nie,
oo
3-- n Il
nie par le Corps des Pafteurs, on polirroït
.dire que le Démon l'a emporté fur les promet-
tes du Sauveur , dans chaque fiécle ; puifque
dans le fuivant on a eu befoinjde décifion nou-
velle fur quelque point obfcurci.
Ainfi l'ennemi ne prévaut pas contre l'E-
glife , lorfque les Evêques , en quelque nom-
bre qu'ils foient, affemblez ou difperfez,
publient un Jugement, notoirement defti-
tué des earaétéres qui diflinguent les déd-
iions infaillibles. Tout ce qui en réfulte, eft
que le Corps Pafloral ne juge point. C'eft
comme fi le Souverain Tribunal de l'Eglife
ne ftatuoit rien ; & l'Eglife eft, par raport
à la conteflation , dans la fîtuation où elle eft
à l'égard des véritez qui refient à définir, &
où elle étoit fur d'autres points avant qu'el-
le les eut décidez ; la doarine dénoncée de-
meure ce qu'elle étoit avant le Jugement irré-
gulier ; bonne, dans le cas où elle apartient
à la Tradition ; mauvaife, fi elle y eft contrai-
re. Supofé qu'elle foit bonne ; ceux qui
voient clairement qu'elle eft contenue dans la
Tradition , la retiennent parmi les objets de
la Foi : & jufqu'à ce que l'Eglife fefoit ex-
pliquée , ils vivent en paix avec ceux qui con-
teftem cette même vérité, & qui n'y feroient
pas opofez , s'ils favoient qu'elle eft un point
apartenant à la Foi. Les premiers, affurez de
cc que l'Eglife décidera , confervent le dé-
pôt de la Foi fur l'article contefté, malgré
les
(*77
les éforts du Démon ; & les feconds mêmes,
en fe trompant, reconnoiflent l'autorité in-
faillible de l'Eglife. Ils profefîent jufqu'à la
vérité même qu'ils conteftent, par la difpofi-
tion lincére où ils font de croire tout ce que
l'Eglife a décidé & tout ce qu'elle décidera
dans la fuite. Enfin les uns & les autres font
vainqueurs de l'enfer ; puifque malgré lui ils
demeurent toujours atachez à la Foi & à l'u-
nité de J. C.
VII. P RINCIPE. Les fimples fidèles
ont une difeuffion préliminaire à faire , lorf-
qu'on leur propofe un Décret des Evêques ,
comme émané du Corps Paftoral : mais elle
doit être timple & proportionnée à la foiblef-
fe de leur état. Elle confifte, non à juger le
Jugement des Evêques ; mais io. A s'infor-
mer s'il eft notoire que le Décret n'a pas été
formé librement, ou que les Prélats ne font
pas convenus du point contefté, ou enfin que
leur décifion n'a pas été unanime ; & cette
première difcufîion n'exige que ce qu'on pra-
tique , lorfqu'on veut être inftruit d'un évé-
nement public. La difeuffion dont le fimple
fidèle efl chargé confine, 2. o. A favoir fi le
Décret ne définit que d'une manière ambi-
guë , & s'il ne fe réduit pas à décider un fait
non révélé.
Nous efpérons , NOSSEIGNEURS,
que vous ne trouverez rien de répréhenfible
dans ces principes, que nous n'aurions pas
Ci k
(18)
v y
la bardieffe de vous préfenter , s'ils n'avokflt
pas été jugez orthodoxes par des Théolo.
giens éclairez.
SECONDE PARTIE.
.?-f oiens de Frefcriptïon , ùre^de la rnmtéro
dent la Balle a été rcftee ; des caraft éres
qu'elle porte, & de l'autorité qu'on lui
atribo-e.
Q
Uand il s'eft agi de prendre parti fur
la Conftitution , nous nous fommes ré-
glez fur le Vil. Principe; & après nous
être informez de la manière dont cette Bul-
le a été reçue, après l'avoir lue avec atention,
nous avons été convaincus, 1 °. Que le Ju-
gement des Evêques en faveur de la Bulle
manque de la première des conditions qui
caradérife un Jugement infaillible. 1. °. Qu'il
e/tdtftitué de la leconde. 3°. Que la troi-
fiéme y manque encore. 40. Que le caraélé-
re propre de la Bulle eft une ambiguïté qui
ne permet pas de diftinguer la vérité de l'er-
reur. 50. Que l'obligation unique que la Bul-
le nous impofe , fe réduit à croire des faits
non révélez. Les cinq articles fuivans jufli.
t;':'ront ces cinq Obfervations.
ART*-
(1'9)
Article t
Défaut de la première condition caraftérifii-
que d'une déctfion de i' Eglife * mantfeflé
dans l'Acceptation de la Toilt.
