Voilà l'homme ! ou Précis de la vie politique et militaire de Louis-Philippe d'Orléans, par Pierre Pons

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A. Eymery (Paris). 1830. In-8° , III-54 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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VOILA
L'HOMME !
VOILA
L'HOMME !
ou
PRÉCIS DE LA VIE POLITIQUE ET MILITAIRE
DE
LOUIS-PHILIPPE D'ORLÉANS,
PAR PIERRE PONS.
Paris
CHEZ A. EYMERY, ET Cie, LIBRAIRES,
RUE MAZARINE, , N° 60 ;
L'EVAVASSEUR, AU PALAIS-ROYAL,
ET TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTES,
1830
Boulevart Poissonnière, n. 6,
VOILA L'HOMME!
Louis-PHILIPPE d'ORLÉANS naquit à Paris,
le 6 octobre 1773, de Louis-Philippe-Joseph
duc d'Orléans, de patriotique mémoire,, et
de Louise-Marie-Adélaïde, fille du duc de
Penthièvre. Louis-Philippe avait eu d'abord
le titre de duc de Valois; il fut ensuite duc
de Chartres, lorsque son père devint duc
d'Orléans.
Les premières années de son éducation fu-
rent confiées au chevalier Bonnard, ancien et
brave officier d'artillerie, non moins distin-
gué par son instruction que par une foule de
qualités personnelles. En 1783, Mme de Gen-
lis, si connue par son esprit, par l'élévation
de son caractère, par la noblesse de ses sen-
timens, fut chargée de diriger les études de
Louis-Philippe. Ce fut sous la direction de
cette dame que le jeune prince commença à
puiser ce goût des lettres et des arts dont il
devait un jour faire un si noble usage, ces
sentimens de justice et de vertu, et surtout
cet amour de la patrie qu'il manifesta plus
tard d'une manière non équivoque. L'excel-
lent système d'éducation de Mme de Genlis ne
consistait pas seulement dans la culture des
facultés morales, il comprenait aussi l'exer-
cice des facultés physiques. Ce système est le
même que celui qui a été suivi plus tard par
son élève pour l'éducation de ses nombreux
enfans, élevés parmi les nôtres.
Louis-Philippe donna de bonne heure des
preuves de son amour de la liberté. En 1788,
ce prince, alors duc de Chartres et âgé de
3
quatorze ans, ayant fait un voyage en Nor-
mandie et visité le Mont-Saint-Michel, fut
saisi d'une noble indignation en voyant la
cage de fer où un journaliste hollandais, vic-
time de la plus odieuse tyrannie, avait été en-
fermé pendant dix-sept ans pour avoir frondé
dans ses écrits le despotique Louis XIV. Le
jeune duc fit détruire cette espèce de prison,
dans laquelle on renfermait encore de temps
en temps quelques malheureux.
Son père, l'un des douze membres du par-
lement qui, le 6 août 1787, avaient déclaré
que les Etats-Généraux avaient seuls le droit
de voter les impôts, protesta, le 19 novembre
de la même année, contre l'illégal enregistre-
ment des édits ordonné par le roi. On sait
que celui-ci, ayant vu que la majorité des
votes ne serait pas en faveur de cet enregis-
trement, défendit au garde-des-sceaux La-
moignon de compter le reste des voix. Après
son énergique protestation, le duc d'Orléans
fut obligé de s'éloigner, et Louis-Philippe, au
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lieu d'être nommé chevalier du Saint-Esprit
à l'âge où les princes l'étaient ordinairement
ne fit partie de cet ordre qu'un an après.