La première condition d'un Jugement dé
l'Egliiè , eft qu'il foit donné par les Evêques
en pleine liberté ; & la première demandé
que nous avons faite fur l'Acceptation de la
Confiitution a été celle-ci : Les Evêques
ne riiquoient-iisnendela part des Puiflàn-
ces, s'ils euffent rejeté la Bulle ? Nous nous
donnons bien de garde de fonder leurs inten-
tions. C'eft l'hiftoire de la Bulle , 8c non pas
les fécrets cachez dans la profondeur de leurs
coeurs où nous devons trouver notre réponfe.
Il eft plus que fingulier que ceux qui nous
propofent la Conftitutioin , trouvent mauvais
que nous lesrapellions à l'hiftoire de ce Dé-
cret. Les faits qui concernent cette pièce,
font prefque les feuls qu'il n'eft pas permis
d'aprofondir. L'un & l'autre Parti en a com-
pofé l'h-ftoire. L'un & l'autre Ouvrage a été
réprouvé par le Miniftére public. Et certaine-
ment celui de M. de Sifteron n'a pas été prof-
crit, pour être trop vrai. C'ef1 déja une preu-
ve du peu de liberté que les Puiffanees laiflent
fur un point délicat pour la confcience. Car
çnfîn ce n'eft que fur l'hiftoire de la Bulle
C 3 qu'on
( 3° )
qu'on peut s'affurer qu'elle en canonique , ou
qu'elle ne l'efl pas. Que pouvons-nous con-
clure de ce que les PuifTances, d'une part, ne
foufrent pas qu'on rende publics les faits con-
cernans la Bulle, & que de l'autre part nos
Evéques s'ofenfent quand nous leur remon-
trons la manière dont la Bulle a été acceptée
& publiée, fi ce n'eft qu'il eft de l'intérêt de
la Confiitution qu'on en enféveliile l'hiftoire
dans un profond oubli ?
Mais la mémoire en eft trop récente pour
qu'elle puiffe être obfcurcie. Nous en fau-
rons toujours aflez pour nous inftruire de l'ef-
fentiel. Sans faire ufage de l'hiftoire publiée
par les Apellans,nous prouverons facilement,
par la notoriété des faits , qu'il n'y a eu nulle
liberté dans les fufrages des Evêques fournis
-à la Conftitution.
J. Fait. Aucun Evêque Ultramontain n'a
pu fans rirque aprouver les Réfléxions Mo-
rales en tout ou en partie , abfoudre le P.
Quefnel, réclamer un Jugement précis, fai-
re des démarches pour engager fes Collégues
à fe concerter : & ces riiques font tout au
moins la dépofition , l'excommunication , &
pour le plus grand nom bre des Evêques Etran-
gers , la rigueur inéxorable du Saint Ofice.
A la vérité on peut nous objecter que les
Evêques Ultramontains étant perfuadez de
l'infaillibilité du Pape, ils ont agi de leur
clein gré en [e [oumettant à la Confiitution.
Ainli
f î5 )
Àinfî quoiqu'ils dûffents'atendre à des pro-
cédez violens, s'ils euffent paru s'opofer à la-
Bulle, ils n'ont point été décidez par la crain-
te , mais par leurs préjugez en faveur de la
prétendue infaillibilité du Pape.
La réponfe à cette objeétion efl toute na-
turelle. Supofé que tous les Evêques Ul-
tramontains foient perfuadés de l'infaillibilité
du Pape ( ce qu'il eft bien dificile de croire )
ce faux préjugé leur ôte la liberté de faire les
fonétions de Juges : car comment fe compor-
teroient-ils en Juges, à l'égard d'une Cons-
titution donnée par une autorité infaillible,
à laquelle ils fe croient obligez de fe foumet-
tre préalablement à tout examen ? Comment
allier une foumiffion aveugle avec un exa-
men impartial, qui fupofe dans le Juge le
pouvoir d'aprouver ou de rejetter le Décret
fur quoi il prononce ?
Cette réponfe eft péremtoire. Mais quoi-
que nous n'aïons pas befoin de foutenir que
les Evêques étrangers ont pu être mtlS par des
craintes capables d'ébranler un homme conf-
tant, nous pouvons néamoins le prouver aifé-
ment. LaBulle eft tellement fabriquée ; ellea
été donnée fi irrégulièrement,qu'elle pourroit
être fuprimée & annulée, comme obreptice,
& fubreptice, fans qu'on pût démontrer que
Clément XI. avoit erré, comme ils difent, ex
Cathedra. Quelqu'un des Evêques a-t-il
ofé fe plaindre de ces procédez irréguliers ?
C 4 Quel-
(3*)
1 ( 3 -".) -
Quelqu'un d'eux l'eue-il pu faire impuné-
ment ?
Voilà donc les fufrages des Ev êques Ul-
tramontains prouvez nuls ; ces fufrages dont
on a tant fait de parade. Car des Juges qui
ne peuvent rejeter un Décret, fans s'expo-
fer à perdre des Places éminentes, à fubir l'i-
gnominie de l'Excommunication , ou à lan-
guir dans les priions du plus redoutable des
Tribunaux ; de tels Juges peuvent-ils êire
apellez libres ?
II. Fait. La Bulle n'a jamais étépropo-
fée en France que pour être reçue. Aucun
Evêque n'a pu s'y opofer dès le commence-
ment , fans s'expofer à tout le poids de l'indi-
gnation du feu Roi.
Qui peut ignorer combien la religion de
ce grand Prince avoit été furprife ? Ce Mo-
narque croïoit qu'il s'agifloit de toute la Foi
dans la condannation d'un Livre, qui conte-
roit, lui difoit-on , plus de cent erreurs. Auf-
ii n'épargnât-il rien pour faire recevoir la
Bulle : Lettres de Juffion, Lettres de Ca-
chet , exils, menaces , tout fut emploie , à
l'égard des Evêques mêmes. Tout étoit à
craindre , pour quiconque marquoit le moin-
dre doute. Le Cardinal de Noailles trop
tendrement chéri du Monarque, pour l'un
& pour l'autre , fut difgracié , parce qu'il
fouhaitoit que le Pape fût prié d'expliquer
fa Bulle. Les Evêques, qui penfoient encore
tpoins
(33)
tnoins favorablement du Décret, furent fen"
voïez dans leurs Diocèfes , d'une manière
qui annonçoit l'indignation de la Cour.
On vit dans la manière dont ces Prélats fu-
rent traitez,qu'elle avoit été la liberté de l'Ai-
femblée de 1714. mais l'époque de ces pre-
miers éfets de la colère du Roi efl précieufe.
La Bulle avoit-elle en France quelques ca-
raétéres d'un Jugement de l'Eglife univerfel-
le ? Elle étoit à peine reçue par XL. Evê-
ques affemblez à Paris. Les autres Prélats,
tranquils dans leurs Diocèfes , ne s'étoient
point expliquez publiquement. A peine la.
Corftitution étoit-elle connue comme ail-
leurs , que dans le Roïaume. Pouvoit-elle
être regardée comme une décifion du Corps
Paftoral, lorfqu'elle étoit encore en crife,pour
ainfi dire , n'étant étaïée que par les fufrages
d'Evêques dévouez à la Cour ?
En traitant févérement les Prélats opofans,
dans les circonfiances où il s'agiffoit d'alfurer
un état à la Bulle ; n'étoit-ce pas annoncer à
ceux qui n'avoient pas encore pris parti, ce
qu'ils devoient craindre, s'ils décidoient cou-1
tre la Conflitution ?
Que le Prince apuïe de fon autorité une
Décifion confiante de l'Eglife, il ufe du
droit le plus précieux de fa Couronne , en
foutenant cette Sainte Mere , dont nos Rois
font gloire d'être les Fils aînez : mais qu'il
déploïe fa puiffance pour intimider les Eve-
ques,
tr 4 Y
* f
, «' 1 1
ques, dans re tems où ils doivent décider
du mérite d'un Décret ; cen'eft plus écouter
les Evêques , & en favorifer les Jugemens
Canoniques ; c'eft leur donner des Loix, &
leur prefcrire ce qu'ils doivent décider.
Peut-on fe diffimuler que la Déclaration
du i +. Février 1714. n'ait été pour les Evê-
ques une leçon qu'ils étoient intérefTez à fui-
vre ? Le Roi y enjoint à tous les Evêques de
fon Roi Mme > de la faire lire & publier ( la
Bulle) dans toutes les Eglifes de leurs Dio-
cèfès, enregifirer dans le Gréfi de leurs Ofi-
fialitez, & de donner tous les ordres néceffai-
vcs pour la faire obferver d'une manière unifor-
me, fuivant les réfolutions qui ont été prifes
à ce fujet dans la dernière Affemblée. Cette
injonction ne bleffa que le Parlement, qui
parut plus intéreffé pour les Droits de l'E-
pifcopat, que les Evêques eux-mêmes ; cane
ceux-ci étoient intimidez.
Si Conftantin eut adreffé un Refcrit fem.
blable aux Evêques affemblez à Nicéep.
eut-on pu dire férieufement que l'Empe-
reur auroit laiffé une pleine liberté au Conci-
le ? Or fi l'on ne peut pas dire qu'une pareil-
le Déclaration laiffât la liberté à un Concile,
où les forces de l'Epifcopat réunies, femblent
être plus hors d'ateinte ; combien a-t-elle
dû avoir de plus finifires éfets fur des Evê-
ques ifolez , chacun dans fon Diocèfe ?