La France, après avoir subi le joug de l'op-
pression, après avoir vu fouler aux pieds ses
intérêts les plus chers, avait senti le besoin
d'un nouvel ordre de choses. Ce secret senti-
ment d'une sage liberté, que rien n'a jamais
pu étouffer chez les Français, commençait à
se manifester de toutes parts d'une manière
plus énergique. Les Etats-Généraux furent
enfin convoqués. Louis-Philippe, chaud par-
tisan des grandes questions politiques qui
commençaient à s'agiter dans nos assemblées,
embrassa avec enthousiasme les doctrines de
la révolution qui se préparait. Il vit dans les
principes constitutionnels l'aurore de cette
gloire, de cette grandeur qui devait un jour
placer sa patrie au rang des premières nations
du monde. Il n'en fallait pas autant pour lui
faire sacrifier sans regrets des priviléges dont
il n'avait jamais été jaloux. Aussi le vit-on
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assister assidûment aux séances des représen-
tant de la nation. Il y avait une noble simpa-
thie entre ses idées et celles de ces illustres
orateurs français proclamant à la face de l'Eu-
rope asservieles droits de l'homme, l'égalité des
citoyens devantla loi et le bienfait de la liberté.
Par un décret de l'Assemblée Constituante,
les colonels propriétaires ayant été obligés de
renoncer à la carrière des armes ou de com-
mander en personne leurs régimens, Louis-
Philippe, fier de se trouver à la tête des dé-
fenseurs de son pays, s'empressa de prendre
le commandement de son régiment de dra-
gons, le 14e. Ce prince partit pour Vendôme,
où ce régiment tenait garnison, et où il arriva
le 15 juin 1791. Ce fut dans celte ville qu'il
sauva des mains d'une multitude furieuse un
homme qu'on allait égorger. Peu de temps
après, il arracha des flots un ingénieur près
de périr. Une couronne civique fut décernée
par la ville de Vendôme à l'auteur de ces deux
actes de courage.
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. On venait de faire parvenir à tous les régi-
mens la formule du nouveau serment que l'on
exigeait des officiels. La plupart refusèrent
de le prêter. Sur les vingt-huit officiers de
son régiment, il n'y en eut que sept qui se
conformèrent à la loi ; mais le zèle du colonel
suppléa à tout. En 1791, il reçut l'ordre de
quitter Vendôme avec son régiment et de se
rendre à Valenciennes, où le commandement
de la place lui fut confié, comme au plus an-
cien colonel de la garnison.
Les ennemis de la France s'agitaient. L'Eu-
rope faisait des préparatifs hostiles. Le gouver-
nement, au milieu des dangers qui menaçaient
la patrie, avait divisé la frontière depuis Hu-
oingue jusqu'à Dunkerque, en trois grands
commandemens. L'un avait été confié au gé-
néral Lafayette, le second au maréchal Ro-
chambeau et le troisième au maréchal Luckner.
En 1792, la guerre ayant été déclarée par
Louis XVI à l'Autriche, au sein de l'Assemblée
Législative, il fut décidé de marcher immédia-
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tement contre les forces étrangères réunies
pour attaquer la France. Ce fut sous le géné-
ral Biron, chargé du corps d'armée de Va-
lencienne et de Maubeuges, que Louis-Phi-
lippe fit ses premières armes. Le 28 avril 1792,
il prit part aux premières hostilités, à Boussu
et à Quaregnon. Le 30, son zèle et sa présence
d'esprit contribuèrent beaucoup à arrêter les
fuyards.
Le 7 mai 1792, sous le ministère du comte
de Grave, il fut promu au grade de maréchal-
de-camp par droit d'ancienneté. Ce fut en cette
qualité qu'il commanda une brigade de dra-
gons , sous les ordres du maréchal Luckner,
qui avait remplacé Rochambeau à l'armée du
nord. L'avant-garde française ayant marché
sur Courtray, Louis-Philippe se trouva à la
prise de cette ville. Le maréchal Luckner opéra
ensuite une retraite qui ne nous permit pas
de mettre à profit ce premier avantage.
L'armée de Luckner ayant été divisée en
deux corps, l'un fut dirigé sur la Lorraine
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sous le commandement du général Harville;
l'autre, commandé par le général Dumou-
riez, resta en Flandre pour protéger la fron-
tière. La brigade de dragons composée du
14e et 17e, et commandée par Louis-Philippe,
fit partie de la division du général Harville,
qui arriva à Metz, en juillet, et dont Luckner
reprit le commandement. Ce maréchal fut
remplacé peu de temps après par Kellermann.
A cette époque, le territoire français était
envahi. Le duc de Brunswick y pénétrait à
la tête de cent dix mille combattans coalisés.