La force de l'injonaion fut parfaitement
de've-
? 3 5 î
J J
dévelopée, par la manière dont la Cour en
ufa à l'égard des Evêques opofans , par
les menaces qu'on répandoit contr'eux avec
afettation , par les éfets de l'indignation du
Roi fur les Théologiens, qui en qualité d'A-
vocats nez de la faine doarine , oférent ,
comme ils en avoient droit, réclamer contre
la Conftitution. Ceux-ci furent, ou exilez ,
ou emprifonnez , ou forcez de fe cacher.
La fimple menace de retenir les Evêques
à Rimini, & de les empêcher d'aller célébrer
la Fête de Pâque chacun avec fon Troupeau;
cette feule menace fufit pour les faire tomber
dans les lacs des Arriens. Peut-on comparer
cette menace à celles dont on acabloit le
Cardinal de Noailles, & les Prélats qui lui
étoient unis , & aux procédez auxquels de-
voit s'atendre quiconque eut accédé à leurs
démarches ?
Aïans une pleine connoiffance de ces faits,
il ne nous eft pas permis de regarder la pre-
mière & la plus folennelle acceptation de la
Bulle comme une démarche libre des Evê-
ques de France.
III. F Ait. Une lueur de liberté brilla fur
l'Eglife Gallicane, dans les premières années
de l'adminitfration du Duc Régent. XXXII.
Evêques prirent parti pour les XIV. Opo-
fans. Ils demandoient des Explications à
Rome , & l'autorité de l'Inftrudlion des XL.
tomba entièrement. En même-tems le fe-
cond
(m
') i'
cond Ordre réclama de toutes parts.
Néamoins on a de bonnes preuves que la
liberté n'étoit pas entière dans ce tems-là.
Si l'on eut la permifiîon de dire tout haut qus
la Bulle n'étoit pas reçevable fans Explicat-
ions , on ne fut jamais à portée de la rejer-
ter fans rifques, du côté de la Cour. Car les
IV. Evêques furent difgraciez après leur
Appel. Le Notaire qui en avoit reçu l'Aéte
fut emprifonné. Le refpeaable Sindic de la
Sorbonne fut exilé. On toleroic quelques
Appels, pour tâcher de faire ouvrir les yeu:c
au Pape, & d'autres fois on les traverloit ;
deforte qu'on ne favoit comment la Cour
prendroit un Atfte d'Appel, quand on vou-
loir le faire ; & l'on avoit toujours fujet de
craindre qu'il ne fut pas heureux. Enfin dans
deux Déclarations du Roi, où l'on convenoit
que l'afaire n'étoit pas décidée , on impofoit
filence aux deux Partis, & l'on fermoit par
conféquent la bouche aux Evêques : mais
l'afaire étoit fufpendue ; 6c tant que dura cet-
te lueur de liberté , la Bulle fut fans autorité *
& l'orthodoxie des Prélats opofans fut plei-
nement reconnue.
I V. Fait. Suivit l'Acommodement de
1710..0tlla Foi fut portée en quelque forte
en Arbitrage , par quelques Evêques, de-
vant le Duc Régent. C'eft-là l'époque fa-
vorite des Acceptans de la Bulle les plus me-1
dérez; & c'eft l'époque de l'extinction tota-
le
(37)
le de la liberté, par raport à la Bulle?
Il eft queftion de lavoir fi les Evêques qui
fignérent le Corps de Doétrine, le firent li-
brement. Plaifoient-ils au Prince en le Ci.
gnant ? Et n'encouroient-ils pas fa difgra-
ce en ne le fignant pas ? Cette fimple de-
mande décide de la fituation où ils étoient :
mais nous favons quelque chofe d'encore
plus décifif. Il efi confiant qu'ils n'eurent
pas même la liberté d'examiner leCorpsde
Doélrine feulement durant vingt - quatre
heures. Il pafla en porte fous les yeux des
Evcques réfidens en Province ; & l'on n'en
fit qu'une leéture rapide à ceux qui fe trou-
voient pour lors à Paris : comme fi le feul
moïen de réunir les Prélats François étoit de
leur faire figner des Explications les yeux
fermez. Mais peut-on dire que ces Prélats
ont jugé librement dans une circonftance,
où il ne leur étoit pas même permis d'exami-
ner ce qu'on leur faifoit décider ?