Nous n'avions à opposer à l'invasion étran-
gère que deux armées peu aguerries et peu
nombreuses. Celle que commandait Kellei-
mann, près de Metz, comptait à peine qua-
torze mille soldats. Celle que Dumouriez avait
sous ses ordres, à Sédan, était composée de
trente-trois mille hommes. Les ennemis étaient
donc supérieurs en nombre de plus du double.
Mais leurs soldats ne pouvaient avoir ni l'ardeur
ni le courage des nôtres. Le duc de Brunswick
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conduisait au combat des oppresseurs. Nous
avions à défendre nos foyers et nos droits. Le
résultat de la lutte ne pouvait être douteux.
Louis-Philippe fut promu au grade de lieu-
tenant-général et appelé au commandement
de Strasbourg, le II septembre 1792. Pen-
sant avec raison qu'il pouvait se rendre plus
utile sur les champs de bataille, il fit observer
qu'il était trop jeune pour s'enfermer dans
une place, et il demanda à rester dans l'ar-
mée active. Ses voeux furent exaucés. Kel-
lermann, qui venait de recevoir du renfort,
et dont l'armée se composait déjà de vingt-
sept mille homme, le mit à la tête de sa se-
conde ligne, forte de douze bataillons d'in-
fanterie et de six escadrons de cavalerie. Ce
fut le 20 septembre 1792 que Louis-Philippe
se battit à Valmy, à la tête des braves de cette
seconde ligne. Les ennemis attaquaient avec
acharnement un moulin dont ils voulaient
s'emparer. Il défendit vaillamment cette im-
portante position, et ayant réussi à s'y main-
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tenir jusqu'au soir, il partagea la gloire de
nos armes dans cette mémorable journée, où
les ennemis furent forcés de renoncer à leurs
projets.
Quelques jours après, le Conseil Exécutif
jugea à propos de lui conférer le commande-
ment en second des nouvelles levées ; le gé-
néral Labourdonnaye réunissait alors ces
troupes à Douay. Louis-Philippe se rendit à
Paris et témoigna le désir de rester dans la
ligne et dans l'armée de Kellermann. Mais il
y avait déjà été remplacé. Ce fut à cette époque
que ,, d'après les propositions qui lui furent
faites, il vint servir dans celle de Dumouriez;
Cette armée, après avoir harcelé jusqu'à
Busancy les prussiens qui battaient en re-
traite, se dirigea sur Valenciennes en deux
colonnes ; la première sous les ordres de Beur-
nonville, et la seconde sous les ordres de
Louis-Philippe. L'armée était remplie d'en-
thousiasme; mais elle était dans un dénuement
extrême, lorsque Dumouriez y arriva. Néan-
II
moins nos soldats trouvaient encore dans leur
patriotisme une ardeur que leur position sem-
blait ne pas devoir favoriser. Un engagement
eut lieu, le 2 novembre, près le village de
Thulin; l'avant-garde de Dumouriez, com-
mandée par Beurnonville, fut renforcée d'une
partie de la division de Louis-Philippe, qui
commença l'attaque le 3, emporta, le moulin
de Boussu et la batterie qui le défendait, tan-
dis que les Autrichiens étaient repoussés de
poste en poste par les généraux Dampierre,
Stengel et Beurnonville. Le 4, toute l'armée
fut mise en mouvement par Dumouriez. Le 5,
elle vint établir son bivouac en face des Au-
trichiens retranchés sur les hauteurs de Jem-
mapes, où ils avaient établi leur camp. Cler-
fayt les commandait sous les ordres du duc
Albert de Saxe-Teschen. Le jeune prince
français vint bivouaquer en avant du village
de Paturage avec sa division, composée de-
vingt-quatre bataillons. Le 6, il s'avança avec
une partie de ses troupes vers le bois de Frénu
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qui protégeait le centre de l'armée autri-
chienne. L'attaque fut vive et bien dirigée;
mais la valeur des Français et l'habileté de
leur général durent céder un instant à la force
de la position ennemie, protégée par des re-
doutes formidables dont l'artillerie éclaircis-
sait les rangs de nos braves d'une manière ef-
frayante; une partie d'entre eux se déban-
dèrent. Louis-Philippe, dans ce moment dé-
cisif, parvint à arrêter le désordre avec une
présence d'esprit admirable. Il les rallia; il
forma, de plusieurs bataillons qui s'étaient
mêlés, un seul corps auquel il donna le nom
de bataillon de Mons, fit de nouveau battre
la charge après avoir fait mettre au centre les
drapeaux ; il attaqua l'infanterie autrichienne,
pénétra dans les redoutes, et s'empara à la
baïonnette d'une grande partie de l'artillerie.