Apelleroit-on libre un Concile Général
qui décideroit que le Corps de Doctrine eft
conforme à la croïance de l'Eglife, & qu'il
fixe le vrai fens de la Confiitution Unigeni-
tus, quoiqu'on n'en eut fait qu'une levure
rapide , & que tout examen en eut été no-
toirement interdit aux Evêques ? N'eût-il
pas paffé pour un Conciliabule ? N'auroit-.on
pas dit dans cette ocafion que ç'auroit été
'lautorité Roïale, qui auroit décidé, & non
pas
(ii 1
pas le Corps Sacré des Evêques ?
Nous paffons fous filence les faits qui
prouvent que depuis cette trifie époque , il
n'y a plus eu de fureté pour aucun Evêque à
revenir fur fes pas. Un feul devenu digne de
l'Epifcopat en l'abdiquant; un feul a eu la gé-
nérofité de renoncer à tout, pour reclamer
contre la Conflitution. Témoignage, d'au-
tant plus éclatant, qu'il en unique dans l'E-
glife : mais témoignage qui dans les circonf-
tances dont il a été acompagné , & dont il a
été fuivi , prouve invinciblement combien
les Evcques rifqueroient en retranchant leur
acceptation de la Bulle.
Nous n'avons pas befoin non plus de faire
obferver que depuis 172,0. le zèle pour la
Conflitution a procuré de grandes Places,
tandis que la foumiflion au Décret a été conf-
tament un préalable néceffaire pour parvenir
aux plus petites. Enfin, par refpedt pour
les Puiffances, nous fuprimons un nombre
prodigieux de procédez , qui ont introduit la
Confiicution dans prefque tous les Corps,
& qui en augmentant prodigieufement l'em-
pire de ce Décret, en trahiflent la foiblefTe ,
& démontrent que c'efl la puiffance des Rois,
& non la dodlrine de la lumiére qui en font
toute la gloire.
Nous vous parlons,N OSSEIGNEURS,
avec quelque complaifance , du peu de
liberté que vous avez eue dans vos démar-
ches
fr9 )
i- Dnl1A
ches en faveur de la Bulle , parce que c'efi
t'our vous une efpéce d'apologie qui vous
fera plaindre dans la poftérité. Vous êtes leS
Victimes, & non la caufe des maux qui ra-
vagent l'Eglife de France. Comme la Bulle
vous paroiffoit ambiguë, vous avez crû pou-
voir accepter pour le bien de la paix. Chacun
-de vous fentoit qu'en fe déclarant contre la
Bulle, il rifquoit beaucoup & ne pouvoit fe
promettre de la faire tomber. Il fe flâtoit
d'empechêr qu'on n'en fit une loi de prati-
que , & qu'on ne donnât ateinte à l'ancienne
Doétrine , & à la Morale de l'Evangile.
Quelques-uns même ont cru acheter, par la
foumiffion à la Bulle, le droit de défendre
toute vérité 3 & de réprimer l'audace des
nouveaux Correcteurs de l'Evangile. Mais
vous voïez le fuccès de vos bonnes inten-
tions. Les Catéchifmes font réformez fur
laBulle. Les ennemis de la grace & les cor-
rupteurs-de la Morale triomphent. Les Eclé-
fiaftiques, que vous voudriez emploïer par
préférence, font écartez du faint Miniftére :
ils font perfécutez , exilez ; vous n'oferiez
vous-même leur donner d'afïle. Enfin la Bul-
le eÍl: mife de niveau avec les définitions de
Foi du Saint Concile de Trente. Puiffe le
Seigneur ne vous demander jamais compte
de tant de-maux ! Que le défaut de liberté,
qui vous empêche de réprimer le fchifme,
foit une excufe devant lui, comme elle nous
en-
C 40 )
V I -
engage à vous plaindre,plutôt qu'à vous con-
danner devant fa Divine Majefté !
Qu'il nous foit permis, NOSSEIGNEURS ,
de faire fortir, des Faits que nous venons de
produire , le premier moïen de prefoription
que nous opolons à la Conftitution.
Premier Préjugé déciftf contre la Confti-
tution.
Les deuyacceptat ions de la Bulle ont été
faites en France , au moïen du violement le
plus frapant de la liberté des Evêques. L'ac-
ceptation des Prélats Ultramontains en aunt
dellituée de liberté. Cela efi prouvé par les
faits précédens. Il faut donc penfer de ces
acceptations ce que l'on penferoit d'une dé-
cision faite par un Concile Général, dont la
liberté auroit été notoirement violée. C'eft
une fuite du troifiéme Principe.
Or ce feroit un péché injurieux à l'Egli-
fe & à la Majefté Divine , que de foumettre
fa Foi à l'autorité d'un Concile, quand on eft
perfuadé qu'il n'a pas jugé librement par le
cinquième Principe.