Ce brillant fait d'armes compléta le succès de
la belle journée de Jemmapes.
Deux jours furent consacrés à rétablir l'or-
dre dans différens corps de l'armée. On se
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remit ensuite à la poursuite des Autrichiens.
Les français se battirent à Anderlecht, le 13
novembre, à Tirlemont le 19, à Varrax le 27.,
et entrèrent dans Liége le 28.
Après cette campagne, si glorieuse pour
une armée qui avait si peu d'expérience et
qui manquait de souliers et de vêtemens, les
troupes prirent leurs quartiers d'hiver.
Ce fut à cette époque que le duc d'Orléans
écrivit à son fils de venir chercher sa soeur
et de la conduire en Belgique. Cette prin-
cesse, obligée de prolonger un voyage qu'elle
avait fait en Angleterre avec Madame de
Genlis, se trouvait dans l'un des cas prévus
par les lois sur l'émigration, et était forcée
de quitter la France. Son frère la conduisit
à Tournay, où il était encore lorsque la Con-
vention rendit un décret de bannissement
contre tous les membres de la maison de
Bourbon. Louis-Philippe, dans la position
pénible où cette mesure le plaçait, avait l'in-
tention d'aller chercher un asile aux Etats-
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Unis ; mais le décret fut révoqué peu de
jours après; et ce jeune prince reprit du
service en février 1793. Il rejoignit l'année
commandée par le général Miranda, qui s'ap-
prêtait à faire le siége de Maëstricht. A la
suite d'une violation de neutralité du terri-
toire palatin par le prince de Cobourg, le
général Lanoue fut forcé d'évacuer Aix-la-
Chapelle et se replia sur Liége. L'armée qui
assiégeait Maëstricht fut obligée de lever le
siége, se replia également, et vint prendre
position devant Louvain.
Le général Dumouriez, sentant le besoin
de reprendre l' offensive, accourut en toute
hâte à Louvain, y arriva le 15 mars, et mar-
cha le même jour sur l'avant-garde autri-
chienne de Tirlemont, qu'il refoula jusque
derrière la Gette. Trois jours après, il livra
la bataille de Nerwinde.
Deux divisions de l'armée, l'une comman-
dée par Dietman, et l'autre par Dampierre,
composaient le centre, sous les ordres de
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Louis-Philippe. L'aile droite devait attaquer
le village de Middelwinde et celui de Ner-
winde. Le prince était chargé de protéger
cette attaque. La droite des Autrichiens devait
en même temps être attaquée par notre aile
gauche. Le général Valence se rendit maître
d'abord de Nerwinde avec une division de
l'aile droite qu'il commandait ; mais les fran-
çais ayant été forcés d'évacuer ce village ,
Louis-Philippe, à la tête de seize bataillons.,
vint l'attaquer de nouveau. Il débusquait
déjà vivement les Autrichiens de différentes
positions, lorsque le cri de sauve qui peut fut
poussé par quelques conscrits, effrayés des
nombreux renforts qui arrivaient à l'ennemi.
Louis-Philippe se portait de toutes parts avec
le plus grand sang-froid pour rallier les fu-
gitifs ; mais toutes ses tentatives furent inutiles.
Force fut d'abandonner de nouveau Nerwin-
de. La fuite des troupes de nouvelle levée ne
nous coûta, pas cependant un grand nombre
d'hommes. Quelques bataillons, plus habitués.
au feu, firent bonne contenance, et empê-
chèrent les Autrichiens de tomber sur les
fuyards. L'aile gauche, que commandait le gé-
néral Miranda, avait été battue, et les ponts
de la Gette avaient été abandonnés ; ce qui
ne contribua pas peu à l'évacuation désor-
donnée du village de Nerwinde. Les Autri-
chiens ne surent pas profiter de ce revers ; car
il leur eût été facile de s'opposer à notre
retraite. L'armée française, après avoir bi-
vouaqué une partie de la nuit, opéra sa re-
traite à la pointe du jour. Louis-Philippe et
le général Leveneur, à qui le général Valence
avait cédé le commandement de la droite, à la
suite d'une blessure, effectuèrent leur mou-
vement rétrograde en même temps que
Louis-Philippe qui, rentra dans Tirlemont en
bon ordre. Il en fit de suite fermer les portes,
garnit les remparts de ses soldats, et arrêta
ainsi les suites fâcheuses qu'aurait pu avoir le
succès momentané des Autrichiens.
A cette époque, Dumouriez ayant échoué
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dans son projet de dissolution de la conven-
tion nationale, fut obligé de s'expatrier. Louis-
Philippe qui avait franchement embrassé la
cause de la révolution, qui s'était battu long-
temps pour son triomphe, en désapprouvait
les excès ; il ne put apprendre sans une vive
peine les horreurs par lesquelles les secrets
ennemis de cette cause sacrée voulaient évi-
demment la faire détester. Il en témoigna
hautement son indignation; et bientôt il lui
fallut partager le sort de tous les bons pa-
triotes : il fut décrété d'arrestation. Alors,
pour échapper à l'échafaud qui l'attendait,
il fut forcé de faire de pénibles adieux à ses
compagnons d'armes , et de quitter cette
France au service de laquelle il lui eût été si
doux de consacrer sa vie. Il se rendit à Mons,
où l'archiduc Charles lui fit offrir du service
dans l'armée autrichienne, avec le titre de
lieutenant-général. Le prince n'avait emporté
avec lui que de faibles ressources ; mais il n'hé-
sita pas entre son devoir et le grade qu'on
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voulait lui donner. Il remercia l'archiduc, et
fit des apprêts de départ.
Les opinions de Louis-Philippe étaient con-
nues à l'étranger. Tout le monde savait avec
quel enthousiasme il avait embrassé les doc-
trines révolutionnaires, avec quel zèle il avait
servi la cause des patriotes. Il devait donc
trouver peu d'amis sur le sol étranger, parmi
des hommes jaloux de la gloire et de la pros-
périté de la France. Obligé de chercher un
asile contre la proscription, il forma le pro-
jet d'aller habiter la Suisse, et partit de Mons,
le 12 avril 1793, sous un nom supposé , et
suivi de son aide-de-camp César Ducrest. Ici
commence pour lui cette série d'événemens
pénibles, de douleurs, de vicissitudes presque
romanesques, et qu'il supporta avec tant de
courage. Il porte un nom honorable, il est
obligé de le cacher. Il possédait une immense
fortune, ilatoutperdu.il est français, il a
contribué à rendre ce nom glorieux, il faut
qu'il passe pour un voyageur anglais. Pour
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prix de ses services, il est proscrit. Il traverse
un pays où il a mis bien souvent les ennemis
en fuite ; il n'a pas été vaincu, et il est fugitif
à son tour. Enfin il est bon fils, bon frère, et
il apprend l'arrestation de toute sa famille.
Arrivé à Bâle, le 22 avril 1793, il y attendit
quelques jours mademoiselle d'Orléans, sa
soeur. Elle était à Schaffhouse avec madame
de Genlis, lorsque Louis-Philippe part de
Bâle pour aller la rejoindre ; mais nulle part
il ne trouve une terre hospitalière ; il erre de
ville en ville sans pouvoir s'arrêter dans au-
cune; de tous côtés, à chaque instant, il
acquiert la triste certitude que nulle part en
Suisse on n'offrira un refuge à sa proscription.
Au milieu d'une si grande infortune, sa
soeur est encore l'objet de ses inquiétudes. Il
s'adressa au comte Montjoie, qui venait de la
conduire en Suisse. Le général Montesquiou,
membre de l'Assemblée Constituante, fut con-
sulté. Frappe d'un décret d'accusation lorsqu'il
commandait l'armée des Alpes, il s'était aussi

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