Nous concluons que dans la ferme perfua-
fîon où nous fommes du défaut de liberté
dans les Evêques acceprans , nous ferions
une injure à Dieu & à l'Eglife , fi nous ren-
dions aucun hommage intérieur ou exté-
rieur à la Confiitution.
ARTr-
C 4* ?
ARTICLE II.
VéfatH de lafeconde condition caratlêriftique;
d'une décifton de l'Eglife , mœmfefté dans
rAcceptation de la JSfille.
Comme les Juges doivent conflater le
Corps de délit avant de juger un aecufé; de
même les Evêques fe font toujours crûs in-
difpenfabiement obligez , dans les Conciles
Généraux, à bien connoître les cara&éres de
la Dodtrine foumife à leur Jugement. Quand
il s'efi agi de juger quelques Propofitions , ils
en ont interrogé l' Auteur avec ibin , afirr
d'en prendre le véritable fens , qui doit être
mieux connu de l'Auteur que de perfonne.
Cette fage méthode a été religieufement ob-
fervée durant les XIV. premiers (iécles de
l'Eglife : & plût à Dieu qu'on n'eut pas
afefté de la négliger dans le fiécle dernier:
dans l'afaire de la Confiitution on n'y a eu
aucun * égard, & il en arrivé de-là que les
Evêques n'ont pu convenir du fens de chacu-
ne des Propofiiions condannées ; & en con-
féquence , qu'ils n'ont pas été en état de le
comparer avec l'Ecriture & la Tradition,
C'eft ce qui eft clairement prouvé par plu-
fieurs faits publics.
Fait. Le P. Quefnel, dans une Lettre
refpeétueufe du 22. Juillet 1712. demandoit
P au-
<4* y
au Pape Clément XI. de n'être pas condan.
né, fans avoir été écouté, ni fans avoir eu la li-
berté & le moïen de fe défendre, & qu'on lui
fit communiquer ce qu'on reprenoit dans fori
Livre. Cependant on n'eut aucun égard à
une demande fi jufte, qui n'eut pas même
été rejetée de Rome païenne , comme on
en a une preuve décifive aux Aéèes des Apô-
tres. N éamoins le principal motif de la Conf-
titution , allégué par le Saint Pere , font les
mauvaifes intentions du Pere Quefnel. La
Bulle renferme donc uneflétrifTure injufte de
cet illuflre Auteur : car le P. Quefnel , Se
l'Auteur des Réflexions Morales , font le
même homme dans tout le monde Chrétien.
L'Auteur ne peut être un loup ravijfant, cou-
icrt de la peau de brebis; un homme artifi-
ci- eux, qui fous des paroles douces & infirman-
tes y pervertit l' Ecriture, que le P. Quefnel
ne foit tout cela.
J J. Fait. Rome n'aïant point d'oreilles
pour le P. Quefnel ; ce favant Prêrre écri-
vit des Lettres aux Prélats de l'Affemblée
de 1714. pour demander à être entendu dans
fa Juflification. Il rendit Fublics des Mé-
moires & des Proteftations contre tout ce
qui feroit fait à fon préjudice. Les Evêques
n'y eurent aucun égard : ils n'en ifrent pas
même mention dans leur Procès - Verbal :
marque qu'on n'avoir pas lû les Défenfes du
P. Quefnel dans l'Aflemblée. Ce Pere y
de-
(43 )
V. f > J
d'efavouoît les erreurs qu'on lui imputoit, 8c
expliquoit Tes Propofitions d'une manière
très-Catholique. En voici la preuve : fi fes
Explications étoient hérétiques, ou erronées ;
les Evêques qui vouloient trouver un moïen
de condanner les CI. Proportions, en au-
roient eu un tout naturel, qui auroit juftifié,
& la Conflitution & leur propre démarche.
Ce moïen étoit fur. Ils étoient intéreffez
par l'honneur à le prendre. Le fens commun
diète qu'ils n'ont négligé ce moïen effentiel
que parce qu'ils ne l'avoient pas. Les Pro-
pofitions données dans le fens du P. Quefnel
étoient donc Catholiques, pour les yeux mê-
mes des Juges qui les ont condannées.
111. Fait. Les Evêques défenfeurs du
P. Quefnel, n'ont jamais reconnu dans les CI.
Propofitions qu'un fens Catholique. Ce fait
fut avoué par les Evêques Conftitutîonnai-
tes, dêvant le Duc Régent. Ils confeflerent
en fa préfence, & même dans des Mande-
mens, que les Opofans étoient Orthodoxes.
Tous les Théologiens , unis aux Prélats Ap-
pellans, ne donnent que des fens Catholi-
ques aux Propofitions. On n'en peut nom-
mer un feul qui y reconnoiffe les mauvais fens
que l'Inflruftion des XL. ou le Corps de
Doarine imputent aux Réflexions condan-
nées.
Cependant , en reçevant la Bulle, nous
ferions obligez de condanner les Evêques
D a &
(44)
A 11
\., "TT .JI
& les Théologiens Appellans. Nos Advew
faires en conviennent, & ils font conféquens
en cela. Il ne s'agit donc plus d'un fimple:
Prêtre, diftingué par fa fcience & par fa pié-
té ; mais de plufieurs illuftres Prélats , qui-
ont enrichi l'Eglife d'un grand nombre d'Ou-
vrages lumineux fur des points qui embraf-
fent toute la Religion, & qui ont défendu
l'Eglife avec tant de fuccès contre les Pro-
teftans.
Parmi ces hommes illuftres , M. de Mont-
pellier s'eft diftingué. Il eft mort la plume r.
la main. contre un ennemi du Saint Concile
de Trente & du Saint Siège. Il a combatu
jufqu'au dernier foupir, pour défendre l'in-
faillibilité de l'Eglife, la nécefliré de fe fou-
mettre au Corps des Porteurs , la Primauté j
la Dignité & la Juridiction de l'Evêque de
Rome. Il a convaincu d'erreurs pernicieufes.
plufieurs de fes Antagonitfes. Il les a défiez
publiquement, & plufieurs fois, de mon-
trer dans fes Ecrits aucune erreur condannée
par l'Eglife. On n'a jamais ofé en articuler
aucune. On voit dans les favans Ouvrages
du vénérable Evêque de Senez , de M.
d' Auxerre , de plufieurs Théologiens célé-
bres, la même do&rine&les mêmes défis.
Le Parlement eft convenu devant la Majefté
Roïale, qu'ils n'ont jamais été convaincus
d'aicune erreur.
Voilà des faits, &des faits éloquens. Il
nous
( 45 )
/» •
flous faudra donc, pour faire honneur à Is
Bulle , condanner une forte d hérétiques fin-
guliers, qui défient hautement leurs Adver-
saires de les convaincre de la moindre erreur -
dont perfonne ne fpécifie l'héréfie ; qui dé-
fendent mieux que perfonne l'autorité dD
l'Eglife, qui convainquent leurs Adverfai-
res de foutenir des Dogmes qui nous fontr
frémir : par exemple, que nous ne devons
pas raporter à Dieu chacune de nos actions
par un mouvement d'amour formel ou virtuel,
comme fi Dieu ne nous confervoit pas à cha-
que inftant, pour le connoître , l'aimer & le
fervir à chaque infant. A joutons encore un
trait, qui achève le tableau de ces Evêques
qu'on nous veut faire anathématifer. Ils n'a-
voient nul engagement à foutenir le P. Quef-
nel. Ils fe font expofez à tout, dans la vive-
perfuafion que la caufe de l'Auteur des Reflé-
xions Morales étoit celle de l'Eglife. On les-
a acu fez de fe trom p er O a fa i re ; mais
a acufez de [e tromper dans cène afaire ; mais
les Indiférens , ni les Adverfaires, n'ont ja-
mais douté qu'ils ne fuflent déterminez par
confcience. H s'en faut bien que le Public
puiffe décider auffi fûrement du dciintérefTe-
ment du Parti opofé.
J y. Fait. Non-feulement le Pape & les
Evêques de l'Affemblée ont négligé la feule
voïe fure de s'affurer du vrai fens des Propo-
filions dénoncées , en refufant au P. Quef-
îiel lajufte demande qu'il foifoit d'explicueï
ce
(46)
ce qu'il entendoit par fes Propofitions ; mais
encore il n'y a nul objet précis de convenu
dans la Bulle, entre le Pape & les Evêques
François , ou Ultramontains. Nul fens fixé
d'aucune des CI. Propofitions entre ceux
qui ont prétendu les juger.
On n'a que deux Monumens publics, où
les Prélats ont tâché de déterminer l'objet
de la Bulle dans chaque Propofition : l'Inf-
trudion des XL. & le Corps de Doéhine.
Par raport au premier. Le Pape Clément
XI. n'et f jamais convenu que les XL. euffent
rencontré jufle dans les fens qu'ils atribuoient
aux Proposions profcrites. Il n'a pas aprou-
vé une feule de leurs Explications, quoiqu'il
en ait été vivement follicité par un Cardinal ,
à qui il avoit des obligations effentielles dans
l'afaire de la Bulle.
Pour le Corps de Doéhine , qui eft une
variation marquée, où l'on n'impute rien au
P. Quefnel, mais où l'on tâche de deviner les
objets que Clément XI. avoir eus en vue, il
n'a pas été plus heureux que l'InftrudVion des
XL. Nulle marque d'aprobation de la part
des Papes.
Enfin quand on pourroit dire que le Corps
de Doétrine , ou Hnftrudlion des XL. mon-
trent un objet fixe , que les Prélats François
ont eu en vue dans chacune des CI. Propo-
filions, on ne pourroit croire que cet objet
fût déterminé pour leurs Collégues des Païs
écran-
( 47 )
* 1 •
étrangers. Le Public n'a aucune rairon de
le penfer. Ces deux Pièces font particu-
liéres à la France : les Evêques étrangers n'y
ont nullement concouru : ils n'ont adopté ni
l'une ni l'autre. Ces Pièces ne prouvent donc
pas que le plus grand nombre des Evêques
du monde foit convenu du fens précis des
Proportions du P. Quefnel : & la consé-
quence toute naturelle en qu'ils n'ont pC,
être en état de comparer le même fens dans
chaque Propofition à l'Ecriture ni à la Tra-
dition.
Voici les moïens de prefcription, que nous
lirons des Faits prouvez dans cet article.
Second Trcjngl décijtf contre U "Bulle.
Ce n'en point l'Eglife qui nous oblige à
croire de cœur & d'efprit que le P. Quelnel
a voulu abufer de l'Ecriture , des Sentences
des Peres, du langage de la Tradition , des
expreffions des Thomiftes, & de le croire,
malgré les Protenations de cet Illuftre Per-
fécuté , qu'on n'a pas ofé juger. Ce n'efl
point l'Eglife qui nous fait une loi d'acufer
de diffimulation, de menfonge , & de par-
jure , un Auteur qu'on n'a pas même tenté
d'en convaincre. Elle tient pour maxime
confiante , que le droit de fonder ies cœurs
eft réfervé à fon Epoux. Enfin ce n'en point
l'Eglife qui nous ordonne de dire anathême
à des
(48 V
f
11 dès Evêques qu'on ne peut apeUér hereti*
ques, fans hérélies.
Ce que la Bulle nous prefente dè plus
clair ; c'eft qu'elle atribue des intentions dé-
reftables au P. Qûefnel. Pàr conféquent en
reçevant la Bulle , comme un Jugement du
Corps des Pafteurs, nous imputerions à l'E-
glife des foibleffes , que nous voudrions bien
nous diffimuler dans le Prote&eur du Cardi-
nal Sfrondate.
Nous ne devons pas diffimuler la réponfer
que font les Conftitutionnaires à ce raifbnne-*
ment frapant. Ils difept que les invectives ré-
pandues dans la Bulle font de flile dans le
Cour de Rome. Nous répliquons : au moins
ce n'en pas le flile dé l'Eglife , qui nous
aprend qu'il eft injufle & calomnieux , &
que nous n'y devons pas prendre la moindre
part. Elle loue ceux qui perdirent leurs biens;
leurs dignitez, plutôt que de foufcrire la
condânnaiion injufte & irréguliére de Saint
Jean Chrifoftôme. Nous fuivons l'efprit de
notre Sainte Mere, en nous expofant aux"
traitemens les plus rigoureux , plutôt que de
condanner un Prêtre , dont la Profeffion eft
reconnue Ortodoxe par fes propres Enne-
mis , & des Proportions qui nous paroiffenc
Catholiques dans le fens qu'elles nous pre-'
fentent, & qui eft l'Unique fens avoué de"
i' Auteur.
7 roi fié"
(49 )
Vroifthne Préjugé décijtf contre la B Mlle.
Selon le plus grand nombre des Evêques
scceptans en France , la ConfUtution con-
danne certains mauvais fens qu'il leur plaît
d'airibuet aux CI. Propofitions. Perfonne
au monde ne les foutient. Donc elle en inu-
tile. Selon nos Evêques, qui prennent les
Propofitions dans le fens naturel, elle nous
oblige à rejeter des véritez très importantes,
& à condanner des Prélats reconnus p >uç
orthodoxes, un grand nombre de Théolo-
giens éclairez dont on ne peut articuler l'hé-
réfie , que nous n'avons aucune raifon d$
croire féparez de l'unité. Donc elle eft peri
nicieufe, & elle ne peut être atribuée à i'E,
giife.
► Quatrième Préjugé décijtf contre la BI$/!r..
Par le fecond Principe , les Evéques doi-
vent convenir de l'objet fur quoi ils ont à
prononcer, & du fens de la Propofition dé..
noncée, & comparer le fens convenu à l'E-
criture & à la Tradition. Un Concile Gé-y
néral qui décideroit fur des propofitions ,
avant d'être convenu de la doctrine qu'elles
énoncent, ou qui négligeroit d'en comparer
le fens à l'Ecriture & à la Tradition , ce Con-
cile auroit négligé la feconde condition ef-s
'F

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